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Les Comédiens malgré eux

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86 pages

Par une superbe matinée d’été, un break, contenant une demi-douzaine de touristes et attelé de deux beaux et vigoureux chevaux, suivait une de ces jolies routes accidentées qui traversent le Cantal.

Ce break appartenait à M. Desormeaux, autrefois commissionnaire en marchandises, aujourd’hui riche propriétaire : car, retiré des affaires depuis un an à peine, il s’était empressé de faire l’acquisition, en Auvergne, d’une charmante villa admirablement située, et qu’il décorait du nom de château.

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Léonce Petit
Les Comédiens malgré eux
I
Par une superbe matinée d’été, un break, contenant une demi-douzaine de touristes et attelé de deux beaux et vigoureux chevaux, suivait une de ces jolies routes accidentées qui traversent le Cantal. Ce break appartenait à M. Desormeaux, autrefois com missionnaire en marchandises, aujourd’hui riche propriétaire : car, retiré des af faires depuis un an à peine, il s’était empressé de faire l’acquisition, en Auvergne, d’une charmante villa admirablement située, et qu’il décorait du nom de château. M. Desormeaux était l’heureux père d’une jeune pers onne de seize à dix-sept ans, répondant au gracieux prénom d’Angèle, et qui, par aventure, ne le déparait pas. Rien n’avait été épargné, par l’ex-commissionnaire en ma rchandises, pour que sa fille reçût une éducation aussi complète et aussi brillante que possible, et les maîtres les plus distingués avaient été invités à lui prodiguer leur savoir. Elle aurait été en état de conquérir haut la main son brevet supérieur, comme c’est la mode aujourd’hui, mais elle avait bien trop d’esprit pour cela. lle Ce n’est pas que M Angèle Desormeaux méprisât la science ; bien loin de là. Seulement, n’ayant pas l’intention de devenir ingén ieur, avocat ou médecin ; ne se sentant pas non plus assez d’ambition pour aspirer au titre de député, et par suite à celui de Président de la République, elle ne voulait prendre de l’instruction que ce qu’il en faut pour savoir écouter et comprendre les gens instruits, pour lire avec plaisir autre chose que des romans, et pour se tenir au courant des mou vements scientifiques. Enfin elle tenait à rester femme, et nous ne saurions lui en f aire un crime, trouvant d’ailleurs le programme qu’elle s’était tracé bien assez large co mme cela. Un homme d’esprit disait naguère : « Savez-vous pourquoi les femmes nous son t supérieures ? C’est parce qu’elles ne passent pas d’examens. » — Angèle était résolue à conserver cette « supériorité » ou du moins cet avantage que d’autr es jeunes filles se donnent tant de mal pour perdre.
Sa satisfaction ne se manifesta que par des bouffées de fumée... (Page 5.)
Cela ne l’avait pas empêchée de profiter au mieux d es leçons d’un professeur de
belles-lettres sorti de l’École Normale, M. Jules L onginet, et de celles d’un élève de Cabanel, M. Paul Verlizon, ce dernier ayant pour mission de l’initier à l’art de la peinture. Ces deux jeunes gens, sur l’invitation de M. Desorm eaux, étaient venus passer les vacances à Beau-Site.
Le break suivait une de ces jolies rentes qui traversent le Cantal. (Page 1.)
M. Jules Longinet, fier de son élève, et dans l’espoir qu’il trouverait bien moyen de lui inculquer encore quelques bribes de science, même p endant ce mois privilégié, avait accueilli avec le plus sensible plaisir et la plus entière reconnaissance l’invitation de M. Desormeaux. Sa satisfaction ne se manifesta néanmoins que par les bouffées de fumée précipitées qui sortaient de sa pipe et s’enroulaient autour de sa tête pour y former une auréole, tandis que le propriétaire lui faisait la description de sa villa et l’énumération des plaisirs qu’il y trouverait. Quant à M. Paul Verlizon, son enthousiasme ne fut pas moins vif. Lui qui avait passé toutes les belles années de sa jeunesse à piocher à mort, en rêvant une bourse du gouvernement qui lui permît d’aller terminer ses études à Rome ; qui avait jusque-là été obligé de se contenter des aspects prosaïques de la plaine Saint-Denis ou des carrières de Montrouge, il allait donc, à défaut du ciel d’It alie, pouvoir contempler des horizons nouveaux, des horizons variés et accidentés ! Peut-être, sous l’inspiration qui en naîtrait, allait-il produire quelques toiles qui attireraient sur son auteur les distinctions les plus flatteuses et les plus lucratives. Donc, pendant que M. Jules Longinet, le cœur épanou i de plaisir, empilait dans sa malle ses chers auteurs classiques dont il ne se se rait pas séparé, fût-ce un seul jour, pour un empire, M. Paul Verlizon entassait dans la sienne, avec un empressement non moins joyeux, couleurs, toiles, palettes et pinceaux. Nous aurions dû nommer avant ces deux personnages, parmi les hôtes de Beau-Site, me me la respectable M Bourdille, sœur de la feue M Desormeaux. Cette dame, qui était veuve, passait la majeure partie de son temps chez son beau-frère et avait une grande affection pour sa nièce Angèle. me M veuve Bourdille était une ex-marchande de comestibles, et, les truffes aidant, elle avait fait, elle aussi, une brillante fortune, qu’e lle destinait tout entière à sa nièce bien-aimée. me Cette nièce pourtant n’était pas la seule affection de M Bourdille. Deux objets tenaient encore une très large place dans le cœur d e l’ex-marchande de comestibles : c’étaient sa boîte à musique et son perroquet Coco.
me M Bourdille.
me M Bourdille avait un amour immodéré pour cette mécan ique musicale et pour cet être emplumé. Je n’irai pas jusqu’à dire que cette tendresse primât chez la dame les affections de parenté, mais il n’eut pas été sage de vouloir tirer les choses au clair !
C’est qu’aussi le volatile en question n’était pas une bête ordinaire. D’abord c’était un me perroquet de famille ; il avait été légué à M Bourdille par son père, avec son établissement de comestibles et pas mal de sacs d’écus. Ce vénérable ascendant avait été le magister de Coco, et il en avait fait un perroquet modèle en lui apprenant une foule de phrases plus ou moins spirituelles et des refrains tels que celui-ci :
Quand je bois du vin clairet, Tout tourne, tout tourne ; Quand je bois du vin clairet, Tout tourne au cabaret !
Quant à la boîte à musique, — une bien jolie boîte vraiment, en palissandre, avec un Amour en bois de citronnier et des pigeons, torches et autres emblèmes incrustés au milieu et aux quatre coins, — chacun comprendra com bien elle devait être chère à la veuve, quand on saura que feu Bourdille — le regret té Bourdille — l’avait offerte à sa future la veille de leur mariage.
Si M. Paul Verlizon s’installait... (Page 8.)