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Les Confidences de la poupée

De
90 pages

En commençant le présent ouvrage, destiné à faire connaître les qualités d’une petite personne qui n’a pas même sa langue dans sa poche, j’ai cru qu’il me suffirait de m’adresser à un seul joujou pour obtenir les révélations promises à mon public.

Je m’étais fourvoyé comme un bataillon de soldats de plomb dans un ménage de petite demoiselle.

Il y a autant de sortes de poupées qu’il y a de règles de participes.

Et pour donner au complet la physiologie de la belle au cœur de son, il m’a fallu rendre visite aux belles de toutes les spécialités.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Timothée Trimm
Les Confidences de la poupée
PRÉFACE
AUX CONFIDENCES DE LA POUPÉE
Voici venir à grands pas le Jour de l’An, entraînant à sa suite le Bonhomme Etrennes Les grands parents auront beau regarder avec humeur cette date du calendrier qui les oblige à desserrer les cordons de leurs bourses... Les employés, les femmes et surtout les enfants ne sont pas hostiles au lendemain de la Saint-Sylvestre. Tout un horizon de bonbons et de joujoux se dévoile à leurs regards avides.
* * *
J’ai résolu cette année d’écrire un livre tout expr ès pour les petites demoiselles qui er attendent le 1 janvier avec la légitime espérance de recevoir de jolies étrennes. Je sais qu’on a un peu abusé des livres pour la jeunesse. On a donné depuis quelque temps aux enfants des liv res de science... qui ne les amusent pas toujours. Sous le prétexte d’instruire en amusant, on a placé des pupitres de classe dans les jardins de récréations.
On a mis des règles de grammaire dans les pralines ; des leçons de physique et des principes de chimie en guise de devises... autour d es papillotes et des bonbons fondants... Cela peut être fort ingénieux de la part des profes seurs, qui cachent ainsi la férule dans un bâton de sucre de pomme... Cela n’est pas toujours divertissant pour ces chers innocents qui trouvent une leçon à retenir à la page où ils comptaient rencontrer une naïve et simple narration.
* * *
J’ai donc résolu d’écrire un livre pour le Jour de l’An 1868. Mais je déclare à l’avance que j’ai eu plus en vue d’amuser que d’instruire l’intéressant public auquel je m’adresse... Je fais un volume pour les petites demoiselles, et je n’ai pas la prétention de remplacer leurs maîtresses de pension dans la démonstration des sciences et des lettres. me Il n’y a pas l’ombre d’une leçon dans Perrault, dans M Leprince de Beaumont, dans me Bouilly, dans Berquin, dans M Eugénie Foa. Assez de gens capables sont auprès de nos gentilles clientes pour les instruire pour que je ne cherche qu’à les amuser.
* * *
Je me suis aperçu que, dans les 400,000 jeunes filles de sept à quatorze ans, qui sont la joie des familles françaises, il n’en est pas un e qui ne soit en possession... d’une poupée... Or, la Poupée est presque un membre de la famille... La couturière met de côté les élégants chiffons, le s fragments de velours et de satin pour confectionner des toilettes nouvelles... à cette mignonne des mignonnes. Le coiffeur de maman démêle, dans ses jours de bonne humeur, les nattes de la belle fille aux yeux d’émail, qui figure à l’avance dans l’ensemble d’une famille... la troisième génération... Les bonnes obséquieuses marchent sur la pointe des pieds... quand la Poupée dort... afin de complaire à Mademoiselle. Un auteur a prétendu que pour être bien reçu dans u n logis, il fallait en caresser le chien... Cet écrivain s’est trompé. Pour être le bien accueilli d’un foyer qui possède un de ces charmants démons qu’on appelle une jeune fille, il faut se montrer courtois, déférent et gracieux vis-à-vis... de sa Poupée. C’est une politesse exquise et raffinée oubliée dan s la CIVILITÉ PUÉRILE ET HONNÊTE. La Poupée n’a qu’un seul défaut, elle n’est pas causeuse. Il y a évidemment des Poupées, auxquelles on fait d ire PAPA et MAMAN, rien qu’à leur lever les bras... Mais cela ne dépasse pas l’éloquence d’un baby de deux ans. Et cela ne suffit pas à entretenir une bien longue conversation.
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J’ai vu beaucoup de petites filles fort ennuyées de ce traditionnel mutisme de la Poupée. Elle lève ses yeux d’émail au ciel quand on la couche sur le dos, c’est à merveille. Elle valse un quart d’heure durant, quand on monte le mécanisme, que cache sa jupe blanche ou écarlate... rien de mieux... Mais cela n’est pas toujours assez pour l’enfant qui prodigue à la Poupée des soins qui sont l’apprentissage des doux soucis de la maternité... Toute mère guette, au fur et à mesure qu’ils surgis sent de petites lèvres roses, les premiers mots de l’ange qui lui est adressé... sous la forme d’une charmante enfant...
* * *
Malgré cela, j’ai vu bien d’impatientes petites filles me dire avec dépit :  — Ma poupée m’ennuie, que je la caresse ou que je la fouette, que je l’habille pour venir avec moi dans le salon, ou que je la couche i mmédiatement après dîner, c’est absolument la même chose... ELLE NE PARLE PAS !
* * *
J’ai donc, dans le livre que je présente aux petite s filles, en ce moment, fait parler la Poupée. Chaque gentille fille y apprendra la naissance, les gloires et les malheurs, les grandeurs et les servitudes de la belle figurine... dont elle est propriétaire. Si chaque Poupée est muette, ce livre parlera pour ces lèvres de carmin qui ne savent laisser jamais échapper que les mêmes mots. Jamais les mémoires de l’homme d’État le plus discret et le plus circonspect n’auront offert un plus vif intérêt que ces CONFIDENCES DE LA POUPÉE où l’on retrouvera les mémoires secrets, les indiscrétions, les révélations, les mystères du joli bébé de fabrique française ou allemande, dont nos petites filles font leurs délices... Je crois posséder les confidences de la Poupée, prises directement et aux meilleures sources. J’ai vu la Poupée originaire de Nuremberg, qui a des joyaux d’or et de pierres fines aux bras, aux épaules, aux oreilles. J’ai vu la Poupée qui se déshabille et qui possède un trousseau digne de la fille d’un notaire. J’ai vu la Poupée habillée à la toilette unique, et dont le prix est à la portée de tous les pères de famille. J’ai même vu la Poupée de l’enfant pauvre, le simple bébé à la tête dé carton, et qui pour n’avoir pas un nez de porcelaine, une prunelle d’émail et des bas à jour, n’est pas moins aimé malgré son humilité... J’ai été interroger ces Charmantes créatures aux lieux mêmes où elles sont créées. Et je crois avoir écrit les CONFIDENCES DE LA POUPÉ E avec conscience et exactitude, bien que le style ne ressemble pas à ce lui des CONFIDENCES DE LAMARTINE.
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J’ai appelé à mon aide un dessinateur dont le crayo n a cette ingénuité, cette grâce sans prétention qui plaisent à l’enfance. M. Désiré Goulard a illustré les CONFIDENCES DE LA POUPÉE de NOMBREUX DESSINS INÉDITS qui en font un véritable album. La belle enfant d’adoption de toutes les petites filles de France y est portraitée dans toutes les phases de son existence, car le dessin suit le texte et l’inspire souvent. L’ouvrage a été fait pour les étrennes. On ne sait souvent que donner à une petite fille pour le jour de l’an... Pour les garçons, il y a tout l’arsenal militaire, les sabres, les revolvers, les fusils Chassepot en miniature, les armées de soldats de pl omb d’Allemagne et l’artillerie lilliputienne... Pour une petite demoiselle qui a déjà une Poupée, u n Ménage, une Boîte à ouvrage, la chose est plus difficile. Ce n’est pas encore une femme ; car elle porte touj ours des pantalons brodés ; ce n’est déjà plus une enfant, car elle joue du Schubert à livre ouvert au piano du salon de réception.