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Les Coulisses

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Août 1862.

Quelle pitoyable opinion les romanciers n’ont-ils pas de la vertu des danseuses !

Il n’y a pas une nouvelle ou un roman parisien dans lequel on ne trouve soit un banquier, soit un homme du monde, entretenant une danseuse de l’Opéra. Or l’Académie de musique ne compte guère qu’une trentaine de danseuses ; de façon que — même en comprenant les rats et les figurantes — on trouverait bien un millier d’adorateurs heureux pour chacune de ces dames.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Aurélien Scholl

Les Coulisses

Août 1862.

 

Quelle pitoyable opinion les romanciers n’ont-ils pas de la vertu des danseuses !

Il n’y a pas une nouvelle ou un roman parisien dans lequel on ne trouve soit un banquier, soit un homme du monde, entretenant une danseuse de l’Opéra. Or l’Académie de musique ne compte guère qu’une trentaine de danseuses ; de façon que — même en comprenant les rats et les figurantes — on trouverait bien un millier d’adorateurs heureux pour chacune de ces dames.

Il est facile de voir que les malheureuses sont calomniées... C’est en vain qu’elles appelleraient à leur secours la Porte Saint-Martin et le Cirque, elles seraient encore au-dessous de la situation...

*
**

Il en est des danseuses comme des hôtels aux Champs-Élysées. Chaque fois qu’une vertu dégringole, on se raconte que le séducteur a donné :

  • 1° Une inscription de rente ;
  • 2° Une ou deux voitures ;
  • 3° UN HOTEL AUX CHAMPS-ÉLYSÉES.

Je sais bien qu’on les fait tout petits maintenant ; mais encore le nombre en est-il limité !

*
**

Il est vrai de dire que plusieurs de ces hôtels sont comme l’armée du Cirque, qui entre dans la coulisse à gauche et reparaît bientôt par la droite.

Le même hôtel sert à plusieurs séductions...

Il en est un entre autres — qui a été donné dix fois par M.X. à dix personnes différentes.

C’est un hôtel meublé ; tout s’y trouve : les rideaux, les nappes, les serviettes ; on n’a que le chiffre à changer.

La nouvelle venue fait marquer le linge à ses initiales, le banquier octroie six couverts d’argent, — et en voilà pour un an.

Cela nous rappelle ce maire de campagne qui, — en février 48, — fit ajouter par son plâtrier une gorge imposante au buste de Louis-Philippe, — qui se trouva tout à coup changé en une énorme République.

Il va sans dire que les favoris avaient été rognés.

*
**

Je conclus par une adresse aux personnes encore vertueuses : « Jeunes filles ! défiez-vous des hôtels aux Champs-Elysées ; et si l’on vous donne un piano, demandez à voir la facture ! »

*
**

UNE INGÉNUE ET UN JOURNALISTE

Histoire vraie.

 

L’INGÉNUE. — Critiquez-moi comme actrice tant que vous voudrez, mais n’imprimez pas mon âge.

LE JOURNALISTE. — Quel qu’il soit, on ne vous le donnerait pas.

L’INGÉNUE. — Savez-vous que je suis née en 1849 ?

LE JOURNALISTE. — Je consens à vous rajeunir d’autant d’années que vous me permettrez de vous donner de baisers.

L’INGÉNUE. — Oh ! alors, embrassez-moi.

(Trois baisers sont donnés.)

L’INGÉNUE. — Encore un.

LE JOURNALISTE. — Non... c’est assez...

L’INGÉNUE. — Ah ! bien, si X... avait été à votre place...

LE JOURNALISTE. — Qu’est-ce qu’il aurait fait ?

L’INGÉNUE. — Je serais née en 1853.

La petite***, (qui est d’une maigreur désolante, m’a dit hier que, si je continuais à lui lancer quelques épigrammes, elle me ferait voir du pays.

  •  — Du pays plat, sans doute ?
*
**

Puisque c’est chose convenue que nos lecteurs ne doivent rien ignorer, voici un relevé assez intéressant qui prouve que la cherté des vivres n’est qu’une plaisanterie à côté de la cherté des sons.

*
**

En 1861,

GUEYMARD

a chanté soixante-trois fois en onze mois.

Sept représentations et sept dixièmes par mois.

M. Gueymard coûtait donc, par représentation, — mille quarante-sept francs.

En 1862 (sept mois), M. Gueymard a chanté six fois par mois en moyenne. — Prix de revient : mille francs par représentation.

(En ce qui concerne M. Gueymard, nous croyons devoir ajouter que le chiffre de ses appointements n’a rien d’exagéré et qu’on le remplacerait difficilement au même prix.)

*
**

En 1861,

Madame Gueymard-Lauters a chanté quarante fois en onze mois, soit trois représentations et dix onzièmes par mois.

Le prix de chaque représentation ressort à 1,350 francs.

De janvier à fin juillet 1862, madame Gueymard a chanté vingt-trois fois, soit trois représentations et deux septièmes par mois, madame Gueymard a donc coûté quatorze cent sept francs par soirée.

*
**

Le ténor le plus cher qu’ait eu l’Académie de musique est l’Allemand Niemann.

 

NIEMANN

était engagé spécialement pour chanter Tannhauser ; l’engagement était de quarante-six mille francs pour un an.

Or, M. Richard Wagner, s’étant opposé à ce que Niemann chantât autre chose que son opéra, et le Tannhauser n’ayant pu être donné que trois fois, M. Niemann a coûté, par soirée, QUINZE MILLE TROIS CENT TRENTE-TROIS FRANCS et trente-trois centimes !

On ne regrette pas les trente-trois centimes !

 

DULAURENS

De janvier à fin juillet a chanté vingt-huit fois, soit quatre représentations par mois :

Trois cent cinquante-sept francs par soirée.

 

MICHOT

Trente-trois fois, ce qui met ia soirée à QUATRE CENT SOIXANTE et dix-huit francs.

 

FAURE

En quatre mois, quinze fois : — SEIZE CENTS francs par représentation.

 

BELVAL

Vingt-neuf fois en six mois ; quatre fois et cinq sixièmes par mois. — NEUF CENT QUARANTE-HUIT francs par représentation.

 

OBIN

Vingt fois en six mois (un mois de congé) : NEUF CENT CINQUANTE francs par soirée.

 

MARIE SAX

A chanté six fois par mois. Cette remarquable artiste revient donc à TROIS CENT CINQUANTE francs par représentation.

 

MADAME TEDESCO

Six fois en trois mois (quatre mois de congé). Madame Tedesco a reçu vingt et un mille francs, soit TROIS MILLE CINQ CENTS ! ! par soirée.

 

MADAME VANDENHEUVEL-DUPREZ

Trois fois et deux cinquièmes par mois : prix, HUIT CENT QUATRE-VINGTS FRANCS la représentation.

 

MADAME FERRARIS

En quatre mois, vingt-quatre représentations, soit SEPT CENTS FRANCS par soirée.

 

MADEMOISELLE EMMA LIVRY

En cinq mois, a dansé dix-huit fois, soit trois fois et trois cinquièmes par mois. — HUIT CENT TRENTE-TROIS FRANCS par soirée.

Cent trente-trois francs de plus que madame Ferraris.

A côté de ces artistes, qui chantent trois fois par mois, M. Kœnig, grand coryphée, a chanté cent vingt-sept fois, sur cent quatre-vingts représentations !

*
**

Un lieutenant-général en activité a vingt ou vingt-cinq mille francs d’appointements ;

Un colonel a six mille francs ;

Un premier président de cour impériale, vingt mille ;

Le président de deuxième ou de troisième classe, huit ou neuf mille ;

Un chef de bureau dans un ministère, six ou huit mille...

Tandis que madame Gueymard disant :

..... Mon père, prenez garde,

a déjà gagné six francs.

Rentrons, c’est nous que l’on regarde !

Sept francs deux sols...

 

ELÉAZAR :

Par le Dieu d’Abraham, je ris de leur courroux !

(Six francs cinq sols).

Et vous, enfants, m’entendez-vous !

(Quatre francs trois sols !)

*
**

En divisant par mesures le rôle du Tannhauser, on arrive au résultat le plus surprenant, et, si l’on fait également la part de la mise en scène, on trouve que M. Niemann a reçu :

Pour lever les yeux au ciel. — cent trois francs ;

Pour remonter la scène, — quarante-sept francs.

*
**

Dans le Trouvère, le rôle d’Azucena renferme cent quatre-vingt-huit vers.

A trois mille cinq cents francs par soirée, madame Tedesco — pour dire :

Insensé !

Étrange pitié !

touche quarante-deux francs et dix-sept centimes.

Scène III. — Acte II. — Mon fils ! (Seize francs.)

Que sera-ce alors si c’est Bonnehée qui remplit le rôle du comte à cinquante mille francs par an !

 

LE COMTE.

Approche, aurais-tu l’audace de mentir ?

(Quatre-vingts francs.)

AZUCENA.

Parle ! (Onze francs.)

LE COMTE.

Où vas-tu ? (Trente francs.)

AZUCENA.

Dieu le sait. (Quinze francs.)

 

Et les petites villes de province veulent avoir un opéra !

  •  — Vous rappelez-vous cette princesse de je ne sais quel conte de fées, qui ne pouvait ouvrir la bouche sans vomir des perles et des diamants ?

C’est le contraire qui arrive pour nos artistes lyriques. Ils ne peuvent ouvrir la bouche sans aspirer des bank-notes et des rouleaux......

*
**

Il est dans Paris un autre Ernest que Feydeau.

Nous avons nommé Ernest Blum.

De même qu’un maître tailleur écrit sur son enseigne :

 

FOURNISSEUR DE S.A.R. LE DUC DE SAXE-COBOURG.

 

Ernest Blum a fait graver sur ses cartes de visite : Fournisseur de Léon Sari !

C’est à Blum que la postérité devra le Plat du jour, le Bénéfice de Rouflaquet et vingt autres revues d’Alexandre Flan.

Or, Ernest Blum — qui est un frère pour moi — m’a fait l’honneur de me tirer par la manche et de me tenir le langage suivant :

 

LAMENTATIONS D’ERNEST BLUM.

  •  — Hippolyte Cogniard, qui ferme son théâtre aux jeunes gens, est venu jusqu’ici aux Délassements-Comiques, chez moi ! Il y signe seul sa pièce, et pas un journal n’a protesté contre cet envahissement !

C’est moi qui ai eu l’idée d’arranger le Royaume des femmes pour la scène de la rue de Provence, et Cogniard n’a pas voulu mettre mon nom à côté du sien.

  •  — Vous comprenez bien, mon cher Blum, m’a-t-il dit, qu’une pièce de moi qui en ai fait jouer cent cinquante ne peut pas avoir été arrangée par vous qui êtes un débutant, signez seul si vous voulez !
  •  — Puisque vous teniez à cette publicité, dis-je à mon Ernest, il fallait prendre Cogniard au mot.
  •  — C’est qu’on a pensé, reprit cet adorable jeune homme, que son nom ferait mieux que le mien sur une affiche et — dans l’intérêt du théâtre — j’ai dû céder.

 

PERFIDIE D’ERNEST BLUM

  •  — Eh bien ! que voulez-vous de moi ?
  •  — J’espère que vous releverez vertement cette injustice... Cogniard se donne une importance que je ne puis subir... C’est un homme qui croit que c’est arrivé ! Henri Rochefort et Albert Wolf sont indignés... C’est une saleté qu’on me fait, voilà tout.
  •  — Mais si Rochefort et Wolf sont indignés, pourquoi ne le disent-ils pas ?
  •  — Je les ai priés de n’en rien faire parce qu’on nous sait liés et que Cogniard verrait que l’attaque vient de moi.
  •  — Alors vous voulez que j’abîme Cogniard ?
  •  — Oui, répondit simplement l’excellent Ernest ; mais en ayant l’air, ajouta-t-il, de le faire à mon insu... Pour rien au monde, je ne voudrais que Cogniard pût me soupçonner d’être là dedans pour quelque chose. C’est un directeur et j’ai besoin de lui.

 

BLUM NE FAIT AUCUN CAS DE MES SCRUPULES

Je regardais ce jeune homme jaune avec étonnement.

  •  — C’est que j’ai une grande amitié pour Cogniard ! lui dis-je.
  •  — Qu’importe ? fit Ernest.
  •  — C’est un homme d’esprit, un excellent cœur....
  •  — Qu’est-ce que cela fait ?....
  •  — Il y a dans une de ses féeries un tableau des Éphémères qui est un vrai bijou !...
  •  — Qu’importe !
  •  — Il a fait Bruno le Fileur et plusieurs pièces populaires qui ne sont point du premier venu.
  •  — Il a été indigne à mon égard ! Votre devoir est de l’éreinter.
  •  — Mais quand je serai brouillé avec lui — à cause de vous — cesserez-vous de lui parler ?

Ernest fit un haut-le-corps.

  •  — Au contraire ! vous comprenez bien que je suis tout à fait en dehors....

 

MORALITÉ

La veille du jour où paraît ce journal, Ernest me fait un clignement d’yeux :

  •  — Votre article est fini ?
  •  — Complètement.
  •  — Ça y est-il ?
  •  — Oui, mon bonhomme, ça y est...

Et le jeune auteur, prenant le bras d’Hippolyte Cogniard, avec lequel je dois être brouillé à mort le lendemain matin, le reconduit jusqu’à sa porte, — parce que c’est l’heure de son dîner, — et, qui sait ? il ajoute peut-être en lui serrant la main :

  •  — Scholl n’est pas un ami sûr !
*
**

Scribe a fait une pièce là-dessus.

Elle est intitulée Bertrand et Raton.

*
**

Alphonse Karr disait en parlant de ce qu’on appelait alors « le pouvoir » : Ces gens-là ne songent à vous que quand vous avez fait un tour et demi à leur cravate et que vous les avez rendus violets.

L’auteur des Guêpes ne se doutait peut-être pas que le jour était proche où les écrivains écriraient pour écrire et non pour servir leur ambition personnelle envers et contre tous les intérêts publics.

*
**

Mais alors que le roman social a disparu avec Eugène Sue (car les Misérables ne sont qu’une tentative isolée et dont l’idée remonte peut-être à l’époque dont nous parlons), alors que la critique a dépouillé toute passion politique ;

Alors enfin que la littérature a cessé d’être un marche-pied ;

Voici que le théâtre embouche brusquement la trompette de Jéricho, voici que certains auteurs semblent vouloir — par des pamphlets qui attireront de vives représailles — jeter un défi à la patience du journalisme.

Chose singulière ! ce sont les satisfaits qui commencent l’attaque.

*
**

Avant la représentation du Fils de Giboyer, le bruit a été habilement répandu qu’il y aurait cabale, qu’on ferait de cette comédie une affaire de parti. On comptait déjà les sifflets, on additionnait les coups de poing, on faisait blanchir le poste ; — et M. Édouard Thierry disait, en regardant ses banquettes : — Quel dommage ! elles étaient toutes neuves !

*
**

Or, rien n’est arrivé de ce qu’on avait annoncé ! L’esprit brillant de M. Émile Augier a été applaudi comme il méritait de l’être ; on a salué les mots heureux, on a même fermé les yeux sur des situations connues, telles que la scène de la bibliothèque, qui est la même que dans le Rouge et le Noir (Julien Sorel et mademoiselle de la Mole), et la scène suivante que nous avons déjà vue dans le Roman d’un jeune homme pauvre : Je vous plains sincèrement, Mademoiselle, vous qui n’avez pas l’ignorance du mal !

Dans Giboyer, mademoiselle Maréchal dit :

  •  — Je vous fais des excuses.

Marguerite disait dans le Jeune homme pauvre :

  •  — Pardon, Monsieur.

On a même oublié que mademoiselle Favart prend sur le front de M. Delaunay le baiser qu’on a déjà vu prendre dans la même maison et dans la même situation, au Vaudeville, dans les Dettes du cœur.

*
**

Voici donc l’auteur trompé dans son attente.

Il comptait sur un succès de désordre.

Il a un succès de convenance.

Plaignons-le bien sincèrement.

*
**

M. Émile Augier est certainement le premier auteur dramatique de notre temps.

Supérieur à M. Ponsard par la forme et par la fécondité, il est aussi actuel que M. Alexandre Dumas fils — et dans un ordre plus élevé.

Mais, à propos de cette pièce politique, un imprudent a imprimé le nom d’Aristophane : Ariston phaïnô !

L’auteur des Nuées et des Chevaliers ne fut pas, que je sache, un des flatteurs de Cléon, Aristophane attaquait sans ménagement les hommes d’État et les dieux mêmes.

M. Émile Augier, loin d’attaquer les puissants, détache son manteau et l’étend devant eux — comme l’Écossais Raleigh sous les pas de sa reine.

M. Augier n’a donc de commun avec Aristophane que le côté des allusions et des personnalités, — qu’il applique tout à l’opposé du poète grec.

*
**

Il est bon, dans de semblables circonstances, que la critique se réveille. Où il y a un devoir à remplir, le journaliste ne peut se taire. Déjà une coupable bienveillance a laissé se pervertir les théâtres du deuxième ordre, il faut arrêter cette contagion.

Que de fois un critique s’est dit : voilà un piètre vaudeville écrit en bien méchante prose, et cependant je lui ferai grâce. L’auteur s’est embusqué dans un bout de journal d’où il me lancerait quelque grosse injure... Autant lui dire qu’il est homme d’esprit afin qu’il ne me traite pas d’imbécile !

C’est là la plaie.

Il ne faudrait pas oublier que les injures tombent à la brosse, — et que les critiques restent.

Les unes sont de boue, les autres sont de bronze.

*
**

Quant à ces grimauds qui tombent dans le journalisme comme des mouches dans un potage, ils ne sauraient aller bien loin.

Le pied leur glissera dans l’encre.

*
**

Rien n’est plus intéressant à mes yeux ni plus comique, ni plus dramatique que toutes ces anecdotes, petites comédies en trois lignes, qui se jouent à chaque instant dans Paris.

Si Tallemant des Réaux vivait aujourd’hui, c’est pour le coup que les historiettes, iraient bon train ! Quand le journaliste a discuté la question du jour, le chroniqueur — qui est le clown de tous les formats — se présente avec son cortège d’initiales perfides.

Il recueille les quatrains, les chansons, les bons mots et les mauvais, et il vous les raconte, à vous qui n’avez pas le temps de courir comme lui !

 

Voici une chanson inédite de M. Lépicier de Neuville.

AIR CONNU.

Avait un vaud’ villiste,
Un nommé Siraudin,

Un malin !

Qui se mit à la piste
D’un joli magasin

Très bien peint ;

Dix-sept, rue d’la Paix !
Qu’il nous fich’ la paix !

Ce nouveau fournisseur !

Le joli fi, le joli fi,

Le joli confiseur !

DEUXIÈME COUPLET.

Tantôt d’la Martinique
Du nègr’il pomp’la sueur,

L’exploiteur !

Tantôt d’la rhétorique,
Il cultive la fleur,

Le farceur
Si bien que c’colon,
Doublement fécond,

Auteur et confiseur,

Est double ti, est double ti,

Double cultivateur.

Qu’il y a loin de ces vers négligés au remarquable morceau écrit par M. Decourcelle, au-dessus d’un quatrain d’opéra comique :

Après Michel Carré,
Les vers que je ferais,
Manquerait trop de sel.

« ADRIEN DECOURCELLE ».

Septembre 1862.

 

Gil Pérès discutait un rôle avec Lambert Thiboust, et, comme ils ont beaucoup d’affection l’un pour l’autre, ils ne pouvaient parvenir à s’entendre.

A ce moment un convoi traversait le boulevard.

  •  — Tiens ! dit Pérès avec colère, regarde bien ça ; voilà comme tu finiras.
*
**

X. est directeur de théâtre depuis tantôt dix ans, et depuis huit ans il aspire vainement à vermillonner sa boutonnière.

De guerre lasse, il a pris le parti de se décorer chez lui, et quand il passe devant une glace, il s’écrie :

  •  — Enfin, je savais bien que cela viendrait.

Si quelqu’un hasarde une observation, il répond :

  •  — Mon ruban n’est pas encore reconnu par le gouvernement, mais voyez le royaume d’Italie..... il a bien fallu le reconnaître. Eh bien ! j’attendrai.
*
**

L’aventure du vicomte de Tonnay-Saintonge est devenue un fait-Paris. Il est impossible de ne pas lui donner une place dans ces colonnes.