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Les écritures migrantes

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258 pages
Probablement dernier avatar du questionnement de la migration en littérature, les écritures migrantes se présentent comme une figuration de l'entre-deux. Analysées à partir du trauma du départ, de la mobilité et de l'intégration dans le pays d'accueil, elles engendrent des configurations thématiques, narratives et discursives fécondes et problématiques. Les analyses de ce collectif migrent de la question de l'exil vers une mise en texte et en discours des conditions et circonstances de l'émigration/immigration dans la production littéraire.
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Sous la direction de AdamaCo ulib aly et Yao LouisKonan
Lesécritures migrantes
De l’exil à la migrance littéraire dans le roman francophone
Espaces EL Littéraires E
Les écritures migrantes De l’exil à la migrance littéraire dans le roman francophone
Espaces Littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions Elena BALZAMO,« Je suis un vrai diable ». Dix essais sur Strindberg, 2014. Fatima AHNOUCH,Littérature francophone du Maghreb. Imaginaire et représentations socioculturelles, 2014. Céline BRICAIRE,Une histoire thématique de la littérature e russe du XX siècle. Cent ans de décomposition, 2014. Elisabeth SCHULZ,Identité séfarade et littérature francophone au XXe siècle, 2014. Jelena NOVAKOVIĆ,Ivo Andrić. Lalittérature française au miroir d’une lecture serbe,2014.Przemyslaw SZCZUR,Produire une identité,le personnage e homosexuel dans le roman français de la seconde moitié du XIX siècle (1859-1899),2014.Nabil EL JABBAR,L’œuvre romanesque d’Abdelkébir Khatibi, 2014.André NOLAT,Les figures du destin dans les romans de Malraux, 2014. Olivier-Pierre THEBAULT,Par-delà l’enfer et le ciel, Essais sur la pensée de Charles Baudelaire, 2014. Textes réunis et présentés par Michèle AQUIEN,L’érotisme solaire de René Depestre, Éloge du réel merveilleux féminin, 2014. Laëtitia PERRAY,La femme dans le théâtre de Robert Poudérou, 2014. Ghada EL-SAMROUT,L’itinéraire mystique dans l’œuvre de Salah Stétié, 2014. Margaret GILLESPIE, Philippe LAPLACE et Michel SAVARIC (dir.),Marges et périphéries dans les pays de langue anglaise, 2014. Fabrice BONARDI (dir.),Parfums de l’âme et autres feux follets, 2013.
Sous la direction de Adama Coulibaly et Yao Louis Konan LES ÉCRITURES MIGRANTES
De l’exil à la migrance littéraire dans le roman francophone *
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05567-1 EAN : 9782343055671
Introduction
 Aujourd’hui, la substitution progressive à la notion d’État-Nation d’autres syntagmes comme "village planétaire", "village global″ (Marshall Mc Luhan), trans-nation, accompagne une réalité sociale : celles des flux migratoires ou de la mobilité, des hommes, des objets, des idées de façon générale.  La littérature fait ses délices de cette mobilité et de ses aménagements figuratifs mais aussi de ses extensions métaphoriques où mouvement, transition, transit, déplacement, transfert, éphémère et autres "identités fictives" (Roland Barthes) ou rhizomatiques (Glissant) de la transition prolifèrent. Cette tentative de représentation de la mobilité sociale rencontre des essais de systématisation comme l’écriture migrante ou, pour reprendre les termes de Chevrier, « la littérature de la migritude » (2006 : 159).  Probablement le dernier avatar du questionnement de la migration en littérature, l’écriture migrante, entre autres paradigmes possibles, se présente comme une figuration de l’entre-deux. Sa lecture est liée à un tryptique : le trauma du départ, la mobilité et l’intégration dans le pays d’accueil. Toutefois, une telle configuration est bien sommaire, voire lacunaire, au regard de la palette de paradigmes périphériques 1 définis par Daniel Chartier . Sans remettre en question la
1 Daniel Chartier situe l’écriture migrante à la croisée de plusieurs modalités figuratives de la question de l’émigration. Dans cet élan de délimitation et de spécification typologiques, il retient la littérature ethnique qui se noue autour d’une écriture « des éléments biographiques liés à l’appartenance culturelle, sans qu’il y ait pour autant nécessité d’un passage migratoire » ; la littérature de l’immigration qui est « un corpus thématique qui traite des problématiques migratoires » ; la littérature de l’exil, qui dans un sens plus ouvert « selon le cas, [peut prendre] la forme de la biographie, de l’essai ou du récit de voyage » ; la littérature de la diaspora, serait la production « des émigrés dans différents pays , mais qui se rattachent aux rouages de l’institution littéraire du pays d’origine » et la littérature immigrante, 7
centralité de l’émigration, la richesse des spécifications typologiques n’en est pas moins un indicateur de la flexibilité, de la porosité et des difficultés qui entourent le champ et la notion même d’écriture migrante. Si une grande partie de la critique érige l’exil en point de flexion de l’écriture migrante, elle n’exclut pas les incidences des conditions et des circonstances variées de l’émigration sur la production littéraire si bien que la lecture devient instable d’une génération et même d’un auteur à l’autre.  Dans le cas spécifique du roman francophone (excepté le Québec qui occupe une position transitoire), l’ambigüité et la complexité découlant de la définition de l’écriture migrante tiennent, pour une grande part, aux orientations liées à la thématique de l’immigration, postulant une cartographie éclatée et mouvante de l’espace littéraire. Mambenga va 2 justement critiquer cette "géographicité″ érigée en paradigme critique. De plus, doutant de cette thématique de l’immigration comme point de flexion de l’écriture migrante, bien des spécialistes de l’écriture recommandent une approche qui fasse une démarcation entre les écrivains de la première génération et ceux qui ont émergé à partir des années 80.  En effet, pour Alain Mabanckou, par exemple, l’expérience de l’immigration commune à ces deux catégories d’écrivains définit une critériologie contrastée entre les premiers romans d’Afrique noire francophone et ceux de leurs successeurs. Ainsi, les textes des premiers sont-ils happés par « l’immigration contemplative et moralisatrice » et résolument tournés vers l’essentialisation du pays natal et l’authenticité
« corpus socioculturel transnational des écrivains qui ont vécu cette expérience traumatisante, mais souvent fertile de l’immigration »Cf. Daniel Chartier, « Les origines de l’écriture migrante. L’immigration littéraire au Québec au cours des deux derniers siècles»,Voix et images, Vol. XXVII, N°2(80), hiver 2002, p. 305. 2  Frédéric MabengaYlagou, « Etre ou ne pas être : la littérature africaine de l’immigration n’existe pas »,Revue Palabres,VII, Vol. N° 1-2, 2007, p. 280. 8
africaine alors que les seconds « écrivent, publient et vivent hors de leur continent d’origine, et leurs œuvres évoquent, à la fois, la France, l’Afrique et la condition de 3 l’étranger en Europe » . Sur cette base, il s’aligne sur les conclusions d’Abdourahman Waberi qui fait valoir que « ce n’est pas l’évocation de la France qui est absente des romans africains, c’est plutôt le roman de l’émigration 4 africaine en terre de France qui a tardé » .  La conséquence systémique immédiate est que les romans de la première génération sont rattachés à la littérature de l’immigration, répudiant ainsi la validité de la notion d’écriture migrante pour cette époque des Mirages de Parisd’Ousmane Socé, de Bernard (1937) Dadié avecUn Nègre à Paris(1959) et d’autres thuriféraires de l’identité noire.  En revanche, ces « nouveaux » écrivains qui migrent, produisent en s’inscrivant dans le schéma ainsi défini (Afrique-voyage-intégration) auquel s’ajoutent le trauma de départ, le caractère déstabilisant du pays d’arrivée et la question de la métamorphose identitaire, sont rangés du coté de l’écriture migrante. On pourra citer, entre cent, Louis Philippe Dalembert (Les Dieux voyagent la nuit, 2006), Patrice Nganang (Le Principe dissident, 2005), Fabienne Kanor (D’eaux douces,2003), Sami Tchak (Placefêtes des , 2001), Paula Jacques (Lumière de l’œil, 1980), Marie Cardinal (Au pays de mes racines, 1980). De leur terre d’accueil, ils réalisent, chacun selon ses expériences de l’émigration, des œuvres littéraires particulièrement caractérisées par la thématique de l’obsession du pays d’origine, mais aussi du transnational,
3  Alain Mabanckou,Le Sanglot de l’Homme Noir, Paris, Fayard, 2012, p.150. 4  Abdourahman Waberi, « Les enfants de la postcolonie, esquisse d’une nouvelle génération d’écrivains francophones d’Afrique noire »,Notre Librairie,Nº135, Sept.-Déc. 1998, p. 13. 9