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Les Enfantines

De
328 pages

A mes petits Lecteurs.

Pain sec, à déjeuner, n’est guère appétissant !...
Aussi monsieur Mimi ne grignotait qu’à peine
Ce frugal déjeuner. — Le père s’alarmant

Disait : « Mon fils, chose certaine,
A ne point manger s’obstinant,
Finira par tomber malade. »

Sans rien dire, la mère aussitôt étendit

Sur le pain, de la marmelade :
Et cette Tartine rendit,
A Mimi, tout son appétit.

Des Études de la Nature,

Le docte auteur a dit, avec autorité :

« Que toute fable ait sa moralité :
C’est le pain de la confiture.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Charles Catelin

Les Enfantines

PROLOGUE

LES ENFANTINES

Illustration

I

 

Que sont ces Enfantines ?...
Lecteur, tu le devines...
Récits intéressants
Écrits pour les enfants ;
Mais où l’adolescence
Trouve de sapience
Les préceptes moraux.

 

II

 

Histoires, fabliaux,
Apologues ou contes...
Cher lecteur, que tu comptes
Toutes ces vérités
Ou leurs moralités,
Leurs deux sommes totales
Entre elles sont égales.

ÉPITRE AU PUBLIC

I

Est Apprenti celui qui commence un métier ;
Et le proverbe dit : « Apprenti n’est pas Maître ! »

Soit à l’école... à l’atelier,

Il apprend ce qu’il doit un peu plus tard connaître.

II

Par le travail instruit... il devient Compagnon.
Mais Compagnon comporte un Maître, son patron.
C’est à franchir ce troisième échelon
Que le Compagnon met toutes ses convoitises.

III

Alors qu’aux temps jadis, jurandes et maîtrises.

De par leur juridiction,

Sur chaque corporation,

Par droit du privilége, y tenaient leurs assises,

Il était d’ordre qu’il fallait,

Pour être reçu Maître ès-dite compagnie,

D’un chef-d’œuvre qu’il avait fait, — 

Souvent au prix de plus d’une insomnie, — 

Que le Compagnon se munît,

Et qu’anxieux il attendit,

Sur lui, le jugement qu’en portait l’assemblée.

Si favorable était ce jugement,

Tout aussitôt on accordait d’emblée

Titre et diplôme à l’impétrant.

IV

Ce pauvre Compagnon, attendant la sentence
Qui lui doit octroyer l’objet de son désir
Ou le lui refuser, à son grand déplaisir,

C’est moi !...

Je viens, avec instance,

Pour être reçu Maître, à vous, juge éclairé,

Soumettre, en tremblant, mon ouvrage.

V

Par vous, auguste aréopage,

Par votre jugement... s’il était déclaré, — 
Bienveillamment et pour ne point rendre orphelines

Mes Enfantines, — 

Que, sans être un chef-d’œuvre, on peut le recevoir...
O généreux Public !... je vous promets d’avoir,
En mon cœur, et pour vous, vive reconnaissance,

En retour de votre indulgence.

A MES CRÉANCIERS

Illustration

LES DETTES DU COEUR

Le mal que l’on nous fit !... que le pardon l’efface !...
Mais que le souvenir, du bien, garde la trace.

 (Emin, fable XV, livre VI, C. CATELIN.)

I

 

Ainsi qu’une nef vagabonde,
Mon cœur, sur l’Océan du monde,
Heurtant chaque écueil, s’en allait ;
Et, luttant contre la tourmente,
La vague, pour lui menaçante,
Comme un linceul, l’enveloppait.

 

 

II

 

Meurtri, déchiré par la peine,
Maintes fois il fut abattu ;
Mais l’espérance souveraine
Toujours releva sa vertu.
Stella maris1 si tutélaire,
Pour réconforter sa misère,
Elle envoyait au pauvre cœur
Quelques vifs éclairs de bonheur.

 

 

III

 

Aujourd’hui que le port l’abrite,
Que rien ne le trouble et l’agite,
Il évoque le souvenir
De ces quelques heures d’ivresse ;
Afin d’en dorer la vieillesse
Des jours derniers qui vont venir.

 

 

IV

 

Et de ces douces accalmies,
Faisant les vagues endormies,
Il veut, à qui les procura,
Payer, autant qu’il le pourra,
Les dettes qu’il a contractées.

 

 

V

 

Ah ! pour qu’elles soient acquittées,
Élèves, amis et parents,
Riches, pauvres, faibles, puissants,
Qui, pour lui, fûtes bienfaisants,
S’il vous offre ces Enfantines,
Accueillez-les en Benjamines.

Illustration

AUX CHERS DÉFUNTS

 

 

ET NUNC ET SEMPER

 

A mon père !...

A ma mère !...

 

A ceux des miens sur qui s’est fermé le tombeau !...

 

S’alimentant sans fin d’un feu toujours nouveau,
Sans fin la lampe brûle au pied du sanctuaire ;
Ainsi pour vous, à Dieu, mon ardente prière,
Par votre souvenir, s’alimente en mon cœur.

 

A vous donc, qui dormez dans la paix du Seigneur !...

 

CHARLES CATELIN.

Illustration

INVOCATION

A LA MUSE DE LA FONTAINE ET DE FLORIAN

I

« Une morale nue apporte de l’ennui :
Le conte fait passer le précepte avec lui1. »

C’est ce que dit notre bon La Fontaine.

Après lui, Florian, ce poëte du cœur,
Montre, à son tour, comment on peut avec bonheur,
 — Pour ramener au bien la pauvre engeance humaine,
Combattre son orgueil et sa duplicité,
Et vaincre le penchant qui vers le mal l’entraîne, — 
Du manteau de la fable, orner la vérité2.

II

Disciple humble et fervent de ces grands moralistes,
Je m’enhardis et cherche à marcher sur leurs pas,
Comme ont fait, avant moi, tant d’autres fabulistes.
Muse, qui fus leur muse et qui les inspiras

En leur enseignant l’art de plaire,

Muse, en ce jour, accueille ma prière !

Tremblant, je viens à toi !... Ne me repousse pas !...

III

De bon vouloir, pour moi sois animée,

Muse, je te le dis : Gloire ni renommée

Ne sont ici l’objet de mes désirs.

Je ne m’adresse qu’à l’enfance,
Tout au plus à l’adolescence,

Et leur consacre mes plus doux loisirs.

IV

Elles ont leurs chagrins, revers de leurs plaisirs,
Et pour elles, souvent, la trop aride étude,

De leurs yeux, fait couler des pleurs.

Pour la leur rendre et moins âpre et moins rude,
Je cherche, sur sa route, à jeter quelques fleurs ;
De simples fleurs des champs, fleurs dont la modestie
Pourra m’absoudre, au moins, de tout péché d’orgueil,
Si je n’obtiens de toi, Muse de poésie,
Indulgence et secours pour mon pauvre recueil.

PREMIÈRE PARTIE

Illustration

LIVRE PREMIER

FABLE PREMIÈRE

TARTINE ET PAIN SEC

A mes petits Lecteurs.

Pain sec, à déjeuner, n’est guère appétissant !...
Aussi monsieur Mimi ne grignotait qu’à peine
Ce frugal déjeuner. — Le père s’alarmant

Disait : « Mon fils, chose certaine,
A ne point manger s’obstinant,
Finira par tomber malade. »

Sans rien dire, la mère aussitôt étendit

Sur le pain, de la marmelade :
Et cette Tartine rendit,
A Mimi, tout son appétit.

 

Des Études de la Nature,

Le docte auteur1 a dit, avec autorité :

« Que toute fable ait sa moralité :
C’est le pain de la confiture. »

Illustration

ENVOI

 

J’ai suivi ce précepte, oh ! chers petits gourmands !...

En écrivant pour vous mes Enfantines,

Ma confiture, ici, s’étend sur des Tartines.
Prenez-les !... goûtez-les !... Mordez à pleines dents !...
Ah ! si vous les trouviez excellentes, divines,
Vous me rembourseriez, enfants, à votre tour,
Ce que mon cœur, pour vous, a déboursé d’amour.

FABLE II

LE SUCRE ET LE CAFÉ

A mon élève Léon Riché, négociant.

« Ah ! votre bon Café, mon père,
N’est qu’une médecine amère. »

Le père, interpellé, répondit à l’enfant :

« J’approuve ici ton jugement ;
De ton Café je dirais tout autant ;

Mais je parle du mien, et j’ai raison, je pense,
D’en proclamer bien haut la bonté, l’excellence.
 — Je ne vous comprends pas. — Ton Café ne vaut rien ?...
 — Je le prouve. — Il se peut ; mais je parle du mien.
 — Mais le vôtre et le mien ont même provenance :
La même cafetière, en les versant tous deux,
N’a pas dit : « Sois amer, ici... là, savoureux ! »
 — Je te fais compliment, mon fils, sur ta logique ;
Mais, avant de pousser plus loin la polémique,

Et pour en modérer l’ardeur,
Veux-tu bien, mon savant rhéteur,

Goûter de mon Café ? — Père, je viens d’en boire.

 — Du mien ?...

Non pas !... — Allons... — Eh ! bien ?...

 — Je ne sais plus que croire !

Ce Café, dans ma tasse, est amère liqueur ;
Qui lui donne, en la vôtre, une telle saveur ?...

 — Eh quoi !... nos deux Cafés ne sont plus même chose ?...
 — Ah ! je confesse ici qu’un effet, dont la cause
Échappe à mon esprit, existe... mais comment ?...
 — Je vais donc te l’apprendre... Ami, ce changement,
Qui confond à bon droit ton esprit perpicace,
Provient d’un peu de Sucre ajouté dans ma tasse. »

 

S’il faut — c’est la condition,
Nous l’avons dit, indispensable — 
Que, sous un emblème agréable,
Une utile et sage leçon
Nous soit offerte dans la fable ;
Cette leçon se trouve ici
Et chacun la traduit ainsi :

Le Café, c’est l’enfant ignorant qu’on rejette ;
Mais qu’il s’applique un peu, bientôt l’instruction,
Ce Sucre bienfaisant, change alors la boisson
Et, d’amère, la rend douce, bonne, parfaite.

 

ENVOI

 

Alors que — franchissant le seuil
De l’école où l’adolescence
De l’étude affronte l’écueil
Et triomphe de la science, — 
Chez ton aïeul, ton père et moi,
Éclairions notre intelligence
De ses leçons et de sa foi,
Au petit-fils du docte maître,

Pensais-je avoir si grand bonheur
De payer, comme instituteur,
La dette, si douce à mon cœur,
Qu’en moi l’aïeul avait fait naître
Et que ma fable fait connaître :
Le prix de mon Café sucré ?
Or, si le tien édulcoré
Fut aussi sans saveur amère,
C’est que, je le dis sans mystère,
Mon cher Léon, je fis pour toi
Exactement ce que pour moi,
Par mon maître2, j’avais vu faire.

*
**

FABLE III

LA CHANDELLE ET LA LANTERNE

« Sous la corne de ma Lanterne
Comme il est faible mon rayon !...
Comme sa clarté paraît terne

A travers les parois de ma triste prison !...
Ah ! pourquoi m’enfermer dans cette étroite enceinte ?...

Au grand air, laissez-moi brûler !... »

On cède à ses désirs... mais le vent vient souffler...

Bonsoir !... Voilà notre Chandelle éteinte !...

Vous tous, enfants

Et jeunes gens,

Qu’aux instituteurs on confie,

Vous leur tenez souvent de semblables discours.
Vous tourmenter... voilà, dites-vous, leur envie :
Lorsque pour vous, ingrats, chacun d’eux sacrifie