Les Fastes de l

Les Fastes de l'armée française - Depuis la campagne de Crimée jusqu'à celle du Mexique (1854-1865)

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Livres
180 pages

Description

Air : Vite en carrosse ! Vite à la noce !

Vite en voyage !
Amis, courage !

Il faut quitter le pays sans regrets.

C’est à la guerre
Qu’un volontaire

Doit se conduire en vrai soldat Français !

Ainsi chantaient marchant à la bataille
De nos héros les essaims belliqueux ;
A notre tour nous bravons la mitraille
En répétant ce cri de nos aïeux :

Vite en voyage ! etc.

Adieu, pays chéri de mon enfance !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 13 décembre 2016
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EAN13 9782346132683
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Maxime Guffroy
Les Fastes de l'armée française
Depuis la campagne de Crimée jusqu'à celle du Mexique (1854-1865)
AMONSIEUR LE GÉNÉRAL BARON D’AZÉMAR
Commandant la subdivision de Vaucluse. Hommage très-respectueux de l’Auteur.
er Avignon,1mai1865.
MAXIME GUFFROY.
er Avignon,1novembre1864. Je vous remercie, Monsieur, de l’envoi que vous m’a vez fait de votre Recueil de Poésies, et je vous félicite de votre charmant tale nt. J’ai eu grand plaisir à lire vos vers spirituels, faciles et néanmoins profonds à l’occas ion.Le soldat français devant Sébastopolest bien senti et bien rendu. Vos chansons sont fort gaies, pleines de sel et d’h umour militaire. Recevez donc, Monsieur, avec mes sincères complimen ts et l’expression de ma gratitude, l’assurance de ma parfaite considération . Général Baron d’AZÉMAR. A MONSIEUR MAXIME GUFFROY.
PRÉFACE BIOGRAPHIQUE
L’auteur duRoi d’Yvetotdit, en parlant de lui-même : « Mes chansons, c’ est a moi ! » Sans établir une comparaison qui serait dép lacée, nous pouvons dire que les chansons et les poésies de Maxime Guffroy racontent éloquemment les différentes phases de sa vie. 1 La Préface desNébuleuses a fait connaître l’homme : nous allons faire conna ître l’écrivain, soit par des extraits de ses œuvres, so it par sa correspondance. Louis Maxime Guffroy naquit à Paris le 24 septembre 1826. Orphelin de bonne heure, il fut élevé par les soins d’une sainte et d igne femme, sœur de sa mère. Grâce à la protection d’un magistrat distingué, M.C. de B audicour, Maxime fit ses premières études à la maîtrise de Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Le vénérable pasteur de cette paroisse le fit entrer au Petit-Séminaire Saint-Nic olas-du-Chardonnet, dirigé alors par M. l’abbé Dupanloup, évêque actuel d’Orléans. Après des études assez brillantes, Maxime fut admis au Grand-Séminaire de Saint-Sulpice, à Issy. Mais la tourmente révolutionnaire de février 1848 chassa pour quelque temps les pieux lévites de leur paisible asile et M axime en sortit pour n’y plus rentrer. Ici se retrouve l’épisode le plus touchant de son e xistence qui fut depuis si agitée. Mais laissons parler un de ses biographes : « Dans la maison qu’il habitait avec un de ses oncl es, vieux soldat du premier Empire, demeurait aussi une famille honorable compo sée de la mère et de trois jeunes filles. L’une d’elles, appelée Marie, s’éprit naïve ment d’une vive affection pour Maxime. Une liaison étroite s’établit entre ces deu x cœurs faits pour se comprendre et s’aimer : liaison chaste et pure comme celle des an ges. La bonne mère, au comble de la joie, entrevoyait déjà pour sa fille un prochain hyménée, quand une des sœurs de Marie, naturellement jalouse et devenue la fée mauv aise de la maison, vint briser d’un seul coup ces beaux rêves d’avenir. Par suite des m auvais traitements et des tortures morales qu’elle eut à endurer, Marie Leclerc fut ra ppelée dans le ciel, à peine âgée de 14 ans et quelques mois. (23 mai 1853) » Maxime ne put supporter sa douleur. Il quitta brusq uement une pension de Corbeil e où il remplissait les fonctions de Sous-Maître et s ’enrôla au 98 régiment d’Infanterie. Il fit la campagne de Grimée ; et là, au milieu des balles qui sifflaient, il composa quelques chansons militaires qui lui valurent les f élicitations de ses chefs et l’estime de ses camarades. C’est dans une des longues veillées du bivouac qu’i l termina la romance suivante, commencée naguère auprès de sa jeune promise. Nous ne citons que les deux dernières strophes :
Quel doux transport, lorsqu’au banquet des anges Tu vins t’asseoir pour la première fois ! De quelle ardeur tu chantais les louanges Du Dieu d’amour dont tu suivais les lois ! Que je t’aimais dans ta blanche parure, De ta beauté les premiers ornements ! La fiancée est ainsi blanche et pure... Chère Marie, ah ! tu n’as pas quinze ans.
Trois ans passés, au chevet de Marie Fondait en pleurs un jeune homme à genoux : « Reconnais-moi, disait-il, mon amie, Moi qui reviens pour être ton époux ! » De cette voix si plaintive et si tendre Étaient perdus les douloureux accents ; La pauvre enfant ne pouvait les entendre.... Elle expirait et n’avait pas quinze ans !....
Grâce à la protection d’un jeune sous-lieutenant du régiment, compagnon d’études qu’il avait retrouvé devant les murs de Sébastopol, Guffroy obtint la faveur d’être er admis dans la garde impériale, au 1 régiment de grenadiers. De retour en France, il publia les chansons du bivo uac sous le nom deSouvenirs de Crimée, et gna le faire figurer dans sason recueil parvint jusqu’à l’Empereur, qui dai bibliothèque particulière. Employé à l’intendance en qualité de caporal auxili aire, Maxime eut l’insigne er honneur d’inscrire sur les contrôles du 1 de grenadiers le nom de S.A. le Prince Impérial. L’inauguration du camp de Châlons inspira de nouveau sa muse, et il célébra par une chanson de circonstance la promotion du jeu ne héritier du trône au grade de caporal. Voici un couplet de cette chanson :
Il a grandi, l’Enfant de notre France ! Déjà soldat, il suivait le drapeau. Dans ses yeux brille une mâle assurance : Est-il un prince et plus noble et plus beau ? Le voyez-vous, l’espoir de la patrie ? Il porte au bras un galon martial. En s’arrêtant chacun s’écrie : Honneur au Petit Caporal !
L’à-propos eut quelque succès. Maxime, pour toute r écompense, sollicita l’honneur de contempler de près l’auguste enfant qu’il avait chanté dans ses vers ; mais cette faveur lui fut refusée. Le bruit, l’existence agitée du camp transforma la muse guerrière du soldat-poète. Après avoir consacré ses premiers chants aux douces affections du cœur, ensuite au récit solennel des gloires de la France, cette muse devint tout-à-coup joviale et légèrement gouailleuse. Elle se mit à chanter le vi n de Champagne, le pain de munition, les réunions bachiques, tout enfin, jusqu ’à la coquette villageoise de Mourmelon grand ou petit. Écoutez plutôt :
Noces et festins ! Que le vin s’écoule par tonne ! Troupiers franc lutins, Je vais chanter la Mourmelonne.... Oui de tous les cœurs Ses yeux sont vainqueurs ! Pour l’amour d’une Mourmelonne, Un roi donnerait sa couronne ! Oh ! qu’il ferait bon Régner à Mourmelon !
On dit qu’il nous faut Retourner près des Parisiennes. Ma foi ! c’est trop tôt ; Attendons au moins les étrennes. Pour moi, sans détour, Le plus beau séjour De l’enfant chéri de Bellone, C’est celui de la Mourmelonne ! Oui, nous reviendrons Boire aux deux Mourmelons !...
Il y avait comme cela une vingtaine de couplets sur l’air deMadame Grégoire, de Béranger. Mais cet oubli passager n’était qu’un éclair. Il re venait bientôt à la poésie sérieuse, à la romance, à un genre enfin plus digne de lui. Le souvenir deMarie le poursuivait partout : il déplorait amèrement ce tte perte irréparable qui avait brisé tous ses rêves de bonhe ur, S’il se laissait aller parfois aux enivrements de la gloire militaire, il se rappelait soudain un passé douloureux et il s’écriait : De tes pleurs bienfaisants, matinale rosée, Tu fécondes le sol, espoir du laboureur ! Des ardeurs du soleil la colline embrasée Nous donne un jus divin, nectar réparateur. Le feu produit l’éclair, le vent fait la tempête, L’hiver fait le printemps, l’amitié fait l’amour, La sève fait la fleur qui produit à son tour, Et le malheur fait le poète. L’insensé ! qui voudrait réunir sur sa tête Les lauriers de Bellone aux lauriers du poète ; Qui s’acharne à mener de front un double état Et veut être à la fois écrivain et soldat ! Qu’il les achète donc, ses palmes littéraires ! Qu’il les achête donc au prix des travaux, des misè res, Des tourments semés sur ses pas ! Et qu’il apprenne enfin, après tant de souffrances, De revers éprouvés, de fausses espérances, Que la gloire s’achète et ne se donne pas !.... Reportant sa pensée sur les jours heureux de sa jeu nesse, il disait avec amertume : Oh ! qui me les rendra les jours de ma jeunesse ? Souple comme la cire aux mains de l’ouvrier, Mon cœur se laissait prendre à la sainte allégresse . J’aimais Dieu sans détour et je pouvais prier. Mon cœur voudrait s’ouvrir aux divines pensées, J’aime leurs saints transports et leur pieux émoi. Chastes douceurs du ciel, vous êtes effacées, Vos sublimes attraits ne sont plus faits pour moi.
Pour s’arracher à ces sombres souvenirs, il s’égaya it sur les tribulations du professeur de pensionnat, et composaitLa Pœdagogomachie, le Damier vivant, Boniface en Tauride,de trilogie burlesque parodiant quelques pas  sorte sages des auteurs classiques, mais ne manquant pas cependant d’une certaine originalité. Deux de ces poèmes font partie du livre que nous présent ons à nos lecteurs. Voici quelques vers duDamier vivant,poème dont l’auteur prépare une deuxième édition :
Le docte professeur, oubliant l’aventure, Commençait nonobstant la classe de lecture. Sur la table penché Boniface indiquait Les mots d’un doigt expert et l’enfant les lisait. Du professeur courbé la culotte baroque D’un damier présentait l’apparence équivoque. Ces carrés alternés noirs et blancs tour à tour Inspirent à Sistrain le plus grotesque tour. Toute la troupe enfin veut, quelle immodestie ! Sur ce damier vivant jouer une partie. L’ingénieux Broutin, d’un petit air sournois, A fabriqué des pions de papier ou de bois... Mais qui donc du damier effleurant la surface D’y déposer un pion se sentira l’audace ? Le sénat se consulte.... On hésite. A la fin En homme résolu se présente Rufin, etc....
Au mois d’octobre 1859, Maxime obtint un congé de s emestre et reprit ses fonctions d’abord dans la pension de Corbeil, puis à Boulogne , Rueil, Asnières, etc. C’est de la pension d’Asnières qu’il entretint une correspondance assez suivie avec sa cousine Léonie-Valérie Guffroy, premier rôle de drame au Théâtre-Français de Nice (Alpes-Maritimes). Il lui adressa notamment quelque s strophes surle bonheur ; en voici quelques vers :
Qu’est-ce que le bonheur, dites-moi, Léonie ? Est-ce d’éclabousser les passants sur un char ? Est-ce d’entasser l’or de la Californie, Ou de gouverner seul comme un autre César ? Est-ce de recueillir d’une foule enivrée A la lueur du gaz les bravos éclatants ? Est-ce encor d’étaler, orgueilleuse et parée, Aux regards des flatteurs des atours séduisants ? Selon moi, le bonheur, il est dans la famille, Auprès de bons amis, au foyer paternel ! C’est de se trouver deux quand l’étoile scintille Et de parler d’amour sous les regards du ciel !
De son côté, Léonie répondait par de longues missiv es empreintes d’une mélancolie profonde, essayant, mais en vain, de paraître enjou ée : « .......... Parlons de vous, cher et tout poétique cousin. Votre muse chante toujours, n’est-ce pas ? bien quelle n’ait pas le beau ciel d e l’Italie pour s’inspirer. Mais vous êtes heureux du moins puisque vous savez trouver le bonheur où il est, c’est-à-dire vous contenter de votre sort.... Vous vivez tout de poésie ! Votre cœur possède encore toutes ses illusions ; il n’a jamais souffert de ce s tortures qui brisent et que rien au
monde ne peut guérir. Mais je m’aperçois que mes griffonnages tournent au saule-pleureur. Je vous quitte, car je suis souffrante et je vous prie de songer à nous dans vos moments de loisir et de me croire toujours votre affectionnée cousine. »
1Malaret, imprimeur-éditeur à Montpellier.