Les fictions du réel dans le monde anglo-américain de 1960 à 1980
116 pages
Français

Les fictions du réel dans le monde anglo-américain de 1960 à 1980

Description

Réel et fiction, statuts respectifs du langage (du logos, du verbe) et de la réalité, ces questions ont préoccupé philosophes et théologiens pendant des siècles. Pourtant nous allons, une fois encore, en emprunter les sentiers souvent parcourus parce que de nouvelles voies, de nouvelles perspectives ont été ouvertes au cours des vingt dernières années en Grande-Bretagne, aux États-Unis, et dans le monde occidental d'une façon générale.


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Date de parution 01 juin 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782869064546
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Les fictions du réel dans le monde anglo-américain de 1960 à 1980
Jean-Paul Régis, Maryvonne Menget et Marc Chenetier (dir.)
DOI : 10.4000/books.pufr.3799 Éditeur : Presses universitaires François-Rabelais Année d'édition : 1988 Date de mise en ligne : 1 juin 2017 Collection : GRAAT ISBN électronique : 9782869064546
http://books.openedition.org
Édition imprimée Nombre de pages : 116
Référence électronique RÉGIS, Jean-Paul (dir.) ; MENGET, Maryvonne (dir.) ; et CHENETIER, Marc (dir.).Les fictions du réel dans le monde anglo-américain de 1960 à 1980.Nouvelle édition [en ligne]. Tours : Presses universitaires François-Rabelais, 1988 (généré le 12 juin 2017). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782869064546. DOI : 10.4000/books.pufr.3799.
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© Presses universitaires François-Rabelais, 1988 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
Réel et fiction, statuts respectifs du lang ag e (du log os, du verbe) et de la réalité, ces questions ont préoccupé philosophes et théolog iens pendant des siècles. Pourtant nous allons, une fois encore, en em prunter les sentiers souvent parcourus parce que de nouvelles voies, de nouvelles perspectives ont été ouvertes a u cours des ving t dernières années en Grande-Bretag ne, aux États-Unis, et dans le m onde occidental d'une façon g énérale.
SOMMAIRE
Avant-propos Maryvonne Menget
Présentation Jean-Paul Régis
Reading the Crime Rates: Shifts in Perception of Deviance Since 1965 Timothy Mason
Really ? !, Réel et discours Gérard Deléchelle 1.Realet ses dérivés 2. Really 3. Au nom du réel
L'Effraction du réel. Les stratégies du cadre en photographie Jean Kempf 1. Le cadre-index 2. Le cadre baladeur 3. Le cadre abîmé 4. Vers un ailleurs du cadre
Claes Oldenburg et le banal soft Sylvie Coëllier L'Objet L'Homme
Binarité, linéarité, multiplicité dans "Calliope Music",The Floating Opera Gérard Cordesse Énonciation Sets of ideas Causalité Paradoxes Fiction et réel
Midnight's Children or the Pickles of History Liliane Ruf-Burac
Sous-réalité et sur-fiction Claude Cohen-Safir L'AMÉRIQUE-FICTION Conclusion
History as Postmodern (Im)possibility Theo D'haen
Avant-propos
Maryvonne Menget
Les textes réunis dans ce recueil ont été présentés en septem bre 1987, à Tours lors du colloque org anisé par les Groupes de Recherches Ang lo-Am éricaines des Universités d'Orléans et de Tours (Jean-Paul Rég is et m oi-m êm e pour le G.R.A.A.T.1, Marc Chénetier pour le C.E.R.C.A.2). Après le prem ier ouvrag e consacré aux discours de p rotestation, le deuxièm e reflétait la curiosité g énérale pour les stratég ies de la m étaphore, le troisièm e explorait le contentieux paradoxal m ais traditionnel entre l'Ang leterre et l es Etats-Unis. Le colloque de 1986 recherchait dans le sport non pas les buts m ais les sig nes, non plus le score m ais les "com partim ents du jeu" et leurs applications ling uistiques, leurs détournem ents littéraires, leurs fonctions dans notre société. Le colloque de 1987 allait prolong er l'enquête ainsi m enée au fil des ans des colloques et des publications, sur les faits et la représentation du réel, sur le jeu et les enjeux. Directem ent inspiré de nos pratiques de ling uistes, de littéraires et de civilisationnistes, il fut intitulé : "Les Fictions du réel dans le m onde ang lo-am éricain de 1960 à 1980". Présupposant l'existence d'un réel entre ces deux dates, le sujet renvoyait inévitablem ent à un vécu, à la subjectivité de chacun. Laissant aux créateurs de fictions reconnus leurs propres responsabilités, il sem blait g arantir aux c hercheurs la distanciation scientifique indispensable et perm ettre à chacun de porter un re g ard serein sur un m onde éclaté, com m e sur une période de notre histoire déjà transf orm ée en m ythe. Au-delà des débats idéolog iques, on nous proposait d'exam iner concrète m ent - si l'on ose dire - com m ent à cette époque, dans les années 60-70, sociolog ues, r om anciers, sculpteurs, photog raphes et poètes chang èrent le m onde, tout sim plem ent. C'est à cette tâche que se sont em ployés nos collèg ues, ceux qui ont présenté une com m unication et tous ceux qui ont participé aux dé bats pendant le colloque. Les com m unications rig oureusem ent attachées à l'étude des techniques utilisées pour faire du réel une fiction ou pour lire une fiction dans le r éel, nous ont parfois redonné la part du rêve dont nous prive la réalité quotidienne. En des tem ps où le "m anag em ent du look" nous rendrait presque aveug les et où l'Histoire est deve nue "im possibilité", les com m unications nous ont aussi rappelé la différence entre fiction et désinform ation, entre technique et m anipulation, entre esthétism e et irresponsabilité. Elle nous ont plusieurs fois rem is en m ém oire la force, m ais aussi la brutalité, de l'hum our. Pour illustrer par l'absurde le poids d'un vécu sub jectif dans une non-histoire du réel, je donnerai un exem ple sud-am éricain : Alors qu'un rég im e m ilitaire pesait déjà sur le Brésil depuis plusieurs années, au point d'oblig er bon nom bre de contestataires à s'expatrier, les habitants de Rio-de-Janeiro se réveillèrent un m atin de décem bre 1968 au g rondem ent des chars qui défilaient dans leur ville. Dans les vapeurs du m atin tropical ils sortirent acheter
leurs journaux. Lejornal do Brasil,e du pays, exposait à la Une l'instaurationle plus fort tirag de la censure : les nouvelles, les éditoriaux, l'inform ation en g énéral, étaient rem placés par des cadres noirs, des encadrés contenant du vide. A u centre, la photog raphie d'un officier de cavalerie sautant une haie. En haut à droite en lieu et place de l'habituel bulletin m étéorolog ique, deux m ots - ciel noir. Le reste du journal était blanc, vide. Fictions du réel ? L'effet de contig uïté soulig né par le g lissem ent du silence encadré à l'inform ation irréaliste, en passant par la photog raphie m étaphorique, au-del à d'une portée politique, m e paraît rejoindre les préoccupations esthétiques des années 60 dont ce recueil d'articles rend com pte.
NOTES
1. Groupe lo-Am éricaines de Recherches Ang sité François-Rabelais de Tours.de l'Univer Nous tenons à rem ercier Annick Blanchem anche qui a assuré, avec son efficacité habituelle, secrétariat et dactylog raphie pour le colloque et la présente publication. 2.Université d'Orléans.Centre d'Etudes et de Recherches sur la Culture Ang lo-Am éricaine,
AUTEUR
MARYVONNE MENGET
Université de TOURS
Présentation
Jean-Paul Régis
Réel et fiction, statuts respectifs du lang ag e (du log os, du verbe) et de la réalité, ces questions ont préoccupé philosophes et théolog iens pendant des siècles. Pourtant nous allons, une fois encore, en em prunter les sentiers souvent parcourus parce que de nouvelles voies, de nouvelles perspectives ont été ouvertes a u cours des ving t dernières années en Grande-Bretag ne, aux Etats-Unis, et dans le m onde occidental d’une façon g énérale. Voici deux textes, écrits dans les années soixante, qui posaient la relation entre réalité et fiction dans des term es relativem ent nouveaux, et q ui se sont révélés très productifs dans les années qui ont suivi. Le prem ier concerne surto ut des problèm es de psychiatrie et de com m unication (dans le cadre des travaux de Palo Alto), le second a contribué à fonder la sociolog ie cog nitive. Notre idée quotidienne, conventionnelle, de la réalité est une illusion que nous passons une partie substantielle de notre vie à étayer, fût-ce au risque considérable de plier les faits à notre propre définition du réel, au lieu d’adopter la démarche inverse. De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait ce qui existe, ce ne sont que différentes versions de celle-ci dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles. P. Watzlawick, 1967 . 1 To understand the state of the socially constructed universe at any given time, or its change over time, one must understand the social organization that permits the definers to do their defining. Put a little crudely, it is essential to keep pushing questions about the historically available conceptualizations of reality from the abstract ‹ What? › to the sociologically concrete ‹ Says who? › Berg er & Luckman, 1966 . 2 Au cours de cette période, les rôles du sujet et du corps social dans la constitution/représentation de la réalité ont tenu une place im portante dans la vie intellectuelle ang lo-am éricaine. Quelques années pl us tôt, Barthes avait proposé, dans Mythologies3,lecture du discours des m  une nait quelque édias qui rejoig peu ces préoccupations. D’une façon g énérale, cependant, le courant structu raliste en France évacuait lesujet et centrait son attention sur lelangage : les critiques de l’époque furent alors atteints, pour le plus g rand bien de l’analyse, d’une hypertrophie de cette faculté que Jakobson appelle métalinguistique4 et qui consiste à dissocier la réalité dite "extra -ling uistique" du code censé la désig ner. Ceci perm et d’isoler le m ythe, le discours, l’écriture, lesignifiant au sens où Barthes l’entend. Pendant les années soixante-dix, les théories ont traversé l’Atlantique et la Manche, et, par-delà la diversité des tendances et des m odes en art, en littérature et en sciences hum aines, un m ouvem ent d’ensem ble com m ence à nous apparaître aujourd’hui. Parm i les m ultiples
aspects de ce vaste courant artistique et intellectuel, le colloque GRAAT-CERCA de septem bre 1987 à Tours m e sem ble avoir surtout traité de l’évolution du m ode de relation entre le sujet et la réalité. Plusieurs cham ps ont été abordés. Exam inons com m ent l’analyse de chacun des intervenants est venue com pléter le tableau d’ensem ble.
Sociologie
A propos du traitem ent des statistiques de la délin quance en Grande-Bretag ne, Tim othy Mason nous offre un paradig m e, un cadre explicatif qui nous aidera à situer l’ensem ble des com m unications. Les chang em ents d’attitude des sociolog ues britanniques par rapport aux statistiques sem blent, en effet, exem plaires d’une évolution g énérale. T. Mason disting ue trois phases. Une prem ière phase où les statistiques officielles (la représentation institutionnelle de la réalité, ladoxareconnues. Ensuiteem ent ) sont unanim vient une deuxièm e phase, au détour des années soix ante, où se déclare une m éfiance à l’ég ard de ce type de représentation en m êm e tem ps qu’une prise de distance à l’ég ard de la police, de la justice, et de l’enseig nem ent académ ique. Dans un processus qui concerne tout le m onde occidental, le prog rès économ ique fait enfler l’eg o de tous les sujets au point que la réalité paraît en devenir m alléable. A tout le m oins, il devient possible de "chang er le point de vue", l’observateur peut choisir d’où il r eg ardera l’objet, et celui-ci, par conséquent, apparaîtra sous des form es différentes. Tout une g énération se consacrera à la constitution d’une vision "alternative" de la réalité, en rejettant le term eréaliste (adjectif réactionnaire, disait Barthes) qui interdit les variations de point de vue. Troisièm e phase : avec les années quatre-ving t, le désir de transform ation de la réalité a connu trop d’échecs, au quotidien autant qu’au niveau politique, pour que ne s’im pose pas une nouvelle form e de réalism e, non plus arrog ante dans son conservatism e com m e dans les années soixante, m ais fataliste, m arquée par leno futuredes années soixante-dix. Le sujet vaincu cède la place à la réalité, à la crise écono m ique. Le sociolog ue retrouve le sérieux quantitatif des statistiques, et reprend son cours de 1960 en le m odifiant un peu par quelques précautions oratoires, vestig es de la période critique qui s’achève. Ces trois phases se retrouveront dans des term es différents, m ais de façon reconnaissable, dans d’autres dom aines.
Linguistique
Avant d’entrer dans le détail de cette évolution, et com m e pour baliser notre chem inem ent, écoutons Gérard Deléchelle qui nous rappelle que la prise à tém oin de la réalité constitue une réalité du discours. Nous n’avons jam ais accès qu’à des com pte-rendus à propos de la réalité, disait Wittg enstein : il n’est pas possible d’invoquer une expérience dont le lang ag e soit exclu5. Etudiantreally,et à jour la valeur polém ique de ce t adverbe. IlG. Deléchelle m nous m ontre aussi que la ling uistique des années qu atre-ving t n’est pas celle des années soixante : Il y a ving t ans, l’objet du ling uiste était un systèm e ferm é, la lang ue (de Saussure ou celle de Chom sky, sa cousine). Aujourd’hui divers courants de pensée (les théories prag m atiques et/ou énonciatives6) se donnent pour but d’étudier l’activité de production des énoncés, c’est-à-dire la lang ue dans sa relation dynam ique à une situation d’énonciation et à un
énonciateur. Le sujet a m aintenant une place en lin g uistique, et les m arqueurs de m odalité com m e les adverbes font apparaître les relations qu ’entretient un énonciateur non pas seulem ent avec un énoncé m ais aussi avec des unités de discours plus com plexes qui peuvent im pliquer jusqu’à l’interlocuteur. G. Deléchelle se situe dans le cadre de ces g ram m aires énonciatives. Il m et en évidence, par-delà les effets de sens, la valeur centrale du (m éta) opérateurreallyet, suivant ses points de focalisation (sa portée), les jeux arg um entatifs que l’énonciateur lui fera jouer.
Art
La problém atique du sujet est aussi posée par Jean Kem pf qui décrit l’évolution de la photog raphie dans les années soixante aux Etats-Uni s. C’est le m om ent où le reg ard photog raphique des années cinquante, qui donnait à voir l’ag encem ent ordonné du m onde, est dénoncé com m e abusif, tyrannique. Les photog rap hes recherchent alors un m ode d’expression, un nouveau reg ard, plus spontané, sou m is aux seules lois du hasard. Paradoxalem ent, cette décision a pour effet de m ettre en valeur le photog raphe : refusant les canons de l’esthétique classique, il propose nécessairem ent sa vision de la réalité, dans une dém arche très proche de celle qui aboutit, chez les sociolog ues, à la création du concept d’observateur-participant.uidée par un ordre censé être inhérentraphie n’est plus g La photog à l’objet photog raphié, l’ordre qu’on y perçoit est celui du sujet photog raphiant. Sylvie Coëllier, à propos des structures m olles de Claes Oldenburg , évoque des préoccupations voisines de celles-ci : de m êm e que les photog raphes donnent à voir des photog raphies, et non pas des copies ou des reflets du m onde, de m êm e Oldenburg et ses contem porains créent des objets plutôt que des représentations d’objets. Ainsi l’œuvre d’art devient un sig nifiant qui propose un sig nifié absen t ou tourné en dérision et crée un rapport concret, physique avec le spectateur. Le Pop Art, le kitsch, qui a beaucoup de parentés a vec ce m ouvem ent, déstructurent, rendent im m otivées les form es et les fonctions des objets ; S. Coëllier nous fait percevoir com m ent, derrière ce jeu apparem m ent g ratuit, où se m êlent fantasm es et objets extraits du quotidien, s’exprim e un désir profond de projection, d’exhibition du corps de l’artiste. Dans quelques cas lim ites, l’artiste procède à uneperformanceau cours de laquelle il fait une incision sur son corps pour que se réalise enfin le contact entre le tém oin extérieur et sa propre intériorité. C’est le point ultim e de l’expa nsion de l’eg o, la frontière en deçà de laquelle se situent la création, le jeu, l’hum our. Dans cette dernière "aire de jeu" nous retrouvons le Pop Art et la création littéraire des années 60-70.
Littérature
Dans la littérature ang lophone post-60, le seul ordre adm is est celui du texte, qui g énère ses propres règ les, sa propre norm e. La réalité extérie ure (ou sa représentation dom inante) n’im pose plus rien, elle ne fait son apparition que lorsqu’elle est convoquée par le narrateur. Celui-ci peut tout, il vient parfois m êm e à l’avant-scène pour affirm er "tel événem ent a lieu parce que je le veux" ; il produit des sim ulacres de réalité qui, bien qu’il nous soit im possible d’y adhérer tout-à-fait, discr éditent notre perception ordinaire, "hors fiction", du réel.