Les Flocons de neige

Les Flocons de neige

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Français
273 pages

Description

Allez, pauvres flocons de neige,
Où le vent vous emporte ! Allez,
Avec mon nom pour tout cortége
Et pour champ les cieux étoilés !

Quelle secrète destinée
Sera la vôtre dès demain ?
Vivrez-vous un jour, une année,
Ou disparaîtrez-vous soudain ?

Sous la critique inexorable
Tomberez-vous en votre essor,
Comme le flocon véritable
S’évanouit au rayon d’or ?

Que deviendrez-vous ? Ah ! j’ignore
Votre avenir comme le mien ;
Quel cœur peut compter sur l’aurore,
Et qui peut répondre du sien ?

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Informations

Publié par
Date de parution 28 septembre 2016
Nombre de lectures 1
EAN13 9782346103379
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Francisque Ducros

Les Flocons de neige

En 1849, un jeune écrivain, dont je devais plus tard porter le nom et partager la destinée, publiait à Paris un livre (prose et vers) sous ce titre : Les Fantômes ou le Monde révolutionnaire1.

Ce livre, dont les événements politiques ont fait oublier à la fois le succès et la portée, se terminait par la pièce de vers suivante, qui ne pourrait être reproduite plus à propos qu’en tête des Flocons de neige :

AIMEZ-VOUS

 

Vos estis fratres.

(J.-C.)

 

Aimez-vous tous les uns les autres !
Disait Jésus à ses apôtres,
Enfants des hommes, aimez-vous !
Dieu seul est l’auteur de vos pères ;
S’il faut pour s’aimer être frères,
Quoi ! Ne l’êtes-vous donc pas tous ?.

 

 

Aimez-vous ! La vie est rapide ;
L’amour vous servira d’égide
Contre les humaines douleurs :
Des vertes feuilles aux racines,
Si vous partagez les épines,
Vous aurez tous vos parts de fleurs !

 

 

Aimez-vous ! Le sol est avare ;
L’abondante moisson est rare
Quand elle est l’œuvre d’un seul bras ;
Vos bras et les miens sont les nôtres,
Ils ont besoin les uns des autres,
Aujourd’hui forts et demain las.

 

 

Aimez-vous ! Comme Dieu vous aime,
Aimez-vous ! Qui sait aimer sème
De bons grains en fertiles lieux ;
La félicité sans mélange
Est dans le fraternel échange
Des dons de la terre et des cieux !

 

 

Aimez-vous ! Tout pour tous abonde ;
Aimez-vous ! Pour vous tous le monde
S’ouvre et se referme à son jour ;
Vous y venez pauvres, avides,
Et vous en retourneriez vides,
Sans une récolte d’amour !

 

 

Aimons-nous tous les uns les autres !
Le Christ l’a dit à ses apôtres,
Enfants des hommes, aimons-nous !
Dieu seul est l’auteur de nos pères ;
S’il faut pour s’aimer être frères,
Mes frères, nous le sommes tous !

Le sentiment élevé qui caractérise la poésie finale du livre des Fantômes, et qui du reste domine dans l’ouvrage entier, m’a toujours vivement impressionnée. C’est la lecture de cette pièce de vers qui m’a inspiré l’idée de mettre en pratique, dans la mesure de mes moyens, le divin précepte, de composer le volume des Flocons de neige, de le publier et d’en affecter le produit de vente à une œuvre de fraternelle bienfaisance.

Toutefois, l’idée de celte publication eût attendu longtemps peut-être sa réalisation, si je n’avais dû compter que sur mes propres efforts. Les difficultés matérielles d’exécution font souvent avorter les plus louables projets. Ces difficultés se dressaient formidables devant moi, et, je l’avoue humblement, je n’aurais pu seule en triompher de sitôt. Le concours sympathique de quelques natures généreuses m’était indispensable, j’ai eu le bonheur de l’obtenir ; et ma satisfaction la plus douce aujourd’hui est de dire hautement que la réalisation de mes intentions n’a pas dépendu que de moi-même, et qu’il appartient à mes souscripteurs de partager le mérite de l’œuvre de bienfaisance à laquelle nous avons ensemble concouru.

Je remercie donc avec effusion les souscripteurs des Flocons de neige d’avoir compris avec moi, dans l’intérêt de cette œuvre, que la pratique du bien ne distingue pas davantage entre les idées et les croyances particulières qu’entre les différences de condition sociale. Les œuvres du cœur incombent à tous, et à ce titre, elles ont le pas sur celles de l’esprit qui ne relèvent que de quelques-uns. Bien que les unes et les autres aient entre elles des liens étroits, elles ne sont pas au même degré nécessaires, indispensables.

La bienfaisance est, du reste, un terrain neutre où tous les cœurs généreux, tous les esprits élevés peuvent se rencontrer sans gêne et sans froissement. Il n’y a que les gens dont les préventions et les considérations mesquines font taire le cœur qui répudient la communauté des nobles sentiments. Devant le bien à faire, qu’importe la diversité des opinions en telle ou telle matière ? La charité, qui n’est autre chose que l’amour du prochain, la fraternité, ne reconnaît qu’un drapeau, celui de l’Humanité.

Honneur donc et gratitude à tous les souscripteurs avec l’aide desquels j’ai pu éditer les Flocons de neige, et par cette publication espérer atteindre au but proposé.

Honneur à eux et gratitude ! Car ils ont compris avec moi que le vrai, l’unique mérite qui compte après nous devant Dieu et dans la mémoire de la postérité, consiste non pas à accroître la force des forts, à ouvrir un plus large essor à la joie des heureux de ce monde, à décupler la fortune des opulents, à encourager la sottise des uns et à provoquer la folie des autres, mais bien à compatir, à soulager, à aider, en un mot à aimer !

Aimer vraiment autrui, en effet, c’est sécher les larmes de la douleur, calmer la souffrance, soutenir ceux qui chancellent, relever ceux qui succombent ; c’est enfin prodiguer ses conseils, ses encouragements et son appui matériel à tous les déshérités de la vie intellectuelle, morale et physique. La souffrance sociale n’est pas une loi de la nature, mais un funeste effet de l’ignorance, de l’égoïsme, des passions et de l’antagonisme des hommes entre eux. Le plus sûr moyen de la combattre et de la faire disparaître est à la disposition de chacun de nous ; c’est de mettre en pratique le divin précepte : Aimez-vous !

*
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Mon volume de poésies a-t-il quelque mérite de forme et de fond ? Il appartient aux lecteurs de l’apprécier ; je m’en réfère à leur jugement. Mais ce qui m’importe avant tout, c’est que les Flocons de neige se vendent, s’achètent au plus grand nombre d’exemplaires possible, et qu’ainsi soit atteint le but que je me suis proposé : venir en aide, par ce moyen nouveau, aux besoins des ouvriers malheureux et sans travail.