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Les Héroïnes de l'amour filial

De
233 pages

L’homme peut acquérir la renommée dans les conquêtes, les explorations aventureuses, les découvertes scientifiques, etc., il peut devenir illustre sans avoir été bon ; et l’on en citerait, hélas ! un certain nombre chez lesquels le génie demeura bien supérieur à la vertu.

Toute autre est la gloire féminine.

La seule, la. vraie gloire de la femme vient de la bonté de son cœur, des qualités de son âme. C’est dans les pures affections du foyer domestique, la foi en Dieu, la fidélité aux devoirs, la.

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La fille de Jephté allant au-devant de son père. (P. 12.)
Marie de Grandmaison
Les Héroïnes de l'amour filial
I
DE RUTH A ANTIGONE
L, les explorations’homme peut acquérir la renommée dans les conquêtes aventureuses, les découvertes scientifiques, etc., il peut devenir illustre sans avoir été bon ; et l’on en citerait, hélas ! un certain nombr e chez lesquels le génie demeura bien supérieur à la vertu. Toute autre est la gloire féminine. La seule, la. vraie gloire de la femme vient de la bonté de son cœur, des qualités de son âme. C’est dans les pures affections du foyer d omestique, la foi en Dieu, la fidélité aux devoirs, la. tendresse envers les siens, l’oubli de soi, le dévouement, l’abnégation, le sacrifice, dans les saintes vertus familiales, en u n mot, que la femme est vraiment grande, noble, élevée, qu’elle sait acquérir la plu s haute réputation et mériter, avec le respect de ses contemporains, l’admiration de la postérité. Les noms des femmes qui, dans l’antiquité, ont écha ppé à l’oubli, ne sont-ils pas les types angéliques des filles pieuses, des sœurs dévouées, des mères héroïques ou des épouses fidèles jusqu’à la mort : Ruth, la fille de Jephté, Antigone, Iphygénie, Andromaque, Éponine, la mère des Macchabées, Cornélie, mère des Gracques ? Les auteurs se sont plu à célébrer ces figures idéales qui nous représentent la femme sous la. quadruple expression où elle peut déployer ses vertus, et elles leur ont inspiré des chefs-d’œuvre. Fille, sœur, épouse, mère, sont, dit Plutarque, les noms les plus doux qui soient en la bouche des hommes. Le premier éveille la pensée des qualités naïves de l’enfance : innocence, soumission, respect, en même temps que les vertus d’un âge plus avancé : dévouement et sacrifice. Combien il en fut de ces jeunes vierges, les unes obéissantes jusqu’à l’immolation de la vie, les autres répudiant toutes les joies de l’ existence pour soutenir ou consoler un père malade, une mère infirme, jusque dans leurs vieux jours ! Ce sujet de la piété filiale fut le plus souvent exploité par les poètes, à cause peut-être des oppositions touchantes qu’il présente. Sophocle , Euripide, Shakspeare et leurs imitateurs, ont peint sur le théâtre :
Le plus saint des devoirs, celui qu’en traits de flamme La nature elle-même a gravé dans notre âme.
Avant eux, la Bible sacrée nous montre Ruth, jeune païenne, quittant son pays et ses dieux pour suivre sa belle-mère.
Noémi et ses filles.
Voici le récit plein de charme du livre saint : « Alors que les Juges gouvernaient, la famine se fit sur la terre. Un homme s’en alla de Béthléem, de Juda, pour émigrer au pays des Moabite s avec sa femme et ses deux enfants. Il s’appelait Élimélech, sa femme, Noémi ; l’un de ses fils était Mahalon et l’autre Chélion. Ils prirent pour épouses des femmes moabites ; l’une s’appelait Orpha, l’autre Ruth. Ils y restèrent dix ans. Mahalon et Chélion moururent tous deux, et la femme resta, ayant perdu ses deux enfants et son mari. Et elle se leva pour s’en aller du pays des Moabite s dans sa patrie, avec ses deux brus, car elle avait entendu dire que le Seigneur avait jeté un regard sur son peuple et lui avait donné la nourriture. Elle sortit donc du lieu de son émigration avec ses deux brus, et quand elle fut sur le chemin qui retourne vers la terre de Juda, elle leur dit : Allez dans la maison de votre mère ; que le Seigneu r vous fasse miséricorde comme vous avez fait à ceux qui sont morts et à moi-même. Qu’il vous accorde de trouver le
repos, dans la demeure des époux qui seront votre partage ! » Et elle leur donna son baiser maternel. Leur voix devint faible, elles se mirent à pleurer et dirent : « Nous irons avec vous vers votre peuple. » Elle leur répondit : « Retournez, mes filles ; pourquoi venir avec moi ? Non, je vous en prie, votre détresse m’accable plus que la mienne, et la main de Dieu est sortie contre moi. » Leur voix s’affaiblit, et de nouveau elles se miren t à pleurer. Orpha donna le baiser d’adieu à sa belle-mère, et s’en alla. Ruth s’attacha de ses bras à sa belle-mère. Noémi lui dit : « Votre sœur est retournée vers son peuple, allez avec elle. » Ruth lui répondit : « Ne vous irritez pas contre moi ; partout où vous irez, j’irai ; partout où vous vous arrêterez, je m’arrêterai ; votre peuple sera mon peuple, et votre Dieu sera mon Dieu. Le lieu où vous mourrez me verra ensevelie. Que le Seigneur ne me fasse pas miséricorde, si autre chose que la mort me sépare de vous ! » Quel dévouement pourrait avoir un plus sublime et p lus touchant langage ! Et qui saurait faire avec plus de noblesse et de simplicité un abandon plus complet de tout son être ? Elle ne se doutait guère, l’humble petite glaneuse, que cette parole, sortie comme un élan de son cœur, traverserait tous les siècles et demeurerait la parole symbolique de l’abnégation la plus absolue :Votre peuple sera mon peuple, votre Dieu sera mon Dieu. Ce Dieu, que son amour filial allait lui faire conn aître, lui réservait une auguste maternité : Ruth devint l’épouse de Booz et la mère d’Obed, aïeul de David. De cette race bénie devait sortir le divin Sauveur. Le même livre sacré, après nous avoir peint, dans R uth, une si profonde tendresse, relate en peu de mots la religieuse obéissance de la fille de Jephté, sacrifiée par le vœu imprudent de son père. On sait que ce père, avant d ’aller livrer la bataille contre les Ammonites, qui attaquaient Israël, avait promis, s’il était vainqueur, d’immoler à Jéhovah la première personne qu’il rencontrerait après sa victoire, et que ce fut sa fille Seila. Jephté l’ayant vue, dit le livre de l’Ancien Testament,déchira ses vêtements et lui dit : « Hélas ! ma fille, vous m’avez trompé et vous vous êtes trompée vous-même, car j’ai fait un vœu au Seigneur et je ne puis manquer à ma promesse. » Sa fille lui répondit : « Mon père, si vous avez fait vœu au Seigneur après la vengeance et la victoire qu’il vous a accordée sur vos ennemis, faites de moi ce que vous avez promis. » Ici encore, serait-il possible de trouver une répon se plus aimable et plus résignée au moment d’une situation aussi terrible, et comment n ’être pas rempli d’admiration pour cette vierge d’Israël que la gloire de son père occ upe seule, et qui est prête à l’immolation pour la conserver ! Un poète moderne a mis dans des strophes, qui sont pour ainsi dire l’achèvement du récit de la Bible, les derniers regrets à la vie de ce jeune cœur avant son glorieux martyre :
Sur ces monts qu’il colore, Le jour va venir. Mes sœurs, c’est ma dernière aurore, Il faut mourir. De mon bûcher j’ai vu la flamme, Du peuple entendez-vous la voix ? Le prêtre à l’autel me réclame, Adieu pour la dernière fois.
Adieu, vous que j’aimais, ô riantes campagnes, O prés fleuris que foulèrent mes pas, Lis aimé du Carmel, cèdre, roi des montagnes, Et toi qui des yeux m’accompagnes, Toi qui meurs, ô ma mère, hélas ! Je meurs, et pourtant dans la vie, J’avais encore bien des fleurs à cueillir. Mais, dans mon cœur, je n’ai plus qu’une envie : Fermer les yeux de ma mère et mourir. Sur ces monts qu’il colore, Le jour va venir. Mes sœurs, c’est ma dernière aurore, Il faut mourir.
Une jeune Grecque, Iphigénie,en Aulide immolée,est le pendant de l’héroïne juive, et a été immortalisée par la lyre enchantée de ses compatriotes. Un roi de Mycènes, Agamemnon, chef des héros grecs qui assiégeaient la ville de Troie, avait Iphigénie pour fille. Sur les conseils du devin Calchas, le fameux monarque va, sans hésiter, sacrifier cette enfant chérie pour assurer le succès de son entreprise et servir son ambition. Rien n’est plus saisissant, dans Euripide, que le c ontraste de l’amour filial profond et ingénu d’Iphigénie avec les noires pensées qui agitent son père. Qu’on en juge par ce simple dialogue : IPHIGÉNIE J’accours, ô mon père ! Je veux te presser contre m on cœur après une si longue absence. Je brûle du désir de te voir. Ne t’en fâche pas. AGAMEMNON Eh bien ! ma fille, satisfais ton désir : tu as tou jours aimé ton père plus que tous les autres enfants auxquels j’ai donné le jour. IPHIGÉNIE O mon père, quelle est ma joie de te revoir après un aussi long temps ! AGAMEMNON Il en est de même de ton père : les sentiments que tu exprimes sont aussi les miens. IPHIGÉNIE Que tu as bien fait, mon père, de m’appeler auprès de toi ! AGAMEMNON Je ne sais, ma fille, si je dois m’en féliciter ou non. IPHIGÉNIE Hélas ! quels regards inquiets tu jettes sur moi, a près avoir paru si joyeux de me revoir ! AGAMEMNON Un roi, un général a bien des soucis. IPHIGÉNIE
Sois à moi en ce moment, et laisse là tes soucis. AGAMEMNOM Une longue absence va nous séparer encore. IPHIGÉNIE Je ne comprends pas ton langage, père chéri ; je ne le comprends pas. AGAMEMNON Plus tes paroles sont sensées, plus tu augmentes mon attendrissement. IPHIGÉNIE Eh bien ! j’en dirai d’insensées si elles peuvent t’égayer. AGAMEMNON Ah ! dieux ! Je ne puis me taire... c’est bien, ma fille. IPHIGÉNIE Reste dans ta patrie, mon père, avec tes enfants. AGAMEMNON Je le voudrais, mais je ne puis ce que je veux, et je le déplore. IPHIGÉNIE Périssent les combats et les maux dont Ménélas est l’auteur ! Cette scène d’un charme si naïf, prélude à celle où Iphigénie s’efforce de désarmer son père en déployant toute sa tendresse. « Je ferai parler ma seule éloquence, mes larmes, c ’est tout ce que je puis... La première je t’appelai du nom de père et tu m’appela s ta fille ; la première assise sur tes genoux, je te donnai et je reçus de toi de tendres caresses. Tu me disais alors :  — Te verrai-je, ma fille, dans la maison d’un épou x, vivre florissante comme il est digne de moi ? » « Et je te répondais, suspendue à ton cou, et pressant ton menton que ma main touche encore : — Et moi, mon père, te recevrai-je à mon tour dans la douce hospitalité de ma maison, et rendrai-je à ta vieillesse les tendres soins qui ont nourri mon enfance ? » Puis, lorsque Iphigénie a vu que ses prières sont inutiles et que son père cédera à la volonté de l’armée, elle se relève et, le bonheur d’obéir à son père, même au prix de sa vie, la rendant stoïque, elle s’écrie dans un élan superbe : « Je me donne à la Grèce, immolez-moi, guerriers, e t, couverts de mon sang, courez renverser Troie ; ses ruines seront les monuments éternels de ma gloire : ce seront mes enfants, mon hymen, mon triomphe !... » Après ces actes de tendresse exquise et de soumission à la volonté paternelle, nous rencontrerons le dévouement généreux, puissant, per sévérant et absolu chez la fille d’Œdipe, la pieuse Antigone. On connaît l’histoire d’Œdipe, qu’une horrible fata lité avait conduit à être le meurtrier de son père et l’époux de sa mère, et qui fut conda mné par les dieux à se crever lui-même les yeux.