Les Heures de la guerre

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94 pages
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Extrait : "ALEXANDRIE – Depuis que Rome avait sur le charme d'Athènes, Jeté ses légions aux rudes capitaines, Que sous l'olivier pâle où Socrate causait, Le chant pur de la Muse attique se taisait, Sur les bords ensablés de la mer Égyptienne, La ville, née autour d'une bougarde ancienne, À qui le conquérant du Temple de Memnon."

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EAN13 9782335043273
Langue Français

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EAN : u782335043273
©Ligaran 2015
Préface
Nous vivons une épopée, la plus grande, la plus bel le que le monde ait connue. Il n’est point surprenant qu’on veuille la chanter. Nous sommes en vironnés de héros, entourés de choses sublimes. Une seule des journées de ces années de g uerre suffirait pour une Iliade. C’est plus qu’une Iliade que méritent nos soldatsNescio quid majas nascitur Iliade. Nos grands poètes les célèbrent déjà. Chacun, à côt é d’eux, exhale comme il peut son émotion. Dès le premier jour, devant ce peuple tout entier d ebout contre l’envahisseur, devant l’union des cœurs et des volontés, on a senti qu’il faudrait, p our les raconter, des accents magnifiques : on les a cherchés. J’ai fait comme tout le monde. M oi qui n’avais guère écrit qu’en prose, si j’excepte les vers de la vingtième année ou des poèmes de théâtre, je me suis mis à invoquer la M use héroïque. J’ai trouvé, en écrivant les vers qui composent ce recueil, un soulagement pour mon âme, tour à tour agitée par l’enthousiasme, l’indignation et la douleur. Hélas ! combien l’expression est inférieure au sentiment que j’ai essayé de traduire ! Issu par mon père d’une famille alsacienne qui vint se fixer pour une partie dans les Ardennes, pour l’autre en Lorraine, il y a plus de deux cents ans, j’appartiens par ma mère à une des plus anciennes familles de Champagne. Je suis par toutes mes fibres un Français de la frontière de l’Est. J’ajoute que mon enfance s’est passée à M etz, dans la place de guerre que l’Allemagne nous a arrachée. Tout ce que je me rappelle de mes premiers ans se lève dans ma mémoire comme sur un fond de tableau, qui grouperait les tours de la cat hédrale, les remparts baignés par la M oselle, le cimetière où, dans la terre qu’opprime le Barbare, dort une sœur tendrement chérie. Le patriotisme, même exclusif, n’a besoin d’excuse auprès de personne. Les vers qu’il a inspirés sont plus exposés aux rep roches. Ils n’acceptent pas les derniers caprices de la mode. Ils se soumettent aux règles d ’une prosodie sévère. Je puis ici m’appuyer sur d’autres souvenirs de jeunesse. J’ai grandi parmi l es parterres réguliers, dans la symétrie des allées droites et l’alignement des avenues de Versa illes, où l’ombre de Boileau semble errer encore sur l’herbe des pavés. J’aurais dû garder pour moi, sans doute, le secret de celle œuvre ou ne l’avouer qu’à quelques confidents éprouvés ; mais j’ai songé à la simplicité des vieux imagiers du Moyen Âge qui taillaient les pierres des portails. Qu’importe s’ils laissaient apercevoir dans leur travail l’incertitude de leur ciseau et la faiblesse de leur main ! Ils avaient fait un acte de foi. Ce livre aussi est un acte de foi en la patrie, un témoignage de ma tendresse filiale, de ma reconnaissance et de mon admiration pour l’armée et le peuple de France. ADOLPHE ADERER
Les deux complices
Konopischt Depuis l’aube ils chassaient. Sous les bois, dans les plaines, Ils avaient abattu les bêtes par centaines. Un tireur dit à l’autre, en riant : « C’est très beau… Nous inscrirons un jour… tant d’hommes au tableau ! » Comme le soir tombait, ils se mirent à table : L’estomac du Germain est chose épouvantable, Car il possède presque un mètre d’intestin, Au dire des savants, de plus que le Latin. Devant la Majesté comme devant l’Altesse On servit de grands plats avec « délicatesse » ; Dans d’immenses hanaps on versait les vins vieux. Ils avaient chassé bien ; ils dînaient encor mieux. La mangeaille finie, à l’heure où l’on divague, Chacun prit un cigare entouré d’une bague, Puis, appuyant ses pieds géants sur les tisons, L’Empereur dit au Prince :
Ton oncle l’Empereur François-Joseph me semble Vers sa fin ; le cerveau s’égare, la main tremble. Avec sa lèvre lourde, avec son œil vitreux, Il est ce qu’on appelle en France un « doux gâteux ». Doux, l’on en peut douter ; gâteux, la chose est sûre. Son empire, le tien, par plus d’une fissure Craque de tous côtés, et même le Hongrois Lui flanquerait le coup dit «du père François». Encore un de leurs mots ! nous n’avons pas de chance : Quand on veut peu ou prou dire ce que l’on pense, Il faut parler français. On s’agite au Trentin, En Bosnie, en Bohême, et quant au Triestin : « Viva l’Italia ! » sur les quais, sur les places, Sur les môles remplis de viles populaces, C’est le salut qu’il donne au marin allemand. Que cela dure et nous verrons l’écroulement. Il est temps de punir l’insolente hardiesse Des peuples révoltés. Pour que la honte cesse De subir chaque jour quelque nouvel affront, Que la couronne d’or n’oscille sur ton front, Un seul moyen : la guerre !
Depuis vingt ou trente ans ne m’apparut meilleure. Comptons les ennemis. Le Russe est un grand mou, Goliath que David abattrait d’un caillou. Je suis plus que David. Souviens-toi qu’en Asie, Où je l’avais poussé non sans hypocrisie, On le fit, lui croyant jouer sur le velours, Pic, repic et capot : le singe vainquit l’ours. Quand un colosse a fui devant quelques Pygmées, Soutiendra-t-il le choc de nos belles armées, De nos soldats unis sous le même drapeau ?
« Et maintenant, causons !
(Une pause.)
Il est temps. Jamais l’heure
Nous mettons l’ours par terre et nous vendons sa peau. … La France ? Je m’en charge. Ô pauvre France usée, L’Évangile te dit : « La maison divisée Contre elle-même meurt. » Tes professeurs malsains Ferment depuis longtemps l’école aux Livres saints. Mais moi, j’ai «Gott mit uns». Donc je lance une attaque Brusquée, et, sur ce coup, la France se détraque, Perdant un temps utile en stériles débats. Je franchis d’un seul bond la Belgique et j’abats Du haut de mon cheval et du bout de la botte Les premiers régiments. La C.G.T. sabote Derrière eux les canons, les trains et les fusils. Président, députés et ministres, transis De peur, s’enfuient au loin dans des retraites sombres. Je n’ai plus devant moi que des débris, des ombres De bataillons épars se rendant à merci. Je foule ces troupeaux aux pieds. J’arrive ainsi Devant les bastions déserts de la « Grand-Ville ». Comme au bon roi Henri, de façon très civile, On m’ouvre. On me reçoit avec effusion : Le bourgeois ne craint plus la Révolution. J’entre par l’avenue au nom de « Grande Armée » ; C’est la mienne, la grande armée. Enthousiasmée, La Garde passe avec moi sous l’Arc Triomphal, Gloire que n’eut jamais ce parvenu brutal, Napoléon. Enfin, au Palais Élysée, Je donne, sous les yeux de la foule amusée, Un repas homérique avec des vins de choix, Colossal. Et le tout, mon cher, en moins d’un mois ! Je vois qu’il se fait tard. Maintenant, je galope. Ayant de nous coucher il faut tailler l’Europe. J’y mettrai peu de temps.
Tu t’établis d’abord dans le Monte-Negro. Tu fais la moue. Attends. Ta figure ébaubie Va se rasséréner. Tu cueilles la Serbie. L’Albanie est encore un morceau savoureux, Tu le prends et, de plus, – sois tout à fait heureux –, Un peu de Polonais. Je garde Varsovie. Ce n’est pas tout. J’enlève à la France asservie La Lorraine en entier, les Flandres et l’Artois, Pour son vin la Champagne, avec les Francs-Comtois. J’annexe la Belgique et même la Hollande. À l’autre bout, j’enlève aux Russes la Finlande. Ce n’est pas tout. J’impose au Sultan scélérat De la belle Stamboul un bon protectorat. Je ménage les Grecs, à cause de Sophie, De la reine, ma sœur. J’ai – tout le certifie – L’amour de la famille : Eitel, mon préféré, Sera roi des Français. Je veux qu’il soit sacré Dans Reims, comme un Bourbon. Nous sommes faits pou r plaire En France, tous les deux : j’y suis très populaire, Un des leurs que j’avais sur mon yacht invité – C’est un gros personnage assez souvent cité – Me disait au dessert : « La France cherche un homme. » Évidemment, c’est moi qu’il désignait. En somme,
Par-dessus Cattaro
Je suis maître du monde et ton sort est lié Au mien. C’est tout. Je crois n’avoir rien oublié. Je te vois murmurer : « Et la vieille Angleterre ? » Sa flotte ne vaut rien : que peut-elle sur terre ? Alors, comme un roi Grec, « victorieux, contents, Nous pourrons vivre à l’aise et prendre du bon temps ». J’entends sonner minuit. Minuit ! l’heure des crimes ! Allons dormir en paix rêvant de nos victimes ! Et toi, cousin, bénis le jour où je suis né.