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Les Mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France et particulièrement dans le golfe normanno-breton

De
528 pages

1. Vue d’ensemble. — II. Progrès de la mer dans le golfe. — III, Le sous-sol du golfe, anciennement formé par une nappe de schistes. — IV. Sillons alternes de roches granitiques et de roches argileuses faisant face à la mer dans le fond du golfe. — V. Rapport moderne de la terre et des eaux. — Notes.

I. — Si vous venez à porter les yeux, ne fût-ce qu’un instant, sur une carte figurant dans un même cadre les rives septentrionales de la péninsule bretonne et les rives occidentales de la presqu’île normande, aussitôt la profonde et large indentation que vous voyez se dessiner à angle droit dans l’intervalle des deux rives, depuis le Sillon de Talber, près de Tréguier, jusqu’au cap de la Hague, près de Cherbourg, se révèle à vous dans une irrésistible évidence comme une conquête relativement récente du flot sur le domaine des terres.

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Alexandre Chévremont
Les Mouvements du sol sur les côtes occidentales de la France
Et particulièrement dans le golfe normanno-breton
DIVISIONS DE L’OUVRAGE
INTRODUCTION. PREMIÈRE PARTIE. Aperçu géologique. Constitution du sol des deux pre squ’îles armoricaine et constantienne ; leur soulève ment initial. DEUXIÈME PARTIE La période glaciaire dans le golfe normanno-breton ; soulèvement mio-pliocène ; affaissement et soulèvement quaternaires. TROISIÈME PARTIE. Le littoral aux époques continentales et insulaires du golfe ; faluns et bancs coquilliers alternativement immergés et émergés ; p lages soulevées(sea margins). QUATRIÈME PARTIE Le marais de Dol et la baie du Mont-Saint-Michel ; leurs vicissitudes dans le passé ; leur état dans le présent. CINQUIÈME PARTIE. Affaissement de la période géologique moderne et de rnier retour de la mer dans le golfe ; concordances et synchronismes invoqués sur les rivages de la mer du Nord, de la Manche et du golfe de Gascogne. Addenda. Errata. TABLE DES MATIÈRES.
INTRODUCTION
Dans sa séance du 10 mars 1879,l’Académie des sciencesa proposé pour sujet du prix Gay,la question suivante de Géographie physique :
« Étudier les mouvements d’exhaussement et d’abaissement qui se sont produits sur le littoral océanique de la France, de Dunkerque à la Bidassoa, depuis l’époque romaine jusqu’à nos jours. — Rattacher à ces mouvements les faits de même nature qui ont pu être constatés dans l’intérieur des terres. — Grouper et discuter les renseignements historiques, en les contrôlant par une étude faite sur les lieux. — Rechercher, entre autres, avec soin, tous les repères qui auraient pu être placés à diverses époques, de manière à contrôler les mouvements passés et servir à déterminer les mouvements de l’avenir. »
L’auteur de l’ouvrage qui va suivre s’occupait depu is deux années de réunir et de coordonner les éléments d’un travail ayant de grand es analogies avec celui que l’Académie a eu en vue dans le programme qui précèd e. Le sien était à la fois plus étendu dans le temps et plus resserré dans l’espace : pour lui, il s’agissait d’exposer et de suivre pas à pas les révolutions dont le golf e normanno-breton, de Brest à Cherbourg, y compris l’archipel anglo-normand, a ét é le théâtre depuis le milieu de l’époque tertiaire. Ce qui lui avait fait choisir p our ses études cette région et ce point de départ de préférence à tous autres, ce n’était p as seulement la familiarité dans laquelle il vit avec les aspects de cette partie in téressante du littoral, et la grandeur des phénomènes qui commencent dès lors à se déroule r dans leur majestueuse impassibilité, mais aussi et surtout la succession non interrompue désormais des témoignages du sol dans le golfe, en attendant ceux de l’histoire. Parvenu à l’ère de la conquête romaine de la Gaule, l’auteur interrogeait les monuments écrits et figurés qui, de cet instant solennel de nos annales, vienne nt se joindre aux constructions de la nature pour jeter quelque lumière sur la plus ré cente des révolutions du sol, celle dont le cours, ouvert bien avant les temps historiq ues, se poursuit sous le regard inconscient des générations modernes. Théorie et faits observés, tout l’avait amené de bo nne heure à voir dans les transformations du golfe normanno-breton, non l’eff et d’oscillations toutes locales et comme de hasard, trop facile moyen d’expliquer des mouvements dont on ne saisit ni la portée ni les liaisons, mais bien des incidents, de simples incidents d’un drame beaucoup plus général, d’une action engagée sur une aire beaucoup plus étendue. Sans s’élever jusqu’à la loi elle-même de ces mouve ments, loi qui se dérobe encore sous de mystérieuses inconnues, l’auteur, empruntan t à cette loi sa manifestation la plus prochaine et la plus sûrement entrevue, s’appu yait de la donnée à peu près acquise à la science de la réalité d’une zone d’osc illation ayant son centre, sa ligne nodale, sa charnière à la hauteur de la Suède mérid ionale, et comprenant dans ses deux plans solidaires de soulèvement et de subsiden ce l’intervalle de la Mer glaciale à la Méditerranée. L’effort principal de l’auteur a é té dans la tentative de rattacher à travers les époques géologiques les mouvements lent s et bornés de la région contemplée, à ceux de cette grande vague de l’écorc e flottante du globe. Une fois sur cette voie, il a bien fallu s’arrêter à considérer cette partie au moins de la zone générale d’oscillation qui subit en commun avec le golfe normanno-breton des changements synchroniques et du même sens dans le r apport de la terre et des eaux, c’est-à-dire le littoral de la mer du Nord, de la M anche et du golfe de Gascogne. Par ce côté, l’auteur entrait à l’avance dans le programme de l’Académie.
Ce programme ne lui a été connu que très tardivemen t, moins de deux mois avant le er délai, fixé au 1 juin 1880, pour le dépôt des mémoires. Pour répond re autant qu’il était en lui à cet appel aux hommes d’étude, il a f ait des extraits de son travail, travail dès lors entièrement terminé mais encore inédit. Il ne se dissimulait pas le désavantage d’un tel procédé de composition : l’enc haînement logique y fait trop souvent défaut, et le décousu des idées risque de c ompromettre l’adhésion du lecteur aux solutions obtenues ou en voie de l’être. L’Académie des sciences ne s’est pas laissé rebuter par cet obstacle ; elle ne s’est pas arrêtée davantage à l’inobservation involontair e du programme. Sur le rapport de 1 l’une de ses commissions , elle a pris une décision qui est rapportée en ces termes dans le discours prononcé à la séance publique annu elle, le 14 mars 1881, par M. Edmond Becquerel, président :
« La question proposée pour sujet du prix Gay était l’étude des mouvements d’exhaussement et d’abaissement qui se sont produits sur le littoral océanique de la France depuis l’époque romaine jusqu’à nos jours, ainsi que de leurs rapports avec les faits de même nature, qui ont pu être constatés dans l’intérieur des terres » « Plusieurs mémoires ont été adressés à l’Académie ; tous portent la trace d’efforts très sérieux faits par leurs auteurs afin d’éclairer cette question si intéressante pour la géologie et la géographie physique, mais la commission a particulièrement distingué comme très dignes d’encouragement les mémoires os inscrits sous les n 1 et 3 du concours. » « M. Delage, auteur du mémoire n° 1, a spécialement porté son attention sur les phénomènes géologiques, et il a montré par l’examen des dépôts observés dans des sondages, que les côtes du nord de la Bretagne ont subi un affaissement dans les temps préhistoriques, puis se sont exhaussées et ont été recouvertes de tourbières et de forêts ; un second affaissement a eu lieu et a amené un dépôt de couches maritimes postérieures à Jules César, et un second exhaussement a relevé ces couches au-dessus du niveau des marées. Ce double mouvement oscillatoire à longue période a donc modifié à diverses reprises les côtes du nord de la Bretagne. » « M. Alexandre Chèvremont, auteur du mémoire n° 3, a présenté une étude très détaillée de tout le golfe compris entre Cherbourg et Brest, et notamment le Mont-Saint-Michel et le Mirais de Dol, ainsi que celle des mouvements d’exhaussement et d’abaissement de ce littoral. » « L’Académie, sur la proposition de la commission, accorde des récompenses à M. Delage et à M. Chèvremont. »
Cette décision avait été précédée d’un rapport de M . Delesse, l’un des membres de la commission, rapport d’où nous extrayons ce qui c oncerne particulièrement notre mémoire :
« M. ALEXANDRE CHÈVREMONT (n° 3) présente une étude très détaillée de tout le golfe normanno-breton compris entre Cherbourg et Brest. S’attachant surtout à discuter les nombreux documents historiques qui se rapportent à cette partie de notre littoral, il cherche à les contrôler par les observations faites sur les côtes. Il traite spécialement avec de grands détails tout ce qui concerne le Mont-Saint-Michel et le Marais de Dol. Partant ensuite des données que le golfe normanno-breton fournit sur l’exhaussement et l’abaissement alternatifs de nos rivages, il les généralise, les étendant non seulement à toutes les côtes de France dans l’Océan et dans la Méditerranée, mais encore aux côtes des lies britanniques, des Pays-Bas, de l’Allemagne, de la Scandinavie, et en définitive à celles de l’Europe entière. Il nous a paru que cette généralisation était au moins prématurée, car les côtes sur lesquelles des observations sérieuses ont été faites sont encore peu nombreuses et souvent très éloignées. En outre, les exhaussements comme les abaissements sont extrêmement variables d’une côte à l’autre et peuvent
même s’exercer en sens inverses ; de plus, sur des points très rapprochés, ils diffèrent par leur amplitude et quelquefois par leur nombre. » « Une critique semblable doit être adressée au synchronisme que l’auteur cherche à établir entre les dépôts, d’ailleurs si peu importants, du marais de Dol, et les diverses époques que les géologues distinguent en Europe pendant la période quaternaire. Les dépôts qui se sont formés sur notre littoral pendant cette longue période sont encore bien peu étudiés, en sorte qu’il est prudent de réserver ce travail de synchronisme pour l’avenir. » « En ce qui concerne la partie historique du travail de M. Chèvremont, un juge des plus compétents, M. ALFRED MAURY, de l’Académie des Inscriptions, a bien voulu en faire l’examen ; il y à constaté une érudition de bon aloi, une connaissance étendue des sources et une critique exercée. Quelques réserves lui paraissent cependant nécessaires. En particulier, l’auteur admet, sans la justifier suffisamment, une tradition confuse d’après laquelle, au moyen âge, l’île de Jersey (Insula Cæsarea)n’était encore séparée du continent que par une grève et un peu d’eau, qu’une simple planche permettait de franchir. » « Si l’on étudie les cartes hydrographiques, leurs courbes de niveau montrent bien que des presqu’îles réunissaient autrefois Jersey et les îles anglo-normandes au Cotentin. Ces presqu’îles existaient sans doute pendant les âges préhistoriques ; mais même pour Jersey, elles devaient avoir été détruites par la mer, bien avant l’époque gallo-romaine. » « M. Chèvremont s’est, du reste, proposé la solution d’une question à la fois plus étendue dans le. temps et plus resserrée dans l’espace que celle posée par l’Academie car il a cherché à faire l’histoire des révolutions dont le golfe qui s’étend de Cherbourg à Brest, a été le théâtre depuis le milieu de la période tertiaire. C est de ce travail, encore inédit, qu’il a extrait les chapitres répondant au programme du prix Gay. »
Notre déférence est trop profonde, et nous nous sen tons trop honoré de l’attention que l’Académie des sciences, et nous pourrions pres que dire l’Académie des inscriptions et belles-lettres dans la personne de l’un de ses plus illustres représentants, a bien voulu prêter à notre travail, pour avoir la pensée de contester les réserves qu’elle a mises à son approbation. Un souv enir cependant nous revient, et nous ne croyons manquer ni au respect ni à la grati tude dont nous sommes pénétré, en le rappelant ici. Pas plus avant dans le passé q ue l’année 1845, Elie de Beaumont parlant des hypothèses auxquelles donnait alors lie u l’immersion actuelle, croissante du littoral des Pays-Bas, indiquait comme explicati on du phénomène l’alternative d’une compression du sol sous le poids des dunes, ou d’un affaissement en grand de la 2 Hollande par rapport au niveau de la mer . Tout en se rangeant à cette dernière opinion, le savant professeur reconnaissait qu’on p ouvait, au premier abord, la trouver TRÈS HARDIE. Trente-cinq ans seulement se sont écou lés, et ce qui paraissait une hypothèse presque audacieuse, a passé dans l’enseig nement universel de l’école et est devenu une vérité triviale ! Au temps présent, on ne fait de même qu’entrevoir l a coordination possible des mouvements isolément avérés du sol ; les observatio ns sont clairsemées sur l’aire immense du globe ; quelques-unes à peine, celles qu i concernent la baie d’Hudson, le Groënland, la Scandinavie, le Danemark, l’Angleterre et l’Écosse, la Hollande, le Nord-Africain, certaines îles de l’Océanie et la côte or ientale de l’Amérique du Sud, ont un caractère de précision scientifique. Toute tentativ e de généralisation peut donc, à bon droit, sembler prématurée. Pourtant, avant la fin d u siècle, et ce ne sera pas l’une de ses moindres conquêtes, peut-être les observations se seront-elles multipliées, les faits en apparence contradictoires seront-ils rentr és dans la règle peut-être la courbe des grandes oscillations du sol aura-t-elle pu être tracée d’une main sûre d’un pôle à l’autre, comme l’est dès maintenant celle des grand es ondes océaniques. C’est alors
et alors seulement, nous le reconnaissons, que les mouvements rhythmés de l’écorce terrestre apparaîtront dans leur grandiose et harmo nique ensemble. La mission des concours académiques est d’ouvrir un large et libre champ aux conceptions nouvelles des faits. Nous ne serions pa s en peine pour en justifier par de grands exemples ; notre embarras serait dans le rap prochement de ces exemples et de notre modeste effort. Heureuses les idées qui se mblent, dès le début, n’avoir contre elles qu’une éclosion trop hâtive ! L’avenir leur appartient, et ce sera un jour 3 leur honneur de l’avoir devancé . La Rive, 30 mars 1881.
1 Celte lesse, Hébert, de lacommission était composée de MM. Daubrée, De Gournerie et Perrier. M. Delesse ; rapporteur.
2Leçons de géologie pratique,page 317. Un vol. in-8°. Paris, 1845.
3les savants qui ont aperçu, dans ces dernier s temps, l’éventualité d’une Parmi synthèse des mouvements du sol européen, il nous se ra permis de citer ici, M. Desor, dont le nom fait si justement autorité dans cette b ranche de la science géologique. « On conçoit facilement, dit-il, que lorsque la mer Adriatique baignait les flancs des Alpes, au pied des rochers de Còme, à 213 mètres, l a mer Méditerranée, à plus forte raison, ait pu pénétrer jusqu’à Lyon (161 m.). Si j amais ce fait venait à être établi, il pourrait nous fournir un point de repère pour ratta cher le soulèvement des Alpes à l’exhaussement du plateau nord de la France et des côtes de la Grande-Bretagne et de la Scandinavie. ».
PREMIÈRE PARTIE
APERÇU GÉOLOGIQUE. CONSTITUTION DU SOL DES DEUX PRESQU’ILES ARMORICAINE ET CONSTANTIENNE ; LEUR SOULÈVEMENT INITIAL