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Les Palikares grecs et leurs avatars

De
123 pages
Ce sont ces figures grecques du palikare que présente cet ouvrage : d'abord le klephte (ce bandit des grands chemins), ayant pris les traits d'un vaillant guerrier, encensé par les écrivains, ensuite le personnage plein de bravoure, pour terminer sur la figure parodique du palikare-polisson, qui ne rapelle plus que de loin ses ancêtres glorieux. La gloire se transporte du côté des pitreries et du jeu, un jeu qui garde toutefois, en arrière-plan, la notion de défense de la patrie.
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un corps d’armée. Toute nation, on le sait, a besoin de Igures
le palikare subit une mythiIcation qui le fait ressembler aux
nouvelle (1830), Ige cette Igure en symbole de la patrie. Mais cette dénomination Init par se banaliser pour s’appliquer aux jeunes gens particulièrement courageux et même aux petits enfants qu’on veut féliciter. Ce sont ces Igures du palikare que présente cet ouvrage :
personnage plein de bravoure, pour terminer sur la Igure
loin ses ancêtres glorieux. La gloire se transporte du côté des pitreries et du jeu, un jeu qui garde toutefois, en arrière-plan,
Recueil de textes et de traductions, établi par Martine Breuillot,RenéePaule Debaisieux et Marc Terrades
LESPALIKARESGRECS ETLEURSAVATARS
Collection Études grecques dirigée par RenéePaule Debaisieux
Les Palikares grecs et leurs avatars
Etudes grecques Collection dirigée par Renée-Paule Debaisieux Domaine grec moderne Christoforos MILIONIS,De l’amertume a la douceur,Histoires grecques,2017. Blanka STIASTNA,La Grèce moderne dans les Guides-Joanne et les Guides Bleus (1861-1959),2016. Jean-Christophe EON, Lexique de Grec Cargésien, 2015 Ioana CATSIGYANIS,:Georges Séféris et Odysséas Elytis parallèles, L’art poétique au prisme de ses écrits en prose, 2014. Nicole FERNANDEZ,L’habitat d’Athènes et du Péloponnèse, Héritages emblématiques et témoins de notre temps, 2014. Petros MARTINIDIS,Reflets du destin, traduit par Henri Tonnet, 2013. Paul NIRVANAS,Vérité et mensonge. Histoires pour enfants et philosophes,2012. Joëlle DALÈGRE (dir),La Grèce inconnue d'aujourd'hui. De l'autre côté du miroir, 2011. Jean Antoine CARAVOLAS,Jules David et les études grecques (1783-1854), 2009. Isabelle DEPRET,Eglise orthodoxe et histoire en Grèce contemporaine. Versions officielles et controverses historiographiques, 2012. Jean-Luc CHIAPPONE,Le Mouvement moderniste de Thessalonique 1932-1939, 2009. Yannis MARIS,Quatuor, nouvelles policières grecques,traduit du grec et présenté par Geneviève Puig-Dorignac. Jean-Luc CHIAPPONE,Le mouvement moderniste de Thessalonique (1932-1939). Tome 1 : Figures de l’intimisme. Périklis YANNOPOULOS,La Ligne grecque, la couleur grecque, traduit et annoté par Marc Terrades. Joëlle DALEGRE,La Grèce depuis 1940. Martine BREUILLOT,Châteaux oubliés. Ioannis KONDYLAKIS,Premier amour et autres nouvelles, présentation et trad. par Vassiliki et Pierre Coavoux. Constantin CHATZOPOULOS,Deux femmes (Traduit et commenté par Nicole Le Bris).
Recueil de texteset de traductions, établi parMartine Breuillot, Renée-Paule Debaisieux etMarc Terrades Les Palikares grecs et leurs avatars
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13544-1 EAN : 9782343135441
Sommaire Introduction ............................................................................. 7 Martine Breuillot, «Comment les voyageurs du XIXe siècle voient les palikares »............................................................ 11 Andréas Karkavitsas,Le sergent de Koutra (1886)......... 23Traduction : Renée-Paule Debaisieux Andréas Karkavitsas Spathogiannos 1887 et 1922 (extraits)............................ 41Traduction : Renée-Paule Debaisieux Kostis Palamas Mort d’un palikare........................................................... 53Traduction : Marc Terrades Pénélope Delta Le fol Antoine (extrait)..95...................................................Traduction : Renée-Paule Debaisieux
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Introduction
Qu’est-ce qu’un palikare ? Un lecteur du XXIe siècle ne peut que s’interroger devant l’appellation de « palikare ». C’est pourquoi il est bon de rappeler qu’en grec ancien, leπάȜȜαȟ (pallax)désignait un jeune homme. Son sens s’est modifié, à l’époque hellénistique, pour devenir le « serviteur », et, au Moyen Age, un serviteur dans les combats. De là, la dérive de son sens vers celui de valeureux 1 guerrier dans les combats contre les ennemis héréditaires . Il se trouve que, sous la domination ottomane, le klephte régnait en maître dans les montagnes. Le klephte, c’est le voleur, le bandit des grands chemins, dont E. About a fait une réjouissante satire dansLe Roi des montagnes.Durant les Combats d’indépendance (1821-1829), le klephte s’engage dans les combats contre l’Ennemi (les Turcs), et, de ce fait, la coutume a voulu que la dénomination de klephte s’applique à des guerriers exceptionnels, s’illustrant dans de hauts-faits d’armes. A ce titre, il porte un costume traditionnel, signe de sa « qualité », costume maintes fois représenté dans les ouvrages des voyageurs occidentaux en Orient au XIXe siècle. On lui décerne l’appellation élogieuse de palikare, qui s’est, selon les circonstances, substituée à celle de 1 ȝıȞ.παȜȜȘțάȡȚȠȞ,παȜ(Ȝ)ȚțάȡȚȠȞ`ȞεαȡόȢαțόȜȠυșȠȢπȠȜεȝȚıIJή΄ < εȜȞıIJ.παȜȜȚțάȡȚȠȞ`ȞεαȡόȢαțόȜȠυșȠȢ΄υπȠțȠȡ.IJȠυπαȜȜȘț- (πάȜȜȘȟ) -άȡȚȠȞ`ȞεαȡόȢ΄<αȡχ.πάȜȜαȟ(țαȚȝεȠȡșȠγȡ.απȜȠπ.) –Dictionnaire de l’Institut d’Etudes Néohelléniques (Fondation Manolis Triandafyllidis), Université de Thessalonique, 1998.
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« klephte », trop chargée de sa connotation de bandit peu scrupuleux. Dans ces conditions et dans un premier temps, les écrivains grecs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle trouvent un certain plaisir à mettre en scène le palikare héroïque sur le champ de bataille, à détailler son costume et ses armes, telles celles d’Achille. Le palikare a l’allure d’un personnage mythique, capable à lui seul de décimer un corps d’armée. Ajoutons à cela que les écrivains – Karkavitsas et d’autres – « parsèment » leurs récits de chansons populaires « modernes ». Et l’épopée moderne tend ainsi la main à l’épopée antique pour en tirer ses lettres de noblesse. Par cette mythification, le palikare devient le Héros par excellence, celui qui est prêt à donner sa vie pour la défense de « la Foi et de la Patrie »… 2 Les voyageurs français , auteurs de relations de voyage, ne se privent pas pour présenter le palikare sous des aspects « colorés », susceptibles d’éveiller, le plus souvent, la curiosité, voire même l’admiration de leurs lecteurs, en n’hésitant pas, bien entendu, à sombrer eux aussi dans la mythification. Toute nation, on le sait, repose sur une série d’éléments mythiques qui la fondent. Ainsi, la nation grecque, toute nouvelle, trouve dans la figure « figée » du palikare un de ses fondements essentiels. La description des combats contre les Turcs s’est transformée en épopée, cependant que ses héros, les vaillants guerriers, ne se distinguent plus, d’un combat à un autre. Ils se ressemblent dans ces figures mythiques, interchangeables, 2 Se reporter, infra, à l’article de Martine Breuillot : « Comment les voyageurs du XIXe siècle voient les palikares ».
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reconnaissables par des attributs communs, que ce soit dans le costume, l’armement, la façon d’être, la bravoure portée au plus haut degré. Mais la dénomination de « palikare » finit par se banaliser, au point qu’elle s’applique, au XXe siècle, aux jeunes gens au comportement « héroïque », tel Mitros dans Mort d’un palikarede Palamas, ou même aux enfants qu’on veut féliciter ou flatter, tel ce petit garçon turbulent dans ΤȡελαντώνηȢ,Le folAntoine(1932), de Pénélope Delta, preuve s’il en est que le mythe, reposant sur une certaine catégorie de stéréotypes, a rejoint le genre des œuvres d’aventure pour enfants. Ce sont ces figures du palikare que nous serons amenés à présenter : d’abord le klephte ayant pris les traits d’un vaillant guerrier, encensé par les écrivains thuriféraires grecs ou français, ensuite le personnage courageux digne de ses ancêtres, pour terminer sur la figure parodique du palikare-polisson, qui ne rappelle plus que de loin ses ancêtres glorieux. La gloire se transporte du côté des pitreries et du jeu, un jeu qui garde toutefois, en arrière-plan, la notion de défense de la patrie. Renée-Paule Debaisieux
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