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Les pieds sur terre

De
80 pages
De retour d'Europe où il a fait des études d'agronomie, Jean-Louis se voit confier la direction de son village. Très vite, il ne semble pas être à la hauteur : il adopte une ligne politique qu'il ne maîtrise pas, il écume les boîtes de nuit, en compagnie de maîtresses, il refuse de collaborer avec le chef du village voisin et incite les élèves de son village à l'insurrection populaire. Mis aux arrêts, il comprend tardivement qu'il prenait ses rêves pour la réalité… Ce roman est un violent réquisitoire contre les jeunes intellectuels qui sont très souvent incompétents et irrespectueux des aînés.
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par l
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JeanBaptiste MAPOUNA
LES PIEDS SUR TERRE Les errements d’un chef de village
Lettres camerounaises
Les pieds sur terre
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collectionLettres camerounaises présente l’avantage du positionnement international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, la collectionLettres camerounaises s’intéresse particulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Christiane Louise Félicité KADJI,Au pays de la magie noire, 2015. Dieudonné Mbena,Offrandes poétiques aux Mères, 2015. André LAM, Les étoiles voilées du Sahel, 2015. Désiré MBEKE,Le ventre de mon village, 2015. Grégoire NGUÉDI,Les ombres oppressantes, 2015. Careen PILO,Les vagues tumultueuses de l’amour, 2015. Rodrigue Péguy TAKOU NDIE,Le fardeau de nos pères, 2015. P. K NKAMANYANG Lola,Rustles on Naked Trees, 2015. Gatchou NJAMEN,La goutte de trop. Les mésaventures de Selbiaf, 2015. Robert-Marie JOHLIO y Pedro VIÑUALES,El Esqueleto de un Gigante, 2015. Paul Emmanuel BASSAMA OUM,Un homme et ses deux femmes, 2015. P. K. NKAMANYANG Lola,Rustles on Naked Trees, 2015.
Jean-Baptiste MAPOUNA
Les pieds sur terre
Les errements d’un chef de village
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06706-3 EAN : 9782343067063
Par un après-midi relativement ensoleillé, sous un climat doux et calme, Valentin s’avançait graduellement vers la route du stade Legrand. La route déserte semblait présager un événement dont il n’appréhendait guère les contours. Des deux côtés de la route asphaltée, il admirait la beauté du paysage. Les arbres répandaient un vent pur et frais. Comme par enchantement, il vit un gamin qui descendait la colline, à vive allure. Déchiré par une émotion soudaine, celui-ci éprouvait une joie indicible. Au stade Legrand, les deux équipes de Zongolo Ouest et de Zongolo Est s’affrontaient dans le cadre d’une rencontre de finale de coupe de football. Valentin poursuivait son chemin quand il entendit de la forêt profonde des cris stridents de la foule des spectateurs. Le chemin qui donnait sur le stade était quelque peu serpenté. Le geste que lui fit le gamin revêtait une importance capitale. L’équipe de Zongolo Ouest avait, en effet, défait celle du clan voisin lors de l’épreuve des tirs au but. Les spectateurs composés en majorité des habitants de Zongolo Ouest sautaient d’allégresse, tandis que ceux du village voisin rentraient chez eux, visiblement aigris.
Les festivités d’après-match étaient, dès lors, émouvantes. Le trophée que remettait le chef du clan victorieux fut, le lendemain, célébré de la meilleure manière, à Zongolo Ouest. Sous les chaumières comme dans les ménages et les bistrots, les langues se déliaient. La présentation du trophée au chef du village par le capitaine de l’équipe gagnante était accompagnée d’applaudissements ininterrompus. Au travers de cette opportunité combien solennelle et enthousiaste, le chef traditionnel du village encourageait les populations à aller de l’avant en remportant d’autres victoires, notamment
celle concernant le rayonnement du village, car il y avait beaucoup à faire. C’est ainsi qu’il fallait cultiver les champs, les plantations de cacao, de palmier à huile, de mil, etc. L’atmosphère qui rythmait la manifestation fut si joviale que les invités la célébraient jusqu’à une heure avancée de la nuit. Au son de la musique envoûtante, la foule répondait par des pas de danse élégants. Les convives s’empiffraient des repas copieux qui leur étaient servis.
Quelques invités de Zongolo Est, dont le leader et ses proches collaborateurs, assistaient également à la cérémonie, non sans éprouver un sentiment d’amertume. En effet, Jean-Louis présenta ses excuses à son collègue du clan voisin qui rejoignit sa demeure à Zongolo Est. La défaite de l’équipe de son village paraissait annoncer un climat de mésentente entre les deux villages.
Zongolo Est, sans nul doute, était le village par excellence des intellectuels, du mouvement permanent, de l’émancipation, mais aussi de la conversation. Valentin et Vilain se rendaient souvent chez un père du village, réputé pour sa maîtrise des événements s’étant déroulés pendant la Seconde Guerre mondiale. Au cours de leurs causeries, un monsieur, d’une stature imposante, fit irruption dans la maison. Du haut de ses trente années d’existence, Jean-Louis, l’intellectuel le plus gradé de son clan, que ses frères adulaient, avait effectué ses études secondaires et supérieures en Europe d’où il avait ramené, au demeurant, son diplôme d’ingénieur agronome, parchemin peu connu aussi bien à Zongolo Ouest qu’au village voisin. Respectueuses de ce jeune intellectuel, les populations du village en attendaient beaucoup, pour le décollage économique du clan.
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Très tôt le matin, femmes, hommes et enfants se mobilisaient pour donner à la cérémonie, un éclat particulier. Les troupes féminines formaient les cercles dans lesquels elles entonnaient des chansons élogieuses en l’honneur de Jean-Louis. Les gamins défilaient le long des rues en fredonnant pour la prospérité de Zongolo Est. Les habitants de Zongolo Ouest, qui se transportaient par centaines à cette occasion dans le clan voisin, remarquaient que Zongolo Est était doté d’infrastructures viables et modernes. En effet, Zongolo Est abritait le collège le plus réputé du village, le collège Béni. Les populations se rendaient également dans ce clan pour résoudre leurs petits problèmes de santé. Elles y allaient aussi pour se divertir : soit dans des salles de cinéma, soit dans les stades de sport. Zongolo Est abritait, en outre, l’un des marchés les plus en vue de la zone, sans compter les cabarets et autres pôles d’attraction.
Les femmes, dès lors, s’étaient rendues au marché pour la réception des invités composés entre autres des notables des deux villages. Les mets qu’on avait préparés étaient essentiellement ceux de la cuisine africaine. Les plats de couscous s’ajoutaient à ceux de plantain arrosé de sauce pistache. La maison dans laquelle Jean-Louis allait loger était bien construite. Tout autour, les gamins, emportés par le spectacle, n’entendaient pas quitter le joyau architectural avant la manifestation même. Entre-temps, la musique se jouait par des cantiques frénétiques au milieu d’une marée humaine indiscrètement agitée. À l’instar des invités, Jean-Louis s’impatientait de l’arrivée du chef traditionnel et des notables. Accompagné d’un long protocole, Longa, d’un pas déterminé, le visage rayonnant, entra dans la maison où se déroulait la manifestation. Les clameurs des convives, ainsi que celles de celui qui sera intronisé, comblaient le chef traditionnel de Zongolo Ouest, jusque dans son fauteuil. Avec
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