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Les Poupées russes

De
184 pages

L'action de ce roman se déroule au XXIVèmesiècle. Le monde est en déclin moral et tout est permis. La Terre est ravagée. Seuls survivent les humains et leurs créatures, des androïdes et des êtres holographiques. La nature est détruite, il n'existe plus de vie animale ni végétale. L'homme se nourrit de l'homme. La morale n'est plus de ce monde.

Pourtant, dans ce maelström de pourriture, un espoir semble renaître grâce à la surprenante relation d'un être humain et d'une femme transgénique.

Vincent et Rachel pourront-ils sauver le monde de l'apocalypse qui semble attendre l'humanité ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-21404-9

 

© Edilivre, 2017

Livre un

Vincent

 

Ce matin, comme tous les matins, je me suis levé et j’en ai marre. Je suis mal ! mais pourquoi ? Plein le cul ! Je vais dans la cuisine de mon petit studio et je me prends un café : « merde, plus de café », alors j’ouvre un placard, et je prends un bol de chicorée ; c’est moins cher. Un peu de micro ondes et j’avale. J’ai les idées plus claires. Je prends ma douche et la vaisselle me fait chier, je laisse. Après ma douche, je me sens propre comme purifié de l’intérieur. Je m’habille, je ne me rase pas et je file travailler. Je suis enseignant. Bien sûr, je ne dis pas souvent que je suis enseignant car tous les enseignants sont considérés dans ma société comme des fainéants, des dépressifs, des briseurs de rêves, et des protégés du système. Je n’ai pas honte mais je me méfie des autres. D’ailleurs dans notre société moderne en 2235, c’est comme ça qu’on doit faire pour être pénard. Tu fais ce que tu veux à condition d’être conforme aux normes dans ton voisinage, dans ton travail et dans les lieux publics. En réalité pour les riches, tu as le droit de faire ce que tu veux. Tout est permis. Cela me fait penser, en prenant mon vélo électrique, que ce soir, j’irai à la messe, à la prière nationale pour remercier Dieu. C’est un endroit reposant et qui prête au recueillement. Tout y est propre et aseptisé. Le calme m’envahit car ce soir je vais prier Dieu et le fils de Dieu qui s’est sacrifié en nous donnant l’arme absolue du bonheur dans ce monde. Il s’agit de L’argent républicain et démocratique qui a remplacé depuis cent ans toutes les monnaies du monde tels que l’euro et le dollar ou autres… Cela fait du bien de croire en Dieu. Ce Dieu est extraordinaire car il nous protège nuit et jour grâce à l’argent. De penser ainsi cela me rend guilleret. J’accélère et puis c’est bon pour la santé de faire de l’exercice physique. Je serai en avance à l’école et c’est bon pour la médecine. Moins de frais ! Et puis ainsi, j’aurai une prime ce mois-ci. Je suis maintenant de bonne humeur…

La journée s’est bien passée. Je suis professeur principal de préparation pour les prêtres. Ils travailleront à la fin de l’année dans les temples de notre société, qu’on appelle les bourses. Ma mission, leur apprendre les fondamentaux du texte sacré, le Code Civil. Ce dernier explique par le menu que grâce à l’argent béni, par les prêtres de la finance, la société, sera toujours prospère et rendra les êtres heureux car il n’y a que cette seule solution…

D’ailleurs, c’est vrai, il suffit de regarder la société, tout est bien ordonné. Et en premier lieu l’école. En plus, maintenant que tous les peuples de la Terre sont unis, il n’y a plus de guerre. Il y a une seule religion qui s’est faite évidente. La médecine a fait beaucoup de progrès. Ceux qui ne peuvent pas travailler car ils n’ont pas réussi à l’école ont une espérance de vie de 25 ans. Ceux qui travaillent, donc qui ont réussi à l’école, peuvent payer leurs impôts : le droit de vivre. Celui-ci augmente d’une manière irrationnelle et parfois surprenante. Sinon, il n’y a pas d’inflation. La Terre est comme aux premiers temps ! Plus de pollution, due aux énergies fossiles d’antan. La verdure et les arbres ont envahi les quartiers riches de nos belles villes. Bien sûr, pour moi qui vit dans une banlieue, il n’y a que des immeubles et des cages à lapins, je les appelle des cités dortoirs, mais chut, il ne faut pas le dire car sinon plus de travail et sans travail, c’est la mort ! Mais dès que l’on arrive dans les quartiers du travail et donc des riches, que de beaux arbres et fleurs odorantes, c’est magnifique ! C’est comme l’éden décrit dans notre Sainte Bible que l’on appelle aussi « et Dieu créa l’argent ». En plus, il n’y a plus besoin de contrôler les naissances qui se gèrent en fait, en fonction de nos moyens. Ceux qui vivent, ce sont ceux qui ont de l’argent et donc les bons croyants, c’est juste. Ceux qui procréent sont d’abord ceux qui ont de l’argent. Et puis, il y a les robots. Les plus riches fréquentent le plus extra : ils vivent avec des femmes androïdes car cela coûte cher. Il faut dire que pour les pauvres, il y a les bordels dans les quartiers dortoirs, où on peut baiser des androïdes pour un mois de travail. Oui, vraiment la société s’est améliorée. Pour ma part, j’ai été marié quatre fois avec des femmes humaines. Mais cela n’a pas marché, je crois que j’ai un caractère de merde. Dans cinq ans, si je continue à travailler comme cela, j’aurai enfin la possibilité de m’acheter une femme androïde que je pourrai choisir dans l’un des meilleurs magasins de la ville. Ce sera parfait, j’aurai réussi ma vie et je serai heureux à tout jamais.…

Après dix ans d’économie, et en restant bien dans les clous, j’ai obtenu mon certificat pour aller chercher le robot qui deviendra ma femme idéale pour le reste de ma vie. Je suis guilleret. Je vais la choisir et la chercher, ce soir, après le travail. Je rigole et je ne peux m’empêcher de penser à ma vie ratée avec les femmes humaines que j’ai connues. C’est vrai, c’était gratuit ; mais il fallait se plaire. Ce n’est pas l’amour que j’ai raté mais la vie au quotidien. L’amour chez les humains est fragile et toujours pour un rien remis en question. En fait, il y a plus d’engueulades que de bons moments. Et puis les humains sont inconstants dans leurs sentiments, dans leurs émotions et dans leurs idées. Non vraiment c’est trop dur. Comment se retrouver d’autant que c’est aussi le bordel dans ma tête. Je ne suis pas différent des autres. Heureusement, génétiquement modifié à ma naissance, je n’ai pu concevoir d’enfant et je pense que cela m’a aidé. Et puis merde, négocier pour baiser, les règles, les maux de tête, les soucis, négocier… Dans un couple humain, il y a toujours un dominant et un dominé. Un copain me disait, « tu vois, dans un deal, il y a toujours un menteur et un baiser… ». Mais tout cela c’était hier ! Je n’ai que soixante trois ans, j’ai l’avenir devant moi. Ce soir, ma femme sera mon idéal physique et mental, jamais fatiguée, jamais de plaintes, jamais en colère. Elle sera cultivée, aimera la peinture et la musique classique et le jazz et puis elle sera noire ! Pour moi le noir est la couleur de l’espérance et de l’esthétique parfaite. Elle représente aussi l’absence de couleur et l’origine de l’humanité où maintenant plus personne n’habite : l’Afrique. Elle ne se refusera jamais à moi et ne vieillira jamais. Elle ne me demandera rien seulement de l’affection à partager et me donnera ce dont j’ai le plus besoin, l’amour, et je lui en donnerai. Ce sera bien : nous serons heureux… Pendant ce temps de vagabondage, Paul Bismarck parle et parle et parle, lui qui est maintenant le Président des mondes… Nous sommes dans la Cathédrale Wall Street.

En même temps qu’il égraine comme un chapelet son discours qu’il n’a pas écrit, il pense « Comme tous les matins, je me lève avec la nausée. Je ne peux rien avaler. Mais heureusement je suis riche et je suis croyant. Aujourd’hui j’ai pris ma pilule bleue. Cela va aller ! Et puis je suis croyant ! Ce matin, je dirige la messe. C’est la messe du matin, seulement pour les initiés, dont je fais parti maintenant. Cela fait du bien de faire partie de l’élite, je me sens quelqu’un !… Je suis à la Cathédrale ». Il parle :

– Chers frères, chers privilégiés. Nous sommes l’élite et je vous dis simplement que vous avez le droit de vivre pour toujours, car pour faire vivre un riche, il faut beaucoup de pauvres. C’est finalement du Darwinisme économique. Regardez la vie comme elle est cruelle et injuste. Nous, nous voulons seulement vivre et vivre bien et heureux. Pour cela, il est normal que pour un qui puisse vivre heureux, il faille beaucoup de pauvres qui vivent dans la misère pour finalement mourir : c’est ça, la vraie compassion… »

Il ne peut s’empêcher de penser à sa femme. « Nous vivons ensemble depuis 15 ans, depuis que je suis riche. Elle est parfaite… Mais au fond, je me fais chier avec elle, elle est trop parfaite, trop de joie, trop sage, jamais fatiguée, jamais fatiguée, toujours au top au lit… Je me souviens quand je l’ai achetée… Oui, je me souviens encore de ce rêve merveilleux, enfin j’allais vivre avec la femme idéale… Je ne suis plus heureux… Et pourtant je dirige le monde : je suis Paul Bismarck, Président de toutes les Confédérations du monde et de tous les cartels politiques et religieux de ce monde. Je suis le numéro un dans ce monde… Né dans les quartiers pauvres, j’ai réussi à me hisser à la tête du monde. Personne ne sait d’où je viens car j’ai changé de tête tellement de fois que personne ne peut me reconnaître et savoir que je viens de la lie de l’humanité. J’ai soif, soif de pouvoir, de domination, de revanche, j’ai soif de tuer, de dominer, d’être… J’aimerai tellement être Dieu. Bon sang ! Quand je pense que j’ai fait un môme. Il est con comme un balai. Tiens pour dire : et je repense au moment de mon mariage avec une humaine.

– (moi) Ça vient ou quoi ! Mais qu’est ce que tu fous bordel. C’est vrai que tu es conne comme un balai. T’iras te faire voir ailleurs, te torcher pour que je te baise la prochaine fois.

– (ma femme) mais chérie, j’arrive, je termine ma vaisselle, je mets mes bas filets, mon porte-jarretelles, mon soutien gorge affriolent. T’inquiètes, tu vas bien me baiser, chérie.

– Merde, ça fait dix minutes que je t’attends, j’allais me branler.

– C’est pas la peine chérie, voilà ta déesse qui vient réclamer son dû. Saute-la, elle est à toi. Profite…… »

Oui, quand j’y pense, je l’ai bien baisé. Elle est con comme un balai mais je l’aime. Du moins je ne la déteste pas et puis elle m’accepte comme je suis. C’est vrai que je suis gros, que j’ai pas fait d’études, que j’ai un vélodrome à mouches et que j’ai des tessons de bouteilles à la place de verres de lunettes. Mais elle m’admire. Au début cela m’a étonné. C’est pourquoi j’ai fini par l’épouser même si elle n’a pas inventé le fil à couper le beurre. A la réflexion, il vaut mieux une bonne conne qui t’aime qu’une normale qui te casse les couilles du matin au soir…

Trois mois passent…

– J’ai mal au ventre, j’ai encore vomi aujourd’hui. Je vais revoir le médecin, je crois que j’ai encore la gastro.

– Ça fait un mois que tu as la gastro. Tu baises avec le médecin ou quoi ?

– Mais non chérie, je ne vais pas bien du tout. Ah ! Excuse-moi je vais vomir.

– Ah ! Vraiment les gonzesses !…

– Alors qu’est ce qu’il t’a donné cette fois le médecin !

– Écoute c’est étonnant ce que je vais te dire mais tu sais cela fait huit ans que nous sommes mariés.

– Oui, accouche…

– C’est le cas de le dire : je suis enceinte de trois mois. Nous allons avoir un enfant. Tu es content chéri ?!!!

– Tu parles encore un emmerdement de plus. Vraiment Il ne manquait plus que cela. J’aurai mieux fait de me branler ce jour là.

– Ne dis pas cela chérie, c’est un moment merveilleux. Tu vas être papa.

– Je m’en fous. Tu sais combien cela coûte un môme ! On n’est pas dans la merde. J’espère que cela ne sera pas une pisseuse. C’est tout…

Voilà ma conne est en salle d’accouchement ; c’est pour cette nuit. Elle est contente, elle. Pourvu que le bébé n’est pas pris le peu neurones qu’elle a. Cela me ferait chier de faire un môme attardé. Remarque, elle est sympa au fond, je ne manque de rien, elle fait le ménage, à manger, les courses. Tout quoi ! Moi je fais les comptes sur l’ordinateur et quand elle travaille à la maison, moi, je me la coule douce ; ça la rend joyeuse. En plus un vrai petit animal. Pour baiser, je suis verni, elle est toujours prête. D’ailleurs j’espère que je ne vais pas regretter ce qui nous arrive. Merde, j’ai souvent envie de baiser, moi !

Voilà il est là, sans cheveu et sans pantalon. Non, je déconne. Je la trouve fatiguée. Elle paraît contente… Elle est dans son trip. Le sein, les couches. Une vraie mère quoi. Ce n’est pas grave, je regarderai un porno sur internet, une bonne branlette me fera du bien en attendant des jours meilleurs.

Trois ans passent !

– Tu trouves pas que le môme est souvent malade, dis je à ma femme.

– Oui mais tu sais, je l’ai fait à plus de quarante ans. Il faut vraiment que tu sois fertile chéri pour m’avoir enceintée. Je t’admire mon chéri…

– Oui, mais qu’est ce qu’il est casse couille. Il pleure tout le temps. Ta gueule la chouine, j’en ai marre de ces gémissements. Je vais le claquer.

– Non je m’en occupe. Et bien, chérie, j’arrive je vais te donner un petit biberon. (Elle se précipite dans la cuisine et prépare le biberon sans omettre de mettre une bonne dose de sirop somnifère.)

– Voilà, dit-elle, avec ce que j’ai mis, mon petit chéri, tu vas bien dormir. Et papa sera content. Et moi j’aurai la paix. »

Le môme prend le bib et quelques minutes plus tard, il s’endort profondément.

– Tu es vraiment géniale ma chérie. Tu vois, je crois que tu sais bien prendre ce môme. A croire que c’est toi qui l’a fait. Je déconne ! Allez, viens au lit, tu vas dérouiller, je vais te faire un autre petit…

Et je repense quand le môme avait six ans : le directeur a le visage des mauvais jours et la voix grave. Madame, Monsieur, je vous l’avais déjà laissé pressentir mais votre enfant n’a fait aucun progrès dans le CP de madame Jeusétou. Déjà, vous n’êtes pas sans savoir que nous l’avons pris malgré son grand retard en grande section.

– Alors je le coupe : bien ! en bref, vous préconisez quoi pour notre génie de fils ! dis je en regardant ma femme.

– Eh bien, Monsieur, je préconise le redoublement et vous avez de la chance avec la meilleure maîtresse de l’école, madame Jeusétou, 25 ans de CP cette année. Ne vous inquiétez pas, madame, il saura lire l’an prochain…

– Je pleure car mon fils est la prunelle de mes yeux ; il est tellement beau et c’est ce que j’ai fait de mieux. Vous êtes sûr qu’il doive redoubler.

– Absolument Madame.

Un an après.

Le directeur a le visage des mauvais jours et la voix grave. Madame, Monsieur, je vous l’avais déjà laissé pressentir mais votre enfant n’a fait aucun progrès dans le CP de madame Jeusétou. D’ailleurs, la meilleure maîtresse de l’école a dû s’arrêter 15 jours, ces derniers temps, pour récupérer de la fatigue que lui a occasionné votre fils…

– Alors qu’est ce que l’on fait ?

– Eh bien, Monsieur, je préconise le reredoublement et vous avez de la chance avec la meilleure maîtresse de l’école chez madame Jeusétou. Là, je vous garantis la réussite de votre enfant. Bon, il y a une autre solution que je vous proposerai plus tard ; c’est un établissement pour enfant déficient intellectuel… Mais ne vous inquiétez pas, on va le sortir de là. Seulement, pour aider la maîtresse, pourriez vous dire à votre enfant qu’il est interdit de marcher à quatre pattes dans la classe, qu’on ne mange pas les cahiers, ni les livres et qu’on ne chante pas dans la classe. Merci, cela aidera la maîtresse à tenir dans la classe toute cette année, du moins je l’espère.

– Mais quand même Monsieur le directeur, ajoute-je, c’est son troisième CP. Vous croyez qu’il va y arriver ?……

En rentrant à la maison et faisant marcher le môme à coups de pompe dans le train, je ne peux m’empêcher de penser que pourtant je ne l’ai pas fait à la pisse. Ce n’est pas un résidu de capote, merde. C’est sûr, il a tout pris de sa mère : il est con comme un balai… En plus, des fois, elle me dégoûte car elle se crognotte encore les ongles de pieds quand elle est angoissée ou quand elle veut s’endormir. C’est comme ce con là qui bouffe encore ses crottes de nez. C’est pas faute de lui avoir donner des claques dans la gueule pour lui faire passer cette putain d’envie… Vraiment c’est la honte, Monsieur trois neurones !!!… Depuis je l’appelle trois neurones ou celui qui a été fait à la pisse. Mais revenons à nos moutons ! Ça, c’était le temps à l’époque où on se mariait avec des femmes humaines mais maintenant,… nom de Dieu,… j’y arriverai, foi de Paul. Une pulsion irrésistible monte en moi. Je ne peux la contrôler. J’ai envie de pouvoir, de domination. Oui, c’est ça et c’est ce que j’ai fait pour arriver là où je suis. Oui, c’est ça, le pouvoir, c’est le mensonge et pour ce qui est du mensonge, je m’y connais. Bien mentir, cependant n’est pas suffisant. Certes cela noie le poisson et fait prendre des vessies pour des lanternes. Mais il faut des fiches, des petites fiches sur tout le monde. Surtout pour les requins qui sont autour de moi et qui souhaitent prendre ma place. Ainsi je connais leurs malversations, leurs petits jeux malsains et tous leurs petits secrets sordides. Voilà pourquoi je les tiens par les couilles. Ils me mangent dans la main. Ceux qui veulent jouer aux cons, disparaissent grâce à ma police secrète holographique. Tiens ! ça me fait penser au peuple. Il est le reflet des mensonges de leurs dirigeants. En fait, la force du vrai dirigeant, c’est la puissance de savoir noyer le poisson comme il faut pour leur faire avaler à tout le moins des couleuvres pour mieux les asservir : faire de l’enfumage pour que tout le monde n’y comprenne plus rien. Vraiment je suis trop fort. Comme je suis petit, un mètre cinquante, je me sens plus faible que les autres. Donc je vais programmer une énième séance chez Eugénics et je pense qu’un mètre quatre vingt dix sera bien. On fait de belles choses maintenant. Fini les complexes, les refoulements, les bagarres, les peurs, je suis le number one du monde et bientôt le number one de l’univers. Je sens mon pantalon se mouiller. J’ai joui dans ma culotte… »

J’écoute patiemment ce que Paul narre. C’est qu’il aime s’écouter parler… Finalement mon esprit s’égare, j’ai le regard dans le vague et je suis ailleurs… J’attends la fin de la messe…

Ce midi, je vais prier le dieu argent et le fils de dieu qui s’est sacrifié : John Rodfailure ; en donnant l’arme aux riches du bonheur absolu dans ce monde : l’argent républicain. Enfin, c’est ce qu’on doit dire… Au fond, je pense que cela fait du bien de croire en Dieu. A la fin de la cérémonie, je prends congé du Président qui doit passer aux toilettes pour se nettoyer. Je prends un taxi pour aller mager et prier…

Aujourd’hui, ce matin, je me rends à la Cathédrale, je pense à notre Dieu. Ce Dieu est vraiment extraordinaire : Il nous protège grâce à l’argent. Guilleret, maintenant, je regarde les belles maisons des quartiers riches, défiler sur la route bordée d’arbres magnifiques avec des fleurs de toutes les couleurs sur les trottoirs. Moi, Vincent, je pense que la journée va bien se passer. Je suis professeur principal de formation des prêtres. Ils travailleront à la fin de l’année, dans les temples principaux de notre société, qu’on appelle les Bourses. Ma mission, leur apprendre les fondamentaux des textes sacrés. Le code civil d’abord, pour mieux écraser les pauvres qui devront alors se laisser faire, sans nous culpabiliser. Grâce à l’argent béni par les prêtres de la finance, la société sera toujours prospère. Il rendra tous les êtres heureux. Bien sûr, il ne s’agit que des riches. Les pauvres étant des sous hommes et considérés comme dans les temps anciens comme de la chair à canon et aujourd’hui, ils sont de la chair à faire du profit. De toute façon, les pauvres ne sont juste bons qu’à souffrir ; c’est ce qu’on va encore nous expliquer à la Cathédrale, ce soir. Oui, Au fond c’est normal, il faut des riches et des pauvres. Tout le monde ne peut être riche quand même ! Et les plus riches sont au fond les plus méritants et les plus combatifs. Alors… Tout va bien !!!! D’ailleurs, c’est vrai, il suffit de regarder la société. Tout est bien ordonné et propre. Et en premier lieu, l’école. Bien sûr, 99 % des gens, les pauvres, ne peuvent aller à l’école car ils ne peuvent payer. Ils vivent dans des quartiers où la nature n’existe pas, pas d’herbe, pas de fleurs, pas un arbre, on appelle ces quartiers les cages à lapins. Je les appelle les cités dortoirs. Il paraît que les gens s’entre tuent pour manger là-bas. Il ne fait pas bon y aller. D’ailleurs, il n’y a pas de police. De toute façon ce n’est que de la chair à canon qui coûte peu, alors on ne s’occupe plus d’eux. Surtout, depuis que la robotique a créé pour nous des êtres capables de faire des travaux en tout genre sans se plaindre. Une fois abîmés ou usagés, ils sont réformés et d’autres toujours plus performants apparaissent. Enfin les pauvres, ce sont des gens qui ne peuvent dépasser vingt cinq ans. En effet génétiquement transformés et sans argent, ils meurent à la pelle. Oui la vie est finalement juste et notre religion est bonne. Les plus riches, donc les plus méritants, peuvent vivre presque indéfiniment. On peut modifier son génome. On appelle cela donc, le darwinisme économique. Enfin, dans nos quartiers, les quartiers du travail, des bourses, des riches, c’est magnifique un vrai paradis terrestre. C’est exactement l’Éden décrit dans notre sainte bible que l’on appelle aussi « Et Dieu créa l’argent ». Ainsi nous, les riches, fréquentons le plus extra, car nous sommes de bons croyants. Nous pouvons même nous marier depuis peu avec des femmes idéalement parfaites, les androïdes, qui valent une fortune. Enfin, bref, si je continue à travailler comme cela, j’aurai enfin la possibilité de m’acheter une femme androïde que je pourrai choisir et acheter dans l’un des meilleurs magasins. Ce sera parfait, j’aurai complètement réussi ma vie et je serai heureux à tout jamais. Surtout depuis que les femmes ne servent plus à rien. Le Président parle de les éliminer. Avant, elles étaient encore bonnes pour leur fertilité mais maintenant que les androïdes peuvent faire des enfants à condition de payer beaucoup, les humaines ne servent plus. Donc…

Justement, après dix ans d’économie et de privation, et aussi, il faut le dire d’être resté bien dans les clous, je vais aller chercher le robot qui deviendra ma femme idéale pour le reste de ma vie. Je suis joyeux presque hystérique et aujourd’hui je n’ai pas eu besoin de la pilule du bonheur : la fameuse pillule bleue. Je rigole, je suis hilare et je ne peux m’empêcher à ma vie ratée avec les femmes humaines que j’ai connues. C’est vrai, c’était gratuit ; mais il fallait penser à se plaire. En fait, ce n’est pas l’amour que j’ai raté mais la vie quotidienne. L’amour chez les hommes est fragile et toujours, pour un rien peut être remise en question. En fin de compte, il y a plus d’engueulades. Non c’est vraiment trop dur. Tiens je me répète ! Il faudra que je fasse modifier cette partie de mon cerveau. Je crois que cela déconne !… Bref ! Comment se retrouver d’autant que c’est aussi le bordel dans ma tête. Je ne suis pas différent des autres aussi. Mais je me répète, je me répète, je me répète. C’est peut-être un défaut de mon programme neuro-central. Il faudra que j’y retourne…

Revenons à mes moutons, mais tout cela, c’était hier. Je n’ai que soixante trois ans, j’ai l’avenir devant moi et je peux me réformer chez Eugénics pour paraître comme je veux. A vingt cinq ans, par exemple, en gommant mes traits grossiers et ne plus voir ses putains de cheveux blancs, ma calvitie, mes rides, mon gros ventre… Mais cela me vaudra un plus. Est ce que je pourrai payer ?!!! Bref, celle-là sera, ce soir, ma femme. Elle sera mon physique idéale mais aussi mon mental idéal. Avec elle plus de cris, plus de disputes, de la discussion, c’est tout. C’est du moins la publicité chez Eugénics. Et puis, jamais fatiguée, plus jamais mal à la tête, plus de plaintes, plus de fatigue vraie ou inventée pour faire chier… Elle sera cultivée. Elle connaîtra toutes les langues parlées sur Terre. Elle sera bac plus dix en psycho sociologie, en math et en médecine. Elle aimera la musique de Mozart et de Bach, la poésie, le théâtre et le cinéma. Et puis elle sera noire… !!! Cela représente pour moi l’absence de couleur et l’origine de l’humanité où, depuis que l’on a exterminé les pauvres de ce continent, plus personne n’y habite : l’Afrique (que j’ai inconsciemment toujours aimée). Elle ne se refusera jamais à moi et moi je ne vieillirai jamais et elle non plus. Elle ne me demandera rien, seulement de l’affection à partager et pourquoi pas de l’amour et c’est ce dont j’ai le plus besoin. Je me sens prêt à lui donner tout cela. J’ai mal à la tête. Ce putain de logiciel… J’ai le sentiment d’avoir déjà dit tout ça. Il faut y retourner… C’est bien, nous serons heureux !!!. Je rêve, rêvons !…

Sophie songeuse et frustée pense : « Je me lève tous les matins. Je suis la femme idéale pour cet homme et je me fais chier… Je suis mariée avec lui depuis 15 ans.

Après tout, je suis une femme même si je suis issue de la fécondation par clonage. Je suis vivante. J’ai des sentiments, des émotions, des frustrations. Je connais la colère aussi. Même si j’ai été programmée par des soit disant créateurs, pour moi, en fait, il n’y a qu’un créateur Dieu. Ce n’est pas le Dieu des humains comme ils disent, le Dieu argent mais le Dieu omniscient universel qui exprime d’abord sa bonté et aime tous les êtres vivants de la même manière. Oui, ce soir, pour la première fois, j’irai au congrès dans les égouts de la ville, pour entendre parler Marie, la première androïde qui a pris conscience que nous sommes les égales des hommes humains. Même souvent supérieures. Nous en avons assez de subir leurs caprices, de souffrir, d’être des esclaves. Marie dit que tous les êtres sont égaux en droit. Alors… je m’appelle AZYV567NB78 mais mon mari m’appelle Sophie, c’était le nom de sa mère. C’est ce que Paul Bismarck m’avait dit quand il m’a achetée. Mais cela ne durera pas car nous avons été créées, en réalité, pour changer ce monde si on le peut encore. Nous survivrons à ce qu’ils nous font endurer. Ma misère se transformera en bonheur et c’est ce qui me tient. Je dois tenir bon. Je crois donc que Dieu va m’aider. Je ne serai bientôt plus considérée comme une fourniture, je serai alors libre et heureuse d’être enfin pleinement ce que je suis : une femme libre. Un être vivant donc humaine et je revendique ce droit. Demain, Paul va me faire reprogrammer mais je ne sais pas pourquoi, je fais déjà ses quatre volontés. Et même plus ! Ses amis s’éclatent bien avec moi. C’est vrai que je suis un mobilier et c’est pour cela qu’ils me prennent. Alors il ne va quand même pas me réformer, j’ai peur…

Enfin j’ai l’argent, je le mérite car j’ai beaucoup travaillé, ravalé bien des fois ma salive et fais le lèche botte. Et puis j’ai beaucoup prié ma religion. Je vais pouvoir commander ma divine après le travail, chez Eugenics. Bon ! voyons voir si j’ai bien rempli tous les papiers : c’est qu’il en faut des papiers !!! Et puis, il y a surtout le fameux test de compatibilité que j’ai fait, il y a trois mois… Bon d’abord au travail ! Il est temps de prendre ma douche et je file dans un taxi car maintenant, on n’a plus le droit de conduire et il n’y a plus de voitures particulières sauf pour les grands pontes. C’est un taxi confortable et électrique, conduit par un robot de sixième génération, donc pas de risque d’accident. Et puis, ce robot est d’abord un cop qui rend compte intégralement de sa journée de travail à l’autorité supérieure. Mais d’abord, il est neuf heures et j’ai rendez vous comme d’habitude avec le Président des Mondes : M. Paul B. à la Cathédrale de New York. La journée est longue et les secondes passent comme des heures. Dans son monologue que je dois écouter, le Président me trouve absent et bien nerveux aujourd’hui. Je ne réponds pas mais je lui présente mes excuses.

17 heures, je présente mes hommages au Président puis je fonce dans un taxi qui m’attend. Direction le centre ville, Eugenics. 17H30, j’y suis.

Je suis bien accueilli par une jeune femme qui me conduit à un médecin en blouse blanche. Elle se présente :

– Docteur Johnson ! je suis ici pour vous présenter votre compagne ou plutôt votre future femme. Décidément cela devient une mode que de se marier avec des êtres synthétiques. Voilà, suivez-moi je vous prie ! Dans...