Les Robinsons suisses - Édition revue et mise au courant des progrès de la science

Les Robinsons suisses - Édition revue et mise au courant des progrès de la science

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Français
306 pages

Description

La famille Raymond. — Départ de Suisse.

Au dessus de la rive septentrionale du lac Léman, qui regarde la rive française de la Savoie, court de l’ouest à l’est une chaîne de collines boisées appelée le Jorat. Du haut de ces coteaux qui descendent en pente douce jusqu’aux bords du lac, on peut compter trois régions différentes : Au sommet sont les bois de sapins, de chênes ; au milieu s’étend la région des vignes entremêlées de noyers et de châtaigniers étendant leur ombrage de ci de là ; enfin en bas fleurissent les plaines qui se déroulent jusqu’au rivage.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 15 septembre 2016
Nombre de lectures 12
EAN13 9782346098057
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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À propos deCollection XIX
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Les Robinsons Suisses.
Jules Gros
Les Robinsons suisses
Édition revue et mise au courant des progrès de la science
PRÉFACE
De tous les livres qui depuis un siècle ont été écrits dans le but d’instruire la jeunesse en l’amusant, aucun dans le monde entier n’a eu, à beaucoup près, le succès du Robinson Suisse.primitivement en allemand, il a été traduit dans toutes les Écrit langues, publié sous toutes les formes ; les éditio ns ont succédé aux éditions en nombres incommensurables ; et aujourd’hui encore, malgré les dangers que présente ce livre, certains parents le donnent quand même à leurs enfants. Certes ! ce succès sans pareil en librairie avait une raison d’être, et tous les hommes qui ont vécu dans les trois premiers quarts de ce s iècle vous avoueront qu’aucun souvenir des lectures de leur jeunesse n’est resté si vivement présent dans leur mémoire. L eRobinson Suisse est l’histoire d’une famille de naufragés qui, à f orce de travail, arrive à fonder une colonie aussi prospère qu’un pa radis terrestre, et à se procurer non seulement tout ce qui est nécessaire à la vie, mais encore tout le superflu susceptible de l’embellir. Un père, une mère, quatre enfants groupant leurs efforts et resserrant chaque jour les liens d’affection qui les unissent, sont les seuls personnages qui animent cette épopée pourtant si vivante. L’auteur, avec un rare bonheur, a su donner à chacun de ses personnages un caractère spécial, qu’il garde scrup uleusement depuis le commencement jusqu’à la fin du récit ; il a de plus , avec une habileté sans pareille, dissimulé dans une action toujours remplie d’intérêt, une étude de la faune et de la flore du globe, qui, à l’époque où il vivait, répondait largement aux besoins de l’instruction. Là seulement doit commencer le rôle de la critique ; là seulement nous devons constater l’insuffisance scientifique duRobinson Suisse,mais même le danger qu’il y a à mettre cet ouvrage entre les mains des enfants qui y puiseraient en s’amusant une série d’enseignements directement contraires aux vérités scientifiques qu’ils apprennent dans les écoles. La science a fait de grands progrès pendant la durée de ce siècle ; on ne se contente plus aujourd’hui des à peu près qui consti tuaient l’enseignement d’il y a cent ans. Comment donner à des jeunes gens à qui l’on apprend à grand’peine les détails qui constituent l’histoire naturelle des animaux et des plantes, un livre où ces enseignements trouvent un démenti à chaque ligne ! Que fallait-il donc faire ? Laisser tomber peu à peu dans l’oubli un ouvrage qui a fait les délices des pères et des grands-pères, laisser les qualités merveilleuses de ce livre disparaître et s’enfouir sous la masse des erreurs qu’il contient ? Cela eût été dommage. M. Jules Gros, l’auteur du nouvel ouvrage que nous offrons au public, entreprit de reprendre ligne par ligne, alinéa par alinéa, le livre primitif, d’élaguer les choses inutiles ou qui ne sont plus de notre époque, de rectifier tous les documents d’histoire naturelle qui étaient erronés. C’était un travail de bénédict in. Quand l’auteur l’eut terminé, il s’aperçut que le résultat obtenu ne réalisait pas s on rêve. Tel qu’il était devenu le Robinson Suissebien conservé une part de sa saveur primitiv  avait e, mais il restait un peu long, plus que ne comporte l’impatience des jeunes lecteurs de notre époque. Il prit en conséquence un parti mixte et acheva le livre qui est offert à la nouvelle génération. M. Gros a conservé la forme primitive de journal écrit par le père de famille ; il a suivi scrupuleusement son récit durant toute la première partie, celle où grâce au labeur incessant, à l’activité sans pareille, à l’intelligence chaque jour déployée par la vaillante famille, la contrée où la fatalité a jeté les naufragés, se transforme sous leurs efforts et devient une colonie prospère. Puis, pour ne pas abuser de l’attention de ses lecteurs et leur offrir un ouvrage qui soit
un cours complet de colonisation, l’auteur, obligé d’ailleurs par son programme d’expliquer comment dans un même lieu, sous une lat itude déterminée, ont pu se rencontrer des animaux et des végétaux qui vivent dans des régions diverses, a imaginé la seconde partie qui donne en même temps une grande leçon sur l’art de coloniser. En opposition aux merveilleux résultats obtenus par la famille des colons se livrant tout entière à la culture et à l’exploitation industriel le du sol, il met en action d’autres naufragés qui succombent et meurent en se laissant tenter par la fièvre de l’or et en consacrant leur misérable existence à la recherche du précieux métal. Tel qu’il est devenu, le livre primitif contient encore assez de ce qui le composait pour n’être pas jeté dans les ténèbres de l’oubli, et il a repris assez de vie nouvelle pour satisfaire à son tour toutes les jeunes générations qui se succéderont pendant cent ans encore.
CHAPITRE PREMIER
La famille Raymond. — Départ de Suisse.
Au dessus de la rive septentrionale du lac Léman, q ui regarde la rive française de la Savoie, court de l’ouest à l’est une chaîne de collines boisées appelée le Jorat. Du haut de ces coteaux qui descendent en pente douce jusqu’aux bords du lac, on peut compter trois régions différentes : Au sommet sont les bois de sapins, de chênes ; au milieu s’étend la région des vignes entremêlées de noyers et de châtaigniers étendant leur ombrage de ci de là ; enfin en bas fleurissent les plaines qui se déroulent jusqu’au rivage. A mi-côte, c’est-à-dire sur la lisière des bois et des vignes, non loin de Lausanne, on voyait, vers 1850, une jolie maison blanche, à contrevents verts, qui émergeait sur le vert sombre des frondaisons, à environ deux cents mètres au-dessus du lac et, qui de très loin, égayait les yeux et paraissait dans une situation splendide. De cette coquette demeure on apercevait toute la ch aîne des Alpes Savoisiennes, depuis les sept pointes argentées de la Dent du mid i, à l’est, jusqu’au dos d’âne du Salève qui va se joindre, à l’ouest, aux derniers gradins du Jura. Là, vivait une famille de cultivateurs composée du père, de la mère et de quatre enfants dont l’aîné approchait de sa quinzième année. Ce n’étaient pas précisément des paysans, dans le s ens qu’on donne à ce mot en France. Il n’y en a pour ainsi dire pas dans ce pays agricole où l’instruction prodiguée à tous est généralement répandue. Il n’existe pas, en effet, dans le canton de Vaud, de famille campagnarde qui ne reçoive tous les jours son ournal, qui ne possède au moins une petite bibliothèque et qui ne passe ses soirées d’hiver, ou ses moments de loisir, l’été, à se distraire ou à s’instruire par la lecture. M. Raymond, le chef de la famille, après avoir fait ses études à l’académie de Lausanne, s’était laissé de bonne heure entraîner p ar l’amour des aventures et des voyages, par la soif d’étudier et d’accroître sans cesse la somme de ses connaissances et avait fait de longs voyages dans toutes les part ies du globe ; quand revenant à Lausanne pour y embrasser son vieux père, il fit la connaissance d’une jeune fille de la campagne, que sa famille avait mise en pension à la ville, non pour en faire une demoiselle, mais pour lui procurer une instruction et une éducation qui la missent en possibilité de tenir un ménage et d’élever convenablement une famille.
M. Raymond devenu maître de la terre de Valmont ne tarda pas à être un objet d’admiration pour ses voisins.
La vue de cette jeune fille fit une telle impression sur le voyageur qu’il renonça soudain à la vie vagabonde qu’il avait menée jusque là et q u’i résolut, à la grande joie de sa famille, de jeter l’ancre au pays de sa naissance et de s’y fixer pour toujours. C’est ainsi que M. Raymond épousa la jeune fille et résolut de se vouer avec elle à la culture de la propriété qui lui échut à titre de dot. La fameuse question de l’éducation classique ou ind ustrielle se posait alors dans ce pays. Le jeune époux trancha la difficulté et apporta le concours de toutes ses forces et de toute son intelligence au développement de la prospérité de sa propriété nouvelle. C’est ainsi que M. Raymond, devenu le maître de la terre de Valmont, ne tarda pas à être un objet d’admiration pour tous ses voisins et ses compatriotes. Cette théorie de la vie pratique qu’il appliquait d ans tous ses actes, il s’empressa de l’enseigner à ses enfants au fur et à mesure que la Providence venait augmenter sa famille. Ses quatre garçons furent envoyés très jeunes à l’école industrielle de Lausanne et y apprirent la physique, la chimie, la mécanique , les-mathématiques, ainsi que les premières notions de charpente, de menuiserie, d’arpentage, de serrurerie et même de culture. Cela marchait admirablement pour les premiers qui, peu à peu, arrivaient à rendre à leurs parents de véritables services, mais lorsque à côté de l’aîné arriva un second, puis un troisième, puis un quatrième la maison ne tarda pas à se trouver trop remplie et les difficultés matérielles de la vie commencèrent. En vain M. Raymond multipliait ses efforts, le surp lus de récoltes et de produits dû à son activité, n’arrivait plus à combler le déficit causé par l’appétit de ces jeunes bouches. Un problème effrayant se posa aux yeux du propriétaire. Le sol appelé à suffire à ses besoins était devenu trop étroit pour nourrir ses habitants !... Acheter de nouveaux terrains pour étendre son explo itation était un moyen qui se présentait d’améliorer la situation, mais pour acqu érir il faut de l’argent et depuis longtemps M. Raymond avait épuisé ses ressources en capital. D’ailleurs, dans ce pays là, le terrain est extrêmement cher et, même avec de l’argent comptant, il est très difficile de s’en procurer. Le père de Raymond était mort laissant une petite fortune que le jeune homme avait
généreusement abandonnée à sa sœur non mariée et quand ils perdirent les parents de la jeune femme, il se trouva que leur héritage suffit juste à solder les frais qu’il entraînait. Il fallait néanmoins prendre une décision si l’on ne voulait voir toute la petite propriété entraînée dans un irrémédiable désastre. A ce moment déjà, on parlait beaucoup, dans le pays , des avantages et des facilités offerts aux émigrants qui consentaient à aller porter leurs efforts et leur travail dans les régions fertiles des mondes nouvellement explorés. Les jeunes garçons, qui avaient étudié avec passion la géographie et dont l’imagination avait été vivement enflammée par la lecture des livres de voyages, quand leur père leur demanda ce qu’ils penseraient d’une expédition dans les pays tropicaux, accueillirent avec enthousiasme ces idées d’émigration. La mère, elle, hésitait à quitter sa maison et la terre natale. Un examen approfondi de la situation actuelle et le s périls imminents présentés par l’avenir vinrent enfin à bout de ses hésitations et le départ fut arrêté en principe. M. Raymond mit en vente sa propriété qui trouva bie n vite un acquéreur. De son mobilier et des outils de son exploitation agricole , il fit un choix qui devait suivre les émigrants dans leur nouvelle patrie d’adoption et, toute la famille, ayant ainsi réalisé sa fortune, prit la route de Marseille où un navire hollandais attendait des émigrants pour les conduire en Australie où toute espèce d’avantages devaient leur être offerts. Le père, la mère et les quatre enfants s’installèrent à bord de laPansuevoilier solide qui devait les conduire au but. Des hommes et des f emmes de toutes nations s’entassèrent bientôt sur le navire ; mais M. Raymo nd et les siens désirant éviter des contacts qui pouvaient n’être pas toujours agréable s, s’isolèrent de leur mieux dans la grande cabine qui leur échut en partage. Le père de famille mit à profit les loisirs d’un long voage pour se consacrer tout entier à l’éducation de ses fils. Cette traversée fut monotone comme tous les voyages en mer ; un événement subit vint contrarier eu renverser tous les projets des émigrants. Nous laissons à M. Raymond le soin de raconter cet événement et ceux qui suivirent, tels qu’il les a consignés dans son journal de voyages.
CHAPITRE II
Le naufrage. — Un bateau de nouvelle espèce. — Sauvetage.
Depuis six longs jours que la tempête faisait rage, le vent loin de s’apaiser, paraissait prendre des forces nouvelles. Nous avions été empor tés vers le S.O. si loin de notre route que nous ignorions complètement où nous étions. Notre traversée, d’abord heureuse, devait nous cond uire en Australie où nous nous proposions sinon de fonder une colonie, tout au moi ns de nous établir et de tenter la fortune ; mais l’orage nous avait surpris et le capitaine du bord lui-même avait renoncé à faire le point. Tous, passagers, matelots, officiers, nous étions découragés. Les mâts mis en pièces par le vent étaient tombés à la mer ; notre vaissea u désemparé flottait comme une bouée, poussé au hasard par la mer capricieuse. Chacun de nous ne rêvait plus qu’aux moyens à employer pour sauver sa propre existence. Ma vaillante femme essuyait ses yeux et s’efforçait de rassurer ses enfants. Pour moi j’étais anéanti en face des dangers effroyables qui planaient sur la tête de tous ces êtres chéris. Tout à coup, au milieu du fracas de la tempête, une voix se fit entendre vibrante comme un cuivre. C’était celle du capitaine. — Les embarcations à la mer ! cria-t-il. Je compris qu’un danger terrible nous menaçait et je courus éperdu sur le pont pour me rendre compte de la situation. Un paquet de mer me renversa et je restai longtemps évanoui. Quand je revins à moi je vis que tout l’équipage s’était précipité dans les embarcations et que la chaloupe et les canots s’éloignaient déjà du bord et étaient devenus le jouet des vagues monstrueuses. Je criai, j’appelai, je suppliai en vain les fugitifs de revenir et de prendre à leur bord moi et les miens. Le mugissement des flots et du vent les empêcha peut-être d’entendre ma voix ; peut-être aussi la fureur des lames leur int erdit-elle tout mouvement de retour. Toujours est-il que je les vis disparaître au milieu de l’immense chaos et que je compris que je n’avais plus à compter que sur moi-même pour tenter le sauvetage de ma malheureuse famille. Je remarquai alors, non sans un sentiment d’indicible bonheur, que, malgré leur fureur, les vagues poussées par le vent ne pouvaient atteindre la cabine que nous occupions et qui se trouvait à l’arrière juste au-dessous de la chambre du capitaine. Je dirigeai mon regard vers la pleine mer et il me sembla découvrir, dans la direction du sud, une terre aux rives désolées, mais qui néanmoins devint pour moi le but de toutes mes espérances. En somme je compris toute l’étendue du malheur qui nous frappait et je ne songeai plus qu’à y apporter un prompt remède. Notre navire, devenu le jouet des flots, était venu s’échouer sur des rochers à fleur d’eau et y avait été si solidement rivé que le capitaine avait renoncé à tout espoir de le sauver. Je retournai près des miens et, affectant une sécur ité qui était loin de mon cœur, je leur dis que nul danger immédiat n’était à craindre, que nous étions à l’abri des flots, et que nous ne tarderions pas à trouver le moyen de gagner la terre qui se montrait à courte distance. Mes enfants se sentirent tout réconfortés par mes paroles, et ma femme elle-même, bien qu’elle n’eût pas été dupe de ma fausse sécurité, fit contre mauvaise fortune bon cœur et nous engagea à prendre quelque nourritu re pour entretenir nos forces. Ce fut pendant ce repas inprovisé que mon fils Frédéric, l’aîné de mes enfants, déjà sérieux