Les soignants... Athlètes du quotidien

Les soignants... Athlètes du quotidien

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Livres
83 pages

Description

Quotidien des soignants, de leurs patients, les résidents des Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), témoignages de scènes réelles souvent, imaginaires parfois, portraits des personnes que j’ai côtoyées dans ma fonction de stagiaire, pendant mon année d’école d’aide soignante et par la suite en exerçant ce métier.
Des ressentis de la fatigue du soignant, de la personne âgée, de la frustration... des sourires et des larmes... je voulais surtout témoigner de nos conditions de travail, de ce que nous vivons au quotidien... et il en ressort des moments magiques que jamais l’on oublie et j’espère vous emmener avec moi dans ce monde d’émotion et vous inviter surtout à la réflexion, car notre système de santé est de plus en plus fragile et la population l’est tout autant.

Vous pourrez vous reconnaître dans certains des acteurs de ce recueil, d’un côté ou de l’autre de la barrière.

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Nombre de lectures 31
EAN13 9791034802791
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les soignants… Athlètes du quotidien
Isabelle Flückiger Jachym Les soignants… Athlètes du quotidien Couverture :Maïka Publié dans laCollection Electrons Libres
© Evidence Editions 2019
Mot de l’éditeur Evidence Editions a été créée dans le but de rendre accessible la lecture pour tous, à tout âge et partout. Nous accordons une grande importance à ce que chacun puisse accéder à la littérature actuelle sans barrière de handicap. C’est pourquoi nos ouvrages sont dispo nibles en format papier, numérique, dyslexique, malvoyant, braille et audio. Tout notre professionnalisme est mis en œuvre pour que votre lecture soit des plus confortables. En tant que lecteur, vous découvrirez dans nos di%érentes collections de la littérature jeunesse, de la littérature générale, des témoignages, des livres historiques, des livres sur la santé et le bien-être, du policier, du thriller, de la littérature de l’imaginaire, de la romance sous toutes ses formes et de la littérature érotique. Nous proposons également des ouvrages de la vie pratique tels que : agendas, cahiers de dédicaces, Bullet journal, DIY (Do It Yourself). Pour prolonger le plaisir de votre lecture, dans notre boutique vous trouverez des goodies à collectionner ainsi que des boxes livresques disponibles toute l’année. Ouvrir un livre Evidence, c’est aller à la rencontre d’émotions exceptionnelles. Vous désirez être informés de nos publications. Pour cela, il vous su3t de nous adresser un courrier électronique à l’adresse suivante : Email :contact@evidence-editions.com Site internet :www.evidence-boutique.com
Soignants… athlètes du quotidien… Marathoniens, nous arpentons les longs couloirs, En journée de dix ou douze heures, du matin au soir. Répondre aux sonnettes à l’autre bout du bâtiment Avec, s’il vous plaît, toujours un petit mot rassurant. Équipes pluridisciplinaires, nous nous passons le relais au moment précis, Une chorégraphie de natation synchronisée, un acte de chirurgie. Ensemble, sur le banc de touche, envisager la meilleure solution possible, Tel l’archer imperturbable dont la flèche atteint le centre de la cible. Sprinters, les urgentistes, les pompiers, prêts au premier appel, Dès le premier coup de sifflet, monter à la corde ou en rappel. Saut en hauteur, de haies, en longueur et même à la perche si besoin, Pour vous aider, ils seront là, le cœur sur la main. Faire le grand plongeon, la brasse, crawl ou papillon, Nager dans les eaux troubles pour répondre aux questions, La vérité, la maladie, avec vous, sauter les obstacles un par un, Ménager sa monture et vous guider vers un lendemain plus serein. Trouver le bon équilibre, ne pas glisser sur les sols mouillés, Saltos, en duo, en solo, comme les champions des patinoires gelées, Etre là, le temps d’un soin, vous retenir, vous accompagner En attendant que, seul, enfin, vous puissiez vous remettre à danser. Concentrés comme des slalomeurs en haut d’une piste enneigée, Ne pas s’enfoncer dans la brume qui dissipe leurs pensées, Prendre de la vitesse, savoir jouer les acrobates, ski de fond, Alpin, surf des neiges, bobsleigh ou luge, toujours se donner à fond. Tels les boxeurs, éviter les uppercuts, les colères et l’agressivité, Parfois jouer les arbitres, contenir les personnes trop énervées, Comme les lutteurs, les judokas, user de tacts et d’agilité, Tel l’escrimeur qui, faute d’attaquer, avec brio, parvient à esquiver. Gymnastes, ils manient les instruments, javelots, disques, poids,
Aller plus fort, plus loin, plus haut, gagner le combat. Dans le grand stade de la vie, les haltérophiles de la santé Vous portent le plus possible vers une guérison tant espérée. Dans les grandes allées, un peu de gym artistique, rythmique, Vous les verriez s’élancer sur un fond de musique, Vous apporter votre déjeuner, avec un sourire bienveillant Même si les courbatures crispent leurs mouvements. Athlètes du quotidien, les soignants, médecins, infirmières, kiné, Aides-soignants, agents des services hospitaliers, pompiers… Nous ne demandons juste qu’une revalorisation de nos métiers, Salaires décents, du personnel suffisant pour « votre » sécurité. Notre plus belle récompense n’a pas de valeur, elle est morale avant tout. Elle n’est pas composée d’or, d’argent ou de bronze à porter à notre cou. Nous prendrons soin des personnes qui nous sont confiées Si nous préservons aussi notre santé, trop souvent, mise en danger. Marathoniens, sprinteurs, gymnastes de la vie de tous les jours, Rien n’est plus beau au monde qu’une vie que l’on secourt…
Rendre visite à maman Je monte les escaliers, puis je suis le long couloir. Les portes se ressemblent toutes, bien que certaines soient décorées ou personnalisées. On entend des télés ou des postes radio à tue-tête. Chacun dans sa chambre essaye d’organiser sa vie. 358, en%n, ça y est ! Je frappe, pas trop fort quan d même. Elle ne me répond pas, alors j’entre. J’en ai l’habitude. Comme toujours, j’ai un soupçon d’e*roi en la voyant. Elle a la bouche ouverte, les yeux fermés. J’ai toujours l’impression qu’elle est morte, puis je m’aperçois qu’elle reprend sa respiration, alors je pousse un soupir de soulagement. Je m’approche et lui tapote la main. — Maman, je suis là. Ses yeux s’ouvrent et son sourire s’accroche au mien. — Tu vas bien ? Elle ressent mon anxiété, son sourire se %ge et ses yeux regardent dans le vide, un vide où je n’ai pas ma place, un vide qui me glace. Je la dévisage, la regarde sous toutes les coutures pour voir… voir si elle est propre, si ses habits sont changés. Ses cheveux sont coi*és. Je soupire en voyant une tache sur sa robe. Cette tâche qui me fait penser à ce qu’elle a mangé… à la di4culté qu’elle a dû avoir avec ses couverts. Ah, maman, il est loin le temps où tu me grondais parce que je mangeais trop vite, salement, pour m’empresser d’aller jouer. Comme je regrette cette époque, maman ! Elle n’a pas envie de parler aujourd’hui. Mes questions restent sans réponse, alors tout s’entrechoque dans ma tête… Ont-elles été douces avec toi aujourd’hui ? La toilette a-t-elle été agréable ? Est-ce qu’elles ont été obligées de te réveiller, de se dépêcher ? Maman, raconte-moi, dis-moi… je voudrais savoir… Maman, j’essaie de comprendre… mais comment ? On vous brosse un univers quasi idyllique où vous serez traité comme des rois, avec des brochures où les photos respirent le bonheur, où il fait beau, où tout le monde rit, s’amuse, se sourit… Alors, tu veux y croire, tu y crois, tu te dis que c’est le mieux pour elle, qu’elle sera bien, toujours quelqu’un pour s’occuper d’elle. Puis tu déchantes, tu te renseignes, tu psychotes même, car tu t’informes. Tu vois des reportages à la télé, tu lis des articles dans les magazines, les journaux… La maltraitance, ça %nit par te faire peur, te bou*er de l’intérieur. Maman, dis-moi, que font-ils quand je ne suis pas là… Alors, je t’ausculte, as-tu des bleus ? Car tu en as déjà eu. Forcément, tu te cognes. Tu tombes, comme avant, comme lorsque tu étais encore chez nous, dans la maison de famille. Tu ne pouvais plus rester seule, c’est pour ça que tu es là… Maman. J’espère que tu comprends, que tu nous pardonnes, nous n’avons pas eu d’autres choix, tu le sais, hein, maman… Et tu me souris, tu ne me comprends pas, alors je pleure. Tes ong les ne sont pas vraiment propres, ils ont besoin d’être coupés. Toi qui avais les mains si soignées. Le ménage laisse un peu à désirer, il y a des traces. Les ;eurs ont séché dans le vase, il n’y a plus d’eau, un peu
de poussière çà et là… Que dire… Je soupire. J’imag ine le pire, je délire. Ma colère monte face à mon impuissance, ma culpabilité à te laisser ici. Ici ou ailleurs, c’est pareil… Je m’assois dans le fauteuil à côté de toi et j’écoute les bruits alentour. Les soignantes par lent fort dans les couloirs, tellement fort qu’on a l’impression que l’on dérange ou que nous n’existons pas. J’ose à peine aller leur demander si tu allais bien ce matin, mais je me lève, ouvre la porte et les interpelle. Elles sont là pour ça, après tout ! — Bonjour, maman va-t-elle bien en ce moment ? Je n’ai pas pu venir la voir la semaine dernière, dis-je comme une enfant prise en faute. Ce n’est qu’une impression, certes, mais je ressens le besoin de me justi%er, de justi%er que je n’ai pas pu venir voir maman. Je suis fébrile. — Ne vous en faites pas ! Me répond l’une d’elles avec le sourire. Elle était bien réveillée ce matin pour la toilette et elle a bien mangé. D’ailleurs, j’ai envie de dire qu’il y a une tache sur sa robe, mais je me tais. Pourquoi ? Je ne le sais même pas moi-même. De peur de déranger peut-être. Si elles ne l’ont pas fait, il y avait sûrement une raison et, à cette heure-ci, est-ce la peine de lui changer sa robe ? Je ne sais plus quoi dire, que faire. — Si maman mange bien et que la toilette s’est bien passée, alors tant mieux ! Dis-je bêtement. Pourquoi suis-je si désemparée ? J’ai envie de crier cette colère en moi, de déverser une rage qui couve, mais pourquoi sur elles ? Elles ne sont pas responsables. Qui l’est d’ailleurs ? Moi, elles, eux ? Des fois, je les vois courir, je les entends soupirer, je les cherche partout et je ne les trouve pas et, quand j’en trouve une, elle est occupée. Combien sont-elles en fait ? Pas assez nombreuses, je suppose, comme partout… et, si je leur posais la question, me répondraient-elles ? Alors je les remercie rapidement et rentre dans la chambre… Maman me regarde avec perplexité. — Qu’y a-t-il, ma fille ? Ça ne va pas ? me dit-elle dans un moment de lucidité… — Maman, est-ce que tu es bien traitée, est-ce que tout va bien ? — Il y a des choses que je veux garder pour moi, je n’ai pas à te dire tout ce que je fais, si ? — Non, bien sûr, maman, mais dis-moi un peu ! — Alors, je te dirai ceci… J’aurais préféré être à la maison, mais c’est impossible. J’aurais préféré me lever à l’heure que je veux et non que l’on me réveille. J’aurais préféré faire ma toilette seule et avec plus de douceur des fois ou moins vite. J’aurais préféré manger autre chose à midi, que l’on m’aide à aller aux toilettes plus tôt. Je sais, j’ai une tache sur ma robe et je n’aime pas ça du tout, mais, tu sais, le plus important, c’est quoi ? — C’est quoi...