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Les Soirées de Cendrillon - Historiettes

De
221 pages

MON Dieu, mon Dieu, que c’est ennuyeux de rester toujours seule à la maison quand les autres vont se promener, de travailler quand les autres s’amusent, de n’avoir qu’un bonnet de nuit et une vilaine robe grise quand les autres portent de beaux habits !

C’est ainsi que causait une jolie petite fille aux yeux bleus, aux cheveux blonds, au regard angélique, l’air timide et doux.

Bien que je blâme la coquetterie, je dois vous avouer qu’elle avait un peu raison de se plaindre de sa toilette, car le bonnet de la petite affligée était dénué de toute grâce, et sa robe grise était bien sale, bien fanée.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Mme Wetzell, Mme d'Hauteville

Les Soirées de Cendrillon

Historiettes

LA BONNE MARRAINE

MON Dieu, mon Dieu, que c’est ennuyeux de rester toujours seule à la maison quand les autres vont se promener, de travailler quand les autres s’amusent, de n’avoir qu’un bonnet de nuit et une vilaine robe grise quand les autres portent de beaux habits !

C’est ainsi que causait une jolie petite fille aux yeux bleus, aux cheveux blonds, au regard angélique, l’air timide et doux.

Bien que je blâme la coquetterie, je dois vous avouer qu’elle avait un peu raison de se plaindre de sa toilette, car le bonnet de la petite affligée était dénué de toute grâce, et sa robe grise était bien sale, bien fanée.

Cette petite fille, vous avez deviné qui elle est ? C’est la petite Cendrillon.

Ses sœurs sont à un bal d’enfants ; elles ont de splendides costumes faits en grande partie par les mains habiles de Cendrillon ; leur coiffure, que tout le monde admire, c’est encore l’œuvre de Cendrillon, car cette charmante enfant est a droite comme la fée sa marraine, et tout travail semble un jeu pour elle, tant elle s’en acquitte avec adresse et rapidité.

Aussi comme on en abuse !

Il faut qu’elle fasse presque tout. Du matin au soir on n’entend que ces mots : Cendrillon, Cendrillon, Cendrillon.

Cendrillon est si gentille, si aimable, qu’elle se plie volontiers aux caprices de ses sœurs, elle ne leur demanderait qu’une chose bien simple ; un peu d’affection et de politesse en retour de sa complaisance et de son activité.

Puis de participer quelquefois aux fêtes, aux parties de plaisir qui ont lieu sans cesse et dont elle ne profite jamais.

Ce n’est pourtant point là de l’exigence ? Eh bien ! mesdemoiselles les grandes sœurs sont égoïstes, elles veulent le plaisir pour elles seules et pour Cendrillon toute la peine.

Ce soir encore elles ont résisté aux peines et aux supplications de leur gentille sœur, elles n’ont point voulu l’emmener à ce grand bal d’enfants dont il est question depuis un mois dans la ville, voilà pourquoi Cendrillon affligée pleure et se désole dans le coin de la cheminée.

  •  — Ah ! marraine, marraine, s’écrie-t-elle, que n’êtes-vous là pour me consoler ? Si vous saviez combien je m’ennuie, comme j’ai sommeil !

Un frôlement se fait entendre, on dirait le bruit des ailes d’une colombe.

Une femme apparaît alors, elle tient une baguette à la main, doucement elle en touche le front de Cendrillon.

L’enfant relève soudain la tête et s’écrie joyeusement :

  •  — Ah ! c’est vous, marraine ; vous avez donc entendu mes plaintes ? que vous êtes bonne de venir me tenir compagnie !
  •  — Chère petite filleule, tu sais combien je t’aime, je voudrais pouvoir te soustraire à tes chagrins. Mais cela n’est pas en mon pouvoir ; les épreuves que tu subis en ce moment formeront ton caractère, et, si tu les supportes bien, tu seras un jour, je l’espère, une jeune fille accomplie.

Chacun a sa part de maux, ici-bas, et puisque tu as la tienne dans l’enfance, devenue grande, tu n’auras plus qu’à jouir du bonheur que tu mérites.

  •  — Marraine, vous avez raison, toujours raison ; pourtant ce soir, le courage me manque et j’ai bien envie de pleurer.
  •  — Pleurer, ma mignonne, quand je suis là ! quand je viens pour te distraire et te consoler ; non, non je ne veux pas que tu pleures ; dis-moi ce que tu veux que je fasse pour t’être agréable.
  •  — Eh bien, marraine, racontez-moi une histoire, une belle histoire ; vous devez en savoir !
  •  — Oui, mon enfant, je vais t’en dire une et, si cela t’amuse, je viendrais t’en dire une nouvelle chaque fois que tu seras seule comme ce soir.
  •  — Oh ! merci, marraine, que vous êtes bonne ; commencez tout de suite, je vous en prie.
  •  — Ouvre tes oreilles et écoute bien, je vais te conter l’histoire d’une de mes petites filleules.
  •  — Comment se nomme-t-elle ?
  •  — Elle se nomme Rivuletta.
*
**

HISTOIRE DE RIVULETTA

UNE de mes grandes amies ayant eu une petite fille me demanda d’en être la marraine ; j’acceptai, et, au jour indiqué, je revêtis mes plus beaux habits ; puis, ayant rempli mon char des cadeaux que je destinais à ma filleule, je pris les guides de mon attelage de colombes et descendis chez mon amie.

Je trouvai tout le monde en émoi, la maison était sens dessus dessous. Je pénétrai jusqu’à la chambre à coucher sans que personne parut s’occuper de moi ; mon premier mouvement fut de courir au berceau, et quel ne fut pas mon étonnement d’y trouver couchée, à la place de la petite fille rose et blanche que j’avais vue quelques jours auparavant, une petite chèvre blanche aux cornes naissantes et qui, parfaitement installée au milieu de doux oreillers et des rideaux roses, dormait profondément.

  •  — Ah ! vous voici, chère amie, s’écria la mère en m’apercevant, voyez quel affreux malheur nous frappe. Mais peut-être aurez-vous la puissance de le réparer, car vous êtes fée !
  •  — Qu’y a-t-il, ma chère Blanche ? (c’était le nom de mon amie) ; expliquez-moi d’abord que fait celte chevrette dans le berceau de ma filleule.

C’est justement le sujet de la douleur dans laquelle vous nous voyez tous plongés ; celle chèvre est ma fille qu’un méchant magicien a transformée ainsi.

  •  — Cette chèvre est ma gentille Rivuletta ? C’est impossible, qu’aviez-vous fait à ce magicien, pour qu’il vous punît aussi cruellement ?
  •  — Hélas ! vous savez que dans mon enfance je me fis remarquer par mon caractère indomptable et capricieux ; je ne me plaisais que dans les courses vagabondes et folles à travers les bois, je ne voulais rien apprendre, obéir à personne, j’étais une véritable petite sauvage.

Ma mère, qui connaissait un célèbre enchanteur, le pria de venir, et de lui dire ce qu’elle pourrait faire pour calmer ce caractère qui la désolait. Il lui donna les plus sages conseils qu’elle mit à exécution, mais qui n’eurent aucun résultat.

A quinze ans je ne savais ni lire, ni écrire, ni coudre, ni rendre aucun de ces petits services que les petites filles rendent dans leurs familles.

Quand il me fallait rester à la maison près de ma mère, je m’endormais.

Ma pauvre mère disait souvent en pleurant : ce n’est pas une fille, c’est un diable.

Le vieil enchanteur revint encore une fois, et me prédit que, si je ne changeais pas, je serais cruellement punie plus tard.

Je me moquai de lui, je lui fis mille niches : je lui cachai ses lunettes, sa tabatière et me sauvai dans le jardin.

Il partit en branlant la tête, et me menaçant de sa baguette.

Quelques années plus tard, je me mariai et j’avais complètement oublié les prédictions du vieillard, quand hier à mon réveil, quelle ne fut pas ma surprise de le voir près du berceau de ma fille.

Je voulus crier, appeler, la frayeur avait éteint ma voix.

Je viens accomplir ma prédiction, me dit-il d’un air grave et sévère ; c’est dans ta fille que je veux te punir.

Regarde :

A ces mots, il toucha l’enfant de sa baguette magique, et je vis ma fille se transformer en cette petite chèvre blanche, qui est du reste fort gracieuse, et qui dort depuis ce moment-là.

J’étais restée interdite au récit de mon amie, je ne savais que lui dire ; car ma puissance ne pouvait annuler celle du vieil enchanteur.

Tout à coup il me vint une idée lumineuse. Ne pleurez plus, Blanche, je crois que j’ai trouvé un moyen d’arranger les choses : je vais voler chez le magicien, et lui demander d’être mon compère, et peut-être obtiendrai-je ainsi qu’il rétracte la sentence qu’il a prononcée contre ma petite Rivuletta.

  •  — Ah ! merci, ma chère fée Blondine, puissiez-vous fléchir la colère de ce vilain homme qui m’a fait tant de chagrin en transformant ma fille en chèvre.
  •  — Je ferai tout mon possible, ma chère amie, mais il faut que vous me promettiez que, si je réussis à amener ici le vieux Sévérus (car je crois être sûre que c’est lui qui vous a ainsi éprouvée), vous le recevrez bien, et vous vous soumettrez aux conditions qu’il vous imposera.

Au fond, malgré son air rébarbatif, c’est un excellent homme, il faut seulement savoir le prendre, car il est fort susceptible.

La maman de Rivuletta promit tout ce que je voulus, et, après avoir embrassé la mignonne petite chèvre, je remontai sur mon char et dis à mes colombes de me conduire à la demeure de Sévérus.

Sévérus habitait une grotte de cristal, ombragée d’arbres touffus et odoriférants ; le lierre, le chèvrefeuille, les volubilis formaient de jolies guirlandes à l’entrée de la grotte, de petits ruisseaux coulaient en murmurant sur des lits de cailloux qui n’étaient autres que des diamants et des perles ; il y avait là de quoi faire des parures à tourner la tête à toutes les coquettes du monde.

Dans ces ruisseaux nageaient des poissons dorés ou argentés, ils faisaient des bonds capricieux, et se plaisaient à jouer dans l’eau limpide.

Sur les arbres, on voyait perchés des oiseaux de toutes les espèces, depuis les chanteurs comme le rossignol, la fauvette, le chardonneret et le pinson, jusqu’aux oiseaux renommés pour la beauté de leur plumage, comme les perroquets, les colibris, les oiseaux-mouches et les oiseaux de paradis.

Dans l’herbe se jouaient des multitudes d’insectes aux ailes diaphanes, aux reflets métalliques, pendant que des animaux plus gros tels que des moutons, des chèvres, des chiens, des chevaux mêmes mangeaient tranquillement ou faisaient la sieste.

Je m’arrêtai émerveillée à la vue de cette demeure que je n’avais jamais encore visitée, et je m’étonnai que celui qui l’habitait eût une telle réputation de sévérité ; tout semblait respirer le calme, la bonté, la mansuétude, le bonheur.

Un coucou indicateur m’aperçut bientôt, et fit entendre un cri particulier qui avait pour but d’annoncer ma visite.

Le magicien Sévérus apparut aussitôt. Il était suivi par une grande chèvre blanche, aux cornes dorées, qui paraissait aussi docile qu’un chien.

La vue de cette chèvre, qui semblait être la bête préférée du maître, me fut d’un bon augure pour le succès de ma mission, car je pensais que, s’il avait choisi l’enveloppe de sa favorite pour en revêtir ma petite Rivuletta, c’est qu’il ne voulait pas se montrer trop dur envers elle.

Sévérus me salua avec courtoisie, et me demanda qu’est-ce qui pouvait lui procurer le plaisir de ma visite.

  •  — Je viens, lui répondis-je, vous demander d’être parrain avec moi.
  •  — Volontiers, mais quelle est la filleule ?
  •  — C’est la petite Rivuletta.
  •  — Quoi ! la fille de cette méchante Blanche que je déteste tant !
  •  — Oh ! vous êtes bien sévère, cher ami ; Blanche a été une enfant turbulente, et voilà tout.
  •  — Si Blanche n’avait été que turbulente, croyez bien, chère Blondine, que je ne l’eusse pas peinée ainsi, mais j’ai des reproches bien plus graves à lui adresser ; elle a été cruelle envers maints animaux que j’ai secourus et amenés dans mon domaine.

Cette belle chèvre qui me suit et qui est ma plus fidèle amie, a été une de ses victimes ; voyez, malgré mes soins, la pauvre bête boite encore.