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Lettres francophones en chronotopes

De
294 pages
Qu'en est-il du temps et de l'espace aujourd'hui dans les textes littéraires produits en langue française ? Des moyens possibles d'utiliser « la corrélation essentielle entre des rapports spatiotemporels » ? Ce volume rassemble les travaux du premier colloque de l'Association des Chercheurs en Littératures Francophones, consacré aux chronotopes dans les littératures de langue française. Ce concept, formulé par Mikhaïl Bakhtine désormais incontournable, permet d'interroger une production littéraire complexe et variée à travers la construction d'un univers propre à chaque texte.
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Association des Chercheurs en Littératures Francophones
Lettres francophones en chronotopes
Textes réunis par : Stefania CubedduProux, Victoria Famin, Fatma AgounPerpère, Cécilia Camoin, Claudia Canu Fautré, Tania Manca
Horizons francophones
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com ISBN : 978-2-343-10991-6 EAN : 9782343109916
Lettres francophones en chronotopes
Collection « Horizons francophones » Présentation L’Association des Chercheurs en Littératures Francophones(ACLF)est rattachée au Centre International d’Études Francophones(CIEF) de l’Université Paris-Sorbonne, dirigé par Romuald Fonkoua. Elle se consacre à la promotion et diffusion des études littéraires du monde francophone. La collection « Horizons francophones » accueille des ouvrages sur ces littératures, en mettant l’accent sur la diversité de la francophonie littéraire. Dans un esprit d’ouverture et de dialogue interdisciplinaire, cette collection propose également des ouvrages portant sur des études comparatistes et des mises en relation de la littérature avec d’autres formes d'expression artistique.
Stefania Cubeddu-Proux, Victoria Famin, Fatma Agoun-Perpère, Cécilia Camoin, Claudia Canu Fautré, Tania Manca
Lettres francophones en chronotopes
Suivi d’un entretien avec Ananda Devi ACLF Association des Chercheurs en Littératures Francophones
Préface BeïdaChikhi Par leurs contributions scientifiques et la progression de leur audience internationale, les journées de l’ACLF ont commencé, dès 2007, à s’imposer comme un rendez-vous incontournable. AvecLettres francophones en chronotopes, un bel événement inauguré le 28 mai 2010, nous sommes passés du style méditatif et studieux de « journées d’études » à l’ambiance plus ouverte, plus conquérante, de « colloque international ». Et il se trouve que ce changement de style s’est réalisé, par un pur hasard, dans l’amphithéâtre Richelieu, en Sorbonne. J’évoquais parfois le cardinal dans mes cours magistraux et à travers des citations d’écrivains africains ou antillais, agacés par son appétit de pouvoir et sa responsabilité dans l’expansion coloniale et mercantile de la e France du XVII siècle. Ce même Richelieu qui également a présidé à la conception et la construction de l'État moderne, l’une deschronotopiesles plus importantes de l’histoire européenne, était là, à l’ouverture du colloque, trônant ostensiblement au-dessus de nous. Donc, face à l’impressionnante statue blanche, éclairée par un étrange jeu de lumière, j’ai dû prononcer quelques paroles rituelles avant de cerner la nature de ces connexions majeures qui allaient dominer l’esprit de notre rencontre : la visibilité spatiale de la temporalité ; la présence de l’absence ; la gestion de l’abstraction temporelle par la concrétude spatiale, en somme tout ce que nous ont enseigné les mathématiques et la physique avant d’en inspirer le transfert vers la linguistique et la théorie littéraire, et par la médiation d’un brillant Mikhaïl Bakhtine. Il y avait aussi le Richelieu en lien avec une certaine destinée des lettres francophones. Personnage romanesque dansLes Trois mousquetairesd’Alexandre Dumas, il y apparaît en stratège politique, machiavélique et manipulateur. Ses stratégies et ses formules percutantes, léguées à la postérité notamment par sesMémoires et sonTestament politique, nourrissent encore à l’heure actuelle les chronotopes d’une certaine forme d’intellectualité. Son corps d’auteur a été conduit jusqu’à la Sorbonne pour y être inhumé. Il m’a paru alors utile de rappeler que son sépulcre sorbonnard fut profané le l5 décembre 1793 et que toute la
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thématique de la sépulture et de sa profanation, si liées au chronotope de la révolution dans les littératures francophones, pouvait s’éclairer à partir de l’histoire des révolutionnaires qui saccagèrent son tombeau placé pas loin de nous, dans la chapelle de la Sorbonne. Je ne pouvais pas ne pas mentionner au passage le rôle d’un certain Gabriel Hanotaux, un ancien étudiant de l’École des chartes, diplomate à Constantinople, initié très tôt aux questions coloniales par Jules Ferry, qui s'était emparé du crâne de Richelieu en 1896, pour l'examiner une dernière fois avant de le placer dans un coffret scellé et de le faire recouvrir d'une chape de ciment armé, dans un lieu tenu secret à proximité du tombeau ! Le 23 mai 2008, nous avons eu l’honneur de recevoir et d’ovationner Assia Djebar, une grande académicienne ravie d’échanger avec un public aussi nombreux d’étudiants et de chercheurs. Une question lui a été posée, à un moment particulier de la table ronde, sur son roman,La Femme sans sépulture, reprenant un épisode de la révolution algérienne. Sa réponse a été, en substance, que le thème de la sépulture et du tombeau accompagne une quête de vérité. Il peut aussi exprimer une anxiété liée à un oubli volontaire, répétitif, sciemment orchestré par la culture. On peut aller encore plus loin avec le chronotope cristallisé autour de la figure de Richelieu et du fait colonial, car ce lieu-dit Amphithéâtre Richelieu en Sorbonne a dû insuffler à certains participants des pointes de mémoire et d’histoire dans le sens où une réflexion sur le chronotope ne peut pas ne pas s’interroger sur le lieu qui l’accueille et l’orienter de manière intrusive. L’argumentaire avait affiché cette dimension en se plaçant à la hauteur des potentialités du sujet : « Participant à ce questionnement, la littérature avance, parfois à l’aveugle, exploratrice d’un monde où les espaces et les temps s’entremêlent pour finalement se redéfinir par eux-mêmes et selon leur propre logique. » Très ancienne, la logique du lieu qui a traversé les siècles a été confrontée à la présence et à l’attente contemporaine des jeunes chercheurs de l’ACLF, portées par la nouvelle modernité de littératures venues d’ailleurs. Aussi, cette part d’histoire de la Sorbonne, associée à la notion ambivalente d’État moderne et à toutes sortes d’intrigues machiavéliques, puis à une profanation de sépulture, puis à un corps fragmenté, déporté de lieu en lieu et restitué à son lieu sépulcral, ne pouvait-elle s’approfondir que dans la littérature. Elle aura dans le même temps inspiré un style de chaussure élégant, baptisé « Richelieu ». La première édition de ce colloque, ouvert à l’ombre d’une histoire si complexe, rassemble des contributions d’une densité exceptionnelle et témoigne de l’avancée constante des journées d’études antérieures. L’ACLF veut atteindre le niveau le plus élevé d’une recherche en
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expansion en intégrant, au fur et à mesure, toutes les virtualités véhiculées par les lettres francophones. J’ai accompagné, avec conviction et plaisir, la progression de cette association pendant près de dix ans, et je lui souhaite de demeurer ce qu’elle a toujours été : engagée, fidèle, désintéressée.
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