147 pages
Français

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Créatures fatales

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Description

Elles sont séduisantes, elles sont chaudes, elles sont prêtes à réaliser tous vos fantasmes. Vous pouvez les rencontrer à l'université, au bord de la route, sur internet ou sur les rives d'un lac... Mais attention ! Vous risquez d'y laisser votre vie, car elles ne sont humaines qu'en apparence. Elles sont en réalité des prédatrices.


Ces nouvelles érotiques et fantastiques ont pour cadre la France d'aujourd'hui, mais vous feront traverser le miroir des désirs et des apparences, en jetant parfois un regard impertinent sur notre société.



Ce recueil comprend les nouvelles suivantes:


Mathématiques du risque


Une nuit sur la route


La collectionneuse


Au bord du lac


Fées des hauteurs


En raison de quelques scènes pornographiques ou violentes, il est réservé à un public adulte.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9791091549042
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Alexandre Lévine
Créatures fatales
Nouvelles
© Éditions Artalys - 2013
Photographie : @ alenavlad /123RF
ISBN 979-10-91549-04-2
Mathématiques du risque
Gaëtan était un garçon très sérieux, sur lequel ses parents fondaient de grands espoirs. Dès son arrivée au collège, il effectuait ses devoirs sans que son père ne brandît la menace de le priver de jeux vidéos, ce à quoi il s’adonnait d’ailleurs assez peu. À l’âge de treize ans, quand les adolescents se préoccupent de leur sexualité naissante et s’exercent aux premiers flirts, il commença à alterner la lecture deTintin et Milouavec celle duMonde, et il fut l’un des rares élèves de sa classe à ne pas soupirer devant le théorème de Thalès. Deux ans plus tard, il commençait à écrire des articles sur Wikipédia. Ses prédispositions pour les mathématiques le conduisirent tout droit en terminale S, et il obtint son bac avec une mention « très bien ». Il aurait parfaitement pu faire une classe préparatoire, puis entrer dans l’une de ces écoles qui l’auraient projeté dans les hautes sphères de la société, mais jurant fidélité à sa discipline chérie, il préféra poser sa candidature dans une université, où un premier périple de trois ans le conduisit vers la licence. Modelé par les années, il avait pris l’apparence d’un charmant jeune homme, doté d’une belle tignasse brune et d’un front haut. L’éclat de ses yeux gris, surlignés par de fins sourcils, fit éclore des sourires sur les visages de quelques étudiantes. Il y fut sensible, mais ces signes encourageants n’aboutirent à rien d’autre qu’à de franches amitiés, car il se
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sentait plus à l’aise avec les théorèmes qu’avec les filles. Il ne leur disait jamais ce qu’elles voulaient entendre et restait insensible à leurs sous-entendus. À la fin de sa licence, il décida que les mathématiques financières lui conviendraient bien et qu’elles lui permettraient de se rendre utile à la société, en travaillant comme cadre dans des banques, des fonds spéculatifs ou des compagnies d’assurance. Les salaires proposés étaient au moins deux fois supérieurs à ceux que proposait le service public. Il s’inscrivit donc en master de mathématiques financières et effectua une première année avec une certaine aisance. Il fut plutôt heureux de s’ouvrir à d’autres disciplines, telle que l’étude des produits financiers. Mais son goût pour les probabilités l’orientait vers la prévision des risques. Ce fut la spécialité qu’il choisit pour la deuxième année de master. Dès les premiers jours, il remarqua une étudiante qu’il n’avait pas vue jusqu’alors. C’était une très belle jeune fille aux cheveux noirs et à la peau brillante comme de la porcelaine. Elle s’habillait avec beaucoup d’élégance, et comme le temps était encore doux en ce début septembre, elle portait chaque jour une jupe qui s’arrêtait au-dessus de ses genoux. Gaëtan n’y fut pas insensible, d’autant plus qu’elle lui adressa des sourires et des œillades qui le laissaient interrogatif. Il commençait très lentement à prendre conscience de l’attrait qu’il exerçait sur les femmes, mais ne se concevait pas encore comme un objet de désir. À la fin d’un cours, alors qu’il sortait de l’amphithéâtre, elle courut vers lui pour l’aborder : « Bonjour ! — Bonjour. — Je m’appelle Nelly. — Moi, c’est Gaëtan.
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— Qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? — Eh bien... Je vais au prochain cours, sur l’actuariat. — Je peux m’asseoir à côté de toi ? — Bien sûr. » Les deux étudiants se mirent à marcher ensemble dans les couloirs de la fac. « Je ne t’ai pas vue l’année dernière, remarqua Gaëtan. Tu n’étais pas là ? — Non, je viens de Paris. — Pourquoi as-tu quitté ta fac ? — J’ai trouvé que c’était plus agréable ici. Je n’ai pas trop de problèmes pour me déplacer. — Tu as trouvé un appartement ? — Oui. — Tu as de la chance, parce qu’ici, ce n’est pas facile. — Non, ce n’est pas de la chance, et puis c’est de toute façon plus facile qu’à Paris. Mon père a les moyens de m’aider. Il considère aussi mes études comme un investissement, ce qui est la vérité, n’est-ce pas ? — Oui... Qu’est-ce qu’il fait, ton père ? — Il dirige une entreprise. » Gaëtan eut ainsi le temps de faire connaissance avec Nelly avant de s’installer avec elle dans un autre amphithéâtre, plus petit que le premier. Les sièges étant rapprochés, il se retrouva tout contre elle, des ondes de parfum assaillant ses narines. C’était la première fois qu’une fille le troublait à ce point. Ses sourires incessants démultipliaient son charme. Sa joie était comme une lumière qui l’éclairait de l’intérieur, et elle était contagieuse. Quand elle déposa des feuilles de papier devant elle, Gaëtan admira ses doigts longs et flexibles, aux ongles soigneusement taillés et teintés d’un verni framboise. Elle ne l’empêcha cependant pas de se concentrer sur le
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cours, consacré aux normes réglementaires de la banque et des assurances. Nelly se comporta elle-même avec le plus grand sérieux, ne regardant presque jamais son voisin et ne lui adressant pas la parole, alors qu’elle aurait pu aisément se pencher vers lui pour déposer quelques chuchotements dans son oreille. On voyait quel intérêt elle attachait à cette formation. « Tu as tout compris ? demanda-t-elle à la fin du cours. — Oui... enfin, ça va mettre un moment pour rentrer dans ma tête. J’ai l’habitude des maths, pas de ce genre de choses. Les spécifications QIS5 de la Commission européenne... — Qu’est-ce que tu fais ce soir ? Tu veux qu’on travaille ensemble ? — Non, je préfère travailler seul. — Tu habites chez tes parents ? — Non, j’ai une chambre ici. — Tu seras plus à l’aise chez moi. — Oui, mais après, il va falloir que tu me ramènes ici. » Nelly n’arriva pas à convaincre Gaëtan. Il prenait cette invitation comme une intrusion dans sa vie privée, et dans de telles circonstances, il se comportait comme une tortue, en rentrant la tête sous sa carapace. S’apercevant de son tempérament, Nelly n’insista plus et resta souriante. Ils quittèrent ensemble le bâtiment d’enseignement. Un vent doux balayait le campus et les rayons du soleil perçaient un léger voile nuageux pour arroser des pelouses et des frondaisons encore touffues. Nelly et Gaëtan marchèrent un moment côte à côte, en continuant à parler du cours, puis ils atteignirent l’endroit où leurs routes se séparaient. « Tu vas à la résidence ? demanda Nelly. — Oui. — Moi, je retourne à ma voiture. Tu es sûr que tu ne veux
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pas m’accompagner ? — Un autre jour, peut-être. — D’accord. Alors à demain. » Gaëtan s’approcha de Nelly pour déposer deux bises sur ses joues, où des fossettes se creusaient de manière si adorable chaque fois qu’elle souriait. Les yeux marron de la jeune fille brillaient tellement que, vus de loin, ils semblaient céruléens. Le jeune homme partit sans se retourner, mais tout de même très content d’avoir trouvé une compagne aussi agréable.
À partir de ce moment, ils furent inséparables. Ils étaient toujours assis côte à côte, aussi bien lors des cours magistraux que lors de séances de travaux dirigés, ou lors des travaux sur ordinateurs. À midi, ils mangeaient également ensemble au restaurant universitaire. Gaëtan n’abandonna pas ses anciennes relations, parmi lesquelles figuraient des étudiants fréquentés pendant plus de quatre ans, mais il leur consacra de moins en moins de temps. Une fille se sentit jalouse de Nelly. Elle ne pouvait pourtant s’en prendre qu’à elle-même. Il lui aurait fallu imiter sa rivale, qui s’était jetée sur Gaëtan avec une totale absence de gêne et un naturel confondant. Elle détestait Nelly à cause de sa grande beauté, mais aussi parce qu’elle se désintéressait de tout le monde sauf de Gaëtan. S’il était possible d’échanger quelques paroles avec elle, on avait l’impression de n’être qu’un fantôme à ses yeux. Au bout d’une semaine, certaines personnes se demandèrent si les deux jeunes gens avaient déjà couché ensemble. Ce n’était pas encore le cas, mais le sort en était jeté. Gaëtan ne pouvait plus fermer les yeux sans voir apparaître le visage de Nelly. Les deux courtes syllabes de son nom sonnaient dans son esprit comme les notes d’une émouvante mélodie. Il se
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levait chaque matin de bonne humeur, poussé par la hâte de revoir son amie. Et une douce chaleur envahissait sa poitrine, signe d’un amour naissant. Aussi, un jeudi après-midi, il finit par accepter l’invitation. Il pleuvait d’ailleurs, et l’on atteignait plus rapidement la voiture de Nelly que la résidence universitaire. Aucun des deux étudiants n’ayant de parapluie, ils coururent se réfugier à l’abri. Quand les portes de la voiture eurent claqué, ils restèrent un moment silencieux, car ils étaient essoufflés. Les gouttes d’eau tambourinaient sur le pare-brise en émettant un murmure liquide. « Je suis toute mouillée ! fit Nelly en passant les mains sur sa chevelure et son pantalon. Il va falloir que je me change. — Moi, il faudrait que je rentre chez moi. — Tu veux que je t’y conduise ? — Oui. » Nelly mit le contact et démarra. Les essuie-glaces chassèrent l’eau du pare-brise. Empruntant les petites routes du campus, la voiture arriva rapidement devant la résidence de Gaëtan et s’arrêta près de sa porte. Nelly aurait pu attendre son ami au sec, mais elle n’arrivait apparemment plus à se séparer de lui. Elle quitta sa Volkswagen flambant neuve sur les pas de Gaëtan et franchit le seuil. Ils montèrent au premier étage, où Nelly découvrit la chambre de son ami. C’était un lieu exigu mais assez confortable, dont il avait fait son univers depuis son arrivée à l’université. Nelly jeta un coup d’œil sur le petit lit fait à la va-vite et le bureau encombré de livres et de papiers, sans faire de commentaires. « Je peux m’essuyer les cheveux ? demanda-t-elle. — Oui, dans la salle de bains. Prends mon peigne. »
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Dès la disparition de la jeune fille, Gaëtan s’empressa d’enlever ses chaussures et son pantalon, pour en choisir un propre. Il ne voulait pas être vu en slip, bien qu’il se sentît déjà en couple avec Nelly. Malgré son manque d’expérience, il devinait ce qui allait se produire dans l’appartement de son amie. Sa première aventure commençait enfin ! Et il lui suffisait de se laisser emporter, car de toute évidence, Nelly savait s’y prendre avec les garçons. Elle sortit de la salle de bains, sa chevelure lisse et luisante tombant sur son dos. Elle regarda Gaëtan comme un trésor qu’elle venait d’acquérir. « On y va ? dit-elle. — Oui. — Tu veux emporter des affaires pour travailler ? Nous avons une ou deux heures devant nous. Après, je ferai le dîner. D’accord ? — D’accord. » Gaëtan faillit demander s’il devait aussi prendre son rasoir, sa brosse à dents et son tube de pâte dentifrice, puisqu’il s’attendait à ne pas revenir dans sa chambre avant le lendemain. Mais il quitta sa résidence avec seulement son ordinateur portable et quelques documents. Ils parlèrent peu durant le trajet. Encore plus souriante que d’habitude, Nelly avait l’impression de savourer une victoire, et Gaëtan se sentait nerveux. Il se tordait les doigts. Les essuie-glaces effectuaient leur balancement hypnotique, sous une pluie qui ne voulait pas s’achever et prenait un aspect automnal. En attendant d’arriver à destination, le jeune homme pouvait goûter au confort de cette voiture, qui paraissait sortir de l’usine. Pour lui acheter une Golf neuve, le père de Nelly ne devait pas manquer de moyens.
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