Double jeu

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L'Amour est jeu ! Un jeu intemporel, de tous les genres, de tous les dangers, parfois sournois, surprenant... un jeu dans lequel nous nous perdons tous un jour.

Qu'il soit un jeu de dupes, jeu de mains, jeu de regards, jeu de faux-semblants... ou bien un Double Jeu, il est des jeux, des jeux de rôles troublants. D'ailleurs, Dorian, fameux comédien "So British" le découvrira à ses dépens. Quant à Romain, fils à papa désabusé, lorsque son tour de jouer viendra, fort à parier qu'il ne sortira pas indemne de ce jeu de guerre...


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Date de parution 28 avril 2014
Nombre de visites sur la page 136
EAN13 9782365405928
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Double Jeu De Laure Izabel
Tous droits réservés, y compris droit de reproducti on totale ou partielle, sous toutes formes. ©2014Les Editions Sharon Kena www.leseditionssharonkena.com ISBN : 978-2-36540-592-8
Jeu de rôle Jeu de guerre
Recueil de Nouvelles Gay
Jeu de rôle
Si je vous révélais mon nom, ici et maintenant, vou s me tomberiez dessus en hurlant dans des tonalités suraiguës hystériques. Vous surtout, Mesdemoiselles… Mesdames ! Car, à mon âge, mes fans devraient être plus proches de la quarantaine resplendissante, que des années acnéiqu es. Mes trente-huit ans et mon style gentleman tombeur, attirent les regards et émeuvent le beau sexe. Si, si, je vous l’assure ! C e n’est pas de la vanité mal placée. Vous faites le pied de grue durant des heur es pour espérer m’entrevoir au détour d’un tournage, dans une rue. Et quand votre rêve, votre fantasme se réalise… quand JE me plante enfin devant vous, je v ous soupçonne de sombrer dans une douce folie provocatrice à vous en arrache r les vêtements, dominée par la soif salace de me mettre dans votre lit et de vo us perdre dans mes bras. J’apparais et vous soupirez de plaisir, vos sens ch arnels voraces exacerbés par mes charmes. Vous vous pâmez, vous évanouissez, glo ussez, incapables de résister à mes attraits masculins et virils. Je suis une idole. Je suis adulé, réclamé, admiré, chouchouté, convoité, désiré… par la gent féminine, par les hommes aussi… c’est p robable ! Pour l’heure, pas un ne m’a fait d’avances. J’ai pourtant croisé quelque s regards libidineux de leur part en de nombreuses occasions. En revanche, de prestig ieux réalisateurs et scénaristes s’en sont chargés, et créent désormais des rôles, dans l’espoir de me voir figurer au générique de leurs films. Vous tous m’encensez. J’aurais pu prendre la grosse tête, comme on dit ! J’ai malgré tout su conserver mon humilité et un recul adéquat. J’utilise ma noto riété à bon escient. J’ai pris goût à ce spectacle grandiloquent qui s’offre à moi et q ue je produis allégrement. J’ai pris l’habitude, et aime que mon prénom soit pronon cé par des bouches voluptueuses, des lèvres en feu et des visages en larmes. J’excite, intrigue et attise le désir. C’est un fait. Rien n’est plus plaisant que de susciter l’amour, que d’électriser vos cœurs, bien que ce soit parfois terrifiant. La foule pithiatique, qui s’ébranle à mon approche, est angoissante, mais ô combien euphorisante ! Saluer u n raz-de-marée de Belles en transe, jetant leur dévolu sur mon humble personne, en braillant des « Je t’aime ! » « I love you ! » « Te quiero ! », la voix chargée d e trémolos, est jubilatoire. Lorsque je défile, lorsque je pose, sur un tapis rouge comme celui du festival de Cannes, ou du film Américain de Deauville, ou bien lors d’une manifestation cinématographique quelconque, c’est la liesse, l’exaltation, l’émeute ! Les journalistes ne sont pas en reste. Ils se font un malin plaisir de me photograp hier sous tous les angles : « Please ! Mr, please, for The Sun… Gala, The Times … S’il vous plaît, une photo, encore une, merci… » Et dire que cet engouement n’a pris de l’ampleur qu e récemment, quand ja BBC… Ce fut aussitôt’acceptai de tourner dans une série diffusée par l
l’escalade. Mon charisme, la notoriété de la série, et mon succès aidant, j’ai franchi les frontières. Celles des océans qui entourent mon île, celles de l’émotion que désormais je suscite. Je suis Britannique, « so British » jusque dans le regard, l’attitude et le maintien. Ma tessiture de voix, plus basse que baryton, fait rêver. Mes un mètre quatre-vingt-dix et mon style atypique sont autant de tentations que je ne m’explique pas. Je ne me suis jamais trouvé beau. Faut croire que je me trompais ! J’aurais pu étudier à Oxford ou Cambridge, j’en détenais le look, les finances et la filiation. Je suis un pur enfant de la balle. Ce pendant, les filles, la musique et les substances illicites ont eu raison de mes bons résu ltats scolaires. J’avais mieux à faire. M’amuser était un emploi du temps beaucoup plus enrichissant et à la mesure de mon ambition de l’époque. Bien sûr, j’ai grandi et mûri… je crois ?! Mais j’ai su garder une âme d’enfant, et cela se vérifie aujourd ’hui ; je m’éclate, réalise mes rêves, vis ! J’ai suivi les cours d’une prestigieus e école d’art dramatique… Et j’ai bien fait ! J’ai été un élève studieux et ne regrette pas mon choix ; je fais ce que j’aime ! C’est-à-dire revêtir une identité différen te de la mienne, à l’opposé de ma personnalité, pour votre plaisir, pour votre imaginaire. Je suis comédien, a great actor, « So Sexy » si j’en crois le Sun. Mon nom ? Chuuuut ! Pas si fort ! On pourrait vous entendre. Dorian… ! Dorian Cartwright… ! Vous me remettez ? Ouiiii ! Vous y êtes ! Vous mettez un visage sur le pseudo, je le lis dans vos yeux ébahis. C’est moi, en chair et en os. Celui-là même qui, depuis deux saisons — pardon : trois — endosse le rôle d’un privé hors du commun. Bien que ma carrière médiatique internationale ne f asse que démarrer, je pensais naïvement que je connaissais tout des rôles et de leurs secrets. Mes débuts au théâtre m’avaient beaucoup aidé dans le d iscernement d’un rôle et dans l’approche d’un personnage. Tout comme j’estimais m e connaître sur le bout des doigts. Je me fourvoyais ! Bref. Dernièrement je jouais un méchant, un forcené fonci èrement vilain, beau et ténébreux, détenteur de pouvoirs surhumains dans un glorieux film de science-fiction américain. La consécration pour votre serviteur ! Aussi, après avoir été un sociopathe au QI impressionnant, un terroriste inte rsidéral, et un petit génie informaticien capable de rendre des gouvernements d ingues… un rôle de composition pour une série anglaise, tiré d’un roma n français publié en plusieurs opus, ne m’effrayait pas outre mesure. D’ailleurs, je sous-estimais la difficulté à endoss er ce rôle. Je le pensais facile et m’en régalais à l’avance. Anne — l’auteure Français e — avait franchi La Manche et dépassé les records de ventes jusque-là détenus par la maman d’H P. Logique dans ce cas que « Police Officers » suscitât l’inté rêt de réalisateurs et de scénaristes. Aussi, quand Henry Bridgewood entrepri t l’écriture du scénario, il pensa instantanément à moi pour l’un des deux perso nnages principaux. Celui de Fabian GORGAN.
Fabian GORGAN était inspecteur à la criminelle, et j’avais été un flic — et le serai dans la saison 3, c’est juré ! Cela tombait à pic. Sans compter que son physique était étrangement proche du mien. Lire les descriptions liées à Fabian me donna le sentiment de me mirer de la tête aux pieds . À un point tel, que je m’étais longuement posé la question : son auteure n’avait-e lle pas pensé son héros en disposant de ma photographie punaisée à un mur sous ses yeux ! ? J’avais laissé pousser mes cheveux, noirs et ondulé s, d’une dizaine de centimètres afin de coller parfaitement au policier . La magie de la télévision faisant le reste : les trucages et le coiffeur qui me rajou ta des extensions. En ce qui concernait la couleur de peau blafarde de Fabian, j e l’avais. La voix voilée et masculine ? Idem. La prestance impérieuse et mystér ieuse ? Une évidence. La touche British ? Manifeste. Je faisais un Fabian prometteur. J’avais dévoré le scénario en une nuit, l’avais ado ré, et avais accepté de donner vie au policier via le petit écran. Et ce, en ayant conscience du hic qui tenaillait Fabian. Celui-ci était… euh, comment dire ? ! Fabian semblait quelque peu… licencieux… ! Ses mœur s n’avaient pas de limites. Rien de plus normal pour un… vampire. C’est ce qu’il en était du personnage : un flic doublé d’un buveur de sang. Si les extravag ances sexuelles lui étaient communes, elles s’avéraient un tantinet plus anorma les pour un hétéro reconnu comme je l´étais. « Tu es un acteur, ce sera un rôle de composition » , m’étais-je convaincu. Rien de plus facile ! Une bagatelle pour un artiste de m a trempe. D’autant que, même si je prenais ce rôle à la légère, j’y tenais. Il contenait un sens social que je percevais comme primordial. J’avais envie de le défendre, de porter haut cette évolution des consciences. La France, il y avait peu, s’embourbait dans de hou leuses discussions concernant l’homosexualité et le mariage pour tous. La loi avait été promulguée malgré la vigilance des défenseurs du « tout bien, tout honneur ». Une bonne chose. À force de volonté et d’acharnement les homo s étaient entrés officiellement dans la légalité en obtenant gain de cause. Ils pou vaient désormais se marier et s’aimer devant la loi. Je jaugeais que mettre deux flics français invertis en image, même en Grande-Bretagne — sachant qu’un jour ou l’a utre la série s’exporterait — serait leur rendre honneur, leur prouver qu’ils ava ient eu raison de se battre, afin de confirmer que le bonheur n’est pas une question de même sexe, mais bel et bien de conscience. Je me retrouvais donc, de nouveau sur les plateaux de tournage. À dire vrai, je ne fais que ça depuis trois, quatre ans. Pour des q uestions pratiques et financières évidentes, la production avait transposé l’histoire d’origine...