J’ai mordu à l’appât

J’ai mordu à l’appât

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11 pages

Description

- Assieds-toi, j’arrive...
Elle s’absente quelques instants dans la salle de b
ains pour se passer de l’eau sur le visage. Je
ne perds pas de temps. Je débarrasse une petite tab
le et sors d’un sac un thermo de café et une
poche de papier.
Stéphanie revient près de moi.
- Hé, mais que m’as-tu apporté là ? souligne-t-elle
avec un sourire aux lèvres
- Je n’allais pas venir pour un petit déjeuner sans
rien, non ? Vu l’heure, je pense que tu ne
seras pas contre un bon café. Et puis, j’ai une sur
prise...
- Ah bon ?
J’ouvre la poche et lui présente quelques cannelés
que j’avais pris soin d’acheter la veille.
- Je n’ai pas oublié ton petit pêcher... Il fallait b
ien que je me fasse excuser de venir te
réveiller si tôt...
Elle me sourit, agréablement surpris de mon attenti
on et du petit détail que je n’avais pas
oublié. Nous installons sur le lit, elle fasse à mo
i, les jambes croisées. Je fais le service et lui
sers une tasse. Nous n’échangeons pas de mots. Je l
a sens ailleurs. Est-ce l’heure ?
Certainement.. Mais...
Elle rompt le silence.
- Pfff, si tu savais ce que cela me pèse d’aller à
ce séminaire... J’en ai marre. Je suis à bout,
au bout.
Ses yeux se perdaient dans le vide.
- Tes démarches avancent ? Tu dois bien avoir des c
ontacts ?
- Oui, mais ils me mettent des bâtons dans les roue
s. C’est dégueulasse !
Elle posa la tasse entre ses jambes tout en baissan
t le regard. Elle, si battante, je la sentais
renoncer. Cette femme avait qui j’avais tant travai
llé, avait qui j’avais tissé une forme de
complicité, s’apprêter à déclarer forfait. Non, ça,
ce n’est pas la Stéphanie que je connais.
A mon tour, je posais ma tasse. Je pose la main sur
son bras.
- Pense à la revanche que tu prendras sur eux quand
tu déposeras ta démission. Ce sera une
double victoire : toi pour un nouveau départ; eux,
dans la mouise !
- Arrête, c’est trop dur. Ils veulent que je craque
...
- Non, je peux imaginer combien c’est dur. Je peux
imaginer tout ce qu’ils peuvent faire pour
arriver à leur fin. Te voir plier, ce sera leur vic
toire. Ne leur donne pas ce plaisir ! Non, ça, ce
n’est pas toi ! Tu peux mieux, je le sais, tu le sa
is

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Date de parution 22 novembre 2014
Nombre de lectures 62
Langue Français

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Lucia Barbie
J’ai mordu à l’appât
Copyright © 2014
J’ai oublié de compter les années… Nous nous connaissons finalement sans nous connaitre. Le hasard a voulu qu’un jour tu m’aies envoyé un petit mail, audacieux, risqué… J’ai mordu à l’appât. Nous avons découvert beaucoup sur chacun. Une vie meurtrie, des aléas, des bons et mauvais moments.
Malgré « les distances » qui nous séparent, ce lien semblait indéfectible. L’éloignement, nous en faisions fi en échangeant, ponctuellement, par mail. Notre différence sociale s’atténuait dans nos propos, nos envies, nos goûts. Oh, nous n’étions pas forcément d’accord sur tout. Même si tes penchants ont évolués avec le temps vers un « monde » que je ne partageais pas, cela ne me gênait pas. Nos confidences réciproques étaient une force, un bouclier contre le quotidien, tant personnel que professionnel. Combien de rendez-vous ratés ? Combien d’imprévus contrecarrant nos projets ? Je ne les compte plus, mais nous comptons toujours l’un sur l’autre.
J’aimais ces jeux de regards, dont nous étions les seuls à connaitre le sens, devant un public qui était au antipodes d’imaginer ce que nous partagions secrètement. Excitation, complicité, imagination… voilà notre quotidien…
Et puis, il y a eu cette « nouvelle »… La Direction avait d’autre projet pour toi. Des projets auxquels tu n’aspirais pas. Des opportunités que désormais tu reconsidérais sous un autre oeil. Un raz le bol, une envie de changer. Un jour tu m’as écris « 2014 doit être l’année de mon départ. Je vais m’y employer ». C’était inévitable. Je m’en doutais, je le pressentais. Que pouvais-je y faire ? Te souhaiter certainement et sincèrement une bonne continuation ? Tirer un trait sur cette « aventure » voilée ?
Etrangement, mais discrètement, je me mis à compter nos échanges, nos appels, nos signes. Chacun prenait une saveur différente. On ne prend conscience de quelque chose que lorsqu’on le perd, dit-on. Chacun pouvait être le dernier de sa catégorie !
La mois de mai approcha et notre entreprise annonça son traditionnel séminaire bi-annuel. Passage obligé plus qu’un plaisir. Cérémonie où sont récompensés hypocrisie, mensonges, savamment liés à la sauce « Coué ». Sourires, conversations inintéressantes, voire fuyantes ponctueront cette journée dont la fin sonnera comme une délivrance. Mais un goût amer se profilait. Ce séminaire sera notre dernier.
Une forme de colère monta en moi. Une sorte d’envie irrépressible : celle de la dernière chance.
Innocemment, je jaugeais le terrain. Je t’ai envoyé un mail pour savoir comment tu allais t’organiser. Tu m’appris que tu descendais la veille pour participer à une réunion. Une chance inespérée. Je partageais, non sans le dissimuler, mon enthousiasme à te revoir.
Mais mon plaisir ne devait pas s’arrêter là. Je fis preuve alors d’audace. Je savais que tu gardais une réserve, une distance dans notre « relation ». Je ne souhaitais pas la briser, ou te pousser dans tes derniers retranchements. Non, mon idée était juste de me présenter à toi, comme je suis, comme j’ai toujours souhaité l’être avec toi.
L’organisation du séminaire consistait à savoir comment chacun se rendrait sur place. Co-voiturage, bus ou autre. Loin de chez toi, je savais que tu n’aurais pas trop le choix. Je prétextais alors de te soustraire autant faire ce peu à l’ambiance d’un transport collectif