La femme du concierge
160 pages
Français

La femme du concierge

-

Description

Jacques Marrette a quitté sa loge qui fut le théâtre de ce que la bienséance conviendrait d’appeler « débauches », mais qui pour notre homme ne fut jamais qu’un quotidien simplement exempt d’ajustements moraux. Dans La femme du concierge, ce quotidien n’existe plus. Emporté par sa dernière conquête, le concierge, dont le capital sentimental qui existait de façon embryonnaire avait cuit comme fièvre d’adolescent au printemps pour la jeune Natacha, vit aujourd’hui loin de sa loge, loin de ses habitudes et surtout de ses jeunes habituées si promptes à le visiter comme on va au musée ou au zoo. De nouveau concierge dans un autre immeuble, il s’installe avec sa Natacha. Mais comme un juste retour des choses, tout va se compliquer pour la femme du concierge et cette fois, Jacques n’en sera pas responsable… ou du moins pas directement. Jean-Michel Jarvis est l’auteur de ZeP (Le Cercle, 2005), de Snuff Movie (Tabou, 2010), et bien sûr du Concierge (Tabou, 2014). Il affectionne les situations inattendues et décalées, se complaisant à confronter ses héroïnes au jeu de la transgression, leur donnant toujours la possibilité d’évaluer le prix de leur respectabilité face à des protagonistes pour le moins douteux sur le plan moral.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 11 septembre 2017
Nombre de lectures 29
EAN13 9782363266644
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Chapitre IV
Il suffit d’un coup d’œil glissé entre le rideau et le carreau pour rassurer le concierge. Il pouvait parler. Les autres étaient partis. — J’ai montré tes photos. — Ah ? À qui ? À la petite dinde que j’ai vu sortir de la cave, la bobine toute chiffonnée ? — C’est ça. — Tu aurais pu attendre. — La valeur n’attend pas le nombre des années. — Parfois je me demande si tu es véritablement stupide ou bien si tu le fais croire pour ne pas t’encom-brer d’amour-propre. Les gens font attention à leur image lorsqu’ils ont de la fierté. Depuis quelques mois déjà le regard de Natacha n’avait plus rien d’amoureux lorsqu’elle le posait sur Marrette. Souvent même, comme à cet instant, on y lisait l’exaspération. Alors pourquoi restait-elle avec un homme qu’elle avait fini par mépriser pour son absence de profondeur, son égoïsme, sa petite vie d’insecte qu’elle avait rejointe sans se rendre compte des réper-cussions pour sa propre estime ? Peut-être restait-elle par vœu de tenir tête à ses parents ou celui d’embrasser
35
LD U E M M E A F C O N C I E R G E
plus tôt son existence d’adulte. À moins que ce ne fût la difficulté de quitter les bienfaits du concierge aux-quels elle s’était tellement habituée. C’était ainsi, pour étrange qu’était le monde de Marrette, il lui convenait et elle n’imaginait pas s’en passer. — Ça y est ? Tu nous as installés, ma bichette ? Connaissant assez son compagnon et sa réticence à être disert après ses frasques, Natacha vint face à lui et, après avoir porté son nez impeccablement droit au-dessus de la grosse bouche irrégulière, elle lui demanda d’une voix aérienne : — Ça sent la fille sur tes lèvres. — Mm ? Tu crois ? — Elle t’a laissé faire ? — Ben… Comme c’était demandé gentiment. Il advint un mauvais silence dans la loge. Marrette détestait. Tous les silences partagés le déstabilisaient, mais s’il en advenait un pour s’immiscer entre Natacha et lui, cela le terrorisait. Le stress le prenant alors, il se trouvait incapable de combler le vide ou si mala-droitement qu’il ne s’y risquait plus, réservant l’ini-tiative libératrice à son amie. Quoique les libérations ne survinssent pas toujours dans la bonne humeur. — Tu es vraiment en dessous de tout, Marrette ! Lorsque cela commençait ainsi, il fermait les yeux pour planquer le regard. — Oui, ma Natachou. — Tu as pris des risques, là. Il faut connaître un minimum les gens avant de poser les pattes sur eux, sais-tu cela ? Avec moi tu as bien été patient non ? — Oui, ma Natachou. — Tu imagines ? Si cela n’avait pas été à son goût ? Si elle avait crié ? Qu’est-ce qu’on ferait maintenant ?
36
LC O N C I E R G EE M M E D U A F
— Oui, ma Natachou. — … Saisissant l’opportunité d’un blanc dans les répri-mandes, il ouvrit les yeux, alla droit à la table recou-verte de Formica vert pistache et se servit un grand verre de piquette qu’il avala comme un petit pois. Un mince filet rapide aux commissures des lèvres conclut l’unique gorgée et après s’être essuyé avec le dos de la main il put reprendre la pose, rot en prime. — C’était bien, au moins ? — Plutôt deux fois qu’une, ça oui que c’était bien ! Et la vie reposa son voile enchanté sur Marrette. La pupille des yeux était à nouveau prête à prendre. Elles avaient une curieuse pigmentation rouge au pourtour de l’iris, signe que les débats taquinaient du côté de ses préférences. — Je lui ai fourré la langue au fond. C’était bien mouillé, bien plein, y’avait qu’à téter. Mais sa chatte, y’a pas grand-chose dessus. J’aime pas trop les blondes. Elles sont pas faites comme les autres. Y’a peu de poils. — Elles sont bêtes, en plus, lança Natacha avec une évidente jalousie. — Ça, je sais pas, moi, j’peux pas trop juger en la matière. Pour moi tout le monde il est pareil puisque tout le monde est plus intelligent que moi. — Bon, pour parler d’autre chose, il y a la madame Castelli du quatrième qui veut nous voir. Tu sais, celle d’un certain âge. — Ah oui ? Ben on en profitera pour le lui demander son âge parce que pour moi ce n’est toujours pas clair. — Non, tu ne feras pas ça. Il y a des questions qui fâchent.
37
LC O N C I E R G ED U E M M E A F
— Ah ? Mm… bizarre. Moi on peut bien me deman-der mon âge. — Toi, tu ne le connais pas, imbécile ! — C’est pas vrai ! Je le connais à deux trois ans près. — Allez, ferme la loge ! Allons voir cette dame.
L’ascension des quatre étages nécessita une bonne heure pendant laquelle Natacha et Jacques rivalisèrent d’hypocrisie. Marrette, par pure habitude et en regard de sa psychologie ne le prédisposant nullement à la sincérité dans les rapports humains, Natacha, parce que son compagnon lui aura répété que les concierges d’immeubles bourgeois n’étant d’un statut guère plus flatteur que celui d’un éboueur, montrer qu’ils n’en possédaient pas moins une âme passerait parfaitement inaperçue. Le dentiste du troisième passa un long moment à les questionner, principalement Natacha, ce dont ne fut pas dupe Jacques qui fit d’ailleurs discrètement signe à la jeune femme de séparer un peu les jambes l’une de l’autre et d’accentuer le sourire comme elle savait si bien le faire. Histoire de signifier au praticien que chez les Marrette, on restait ouvert à tout ce qui permettait d’améliorer l’ordinaire. Cet aspect du quotidien fut plus difficile à être accepté par la jeune femme au début de leur relation, on s’en doute. Ils arrivèrent enfin à l’appartement de madame Castelli, laissant derrière eux un cortège d’interroga-tions en suspens. Les uns et les autres se gardant bien de découvrir s’ils étaient parents ou concubins par aversion bourgeoise du peu conforme. — Madame Castelli ? — Oui. Qui êtes-vous ?
38
LA F D U E M M E C O N C I E R G E
— Bonjour, dit Natacha avec un sourire de quêteuse, nous sommes les concierges. Voici Jacques Marrette, mon ami, et je suis Natacha Collard. Cela faisait une deuxième personne affranchie sur leurs liens véritables. — Oh ! Comme je suis contente de cette visite, s’exclama la femme comme si elle retrouvait ses enfants après vingt années d’exil. Entrez donc ! Ne faites pas attention aux chats. — Ben si j’leur marche dessus, vous ferez quand même la tronche, rétorqua Marrette avec cette sim-plicité de langage bien à lui tout en reniflant cul sec. — Oh, mais vous n’en ferez rien, je suis bien tranquille. N’est-ce pas, petite fille ? Le visage de Natacha se prit un beau pourpre, mais elle parvint à tenir bon malgré la petite tape sur la tête ayant accompagné la voix de crécelle fatiguée. — Oui madame. Nous ferons attention à vos chats. Anne-Yvonne Castelli incarnait au millimètre près l’image que l’on pouvait se faire d’une bonne nature. Petite, grasse mais ferme, son buste tonique et auda-cieux tirait le regard vers une tête en accord plastique avec le reste – petite, grasse mais ferme – d’où émergeait à peine un nez presque dénué d’arête. Une bouche lippue aspirée au milieu, des yeux aussi pétillants que ceux d’une souris et le haut du tout se terminait par un chignon à la géométrie parfaite et luisante. Ce n’était pas une beauté, cependant la cohérence de l’ensemble apportait un cachet à ce corps tout en dynamique com-pressée. La regarder faisait penser à un grain de raisin italien dodu prêt à éclater sous la pression des doigts. — Je vous offre un chocolat chaud, monsieur Jacques ? Pour vous aussi, ma petite ?
39

Attention

En entrant sur cette page, vous certifiez :

  • 1. avoir atteint l'âge légal de majorité de votre pays de résidence.
  • 2. avoir pris connaissance du caractère érotique de ce document.
  • 4. vous engager à ne pas diffuser le contenu de ce document.
  • 5. consulter ce document à titre purement personnel en n'impliquant aucune société ou organisme d'État.
  • 6. vous engager à mettre en oeuvre tous les moyens existants à ce jour pour empêcher n'importe quel mineur d'accéder à ce document.
  • 7. déclarer n'être choqué(e) par aucun type de sexualité.

YouScribe ne pourra pas être tenu responsable en cas de non-respect des points précédemment énumérés.Bonne lecture !