LA PROMESSE DE LA LUNE

LA PROMESSE DE LA LUNE

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Description

'Je savais que partir sur un camp humanitaire dans le désert éthiopien me changerait. Jeune chirurgien orthopédiste, je revenais pour la première fois sur les terres qui m'ont vu naître. Je devais faire mes preuves dans ce pays en guerre, touché par la sécheresse.
Mais rien... rien, absolument rien ne m'avait préparé à ce que mon destin soit chamboulé par ELLE.
Aliya, généreuse, sensible, bienveillante, mais dotée d'un tempérament sauvage a remis en cause toutes mes certitudes sur la vie, l'amour et sur moi-même. Mais suis-je prêt à m'abandonner à cette nouvelle réalité si loin de celle que j'espérais ?'
Malgré les dangers qu'ils devront affronter sur cette terre hostile, Jahmaë et Aliya réussiront-ils à se retrouver, s'aimer et construire un avenir commun ?
Une promesse... un destin... et si l'amour ne survivait pas aux horreurs de la guerre ?

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Date de parution 29 mai 2017
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EAN13 9791097125097
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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La Promesse de la Lune

Aidan ADAM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur est représenté par Black Ink Editions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n’importe quelle forme.

 

Nom de l’ouvrage : La Promesse de la Lune

 

Auteur : Aidan ADAM

Suivi éditorial : Lindsay ANDRÉ-WIARD

© Black Ink Editions 2017

Couverture : ©Black Ink Editions - Réalisation : Layla NAMANI

ISBN : 979-10-97125-09-7

 

Black Ink Editions

23 chemin de Ronflac

17440 Aytré

 

Numéro SIRET 441 568 177 0002

 

Contact : editions.blackink@gmail.com

Site Internet : www.blackinkeditions.com

 

Ce livre a été publié via Bookelis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aux hommes et aux femmes qui se battent pour l’Amour, la Paix et l’Humanité. Qui que vous soyez, où que vous soyez, Merci.

 

 

À Robyne, Princesse des auteures, Princesse des Cœurs

À Marie, Sista un jour, Sista pour toujours (Toi aussi Phil)

À Tina, parce que tu es un Ange

À Jahnode, parti trop tôt, tu brilles maintenant pour l’éternité

À toutes celles et tous ceux qui sont là depuis le début

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Je quitte le vestiaire et j’entre dans la salle de préparation, aussi appelée « scrubbing room ». À partir de cet instant, je suis dans mon monde. Je me meus en slow motion. Mes gestes sont appliqués, suivant une chronologie très précise. Je chausse mes sabots de bloc. Je récupère une éponge brosse imprégnée de Chlorhexidine et déchire l’emballage. Je frotte consciencieusement mes mains, mes avant-bras et mes ongles pendant cinq minutes. On me passe la blouse stérile et j’ajuste le calot aux couleurs rastas sur ma tête. J’enfile enfin les gants que l’infirmière me tend et je m’incline légèrement en arrière pour que l’on me noue le masque de protection.

Je suis prêt à pénétrer dans l’enceinte stérile de la salle opératoire. La porte coulisse et j’avance vers ma scène. Je salue le personnel. L’anesthésiste, l’infirmier anesthésiste, un interne et l’équipe du bloc sont en place, prêts à jouer leur rôle. Nous avons déjà opéré ensemble et nous nous connaissons bien. Une soignante s’avance.

— Christine Ovrel, trente-huit ans, victime d’une agression.

Je hoche la tête. J’ai lu son dossier. Un homme l’a attaquée alors qu’elle rentrait du travail. Il l’a rouée de coups, lui causant de multiples fractures, la laissant pour morte. Sa mâchoire étant brisée, les urgentistes ont dû procéder à une trachéotomie. Son visage est complètement défiguré mais ce n’est pas moi qui vais m’en charger. La priorité pour moi est de réduire les fractures des membres et stopper les différentes hémorragies. Mais elle s’accroche et je vais tout faire pour la garder vivante.

Je contourne l’anesthésiste et me penche vers le visage endormi :

— Bonjour Christine. Je suis Jah et je veux que tu te battes avec moi pour qu’on te sorte de là, lui chuchoté-je.

Je reprends ma place. Les champs stériles sont en place, les appareils de contrôle émettent le signal rassurant des constantes vitales. Je ne vois plus ma patiente. Je ne vois qu’un corps meurtri. Des blessures, des os, des tissus qui ne demandent qu’à être réparés. Et ça tombe bien, c’est ma spécialité. Je prends une grande inspiration et fais signe à l’infirmière instrumentiste. Mes gestes sont précis. Ma main est sûre. Je suis fait pour ce métier. Je suis né pour ça.

L’intervention est enfin terminée. Christine va s’en sortir. Il va lui falloir beaucoup de temps et de courage, mais maintenant, la balle est dans son camp.

Je donne mes dernières instructions avant de quitter le bloc pour aller prendre une douche dans nos vestiaires ultramodernes. L’eau brûlante détend mes muscles tendus, après ces quatre heures d’opération.

L’hôpital Georges Pompidou est à la pointe de la technologie. C’est le top, et heureusement pour moi, ma Faculté de Médecine, Paris Descartes, est jumelée à l’hôpital. Pas que je m’inquiétais pour trouver un poste, mais j’ai été au contact des meilleurs pendant toute la période de mon enseignement. Et maintenant plus que jamais, chaque détail prend de l’importance.

Il me reste trois jours. Trois putains de jours avant de partir loin de ce monde d’apparences. Trois jours et je m'envole pour ma première mission. En Éthiopie. Je ne rêve que de ça depuis que j'ai reçu ce coup de fil, il y a un mois. Je n'y croyais plus. Mais il ne faut jamais perdre espoir. En fin de compte, quelques dieux ont dû s’intéresser à mon sort à ma naissance. J’exagère et je rigole tout seul. J’ai le cul bordé de nouilles comme disaient mes profs. Et cette fois-ci encore, la chance ne m’a pas abandonné.

Dès la fin de mon internat en chirurgie orthopédique et traumatologique, j'ai postulé pour un poste de chirurgien traumato avec Médecins Sans Frontières, conforté par mes excellents résultats pendant tout mon cursus. Depuis le début de mes études de médecine, j’ai toujours été classé dans les trois premiers au niveau national. Je sais ce que je veux et je me suis donné les moyens d’y arriver. Alors, j’ai tenté le coup. Ce n'était pas gagné car la concurrence était rude, mais ma performance devant le comité de sélection a porté ses fruits. Je leur ai sorti mon meilleur profil, le regard Jahmaë et surtout, j’ai bien mis en avant ma connaissance de plusieurs langues parlées en Éthiopie : l’Afar et l’Amharique, utilisées majoritairement dans le Nord du pays. Et… Bingo ! C’est justement là-bas qu’ils sont en train de monter un nouveau camp.

Je dois remercier mon père pour l’apprentissage de ces langues. Il me disait qu’Absa, ma mère ne pouvait pas nous comprendre et que c’était notre code secret. Je n’ai jamais su si elle saisissait le sens de nos paroles, mais très souvent, un sourire en coin apparaissait quand je baragouinais deux ou trois mots. Je suis le digne fils de mes parents et je marche sur leurs traces. Ils sont tous les deux médecins et se sont d’ailleurs connus à la fac de médecine. Ma mère, que j’appelle par son prénom, est d’origine sénégalaise. Elle avait gagné une bourse d’études en France pour ses excellents résultats au Bac. Elle n’est jamais repartie dans son pays. En tout cas, pas pour y vivre. Jeune étudiante perdue dans un pays qu’elle ne connaissait pas, elle a été éblouie par, d’après ce qu’elle dit, « le charisme et la carrure de ce produit 100% breton ». Oui, même à soixante-deux ans, mon père est toujours un bel homme. Sa carrure, ses épaules carrées, son regard vert perçant et ses cheveux raides grisonnants, autrefois blonds, font que les femmes se retournent très souvent sur lui. Absa est, elle aussi, grande et élancée. Je l’appelais chocolat quand j’étais petit car tout en elle me rappelait ma gourmandise favorite : sa peau, la couleur de ses yeux, ses cheveux. Même sa voix… douce et tendre.

Mes parents sont un modèle de tolérance. Originaires de pays éloignés, avec des cultures, des religions et des couleurs différentes, ils m’ont appris que nous ne sommes qu’un ensemble des mêmes organes, à quelques détails près puisque les femmes ont un utérus et nous avons une prostate, et que les parties génitales sont différentes. Mais à part ça, nous sommes tous les mêmes. Ma mère a même prouvé qu’elle était aussi tenace et courageuse quand il est question de sauver des vies.

Elle est médecin urgentiste et papa, chirurgien pédiatrique. Ils ont voué leur vie à l’humanitaire, voyageant la plupart du temps ensemble, et c’est d’ailleurs lors d’un séjour en Éthiopie, que je suis né. À Mékélé pour être plus précis. J’y ai vécu un an avant que mes parents ne décident de revenir en France en raison de l’intensité des combats dans la région.

Être parent ne les a pas vraiment empêchés de voyager. Deux ans après leur retour, ils ne tenaient plus en place et ont repris leurs pérégrinations.

J’ai grandi chez ma grand-mère maternelle à Camaret, à l’extrême ouest de la presqu’île de Crozon. Mamie Lo a joué le rôle de mes parents, en plus marrante et plus câline aussi. Lorsque je me plaignais de l’absence de papa et maman, elle mettait son tablier sur son dos, en mode superwoman et levait la main en déclamant la devise de la maison : « chez Loeiza pas de tapioca, ni de barracudas, mais pleins de gâteaux au chocolat ». Elle m’emmenait partout et encore aujourd’hui, je suis nostalgique de nos balades sur la plage, où elle me parlait du monde, des différentes cultures et me racontait des histoires nées de son imaginaire. Mais elle est partie trop tôt, dans son sommeil avec un sourire sur le visage, comme si elle se réjouissait de son nouveau voyage vers l‘au-delà.

Je faisais un peu tache dans le petit village Breton. Mon teint, chocolat au lait, mes yeux vert d’eau et mes cheveux crépus y étaient certainement pour beaucoup. Mais comme disait mamie, j’ai hérité du meilleur de mes parents. Du côté de mon père, ce sont la taille, la carrure et les yeux. Ma mère m’a offert, en partie, la couleur de sa peau, la texture de ses cheveux et la finesse des traits de sa tribu, les Peuls. Et sans oublier le caractère bien trempé de grand-mère Loeiza.

Maintenant, c’est à mon tour de découvrir le monde et d’offrir mes compétences à ceux qui en ont le plus besoin, à ceux qui n’ont rien. Je débute avec l’Éthiopie. Vingt-sept ans après l’avoir quittée, je vais pouvoir fouler son sol à nouveau. Berceau de l’humanité, car c’est là que l’on a retrouvé le squelette de Lucy, il s’avère que c’est aussi le berceau de mes origines. La boucle sera bouclée.

C’est dans la région de l’Afar, au nord-est de Mékélé, et à quelques kilomètres de la frontière avec l’Érythrée que je vais passer les douze prochains mois. Les affrontements ont repris entre l’Éthiopie et son frère ennemi. Des milliers de personnes sont forcés de fuir les zones de combat et plusieurs camps de réfugiés sont apparus. Sans nourriture ni eau pour la plupart, ils n’ont pas pu aller bien loin et se sont arrêtés malheureusement à l’orée du désert Danakil. C’est une région considérée comme la plus hostile et la plus chaude au monde. C’est une vaste zone, aride et désolée, dont la croûte terrestre ne tient plus qu’à un fil. La présence du volcan Dallol en est la cause, et des séismes secouent parfois cette terre fragile. Malgré cette inclémence, j’ai hâte de m’y retrouver.

Je tourne une dernière fois dans mon appartement. Mes parents me l’ont offert à mon entrée en fac. Cadeau de bienvenue dans leur monde ! J’ouvre les placards de la chambre pour vérifier que je n’ai rien oublié et je passe dans la salle de bain. Je m’asperge le visage pour me rafraîchir. Il fait 31° aujourd’hui à Paris, normal pour un 28 juillet et je ne devrais pas m’en plaindre, en sachant ce qui m’est réservé. Non, je préfère me concentrer en pensant à tous ceux qui m’attendent. Tous ceux qui ne demandent qu’une main tendue.

 

 

 

 

 

Chapitre 2

 

 

Je reviens dans le petit salon vide. J’ai donné tous les meubles et pour le reste de mes affaires, elles sont entreposées dans la cave. Je vais tout refaire à neuf quand je rentrerai. Je ne vais pas acheter un ameublement luxueux. Juste de quoi être à l’aise lorsque je me retrouverai ici entre deux voyages. Mon théâtre des opérations sera le monde maintenant. Aucune attache, et les seules décisions que j’aurai à prendre hors du bloc chirurgical seront mes prochaines destinations.

Je m’arrête en remarquant le carton près de la porte d’entrée. C’est ce qui reste de ses affaires. Ce carton me ramène au dernier épisode fracassant qui a eu lieu à cet endroit même, il y a deux mois. Fin mai. La saison des amours et deux jours avant mon anniversaire. Beau cadeau !

Avec le recul, je devrais la remercier car cette décision est une bénédiction. Même si elle n’est pas de mon fait, elle m’a fait prendre conscience que dans la vie, nous avons des choix à faire. J’ai choisi ma section au bac. J’ai choisi ma fac, même si mes parents m’y ont aidé en m’en vantant les mérites dès le petit-déjeuner, et j’ai choisi ma spécialité. J’avais aussi proposé à Ambre d’emménager avec moi. Et là… Mauvaise décision.

Flashback 2 mois plus tôt.

Je rentre à la maison après trente-six heures de garde. J’ai passé la nuit en salle d’opération et malheureusement on a perdu notre dernier patient, victime d’un carambolage. Un motard. Multiples fractures aux jambes dont une du fémur qui a sectionné l’artère fémorale. Il avait perdu trop de sang et on n’a rien pu faire. Vingt-huit ans. Mon âge.

Je ne rêve que d’une douche, de mon lit… et Ambre, nue, dans ce même lit !

Je déchante vite quand je pousse la porte de notre studio. Ambre est debout devant la fenêtre du salon, inondé par les rayons du soleil printanier. Elle se tient droite, menton levé, cheveux relevés en un chignon strict, et les bras croisés sur sa poitrine. Son regard froid et hautain me fait comprendre tout de suite qu’il y a un problème. Et si j’avais encore des doutes, la grande valise posée à côté de la porte me les ôte.

Je ferme la porte d’entrée et Ambre avance vers moi. Elle ne me laisse pas parler.

— Je pars ! grogne-t-elle, plus qu’elle ne parle.

Son ton est sans appel, mais je m’approche d’elle.

Je ne comprends rien. Il y a deux jours, nous avions fait l’amour. Une putain de nuit. Elle avait commencé par me sucer, alors que je regardais un match de foot. Elle s’était placée devant moi, plutôt entre moi et mon match de foot, juste vêtue d’une nuisette noire transparente et de ses talons rouges. Elle s’était mise à fredonner le refrain de la chanson « En rouge et noir », en se déhanchant sensuellement. Ses cheveux couleur feu léchaient, au travers du tissu, à chaque mouvement, les pointes dressées de ses seins. J’ouvrais la bouche et dardait ma langue à chaque passage, comme si je pouvais sentir le bout rosé se tendre à mon contact. À cet instant, seule la lumière de l’écran nous éclairait et j’ai ouvert les cuisses pour lui montrer l’effet que sa petite mise en scène provoquait en moi. Le feu s’était aussi propagé dans mes veines.

Elle est venue se frotter à moi, à califourchon pour ensuite se laisser glisser entre mes jambes. J’ai fini par la prendre sur le canapé, par-derrière, sans aucun regret de ne pas connaître les résultats de la partie. Le verso, c’est son trip. Elle adore ça et j’adore lui donner du plaisir. Je mentirais si j’affirmais que cela me déplaît, mais je ne suis pas un fana de l’anal.

Je reviens à moi, alors qu’Ambre, toujours les bras croisés, tape du pied. Je passe une main sur mon crâne fraîchement rasé.

— Tu m’expliques ce qui se passe ?

Je prends sur moi pour parler le plus calmement possible. Je m’imagine devant un patient. Concentré, posé, réfléchi et méticuleux.

— Je n’y arrive plus. Je ne peux plus faire semblant. J’y ai cru… à toi… à nous… mais tu es trop… trop… égoïste ! Tout tourne autour de toi. Tu es égocentrique. TON travail, TES amis, TON ambition, TES passions, TES soucis. On ne parle jamais de NOUS, de notre futur ou du nombre d’enfants que l’on voudrait.

Mes résolutions de retenue et de sang-froid se font la malle, le temps pour Ambre de cracher son venin. J’avance de quelques pas et nos fronts sont pratiquement collés quand je me lâche :

— Woh, woh Ambre ! Arrête ! Tu me fais quoi là ? Tout allait bien, et en quarante-huit heures tu t’es rendu compte de tout ça ? Des enfants ? T’es sérieuse ? On vient de finir nos études et tu ne sais même pas où tu vas aller et tu me parles de futur et d’enfants ?

Elle recule de quelques pas pour instaurer une distance. Ses yeux sont noyés de larmes lorsqu’elle me répond :

— Non… oui… enfin, j’ai pensé à notre avenir. Toi qui veux partir je ne sais où et je ne comprends pas pourquoi ! Tu peux avoir un bel avenir ici et avec tes résultats, ta réputation… et… et celle de tes parents. Si tu le souhaitais tu pourrais avoir le meilleur des postes. Tu pourrais devenir très rapidement Chef de service et toi… toi tu vas…

Je ne la laisse pas finir et j’explose face à tant d’hypocrisie.

— Ça te dit quelque chose le serment d’Hippocrate ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre d’être Chef de service ou de pratiquer dans le meilleur hôpital de la planète ! Ce que je veux, c’est être utile, faire une différence dans ce putain de monde ! Et tu oses me dire que je suis égocentrique ?

Elle se rapproche de moi et me martèle le torse de son index, au rythme de ses mots.

— Non. Mais. Tu. T’entends ? Je. Je. Je. Il n’y en a que pour toi. À part au travail où tu es, parfois, compatissant et où tu montres un semblant d’humanité. Tu es un homme froid, détaché. Tu ne me remarques que lorsque je commence à me déshabiller. En deux ans, pas un « Je t’aime ». Pas un « tu m’as manqué ». Tu ne m’as jamais donné de petits noms comme les amoureux font. Tu es une cause perdue et je te plains. C’est fini Jah. Je pars !

Je reste impassible. Qu’est-ce qu’elle a dit déjà ? ah oui « détaché ».

Elle récupère son sac à main, ouvre la porte de notre appart’ et sans un regard pour moi, sort en emportant sa valise et mes illusions sur la vie de couple et sur la femme idéale.

Bonne décision Ambre.

⁕⁕⁕

Je donne un coup de pied dans ce carton de merde. Oui avec elle je pensais avoir trouvé la perle rare. Nous avons passé deux ans à nous aimer. Pas « aimer » dans le sens grandes déclarations romantiques. D’ailleurs comme elle me l’a rappelé, je ne lui ai jamais dit les trois mots qu’elle attendait tant. Aimer pour moi, c’est plus prendre soin l’un de l’autre, passer du temps ensemble, partager des intérêts communs, faisant partie tous les deux du monde médical. Elle appréhendait les agendas surchargés, les interventions de plusieurs heures et le besoin de se défouler. Superbe fille, aussi belle qu’intelligente. Descendante de l’explorateur et scientifique Charles Marie de La Condamine, son père a malheureusement dilapidé leur fortune à cause d’une addiction aux jeux. Elle s’est plongée dans les études pour prouver au reste du monde qu’elle était plus qu’une jolie fille avec un nom à particule. Son acharnement a été couronné de succès. Sortie récemment major de sa promotion de Doctorante en psychologie, elle a été approchée très rapidement par de prestigieuses universités et des hôpitaux, lui offrant un pont d’or pour qu’elle accepte de travailler avec eux. Mais au final, c’est moi le sujet qu’elle a le plus étudié. Tout d’abord physiquement… et c’était le paradis. Ambre est le meilleur coup que j’ai eu… et j’en ai eu.

Puis elle a dressé mon profil psychologique. Ne mâchant pas ses mots, elle m’a asséné son diagnostic avant de claquer la porte et de me quitter. En cinq minutes, elle a effacé deux ans de passion. Je n’ai rien compris… jusqu’au moment où je l’ai vue au bras du chef du service psychiatrie de l’hôpital Georges-Pompidou. Tout est devenu clair. Elle avait juste voulu rompre avec moi en s’attribuant le rôle de la victime et en me faisant passer pour le coupable. Finalement, je l’ai échappé belle !

⁕⁕⁕

Bonne décision de ne pas tomber amoureux.

 

Quand j’y repense… égoïste… insensible ? Oui je l’étais. Avant elle. J'étais un vrai connard avant de la rencontrer, mais je me suis vite assagi lorsque c’est devenu sérieux entre nous. On avait commencé par jouer aux docteurs… de temps en temps. Et puis, elle était le genre de fille à ne jamais rien demander. Et elle s’en accommodait très bien. Toujours dispo quand je voulais une bonne baise. Et pas conne. Vraiment pas conne du tout. Alors on a tenté le coup. Je ne savais pas qu’elle me travaillait au corps pour faciliter son avancement dans le monde si fermé des experts médicaux.

Mauvaise décision Docteur de La Condamine.

Je suis de retour sur le marché des célibataires. Plus pour longtemps, mais au moins jusqu’à mon départ. En y repensant, ma vie de mec était assez sympa. Boulot, sorties entre potes et une pléthore de filles. Je me tapais tout ce qui portait une jupe avec une préférence je l'avoue pour un certain type de femmes. Des courbes voluptueuses, sur lesquelles mon regard s’attardait, pour me mettre en bouche. De longues jambes perchées sur des talons, que je ne pouvais m’empêcher d’imaginer autour de ma taille, m’enserrant alors que je les baisais. Classes… même si ce que j’envisageais de faire avec elles ne l’était pas du tout. Et avec elles, je dois dire que je n’étais pas très délicat. Je ne m’embarrassais pas de toutes les futilités habituelles. Je ne les déshabillais pas. Elles étaient assez grandes pour le faire toutes seules… Le faire par moi-même était trop intime, et ça leur donnerait trop d’importance. Embrasser pendant dix minutes… très peu pour moi. C’est une perte de temps… Ce n’était pas leur bouche que je voulais… sauf sur ma queue. Les mots doux… impensables !

C'est moi qui choisissais. C'est aussi moi qui les dégageais. J’avais toujours de quoi faire. Je suis réaliste. Je plais. J’ai tout ce qu’il faut : une gueule de beau gosse métis. Un corps musclé juste comme il faut, que j’entretiens, dès que les cours et le travail me laissent le temps, et mon statut. Chirurgien… Belle carte de visite !

 

C’est fini. Je ferme la porte sur une vie en fin de compte superficielle.

Je pars sans aucun regret, mais avec une conviction et la certitude de prendre la bonne décision : ne plus jamais faire confiance à une femme.

 

 

 

Chapitre 3

 

 

Sept heures du mat’. Je viens de finir ma garde. La dernière dans cet hôpital et la dernière en France d’ailleurs. Je prends mon temps et traîne dans les couloirs car le service administratif n’ouvre qu’à huit heures. J’en profite pour tourner dans les différents services pour saluer des collègues puis je rends visite à mes derniers patients, histoire d’avoir la conscience tranquille avant de quitter l’établissement pour au moins une année. Je passe me changer et fourre mes affaires, en vrac, dans mon sac à dos. Avant de partir, je dois encore récupérer une copie de mon dossier médical. Je passe d’abord par la cafèt’ pour prendre deux cafés bien serrés et je me dirige vers l’administration. Anna sait déjà que je dois passer et elle me reçoit avec un sourire attendrissant. Elle prend sa retraite cette année. J’ai toujours été son petit chouchou. Coup dur pour ma virilité, c’est aussi le surnom qu’elle me donne. Peut-être parce qu’elle connaît bien mes parents et qu’elle m’a vu faire mes premiers pas dans les couloirs de cet hôpital. Elle ouvre le dossier « Staff hospitalier » et me laisse sa place devant l’ordinateur lorsque je lui tends son gobelet.

— Chouchou je te laisse sortir ton dossier. Je vais en salle de repos pour piquer des viennoiseries aux infirmières. Je compte sur toi pour ne rien leur dire, me confie-t-elle en me faisant un clin d’œil.

— Anna, tu sais que je suis une tombe. Je ne parlerai ni des croissants, ni des barres chocolatées et encore moins de tes rendez-vous avec le patient de la chambre 106.

Elle me pince la joue comme si elle avait affaire à un gamin de cinq ans.

— Petit chenapan ! Je vais juste jouer aux cartes avec lui. Ne te fais pas de fausses idées, que tu as de très mal placées d’ailleurs. Et puis si je devais choisir un jeune, tu sais bien que je ne choisirais que toi… mais ce serait vraiment indécent, finit-elle en me donnant un bisou sur la joue.

Je lui tire la langue, jouant le jeu du petit garçon. Elle s’éloigne et je me tourne vers l’ordinateur.

J’entre mon nom de famille et lance la recherche. Il y a huit « Riou » qui travaillent ou ont travaillé ici. Je fais défiler, ouvre mon dossier et lance l’impression. En attendant la fin, j’ouvre ceux de mes parents, en regardant par-dessus mon épaule pour vérifier qu’Anna n’est pas déjà de retour. Je lis en diagonale leurs dossiers, jusqu’à ce qu’un détail accroche mon regard. J’ai un gros coup de flip. Je n’arrive pas à y croire… Il doit y avoir une erreur. Je relis les trois fichiers et une rage brutale m’envahit. Je frappe le bureau du poing et balaie d’un coup tout ce qui s’y trouve. Je tente de réprimer ma furie en pressant les mains contre ma bouche car je risque d’ameuter tout le personnel si je me mets à hurler. J’imprime les foutus documents et me barre d’ici en courant.

La curiosité est un vilain défaut… non. La curiosité est révélatrice des défauts et en l’occurrence, ici, le mensonge.

J’envoie un message à mon père pour lui dire que je viens les voir. Avant ça, je dois juste passer chez mon pote, Pierre, chez qui je crèche jusqu’à mon départ, pour me doucher.

Camaret-sur-mer. 637 km en trois heures. Pas mal. J’arrête ma moto et m’étire cinq minutes. Je ne veux pas débouler à la maison dans cet état. Bouleversé. Tourmenté. Furieux. Je veux des explications et je les aurai. Je repars et traverse le village de mon enfance avant d’arriver à la propriété.

Après la mort de grand-mère, mon père a rénové la longère familiale en Bretagne, la rendant digne de figurer dans les plus beaux magazines de déco. Les pierres taillées dans la roche granitique ont été nettoyées, leur restituant l’éclat d’antan. Le toit se voit maintenant recouvert de chaume, lui offrant un charme rustique. À l’intérieur, un parquet a remplacé les dalles froides et les poutres apparentes sont vernies de la même couleur que le revêtement du sol. Plusieurs murs ont été abattus et de grandes baies vitrées ont remplacé les fenêtres étroites. Malgré le relooking de la longère, j’ai toujours le sentiment de retrouver mon chez moi lorsque je me retrouve devant le bâtiment. Je m’attends presque à ce que Mamie Lo sorte m’accueillir sur le perron avec son tablier aux couleurs de la Bretagne. Mais elle n’est plus là et vu la discussion qui se profile à l’horizon, c’est préférable.

Je souffle un bon coup avant de pousser la porte de chez mes parents. Dès que je pénètre dans l’entrée, les effluves d’un plat typiquement sénégalais, le Thieb Bou Dien, en train de mijoter, me chatouillent les narines. C’est mon plat préféré : riz, poisson, légumes et sauce tomate… un délice tout simplement. Mais aujourd’hui, ce parfum me donne la nausée.

Depuis que je leur ai annoncé que j’avais soumis mon dossier à MSF* pour partir en Éthiopie, ils ont complètement changé. Ils sont devenus… fous ! Je ne comprenais pas leur réaction et je ne leur avais posé aucune question, mais maintenant que j’ai découvert le pot aux roses, je veux clarifier cette situation.

J’entends des bruits venant de la cuisine. Mes parents sont assis et se retournent à mon arrivée.

— Bonjour, leur dis-je, tout en ouvrant mon sac à dos et en jetant les dossiers médicaux estampillés du logo de l’hôpital sur la table.

Je laisse tomber mon sac par terre et pose mes deux mains sur le dossier de la chaise, attendant des explications.

Ils se regardent puis leurs yeux se posent sur les dossiers. Je les sens gênés. La tension est à son maximum.

Mon père se lève lentement, faisant crisser sa chaise.

— Jah… dit-il dans un souffle.

Absa l’interrompt.

— Chéri, ce n’est pas ce que tu crois.

Elle n’en mène pas large, mais à cet instant, c’est le dernier de mes soucis.

— Oh, mais je ne crois rien. Je constate seulement, je lui réponds durement. Vous pouvez m’expliquer exactement ce qui se passe ? Pardon… ce qui s’est passé ?

Je ne reconnais pas ma voix. Je passe une main sur mon crâne puis me masse la nuque. Quelle merde ! Je suis en train de faire un grand effort pour me contrôler. Je sais gérer la pression, mais là, je pense que je vais péter un plomb.

Celui que je considérais comme mon père contourne la table et pose sa main sur mon épaule. Je ne veux pas le regarder. Je ne veux pas accepter ce qu’il s’apprête à me dire.

— Viens dans mon bureau Jahmaë. Il est temps que toi et moi ayons une discussion.

La pression sur mon épaule s’accentue. Je ramasse mon sac à dos et je le suis comme je l’ai toujours fait car il est mon modèle.

Je ferme la porte et m’y adosse alors qu’il se dirige vers son bureau. Il se met à parler sans me regarder.

— On voulait te le dire Jahmaë.

— Oui eh bien vous ne l’avez pas fait. Vous vous doutiez bien qu’un jour ou l’autre j’allais le remarquer.

Il se tourne légèrement et me regarde de biais.

— Ça ne change absolument rien Jahmaë.

— Tu vois ça comme ça ? Pas moi. Ça change tout au contraire. Est-ce qu’au moins vous m’avez vraiment adopté en Éthiopie ?

Il se retourne complètement cette fois et s’approche de moi en quelques pas.

— Attends Jah ! Tu crois que tu as été adopté ? Mais pas du tout !

Je déteste la mauvaise foi et encore plus les mensonges. Je plante mon regard dans le sien.

— Arrête ! Les groupes sanguins ne correspondent pas. Celui d’Absa en tout cas. Je suis O+ et elle est AB -. Si vous ne vouliez pas que je le découvre, vous n’auriez pas dû m’encourager à faire des études de médecine.

Un mal de tête débute. Je me frotte le crâne et souffle un bon coup. Je m’éloigne de lui et me poste devant la fenêtre qui donne sur la mer. Elle est calme aujourd’hui. Rien d’étonnant pour une journée d’été. Par contre la tempête fait rage en moi.

— Je suis ton père Jah.

Malgré la gravité de la situation, je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire à cette réplique, tout droit sortie de mon film préféré, « La guerre des étoiles » et je revois Dark Vador, annoncer à Luke Skywalker qu’il est son père. Je me demande pendant un court instant si papa l’a fait exprès. Je lui jette un rapide coup d’œil par-dessus mon épaule et ses sourcils froncés et son air préoccupé me renseignent qu’il est à des années-lumière de vouloir blaguer. J’en suis un peu déçu, mais ne le montre pas. Je ne veux plus m’éterniser et je décide de le provoquer. Je me dresse devant lui.

— OK. Donc j’apprends qu’Absa n’est pas ma mère et en plus que tu l’as trompée. Ça fait donc de moi un bâtard.

— Tu es NOTRE fils.

— J’ai vingt-huit ans papa… j’ai même un doute là-dessus. Rassure-moi, j’ai bien vingt-huit ans ?

— Tu fais le gamin là Jah.

— C’est toujours mieux qu’être un menteur et un mari qui trompe sa femme.

— Je ne te permets pas de me juger Jahmaë, ni ta mère d’ailleurs ! Rétorque-t-il en élevant la voix.

Je ne me laisse pas intimider et poursuis :

— De laquelle parles-tu ? Car il faudrait préciser maintenant.

— Ne prends pas ce ton ironique avec moi. Tu ne sais pas ce qui s’est passé.

— La faute à qui papa ?

— Je ne suis pas sûr que tu sois prêt à entendre la vérité.

— Bientôt tu vas me dire qu’Absa et toi m’avez menti pour me protéger… ce ne sont que des foutaises et j’en ai assez entendu comme ça.

Avant qu’il ne puisse me répondre, j’entrouvre la porte et sans me retourner le salue.

— Au revoir papa.

Je sors directement sans repasser par la cuisine, mais je vois Absa, la femme qui m’a élevé pas celle qui m’a mis au monde, les larmes aux yeux, près de la porte. Je murmure un « au revoir » sans l’approcher, la tête baissée lorsque je passe devant elle. En quittant la maison, j’aperçois juste sa main tendue vers moi.

Je démarre ma moto et prends la route en jetant un dernier regard sur la maison qui a abrité mes rêves et mes espoirs.

Je ne sais pas à qui je dois en vouloir. Je ne sais même plus quoi penser.

Je n’ai rien demandé sur ma mère biologique, mais j’ai trop mal pour envisager qu’une femme m’ait abandonné.

Je pars. Je pars loin des trahisons et des mensonges. Je m’envole sans regret avec une deuxième conviction : ne plus jamais faire confiance à qui que ce soit 

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*MSF : Médecins Sans Frontières (MSF) est une association médicale humanitaire internationale.

 

 

 

 

 

 

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