Les Dessous Féminins

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Français
292 pages
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Description

Quelle est l’utilité des dessous féminins qui s’affichent aujourd’hui
tant sur les affiches que dans les magazines, enveloppant des corps de
femmes parfaites ? Pour beaucoup de femmes, les dessous sont achetés
pour faire plaisir à l’autre, « l’homme ». Et pourtant, depuis la haute
Antiquité, les femmes apparaissent toujours vêtues, cachant ces tissus qui
dissimulent leur intimité.
Le sous-vêtement féminin a donc une autre fonction que celle
d’érotiser les corps. L’auteur, Muriel Barbier, s’appuyant sur une riche
iconographie, explore trois aspects de la lingerie dans son rapport à la
société, à l’intimité et à l’économie. Comment le sous-vêtement s’inscrit-il
dans l’évolution de la femme ? La lingerie féminine est-elle l’expression
d’une nouvelle liberté, ou bien suit-elle seulement la transformation de
nos moeurs s’adaptant à chaque époque à un modernisme renouvelé ?
Autant de questions traitées avec une rigueur scientifique et souvent avec
humour. Le sous-vêtement méritait un grand ouvrage, même si
aujourd’hui ces pièces d’étoffe sont de plus en plus petites.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 septembre 2015
Nombre de lectures 10
EAN13 9781783108350
Langue Français
Poids de l'ouvrage 18 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Auteurs : Muriel Barbier et Shazia Boucher

Mise en page :
Baseline Co. Ltd
61A-63A Vo Van Tan Street
ème4 étage
District 3, Hô Chi Minh-Ville
Vietnam

© Confidential Concepts, worldwide, USA
© Parkstone Press International, New York, USA
I m a g e - B a r www.image-bar.com

© Chantal Thomass, Couverture : photographie offerte par Chantal Thomass
© Chantal Thomass/ Photographies Frédérique Dumoulin – Ludwig Bonnet/ JAVA Fashion Press
Agency, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12
© Chantal Thomass/ Photographies André Rau, illustration 1, 2
© Chantal Thomass/ Photographies Bruno Juminer, www.valeriehenry.com, illustration 1, 2, 3, 4, 5,
6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18
© Chantal Thomass/ Photographies de Karen Collins, illustration 1, 2, 3
© Yaël Landman/ Photographies d’Andréa Klarin, 4ème de couverture, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7,
8
© Axfords/ Photographies de Michael Hammonds, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8
© Musée de la Bonneterie, Troyes/ Cliché Jean-Marie Protte, illustration 1, 2, 3, 4, 5
© V&A Images, The Victoria and Albert Museum, Londres, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7
© Jean d’Alban, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8
© PMVP/ Cliché P. Pierrain, illustration 1, 2
© PMVP/ Cliché Ph. Ladet
© PMVP/ Cliché Briant
© PMVP/ Cliché J. Andréani, illustration 1, 2
© PMVP/ Cliché L. Degrâces, illustration 1, 2
© PMVP/ Cliché Giet
© PMVP/ Cliché Joffre, illustration 1, 2
© Photographies de Klaus H. Carl, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17,
18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43
© Barbara/ Photographie de Bernard Levy
© Ravage/ Photographie de Didier Michalet
© Damart Serviposte
© Wonderbra, illustration 1, 2, 3
© Crazy Horse
© Wolford, illustration 1, 2, 3
© Princesse Tam-Tam, illustration 1, 2, 3, 4, 3, 4, 5
© Rigby and Peller, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8
© Musée des Arts décoratifs, Paris, Collection Maciet, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12,
13
© Bibliothèque Forney, Ville de Paris, illustration 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13
© Chantelle, illustration 1, 2, 3, 4
© Brenot Estate/ Artists Rights Society, New York, USA/ ADAGP, Paris

ISBN : 978-1-78310-835-0

Tous droits d’adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
Sauf mention contraire, le copyright des œuvres reproduites se trouve chez les photographes qui en
sont les auteurs. En dépit de nos recherches, il nous a été impossible d’établir les droits d’auteur dans
certains cas. En cas de réclamation, nous vous prions de bien vouloir vous adresser à la maisond’édition.Muriel Barbier - Shazia Boucher




Les Dessous Féminins






Corset créé par la maison Axfords.S O M M A I R E


Préface
Introduction
Dessous et mode
Lingerie, corseterie et bonneterie
Les dessous, fondements de l’évolution de la silhouette
De la Grecque à la femme moderne : que portent - elles sous leurs jupes ?
Quelles matières?
Quelles couleurs
Dessous et société
Les circonstances de la vie
Les rites de passage
Le baptême
La première communion
De l’enfance à l’adolescence
Le mariage
Le deuil
La constitution du trousseau et son reflet social
Les ouvrages des dames
La gloire et le déclin du trousseau
Encart :
Encart :
L ’entretien du linge
L’entretien selon les matières premières
Les moments d’une femme, les vêtements de l’intimité
La chemise de nuit
Le déshabillé
La chambre à coucher et l’intimité
Le sous-vêtement selon les saisons et les strates de la socité
Pour un vêtement propre à l’enfant
Les débats contradictoires autour
Le pantalon
Le corset
Les dessous du sport
L’art équestreLa bicyclette
Les baigneuses
Les danseuses
Erotisme, seduction et fétichisme
L’érotisme des dessous féminins
Des dessous de séduction aux dessous
Fétichisme et dessous féminins, des clubs privés aux podiums des défilés
Economie
La fabrication de la lingerie
Comment se diffuse la mode ?
Le marché actuel de la lingerie
Les filières de la distribution
Les motivations d’achat
La communication
La publicité qui va trop loin
Le marketing
Quelques orientations actuelles en lingerie
Dessus – Dessous
Les apports technologiques dans le renouveau de la lingerie
eLa lingerie sport en ce début du XXI siècle
La lingerie de séduction
Mariage de raison entre lingerie et dentelle : rencontre avec M. Olivier Noyon,
Président du Directoire de Noyon Dentelle
Conclusion
Glossaire
1. TERMES TECHNIQUES GÉNÉRAUX :
2. TERMES PROPRES AUX DESSOUS :
Bibliographie
GENERALITES :
SUR LES DESSOUS FEMININS :
Remerciements
Index
NotesChantal Thomass, E n s e m b l e, en dentelle blanche.
Collection Automne / Hiver 2001-2002.


P r é f a c e


La lingerie est très directement et fortement liée à l’intimité de la femme. Pendant des siècles, les
hommes ont toujours considéré que la lingerie était créée dans le but de les séduire. Cette volonté de
séduction existe indéniablement. Cependant, en choisissant de porter de jolis et séduisants dessous,
toutes les femmes ont un comportement, une démarche quelque peu égoïste, voire narcissique.
En effet, la lingerie peut aider une femme à se sentir bien dans son corps, l’aidant ainsi à mieux
l’aimer et l’accepter et, ce faisant, à être plus épanouie et surtout à affirmer une réelle assurance. La
raison en est très simple. Etonnamment, bien que personne ne puisse voir nos dessous, ceux-ci
contribuent efficacement à valoriser notre silhouette, et parfois à la modeler à notre convenance.
Trop souvent, la lingerie a été traitée comme un élément de séduction. Les hommes eux-mêmes
ont créé ce phénomène : apercevoir une femme vêtue uniquement de sous-vêtements a un caractère
infiniment plus sensuel et sexuel, que de voir une femme entièrement nue. On pourrait associer la
lingerie aux talons aiguilles. Ces derniers affectent la démarche d’une femme, la rendant plus
séduisante, charmante, et provocante. Associés aux bas, les talons aiguilles ont alors une charge, une
vertu fétichiste indéniable, tant pour la femme, que pour la gent masculine.
La perception et l’appréciation du corps féminin ont connu bien des métamorphoses, si l’on
ecompare par exemple notre époque, ce début du XXI siècle, aux années 60-70. Dans les années 60,
lorsqu’une femme se mariait, et encore plus quand elle devenait mère, son corps ne se devait plus
d’être séduisant. Aujourd’hui, ce comportement est totalement désuet et obsolète.
En effet, les femmes ressentent le besoin d’être attirantes, à tout âge, que ce soit avant leur
mariage, comme après celui-ci, et même bien des années plus tard. Pour preuve, une grand-mère de
nos jours peut être encore une belle femme et avoir envie de se mettre en valeur en revêtant une
lingerie affriolante, qui permettra d’embellir son corps.
Cette évolution (révolution ?) des mœurs en matière de lingerie est directement liée aux
innovations et contingences techniques de la création des sous-vêtements, et assujettie aux
événements historiques. L’Histoire de la lingerie mérite qu’on s’arrête un peu sur elle.
La lingerie, contrairement au monde de la Mode, est un état d’esprit. On peut aimer la lingerie et
avoir envie de soigner son corps de 15 à 75 ans ! Le prêt-à-porter est un univers bien différent de
celui des dessous. Les vêtements s’adressent toujours à une classe d’âge précise : la mode d’une
jeune fille de 15 ans est différente de celle d’une femme de 30 ans. Alors que la lingerie est bien plus
une question de mentalité et de nature : une femme ronde peut se sentir bien dans son corps,
s’accepter telle qu’elle est, et avoir envie de mettre son corps en valeur dans de beaux
sousvêtements. La lingerie doit alors répondre à toutes ces aspirations et convenir à chaque nature de
femme.
En tant que créatrice, mon travail est orienté dans ce sens. Pour créer une lingerie qui satisfasse de
multiples styles de femme, j’aime observer celles qui m’entourent : ma fille, mes assistantes, les
femmes que je rencontre dans la rue. Des attitudes que je peux remarquer dans des films peuvent
aussi m’inspirer.
Outre mon entourage qui joue un rôle important pour me suggérer de nouveaux modèles, la
matière est également source d’impulsion pour mes créations. Les matériaux textiles sont essentiels :
la lingerie étant au plus près du corps féminin, en contact avec son intimité, les tissus et dentelles
doivent être agréables, mais pas uniquement. Aujourd’hui, la lingerie doit être confortable, et
pratique.
En effet, s’il y a encore 30 ans, les femmes françaises (contrairement aux femmes américaines par
exemple) acceptaient, et ne rechignaient pas à porter et laver à la main une lingerie très fragile, avec
de la dentelle, qu’il fallait parfois même repasser, aujourd’hui, cela n’est plus acceptable.
La lingerie doit pouvoir supporter le lavage en machine, sans repassage, tout en alliant les qualitésde confort (essentiel), à la beauté des pièces. L’évolution des différents textiles utilisés dans la
création et la confection des sous-vêtements reste un aspect à ne pas oublier.
Au-delà des matières, les couleurs prennent une part importante dans la lingerie. Le noir et le blanc
sont toujours extrêmement flatteurs sur la peau. Le noir (plus particulièrement) permet d’atténuer les
défauts que nous avons toutes.
Les couleurs chaudes (rose, rouge, framboise) contribuent elles aussi à valoriser le corps. En
revanche, les couleurs froides pour la lingerie sont plus difficiles à travailler. Les couleurs vertes et
bleues sont magnifiques, mais évoquent souvent trop le maillot de bain.
La lingerie doit être associée au plaisir de la femme. L’élément de séduction demeure, surtout avec
certaines pièces de dessous, qui ne sont pas anodines : certaines sont fascinantes et provoquent une
inévitable attirance. Les bas et les porte-jarretelles rendent une femme extrêmement séduisante, voire
envoûtante. Les bustiers, guêpières et soutiens-gorge peuvent être portés sous un chemisier
transparent. Cela produira un effet immanquablement équivoque, ambivalent et extrêmement
fascinant aux yeux des autres, et si flatteur pour celle qui le provoque. Deux sortes de lingerie se
distinguent à mon sens.
D’une part les dessous que l’on désire montrer (guêpière, porte-jarretelles, bas essentiellement), et
d’autre part les sous-vêtements portés uniquement pour soi. Cette dernière catégorie doit être
agréable à l’œil, mais également confortable. Pour les collants, par exemple, je m’attache tout
particulièrement à faire des collants qui soient charmants et délicieux, afin de les porter chaque jour
et de pouvoir, malgré tout, conserver un pouvoir de séduction, lorsque l’on se déshabille en présence
d’un homme.
La lingerie est toute en suggestion dans la manière d’être, dans l’attitude. Trois termes peuvent
être associés à la lingerie d’aujourd’hui : raffinement, séduction et confort. Il est nécessaire de
rassembler ces trois notions pour créer des sous-vêtements, en excluant définitivement la vulgarité.
Pour éviter cet écueil, l’humour et la fraîcheur sont mis à contribution.
Le monde de la lingerie touche tout le monde. Aussi bien les femmes, qui portent leurs dessous,
que les hommes qui ont toujours cru qu’elles ne les portaient que pour les séduire. La lingerie mérite
qu’on s’attache un peu plus à son Histoire.
Chantal ThomassChantal Thomass, Chaussettes hautes,
Automne / Hiver 2004.


I n t r o d u c t i o n


Il existe déjà un nombre considérable d’ouvrages sur les dessous féminins. Alors pourquoi un de
plus ? L’idée de ce livre est partie de plusieurs constats : celui de l’attrait des dessous, du mystère qui
plane autour et des fantasmes qu’ils déclenchent, d’une part, et, d’autre part, celui de la fonction des
dessous en tant que révélateurs de la condition de la femme, de l’évolution de sa place dans la société
et de son statut par rapport à l’homme.
Le terme même de dessous évoque la fonction des objets : être dessous, donc cachés. Les dessous
sont, en outre, pluriels. Ils peuvent être nombreux : des dessous modeleurs, des dessous révélateurs,
des dessous aguicheurs, provocateurs, pudiques ou érotiques. Erotiques, les dessous féminins le sont
sans aucun doute. Du zona grec au plus moderne des soutiens-gorge en microfibres, les dessous
féminins semblent être porteurs d’une importante charge sensuelle tant pour celle qui les porte que
pour celui (ou celle) qui les retire. A quoi tient cet étonnant pouvoir de séduction ? Au fait que les
sous-vêtements sont cachés ? Rarement dévoilés ? Peut-être parce qu’ils sont au plus proche de
l’intimité des femmes ? Cependant, l’érotisme n’est pas le seul intérêt des dessous féminins.
Au sein de l’évolution du costume occidental, lingerie et corseterie ont eu et continuent à avoir un
rôle fondamental. Ils permettent de structurer les formes, de modifier la silhouette et de la
transformer au gré des caprices de la mode. Les dessous eux-mêmes suivent les fluctuations de la
mode. On les crée dans des formes, des matériaux et des coloris qui correspondent au goût de
l’époque ; si les dessous féminins sont à l’image de la mode, tout n’est pas pour autant si simple et
les formes, les types de sous-vêtements, le choix des matériaux et des couleurs ont très souvent une
raison sociale.
Selon les circonstances de la vie, une femme ne porte pas les mêmes dessous. Du baptême au
temps du deuil, la femme vit des métamorphoses physiques et des changements de statut social dont
les dessous se font l’écho. Ils deviennent ainsi emblématiques de l’âge, du rôle social et de la classe
de chaque femme.
De plus, au cœur de la vie, les activités quotidiennes nécessitent des sous-vêtements différents
pour le sport, la journée de travail ou la soirée. Les plus affriolants étant bien sûr les dessous de
l’amour.
Les dessous sophistiqués portés pour la séduction avaient, et continuent d’avoir, un rôle
symbolique dans la société judéo-chrétienne occidentale. Adulés ou diabolisés, les sous-vêtements
féminins sont les emblèmes des tabous et des interdits sexuels qui aboutissent à une foule de
fantasmes, d’idées érotiques voire au fétichisme.
A l’origine de la création de ces étoffes de mode et de rêves libidineux, se trouve un univers
industriel et commercial dont l’origine remonte aux lingères, aux corsetiers et aux bonnetiers des
temps jadis.
Des magasins de lingerie chics aux catalogues de vente par correspondance, en passant par les
sexshops, la vente et la diffusion des dessous féminins appartiennent à un monde bien organisé et en
pleine expansion. Chacune y trouve de quoi satisfaire ses goûts. La publicité se charge de séduire
hommes et femmes en mettant en scène dentelles, satin et broderies sur les formes les plus pulpeuses.
L’univers des dessous féminins, caché ou montré, est donc bien riche.
Les dessous, à l’origine conçus pour des raisons d’hygiène et pour mettre en valeur les parties
intimes du corps féminin, sont bien plus que de simples catalyseurs de désirs. Ils révèlent notamment,
par leur évolution au fil du temps, la libération progressive du corps de la femme ainsi que celle de
tout son être dans la société patriarcale de l’Occident.
Entrons donc dans cette histoire faite de dentelles, une histoire dont l’esprit est d’apporter
information et délectation au lecteur. Notre étude est basée sur des recherches bibliographiques, mais
n’a pas pour fondement un travail de spécialistes ou de scientifiques. L’esprit de ce livre est celui du
plaisir ; celui d’un livre d’agrément.Yaël Landman, E n s e m b l e. Automne / Hiver 2003.Dessous et mode


eCorset en fer, première moitié du XVII siècle.
Fonds Leloir, Musée Galliera, Paris, Inv. 2002.2.X.Nicolas-André Monsiau, Le Lacet, 1796.
Gravure, vignette pour les œuvres de Rousseau.
21 x 14 cm, Collection Maciet,
Bibliothèque des Arts décoratifs, Paris.



Lingerie, corseterie et bonneterie

Secrets ou dévoilés, simples ou sophistiqués, discrets ou provocateurs, les dessous sont nombreux et
divers. Il est d’usage de distinguer au sein de cette multitude trois familles : la lingerie, la corseterie
et la bonneterie.
Le rôle de la lingerie est avant tout hygiénique. Elle prend place entre le corps et les vêtements.
Elle protège le corps des vêtements de dessus faits dans des textiles moins confortables, et protège le
vêtement lui-même des sécrétions de l’organisme. De ce fait, elle est fabriquée dans des tissus
généralement sains qui varient selon les époques. La lingerie est donc au plus près de l’intimité et de
l’hygiène féminine. Les premiers linges au contact du corps féminin ne furent-ils pas d’ailleurs ceux
utilisés pour les menstruations et perfectionnés en nos actuelles serviettes hygiéniques[1] ?
Le terme de linge de corps est également utilisé pour la lingerie. On parle de linge de corps pour
désigner certains sous-vêtements parmi lesquels les jupons, les chemises, puis les pantalons, les
caleçons, les culottes, les maillots de corps et les combinaisons.
Dans les familles modestes ou en temps de guerre, certaines pièces de lingerie sont faites à partir
de linge de maison usé, bien souvent dans de vieux draps. Les matériaux du linge de corps sont
proches de ceux du linge de maison. Le confort est leur premier point commun avec, en place
d’honneur, le coton, choisi pour sa douceur, sa légèreté et son côté hygiénique. D’autres matières
plus ou moins nobles entrent dans la fabrication de la lingerie : le lin, la soie, les tissus synthétiques
dans des armures elles aussi relativement légères telles que la toile, le satin, le jersey, le linon, la
mousseline, la percale ou le voile. Parfois ces tissus se voient agrémentés d’ornements décoratifs et,
bien souvent, aguicheurs. Car la lingerie ne se borne pas à ce rôle protecteur, elle est également un
élément raffiné de la parure. Il arrive à la lingerie de « prendre le dessus », d’être dévoilée ou encore
d’être complètement visible, par coquetterie, par mode ou par provocation. Elle arbore alors tous les
attributs de la frivolité que sont les dentelles, les broderies et les rubans. Selon celle qui la porte, les
couleurs changent en fonction de l’âge, du statut et du rôle social, du goût, de l’effet voulu ou en
fonction de la mode. Mais elle n’est que rarement complètement montrée car elle est associée à la
nudité comme nous le révèle la pièce de Georges Feydeau Mais n’te promène donc pas toute nue !
où Ventroux reproche à sa femme Clarisse de se montrer en chemise devant son fils. « On te voit à
travers comme dans du papier calque ! », lui dit-il. Cette dernière répond porter sa chemise de jour
donc ne pas être nue[2]. Cet épisode démontre que, pour la femme, la lingerie est couvrante alors que
pour l’homme, elle évoque la nudité qui est dessous.
La lingerie, par son contact avec la peau et sa proximité avec l’intimité des femmes, fut et demeure
un objet de fantasmes pour la gent masculine, judicieusement entretenus par celles qui la portent.
e eApercevoir les volants des jupons, au XVIII comme au XIX siècle, avait un impact sur
l’imagination de l’observateur, tout comme deviner une culotte ou un string sous la paire de jeans
d’une demoiselle. Si la lingerie est chargée d’érotisme, c’est justement parce qu’elle est au plus
proche de la vie intime féminine.
La corseterie relève davantage du domaine de la supercherie. Elle est au vêtement ce que la
charpente est à un édifice. Mais cette charpente prend place sur une fondation préexistante : le corps
féminin. Le rôle de la corseterie est de modeler ce corps et de lui imposer les formes de la mode. On
use des pièces de corseterie pour transformer trois points essentiels du corps : la taille, la poitrine et
les hanches. C’est autour de ces trois points que se bâtit une nouvelle silhouette.eCorps à baleines, XVIII siècle.
Tissu orné de fleurs. Fonds Leloir,
Musée Galliera, Paris. Inv. 1920.1.1856.C o r s e t. Soie rose, et dos en lin, renforcé avec
des fanons de baleine et maintenu avec des
rubans de soie rose ; Angleterre, vers 1660-1670.
Victoria and Albert Museum, Londres.Boîte « Le corset mexicain »,1869.
Musée de la Bonneterie, Troyes.Boîte « Le corset mexican », 1869.
Musée de la Bonneterie, Troyes.Corset en satin rouge, cuir jaune,
baleine et armature cintrée, 1883.
Victoria and Albert Museum, Londres.Jupon pékiné soie noir et blanc, Collant mousseline
en soie et dentelle. Catalogue commercial
Grands Magasins du Louvre, Paris, Eté 1907.


Armand Silvestre, dans Les Dessous à travers les âges, décrit en ces termes un « bon corset » : « Il
faut qu’il soit assez évasé du haut pour soutenir les seins, sans les comprimer, que les entournures
soient bien échancrées ; que les doubles de l’étoffe soient minces, bien placés et flexibles […] enfin
qu’il embrasse tout le bassin et trouve sur les hanches un point d’appui solide et suive la direction
naturelle des flancs.[3] »
La corseterie permet donc de mettre en valeur les courbes du corps et de l’adapter aux lignes
nouvelles. Elle fait les poitrines rondes, pigeonnantes, galbées ou aplaties ; la taille peut être plus ou
moins fine, inexistante ou très marquée ; les hanches se voient amincies ou élargies. La corseterie
dicte au corps ce que la mode impose et s’attache souvent à contrer la nature. Autant la lingerie
relevait de la sphère intime, autant la corseterie est attachée au paraître. C’est sa corseterie qui fait de
la femme qui porte une robe, une femme à la mode. Dans la corseterie, on trouve donc des dessous
tels que les corps à baleine, les corsets, les gaines, les guêpières, les bustiers, les vertugadins, les
paniers et les crinolines[4].
La corseterie est composée d’armatures internes qui compriment et gouvernent le corps. Ces
armatures sont faites dans des matériaux solides comme les fanons de baleine, les joncs, la toile de
crin, l’acier et les matières élastiques. Ces dessous étant destinés au départ à être portés sur les
vêtements, puis sur la lingerie, pour devenir moins visibles, sont faits d’étoffes plus travaillées que
celles utilisées en lingerie. Parfois les pièces de corseterie sont assorties à l’habit ou à certaines
pièces de lingerie comme le jupon. Ainsi la corseterie relève-t-elle plus de la mode et de ses tendances
parce qu’elle est plus visible (notamment pendant le Moyen Age, la corseterie se portait sur la robe)
et surtout parce qu’elle permet de modifier la silhouette.
De ce fait la corseterie, bien plus que la lingerie, fut la cible de nombreuses critiques. D’une part,
la corseterie est soutenue par ceux qui y voient un symbole de la moralité d’une femme, le maintien
de son corps évoquant la rigueur de son comportement. D’autre part, les médecins, les hygiénistes et
plus tard les féministes, accusent créateurs et fabricants de vouloir enserrer le corps féminin dans une
structure qui est bien éloignée de la nature et qui peut causer des dommages corporels.
Malgré ces critiques, la femme accepte le port de telles armatures, c’est donc, pour elle, bien plus
qu’un simple effet de mode : c’est un moyen de gommer les défauts de sa silhouette. Le corps
féminin ayant longtemps été considéré comme faible, on estime qu’il nécessite une armature
supplémentaire comme l’affirme Vogue en 1932 :
« Women abdominal muscles are notoriously weak and even hard exercise doesn’t keep your
figure from spreading if you don’t give it some support.[5] »
En effet, la corseterie est un allié majeur pour toute femme (moyennant une petite souffrance), car
elle lui permet de gommer les défauts qu’elle trouve à son physique et de mettre en valeur ses atouts !
C’est le cas de Caroline, par exemple, dans Petites Misères de la vie conjugales d’Honoré de Balzac,
qui porte « son corset le plus menteur »[6]. Enfin, tout comme la lingerie, la corseterie est chargée
d’une valeur érotique puisqu’elle souligne les points du corps les plus emblématiques de la féminité.
Nous ne saurions être complets sans évoquer ici la bonneterie. Cette troisième famille regroupe la
fabrication, l’industrie et le commerce d’articles d’habillement en tissu à mailles parmi lesquels les
bas, les chaussettes et certaines pièces de lingerie telles que les culottes ou les maillots de corps. Elle
se caractérise par la technique de tissage qu’est la maille faite à base de matériaux tels que la laine, le
coton, la soie, le nylon et aujourd’hui les microfibres.
La bonneterie complète l’ensemble lingerie – corseterie et connaît de grandes évolutions
techniques liées aux perfectionnements apportés aux métiers et à l’industrialisation de ce secteur.
De nos jours, la distinction entre lingerie, corseterie et bonneterie n’a plus guère lieu d’être, les
interférences entre les différents domaines étant nombreuses (soutiens-gorge baleinés, collants
gainant, culotte « ventre plat »). Les dessous portés aujourd’hui sont le fruit de l’évolution de ces
trois familles. Leurs rôles hygiéniques, modeleurs et esthétiques se confondent dans les dessous du
eXXI siècle.C o m b i n a i s o n - c u l o t t e. Coton blanc avec
parement en dentelle maltaise du Bedfordshire ;
corset, en satin rouge, et tournure en fil
d’acier, vers 1883-1895, Angleterre.
Victoria and Albert Museum, Londres.S o u s - v ê t e m e n t . Chemise en coton, corset de
soie bleue, en fanon de baleine ; crinoline avec
charpente de cerceau en acier recouvert de crin de
cheval tressé et sur le volant ; Angleterre et France,
vers 1860-1869 ; Victoria and Albert Museum, Londres.Corset créé par la maison Axfords.Albert Wyndham, Le Corset. Tirage argentique,
vers 1925. 23,6 x 17,5 cm, Collection privée, Paris.François Gérard, Portrait de Juliette Récamier, 1805.
Huile sur toile, 225 x 148 cm, Musée Carnavalet, Paris.



Les dessous, fondements de l’évolution de la silhouette

Chaque époque développe sa propre conception esthétique et fait paraître la précédente désuète. Les
dessous jouent un rôle fondamental dans la construction d’une silhouette à la mode. Ce changement
de forme se fait autour des points d’appui du costume : les épaules, la taille, la poitrine et les
hanches.
Pendant l’Antiquité, la ligne du drapé s’impose au corps et en souligne les formes. C’est le cas en
Egypte où les dessous sont inexistants, le corps nu est libre sous la tunique. Les esclaves, les
danseuses et les musiciennes vont même complètement nus, marquant ainsi une différence de statut
avec leurs maîtres qui portent une tunique translucide.
Si la formule ouverte du vêtement et le drapé persistent dans la Grèce classique et hellénistique, on
gomme la féminité à l’aide de bandes qui aplatissent poitrine et hanches. L’androgynie, que certains
expliquent par les mœurs homosexuelles de cette civilisation[7], régit la silhouette. La femme
hellénistique est complètement drapée et sa féminité disparaît sous les pans du chiton.
La civilisation romaine poursuit le combat contre les rondeurs. Dans un monde exclusivement
masculin où les femmes n’ont aucun rôle, il semble qu’on leur interdise de marquer leurs spécificités
morphologiques. Certains médecins proposent même des traitements pour empêcher le trop grand
développement de la poitrine : Dioscoride[8] conseille d’appliquer de la poudre de pierre de Naxos
sur les seins, Pline[9] propose d’utiliser de la boue de rémouleur et Ovide[10] préconise des
cataplasmes de mie de pain trempés dans du lait. Nul ne dit si ces potions miraculeuses sont efficaces,
mais elles révèlent un certain mépris des formes et de leur mollesse ainsi qu’une volonté de gommer
les attributs féminins.
eAu Moyen Age, la silhouette est longiligne et la taille commence à se marquer. Au cours des XIV
eet XV siècles règne un culte de la minceur obtenue grâce à des dessous ajustés et en particulier au
surcot qui permet d’aplatir les seins, d’accentuer la cambrure et de mettre le ventre en évidence. La
fin du Moyen Age, marquée par de grandes épidémies de peste, apprécie la rondeur du ventre et le
relief du nombril, symboles de fécondité et promesses pour l’Europe dépeuplée. Le poète anglais
John Gower (1325-1403) évoque ce goût pour les femmes au ventre épanoui en ces termes : « Hee
seeth hir shape forthwith all / Hir body round, hir middle small.[11] » A la souplesse du vêtement
ancien s’oppose la raideur obtenue grâce à des armatures internes qui compriment et gouvernent le
corps.
eLe costume européen du XVI siècle est marqué par une certaine rectitude d’influence espagnole.
Le vertugadin ou vertugale est un dessous créateur qui sert à donner de l’ampleur à la jupe. Il est
adopté en Angleterre dès les années 1550, puis devient énorme en 1590. En Espagne, il ne disparaît
pas avant 1625. La vertugale donne du volume aux hanches, gonfle le ventre et marque la cambrure.
Dessous les femmes portent un caleçon parfois « menteur » (rembourré) qui galbe cuisses et fesses,
et augmente le volume de la jupe. Le buste est en forme d’entonnoir, rigidifié par la basquine qui
étrangle la taille, efface les seins et s’évase vers les épaules.
eAu XVII siècle, le buste des femmes devient de nouveau rond, mis en valeur par le corps à
baleines qui monte haut sur le torse et affine la taille par un laçage serré. Vers 1670, le buste est étiré
car le corps à baleine, se prolonge bien en dessous de la taille sur le devant comme à l’arrière. Au
eXVIII siècle, le corps à baleine, porté très tôt par les fillettes, monte encore plus haut dans le dos. A
ela fin du XVIII siècle, certaines femmes trichent sur leurs rondeurs en recourant à de faux seins
cachés dans le corps.
eLe XVIII siècle abandonne définitivement la vertugale avec la mode de la robe volante. Les
paniers donnent forme aux jupes suivant une mode qui change rapidement. En 1718, les paniers sont
plutôt arrondis, puis deviennent ovales vers 1725 et le restent jusqu’en 1730. Par la suite, ilsépousent une multitude de formes dont le panier à coudes très large sur les côtés.Felipe de Llano, L’Infante Isabelle Claire Eugénie, 1584.
Huile sur toile, Musée du Prado, Madrid.La Flagellation de l’initiée et
e erla danseuse, II -début du I siècle av. J.-C.
Fresque de la Villa des Mystères, Pompéi.Dossier du Fauteuil royal de Touthânkhamon,
représentant le jeune pharaon et son épouse, dans une
etunique translucide, XVIII dynastie, 1350-1340 av. J.-C. Bois, or,
verre coloré, pierres semi-précieuses. Musée égyptien, Le Caire.


Après 1740, ils sont constitués de chaque côté d’une petite paire de paniers donnant ainsi à la jupe
eune forme aplatie devant et derrière, mais très élargie latéralement. A la fin du XVIII siècle, les
paniers sont remplacés par le cul porté à l’arrière, qui améliore ou accentue les courbes naturelles.
Dès 1770, certains contemporains condamnent le corps à baleine comme Jean-Jacques Rousseau qui
prône un retour à la simplicité et à la nature. D’autres lancent de véritables « croisades » médicales et
pédagogiques tel Bonnaud, auteur de La Dégradation de l’espèce humaine par l’usage du corps à
baleine (1770). Rien n’y fait, taille fine, jupe large et poitrine généreuse sont à l’honneur.
Néanmoins, la mode suit son évolution vers un retour à la ligne droite, le panier a laissé place au cul
qui, peu à peu, disparaît. Une nouvelle mode mince, fruit de cette évolution, naît en France,
me meintroduite par les « Merveilleuses » comme M Récamier et M Tallien. Cette ligne longue et
droite gagne l’Angleterre grâce à Rose Bertin émigrée après la Révolution française. Avec ce retour à
la tunique grecque, on assiste au premier revival de l’histoire de la mode. La silhouette est longue et
droite, marquée par une taille haute. Les dessous n’en disparaissent pas pour autant, notamment pour
celles dont les formes ne correspondent pas aux canons de la mode.
En 1800, le corset demeure nécessaire pour gommer les rondeurs ; les corsetiers les plus connus
sont Lacroix et Furet. Pendant le Premier Empire, la mode aux seins écartés lancée par Louis
Hippolyte Leroy rend le port du corset incontournable. Le corset « à la Ninon », qui est rembourré
pour donner de l’opulence aux formes et qui descend jusqu’à la taille, marque un retour à une femme
plantureuse et féconde voulue par la politique impériale. En 1816, naît le « divorce corset » qui
sépare les seins et poursuit la mode des seins très écartés. La taille redescend à sa place normale. La
femme romantique a la taille marquée par un corset lacé, elle porte une jupe évasée en large cloche
soutenue par une crinoline et des manches bouffantes à armatures. On apprécie les épaules tombantes
soulignées par des emmanchures très basses. La crinoline est d’abord une large cloche, ronde en bas
et légèrement bombée dans le dos.

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