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Français

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Les fleurs du bien

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Description

L’amour, le désir, la séduction, la sensualité et la sexualité, ouvrent pour l’homme et la femme, la voie de l’épanouissement. La féminité est placée sous le regard attentif d’un homme pour qui la sexualité librement consentie, peut enrichir la vie d’un couple.


Ce roman prend le lecteur à contre-pied, bousculant les clichés et plaçant la femme au-dessus de tout. En parcourant cette histoire on ne voit plus la relation homme-femme avec le même regard. On y découvre que l’amour, la tolérance, la liberté et l’absence de jalousie, sont essentiels à une relation sereine et éternelle.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782902427079
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Les fleurs du bien
Livre 1 : La conquêteDu même auteur
EN PLONGEANT DANS L’UNIVERS DE MA MÉMOIRE Tome I : D’une éclosion de vie à
une autre (roman biographique). Tome II : Histoires et pensées d’un homme-Nouvelles
(essais).
UN RISQUE MORTEL pour la France.
UN RISQUE MORTEL pour l'humanité.
L’histoire de la sexualité.
LE LABYRINTHE.Bernard Nilles
Les fleurs du bien
Livre 1 : La conquête
Plumes de Mimi éditions«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour
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cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du
Code de la propriété intellectuelle.»








©2019, Bernard Nilles
Édition : Plumes de Mimi éditions,
122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.

ISBN : 978-2-902427-07-9


Dépôt légal : 04/2019
© Editions Plumes de Mimi éditions,Bernard Nilles
Bernard Nilles, est originaire de lorraine. Il fit ses études secondaires dans un lycée de
Thionville, puis passa deux années d’études supérieures à Grenoble et enfin à l’Ecole
Nationale d’Ingénieurs de Brest d’où il sortit ingénieur. Depuis, il exerça des
responsabilités dans de grandes sociétés. Il interviendra dans des cabinets
internationaux de conseil comme consultant et dirigeant dans le domaine du
management, la communication et la motivation du personnel. Il fera sur ces sujets de
nombreuses études avant de se consacrer depuis quelques années à l’écriture comme
écrivain sur des sujets très éclectiques.
Pour cet écrivain les sujets qu’il traite sont d’inspiration humaniste, sociétale et
politique, sans oublier que pour lui, la femme reste la solution qui pourra conduire
l’humanité vers le bonheur. Or les femmes sont regardées comme des objets de plaisir.
Il pense que les femmes doivent partager les pouvoirs dans tous les domaines de la vie
privée et publique.




À ma femme,

Source d’inspiration depuis que je l’ai rencontrée.
Elle embellit ma vie.P r é f a c e
Sur la première de couverture deux orchidées appelées « Sabot de Vénus ». La
pollinisation de la fleur s’effectue par des abeilles. Si l’une s’aventure et se pose au
bord de la lèvre en forme de poche elle glisse vers l’intérieur et ne pourra ressortir que
par le fond du calice en étant forcée d’effectuer une fertilisation croisée en déposant ou
en se chargeant de pollen.
Avant-propos
Note de l’auteur :

Julien fera la découverte des mystères de la féminité dès son adolescence. Il
approchera les filles et les femmes d’une façon plutôt spirituelle avant de s’intéresser à
leur enveloppe charnelle. Les conquêtes se succéderont jusqu’à ce qu’il rencontre
l’amour avec Sabine et Réjane. Quand il apprendra que les deux jeunes filles qu’il aime
sont enceintes, il sera soumis à un choix difficile. Il fera celui de la déraison en
épousant Sabine et celui de la raison en conservant sa relation avec Réjane. La
conception de l’amour pour Julien est essentiellement spirituelle et le corps n’existe
que pour le plaisir. Cette philosophie sera partagée avec Sabine en s’appuyant sur une
volonté commune de liberté sexuelle entre les époux, exprimée dans la complicité et la
confiance en évitant les aspects destructeurs de la jalousie. Sabine est belle et
sensuelle avec sa longue chevelure et inspire Julien pour multiplier des expériences
centrées sur le plaisir en accroissant leur amour. Il fera la rencontre avec une Indienne
qui l’initiera à la sexualité tantrique. La sexualité libre permet à l’amour de se sublimer
en cohérence avec chacun : « Telle est ta sexualité et tel tu es », ce qui se vérifiera
dans son milieu professionnel et privé où il découvrira le comportement parfois odieux
des hommes au travers d’un risque de viol pour son épouse. Il sera confronté à
l’homosexualité au masculin et au féminin, ainsi que le comportement incestueux d’une
amie pour des motifs inhabituels. Le couple acceptera Réjane comme amie intime. Tout
au long du roman, des scènes voluptueuses et sensuelles sont décrites avec
philosophie et poésie.


* * * * *


LA CONQUÊTE



Le passé venait de s’inviter au présent. Comme le cycle indéfini de la fleur, la vie
obéissait à la même loi, permettant à l’espèce humaine de se perpétuer, jusqu’au jour
où le mouvement et l’envie cesseraient par manque d’énergie. « Le germe engendre la
fleur, puis le fruit. Mais le germe continue dans la plante, pour permettre la renaissance
d’une nouvelle fleur et d’un nouveau fruit ». (1)
Platon considérait que l’homme naissait directement du sol, sans la médiation de la
sexualité et de la reproduction et il ne mourrait pas en se perpétuant. « L’homme
engendré jadis du sein de la terre (…), les vieillards revenaient à l’état d’enfants, les
morts enfouis en terre devaient conséquemment se reconstituer sur place et remontera
la vie, entraînée par cette volte-face ». L’amour recomposait l’antique nature en
s’efforçant de fondre deux êtres en un, pour atteindre l’extase. Si l’étreinte avait lieu
entre un homme et une femme, ils pourraient enfanter ou prendre du plaisir ; et si elle
avait lieu entre deux personnes du même sexe, la satiété du plaisir finirait par les
séparer pour un temps (…) et c’est depuis ce moment-là que date l’amour inné entre
les hommes.
La sagesse d’Épicure, quant à elle, invitait à jouir de la vie, non pas le plus longtemps
possible, mais le mieux possible, comme une nécessité qui inspira le poète à cueillir la
fleur de la jeunesse, avant que la vieillesse ne vienne ternir sa beauté et que nous ne
devenions plus que les ombres apparentes de ce que nous étions. L’espoir pouvaitfaire jaillir quelques étincelles d’esprit avant cette issue fatale pour donner l’impression
d’avoir existé.

Un ami de Julien, prénommé Armand, passait sa vie entre le travail et la recherche d’un
jupon à séduire. Pour ses divertissements dans la continuité de l’époque où il était
étudiant, il avait toujours eu besoin d’avoir une femme à conquérir pour satisfaire son
grand besoin de sexualité. L’érotisme au féminin était sa seconde nature. Il aimait
surtout les femmes entreprenantes, pas toujours très intelligentes, mais dont le charme
et la beauté étaient toujours pour lui à l’origine de ses désirs les plus insatiables. En
semaine, il s’épuisait à faire l’amour avec diverses féminités et le week-end il retrouvait
avec sa femme les vraies valeurs et les sentiments qui permettaient de rencontrer le
bonheur au présent. Sa philosophie de vie était de se faire du bien pour répondre aux
exigences imposées par son corps, afin que son âme puisse désirer y rester. Armand
ne savait pas prendre ces moments importants et utiles pour réfléchir sur des questions
plus essentielles qui pouvaient donner un sens à l’existence. Agir était aussi une fuite
sur le dérisoire de la vie. C’était sa manière bien à lui de vouloir exister. Gagner un
contrat, un marché ou conquérir une femme restait dans la cohérence avec sa vision du
monde.
Quand Julien, son meilleur ami, lui fit la remarque qu’il pensait « être » en agissant,
alors que c’était justement dans ce cas-là qu’il n’existait pas, il eut sur l’instant du mal à
le comprendre. En effet disait-il : « il faut réfléchir pour exister et l’action n’est que la
forme exécutoire de la pensée pour atteindre le beau, le grandiose ou le sublime ». Il
répondait que la remarque semblait pertinente et qu’il était grand temps qu’il y songea
pour ne pas s’égarer sur de mauvais chemins avant de poursuivre sa vie. Jouir du
plaisir d’une réussite professionnelle ou avoir un orgasme avec une femme était
presque la même chose pour lui. Dans les deux cas, il ouvrait une bouteille de
champagne pour faire remonter les bulles qui finissaient par s’évanouir en surface.
Toute action devait être imprégnée par le sens qu’on voulait bien lui donner, afin de ne
pas perdre de vue l’essentiel qui devait nous conduire vers un certain
accomplissement. Chercher à irradier ceux que l’on aimait, mais aussi séduire et
convaincre les hommes et les femmes par l’esprit, la qualité des raisonnements et la
profondeur des sensibilités que l’on avait au fond de soi. Faire triompher l’amour sous
toutes ses formes, comme l’avaient pensé et expérimenté les philosophes grecs de
l’antiquité.

Sabine et Julien avaient fait rêver tous ceux qui les avaient connus à l’époque où ils
étaient étudiants, par l’expression communicative et rayonnante de leur amour. Vingt
ans plus tard, ils n’avaient pas changé, comme si le temps n’avait eu aucun effet sur
eux. Sabine avait certes perdu sa longue chevelure frisottante de l’époque. Une
chevelure ondoyante qui descendait sur ses épaules et s’épanouissait sur la rondeur
de ses seins, quand elle les ramenait sur le devant pour en faire une parure naturelle.
Aujourd’hui avec ses quarante ans, Sabine était plus féminine que jamais, de façon
naturelle, sans aucune sophistication et sa jeunesse apparaissait toujours comme une
image d’arrière-plan indélébile.
Julien avait pris un peu de poids, avec une chevelure devenue plus rare. Son esprit
caustique et ses idéaux étaient restés intacts, montrant qu’il avait gardé le feu sacré
d’autrefois. Avec son épouse, il continuait de montrer son optimisme face à la vie pour
participer au progrès, qu’il soit scientifique, technique ou humaniste. Il considérait
d’ailleurs qu’un progrès scientifique qui n’avait pas d’effet sur la solidarité entre les
hommes ne servait à rien.
Sur l’amour, Sabine et Julien partageaient une vision commune où ils considéraient que
la sexualité devait pour chacun rester libre, dans une totale complicité et sans effet sur
leurs sentiments réciproques. Leur parcours de vie était en ce sens un modèle. Julienconsidérait que la spiritualité était primordiale dans les premiers échanges avec une
femme pour la conquérir et ensuite, tout au long de la vie. Pour eux, la sexualité n’était
pas confondue avec l’amour. Seul le plaisir était recherché sous toutes les formes
convenables, au même titre que tous les autres, faisant du bien à l’esprit, comme au
corps.
La liberté est sans cesse confrontée à des situations nouvelles et à des valeurs
évolutives, ce qui impose dans le couple un dialogue permanent pour conserver
l’harmonie. Il s’agit autant de la liberté de penser, de décider, que de la liberté
sexuelle ; mais aussi la liberté d’être dans son entièreté et enfin la liberté d’exister par
elle-même, avec ou sans raison.
Julien plaçait la liberté au-dessus de sa propre capacité à l’accepter, faisant de la
souffrance qu’elle induisait parfois, un plaisir supplémentaire pour lui-même. Pour lui,
c’était l’amour qu’il fallait toujours servir en premier ; qu’il soit individuel, ou pluriel avec
les autres femmes et hommes de l’espèce humaine qui en valaient la peine. Pour les
autres, il estimait qu’il valait mieux passer son chemin.


CHAPITRE I : FONDATION DE LA
DIMENSION SPIRITUELLE DE L’AMOUR ET
DE LA LIBERTÉ
La fleur cristalline de la création
Julien était né au début de la deuxième moitié du vingtième siècle, après la deuxième
guerre mondiale. C’était la période dite du « baby-boom » et de prospérité économique
retrouvée, appelée « les trois glorieuses ».
Sa mère avait accepté d’être fécondée par une immense armée de soldats appelés
spermatozoïdes, munis de leur flagelle, pour se mouvoir en désordre. Une concurrence
impitoyable s’engageait avec des mouvements de queue variés, pour aller à la
conquête d’une citadelle où se cachait la plus belle fleur cristalline de la création. Un à
un et en désordre, ils franchissaient monts et vallées humides, ondes de brumes et
ressacs où la plupart sombraient bien avant de pouvoir franchir le dernier couloir qui
menait vers le lieu protégé, là où se trouvait le fabuleux joyau.
Sur des dizaines de millions partis au départ, quelques centaines de valeureux
guerriers se faisaient encore concurrence pour être gagnés par les charmes scintillants
de la belle. Elle les laissa un moment montrer leurs ardeurs les plus insolites avant de
décider de se laisser pénétrer par le plus mobile, le plus beau, le plus fort et donc jugé
intuitivement le plus compatible. Il y avait bien un combat de conquête gagné de haute
lutte par le plus valeureux de tous ces prétentieux dont elle laissa un peu de place pour
qu’il entrât dans l’espace où était gardé son prodigieux trésor afin de se laisser
féconder. Une osmose parfaite venait de se produire pour unir deux entités en une
seule, afin de créer l’embryon androgyne d’un être unique qui deviendrait, par le plus
grand des hasards, un garçon ; un être un peu plus masculin que féminin. On lui
donnerait le prénom de Julien.

Dès cet instant, Julien fut constamment entouré par la compagnie des femmes, et ce
serait le cas toute sa vie durant, comme s’il avait voulu compléter sa part féminine
manquante. Sa mère avait sculpté l’être de chair en lui donnant la vie et était la
créatrice des bases initiales de sa conscience.
Lors de sa première journée sur terre, il avait entendu des bruits variés qui illustraient le
tumulte du monde. Il sursautait instinctivement à chaque fois, alors que ses yeux
regardaient sans voir. Adulte, il remarquerait que beaucoup de personnes ne voyaient
rien, tout en ayant pourtant les yeux grands ouverts.
Dans les premiers mois de son existence, il avait souvent des picotements dans son
ventre, ce qui signifiait qu’un nectar blanchâtre l’attendait pour le servir. Quand il ne
venait pas, il était angoissé. C’était dans ces moments privilégiés qu’il fut marqué à vie
par la splendeur et les bienfaits d’un sein de femme, tout en rondeur, comme une
sculpture parfaite. Les succions qu’il accomplissait par réflexe lui permettaient de vivre
avant de pouvoir exister. Il découvrait sans comprendre la grandeur nourricière de la
féminité.
Peu à peu, il apprenait à distinguer des formes et son environnement immédiat se
révélait lentement, comme la traversée d’une nappe de brouillard qui se dissipait peu à
peu.
Sa mère, comme Gaïa, la déesse mère, était à l’origine de sa vie et lui apporta tous les
potentiels de sa vie future. Quand elle lui parlait, il ne comprenait rien, alors qu’il n’était
pourtant pas sourd. Son cerveau retenait juste les phrases chargées d’amour, sans en
percevoir le sens. Il ne faisait qu’en jouir en attendant le jour où il pourrait comprendre.

La résidence de l’amour éternel
Les parents de Julien s’étaient mariés pendant la deuxième guerre mondiale, selon la
tradition catholique, à une époque où les démocraties étaient en danger, laissant la
place aux barbarismes les plus arbitraires, avec le nazisme en Allemagne et le
fascisme en Italie. Au pays de Goethe, Kant, Hegel, Nietzsche, Mozart, on assassinait
la grandeur de la pensée, pour construire un ordre nouveau de mille ans, promis, selon
Hitler et ses sbires, à « une race dite supérieure ».
L’amour était encore le seul espace d’humanité pour ne pas sombrer. Un amour
solidaire pour la patrie, singulier pour une femme ou un homme, était ce qui restait de
raison de vivre, pour tous ceux qui étaient encore inspirés par l’esprit de liberté.
La mère de Julien, Christine, était l’incarnation de l’amour. C’était une jolie femme qui
avait de la bienveillance auprès de tout le monde. Son fils aîné, Julien, fut imprégné par
cet amour maternel, si bien qu’il regardait les femmes, comme des sources
harmonieuses auprès desquelles on pouvait rencontrer le bonheur.
Frédéric, le père de Julien, avait été séduit par Christine, dont la gaîté et l’altruisme se
répandaient dans le voisinage et bien au-delà, de sorte qu’on aimait lui rendre visite
pour entendre sa philosophie de la vie. Elle était plutôt instruite, parlait plusieurs
langues, dont l’anglais et l’allemand, en dehors du français, sa langue maternelle.
Frédéric exerçait une activité de décorateur de l’espace scénique, de pièces de
théâtres jouées dans la région ; et ce fut lors d’une soirée au théâtre de la ville où l’on
présentait « le Dom Juan » de Molière qu’il rencontra celle qui devint un an plus tard,
son épouse. Ils s’opposèrent vivement sur le contenu libertin de la pièce, où l’on
pouvait découvrir un Dom Juan séducteur et constamment infidèle, dont la parole
n’avait de sens que pour séduire. Mais ils finirent par trouver leurs points de
convergences pour se déclarer une fidélité éternelle.
Après leur mariage, le couple s’installa dans la demeure familiale, où cent soixante ans
plus tôt avait vécu Adélaïde Déchaux, quand elle fut conquise par le jeune général
révolutionnaire, Lazare Hoche, au seuil de la gloire en étant commandant de l’armée de
Moselle. La beauté blonde de l’incomparable Adélaïde, vainquit le général lors d’un bal
magnifique organisé en l’honneur des jeunes filles et femmes de la ville de garnison où
il séjourna (1). Il tomba éperdument amoureux de cette jeune fille de seize ans. Les
échanges épistolaires devinrent quotidiens, durant un an, avant de pouvoir obtenir
l’accord paternel pour l’épouser. Adélaïde habitait chez son père et la maison devint un
des lieux de résidence du couple. Lazare son époux, mourut quatre années plus tard
en pleine gloire, emporté par une hémoptysie à vingt-neuf ans. Sa femme n’avait que
vingt ans à sa mort et lui voua tout au long de sa vie un véritable culte durant plus de
soixante ans. On raconta qu’à quatre-vingt ans, malgré son âge, elle rougissait encore,
tant son âme était restée pure et fidèle à son glorieux époux.
Ce fut dans la chambre où le général et sa jeune épousée passèrent leurs plus belles
nuits d’amour, que naquit Julien, fruit de l’amour de Christine et de Frédéric. Le père de
Julien fut emporté huit ans plus tard des suites d’une erreur médicale, à l’âge de
trentesix ans, laissant son épouse de trente ans, lui vouer un amour éternel durant plus de
cinquante ans après sa mort.
Julien resta imprégné de l’histoire d’Adélaïde et de celle de sa mère qui eurent des
destinées semblables au regard de l’amour et dans la même résidence. Elle conserva
elle aussi une fidélité éternelle à son époux, disparu à la fleur de l’âge.
Au-dessus du lit situé face aux fenêtres, une corne d’abondance était sculptée dans la
pierre pour signifier qu’elle était une source inépuisable de tous les bienfaits, capable
comme la chèvre Amalthée (2), de nourrir Zeus au cours de son enfance. Ce futl’inverse qui se produisit pour ces deux femmes pour lesquelles l’amour était au-dessus
de tout. Sa mère lui raconta souvent cette histoire pour qu’il s’en imprégnât comme
d’un exemple d’amour spirituel indépassable. En même temps, elle poursuivait ses
narrations et ses leçons moralisatrices pour faire de Julien un homme qui aimerait les
femmes.

Le venin d’une vipère
La mère de Julien avait une sœur, Prudence, plus jeune qu’elle de trois ans. Quand elle
épousa Frédéric, celle-ci fut habitée par une jalousie chronique et durable envers elle.
Les causes de ce comportement étaient dans son âme. Elle aimait les grandes idées et
ses amours se coloraient d’admiration et de passions platoniques. Pour elle, l’esprit
était au-dessus de la chair, qui n’était rien. En cela, elle était en symbiose avec les
Évangiles qui annonçaient que « l’affection de la chair, c’est la mort, tandis que le désir
de l’esprit, c’est la vie et la paix (…); la chair est hostile à Dieu car elle ne se soumet
pas à la loi divine et même elle ne le peut pas ». Elle avait cette vision christique où les
plaisirs spirituels étaient plus féconds que ceux de la chair. Les comportements sexuels
entre un homme et une femme devaient s’accomplir sans plaisir dans l’unique but de
faire un enfant. L’absence dans sa vie, d’amour pour un homme unique, l’entraîna vers
des amours spirituels pluriels avec des hommes inaccessibles, porteurs de grandeurs
humanistes ou religieuses. Ainsi, instinctivement, elle cherchait à détruire les amours
où le plaisir charnel était présent.
En sa qualité de résistante elle aimait la patrie et par là-même tous les hommes en
difficulté morale ou physique, ce qui pouvait expliquer son absence d’amour pour un
seul. Après la guerre, il lui fallait trouver des pôles d’intérêts nouveaux. La période de
paix était facile à vivre. Cependant elle était sans gloire ; quand la précédente avait été
difficile et risquée, mais exaltante. Elle avait essayé d’épouser « Dieu » en entrant dans
les ordres, chez les sœurs Carmélites (3), mais n’avait pas osé prononcer ses vœux.
La dimension spirituelle d’un Dieu sans visage était finalement trop intangible par
rapport à son besoin d’admiration auprès d’êtres visibles et tangibles, imprégnés
d’esprit.

La paix avait transformé Prudence en vipère toujours prête à cracher son venin. Par
pure jalousie envers sa sœur, elle préférait empoisonner le climat familial avec ses
comportements détestables. Très souvent, Prudence orchestrait des conflits futiles pour
une règle non appliquée, un désordre ou un objet ayant changé de place. Le coupable
désigné était presque toujours Julien parce qu’il était le plus jeune. Mais c’était ne pas
compter sur son esprit malicieux et sur la confiance que lui témoignait chaque fois sa
mère en pareil cas. Ces situations rocambolesques eurent auprès de Julien un effet
salutaire en lui faisant comprendre l’importance de la tolérance. Il comprit aussi qu’il
était stupide de perdre du temps à vouloir régler des vétilles et que cela ne pouvait
qu’engendrer des conflits inutiles. Pendant ce temps, une conscience d’enfant se
construisait en imprimant dans la mémoire de Julien une image féminine détestable à
l’encontre de sa tante. Elle n’obtint que très rarement satisfaction dans ses actions
accusatrices, ce qui la poussait à changer d’attitude vis-à-vis de son filleul avec qui elle
décida finalement de parler comme à un adulte.
Il avait une telle capacité à semer le doute auprès des grandes personnes que cela
amoindrissait les effets escomptés. Piégée, elle abandonnait sans gloire et en silence
le combat, dans l’attente de construire une nouvelle tracasserie. Pour Julien, il se
forgeait ainsi dans sa mémoire deux images de la féminité, totalement aux antipodes
l’une de l’autre. L’une idéale incarnée par sa mère et l’autre représentante de ce qu’il
fallait éviter à tout prix.
Tolérances et vertus entre les sexes
Ce fut bien après le conflit mondial que Christine et Frédéric décidèrent de donner la vie
à trois enfants, Julien, puis sa sœur Juliette et son frère Romain, comme pour
témoigner d’une profonde espérance dans l’avenir.
La mère de julien avait un sens de la justice et de la vérité qu’elle manifestait à chaque
occasion, dès qu’elle pouvait s’assurer que ses enfants avaient la capacité de
comprendre. La vérité était pour elle un gage de respect pour autrui. Elle racontait que
c’était au cours de l’enfance que les principales vertus pouvaient être acquises et
qu’ensuite en étant adulte, on réagissait souvent par instinct ou par réflexe, plus
qu’avec raison. Elle disait aussi qu’on pouvait se tromper sur les apparences et qu’il
fallait toujours éclairer une situation par le dialogue avant de décider. Ce qu’elle oubliait
dans ce raisonnement était que toutes les personnes n’étaient pas forcément honnêtes
et en ce sens, elle s’inspirait davantage du sermon sur la montagne de Jésus disant
que « si quelqu’un te frappe la joue droite, tends lui aussi la gauche » ; ce qui n’était
pas la meilleure façon de régler un problème.
Pour elle, la vulgarité dans les relations était destructrice, car elle annihilait toutes
possibilités d’amour entre deux personnes. Elle aimait les bonnes manières et le beau,
qui avaient le pouvoir de l’entraîner vers une certaine candeur. Ces réflexions et
contradictions seraient une référence maternelle dans les divers compartiments de sa
vie privée et sociétale. Et l’on pourrait dire dans sa vie intellectuelle, spirituelle et
sexuelle. Ainsi elle le mit au monde deux fois.
La première fois, lors d’une éclosion de vie qui fut composée de matière en potentialité
d’énergie et une seconde fois en potentialité de conscience et de spiritualité tout au
long de son enfance et de son adolescence.

Beaucoup plus tard, il découvrirait qu’une pensée vraie ne pouvait jamais devenir
vulgaire, quand elle était soumise au raisonnement avec un souci de tolérance et de
liberté entre les sexes.
Il pensait que la pornographie, par exemple, plaçait la femme en position de jouet
sexuel pour les hommes et en ce sens elle ne faisait que véhiculer l’hégémonie du
masculin sur le féminin et cela, il l’avait observé dans la Bible d’abord et dans la société
ensuite. Le marché du sexe ne faisait que détruire les valeurs féminines, entraînant une
partie des violences sexuelles qu’elles subissaient, en diminuant leur sécurité et donc
leur liberté.
Plus tard Julien transposa sa conception égalitaire dans ses relations avec les femmes
qu’il rencontrait, permettant d’élever l’amour vers le dépassement de soi et dans le
respect de la liberté de l’autre. « La bête ne sera jamais Homme, là où l’Homme peut
devenir bête ». Il estimait que l’homme pouvait se grandir à l’infini, mais aussi se
réduire à presque rien si les vertus étaient absentes. Ne jamais rien faire dans sa vie
qui pourrait porter atteinte aux valeurs acquises et construites après validation par sa
raison et sa conscience.


Première escapade avec Louise
C’était le jour de la « sainte Christine » et donc celui de la fête de la maman de Julien. Il
allait vers ses six ans et pour la première fois il s’échappa de la surveillance parentale.
Il fut entraîné par Louise qui était venue jouer avec lui après la messe du dimanche.Âgée de trois ans de plus que lui, elle venait souvent le surveiller à la demande de sa
mère. C’était la période des moissons et Louise eut l’idée de proposer à Julien d’aller
dans les champs de blés qui n’étaient pas très loin, pour faire un bouquet avec les épis
qu’ils y trouveraient et en faire un cadeau qu’il pourrait offrir à sa maman. En même
temps, ils regarderaient le dur labeur des glaneuses qui devaient finir le ramassage des
précieux épis d’épillets. Ainsi ils partirent main dans la main un peu avant midi, au
moment où le soleil était presque à son zénith. Lorsqu’ils arrivèrent à la hauteur des
trois glaneuses, leurs visages fatigués se détournaient du soleil pour éviter la chaleur
brûlante de ses rayons. La présence des deux enfants provoqua l’arrêt inopiné du
travail, comme si cela leur octroyait le droit de se reposer. L’une d’entre elles, s’adressa
à Julien avec une douceur toute maternelle.

— Que viens-tu faire mon petit ? Viendrais-tu nous aider ?
Et lui, ne sachant quoi répondre, ce fut Louise qui répondit qu’ils étaient là pour faire un
bouquet pour la maman de Julien dont c’était la fête. Avec un sourire, elle demanda le
prénom de sa maman.
— Elle s’appelle Christine, annonça Julien.
— On dirait que tu as une gentille maman pour vouloir lui faire un cadeau ! Si vous
voulez, vous pouvez ramasser tous les épis de blé que vous trouverez et lui faire un
gros bouquet. Il y a aussi de jolis coquelicots au bord de la route que vous pouvez
prendre également ; ce sera plus joli, dit une des glaneuses.

Tous deux étaient songeurs, les yeux inondés par les couleurs dorées de la moisson,
et leurs narines emplies de l’odeur âcre de paille sèche et de terre brûlée. Ils étaient sur
le point de terminer leur bouquet quand Louise s’arrêta subitement un petit moment en
pensant à la bonne idée qu’elle avait eue pour Julien. Plus tard, elle dirait à Julien
qu’elle avait vu dans sa chambre le tableau des trois glaneuses peintes par son père,
inspiré de l’œuvre du célèbre peintre Jean-François Millet. Elle lui dit alors que cette
promenade avait été un peu prémonitoire.
Ils ne s’étaient pas rendu compte de l’heure qui passait, et n’ayant prévenu personne
de leur intention, on devait certainement s’inquiéter de leur absence prolongée. Ils
quittèrent les glaneuses, qui souhaitèrent en cœur une bonne fête à la maman de
Julien.
Sur le chemin du retour, Louise avait les bras chargés de l’œuvre champêtre.
Composée « de gerbes d’or, parsemées de papillons rouges écarlates », elle aurait
mérité que le meilleur des peintres figuratif puisse immortaliser sur sa toile le spectacle
qu’ils offraient tous les deux, le cœur joyeux. Ils avaient tous les deux hâte d’être
devant la maman de Julien avec leur surprise. Chaque pas se faisait plus pressant, et
ils étaient presque arrivés quand ils virent au loin le père de Julien venant à leur
rencontre, juché sur son vélo. Sur le moment ils étaient plutôt ravis de le voir arriver.
Lorsqu’il fut à leur hauteur, tout se passa très vite. Il coucha sa bicyclette sur le
bascôté de la route en hurlant : « pourquoi n’avez-vous rien dit avant de partir ? Cela fait
près d’une heure que l’on vous cherche un peu partout ». Se jetant sur Louise, il
arracha le bouquet qui avait été composé avec amour et qu’elle tenait dans ses bras.
Dans un geste de fureur, l’œuvre champêtre finit sa course au sol. Le temps de réaliser
ce qui leur arrivait, le père de Julien s’éloigna en disant : « maintenant suivez-moi ; on
rentre à la maison ». Son fils courait aussi vite qu’il pouvait en tenant la main de Louise
pour rester à bonne distance de son père. Heureusement, en dehors de l’indifférence
apparente qu’il montrait, il ne roula pas trop vite pour qu’ils puissent le suivre.
Son père arrivait au début de la côte qui précédait l’arrivée à la maison, quand il
commença à ressentir quelques difficultés pour avancer, choisissant de descendre de
vélo pour terminer les cent mètres à pied. Il ignora royalement les enfants jusqu’au
point d’arrivée, et il donnait l’impression qu’il avait la certitude que tout se passaitnormalement. Arrivé à destination, il posa son vélo contre le mur et dans un geste
d’indifférence, jeta un regard furtif en arrière pour s’assurer que les fugueurs n’étaient
pas trop loin.
Le trajet qu’ils venaient de faire sur quelques centaines de mètres en courant derrière
lui avait permis d’assécher les larmes de Louise et de Julien qui étaient là comme les
deux misérables, « Cosette et Gavroche », unis dans leur déconvenue, sans leur
bouquet, avec leur tristesse et leur étonnement sur l’injustice et la mauvaise humeur
d’un père. Quand Louise et Julien furent devant sa maman, elle avait déjà compris
qu’un petit drame avait dû se produire. Ils lui souhaitèrent une bonne fête et Julien de
dire :
— Papa a jeté le bouquet de blé et de coquelicots qu’on avait ramassé pour toi.
Elle le prit dans ses bras, le rassurant en lui disant qu’elle imaginait très bien le
bouquet magnifique qu’il avait pu faire et qu’il était aussi beau que dans la réalité. Elle
fit cette parabole que seule une mère peut raconter : « tu vois, quand tu n’étais pas
encore venu au monde je t’ai souvent imaginé dans mes rêves. Je voyais ton visage,
tes yeux, ta bouche et tes oreilles. Pourtant tu n’étais pas encore né. Quand je t’ai vu
pour la première fois tu étais comme dans les rêves que j’avais faits. Eh bien, vois-tu,
pour ton bouquet perdu c’est pareil pour moi aujourd’hui. Ne sois pas triste,
maintenant ».
En s’adressant à son mari, sa maman lui dit avec une voix faite d’une tendre plénitude :
— Tu as été trop sévère ! Tu n’aurais pas dû jeter le bouquet comme tu l’as fait.
Son père resta silencieux. Pour lui, l’incident était clos.

Bien des années après le décès de son mari, quand Julien reparla à sa maman de
cette histoire ; elle lui présentait l’évènement comme une leçon de vie et d’éducation,
permettant d’en extraire tous les aspects utiles et maladroits qu’avait eus son père ce
jour-là. Pour contrebalancer cette mauvaise humeur, l’amour de sa mère lui avait
montré qu’une autre alternative existait et que l’attitude idéale se situait probablement
entre les deux. Le réconfort qu’elle lui prodigua ; les remerciements qu’elle lui fit pour
son cadeau devenu imaginaire et malgré tout réel, révélaient l’insolite injustice de son
père. Il avait donné plus d’importance à la sécurité qu’au sentiment qu’il avait pour son
fils.
Une fois adolescent et repensant à cette histoire, Julien considéra que son père avait
simplement exprimé un sentiment d’inquiétude, transformé en colère, quand il l’avait
retrouvé avec Louise, pourtant chargée de le surveiller. Chacun de ses parents avait
agi avec sa propre sensibilité. Ces deux visions apparemment contradictoires
montraient que pour les comprendre, il fallait savoir souffrir, aimer et se parler à
soimême.


Un besoin d’amour filial
Quelques mois plus tard s’amorcèrent les problèmes de santé de son père. Il fut
soudainement atteint par des migraines incessantes, qui débutèrent vers la fin de l’été.
Dans les semaines qui précédèrent son hospitalisation, il dormait mal et les douleurs
étaient de plus en plus fréquentes.
La mère de Julien lui dit un jour :
— Papa va être opéré demain. Il ne restera pas longtemps à l’hôpital et quand il
reviendra, il n’aura plus mal aux oreilles et ne sera plus de mauvaise humeur le soir.
C’était un matin où le soleil avait grand-peine à traverser l’épais voile de brume qui
s’était installé au cours de la nuit, que celui-ci partit à l’hôpital en taxi, laissant à son fils
aîné cette vision d’un père venant l’embrasser affectueusement en disant :— Ne t’en fais pas mon garçon, papa sera là dans quelques jours ».

Ensuite il alla embrasser ses deux autres enfants avec un sourire un peu mélancolique,
comme un présage. Sa mère ne montra pas sa relative inquiétude. Elle embrassa son
mari, puis le taxi s’éloignant, elle lui fit signe sans savoir qu’il partait vers son
destin pour ne jamais revenir. On l’avait opéré pour rien. Il ne se réveilla pas de
l’anesthésie. Pourtant, en principe, il ne devait courir aucun risque avec la présence
d’une équipe médicale compétente. Prudence, sa belle-sœur, avait pu assister en sa
qualité d’infirmière à l’intervention et raconta le déroulement de l’opération. Jamais
Julien ne put revoir son père une dernière fois, malgré son insistance instinctive
d’enfant. Il avait senti qu’un pilier disparaissait définitivement de son espace de vie.
Sa tante avait déjà imposé à sa mère affaiblie par la triste nouvelle sa vision sur la
mort. Elle fit cette réflexion :
— Pour préparer ton papa à son grand voyage, on a enveloppé sa tête dans un linge
blanc afin de le protéger des rayons de lumière. Il va bientôt partir au ciel et ne
reviendra plus.

Sa déception fut grande de devoir se résoudre à ne plus jamais le revoir ailleurs que
dans son imagination de petit garçon. Il ne put réaliser les conséquences sur sa vie et
le vide spirituel qu’il faudrait combler avec le temps. Quand sa maman fut en mesure de
parler à ses enfants, elle les rassembla le soir à l’heure de l’angélus. Le son des
cloches n’était pas le même que d’habitude. Il annonçait qu’un vivant était mort dans la
journée au village et cet homme était son père. Son frère, Romain, était sur les genoux
de sa maman et souriait sans comprendre. Quant à sa sœur Lucie, elle tenait son ours
en peluche contre elle et reçut les caresses de sa mère sur son visage enjoué. Julien
était assis contre elle en serrant sa main en silence, attendant qu’elle leur parle et dise
la vérité. Drapée dans une dignité faite d’amour et empreinte d’une force qui avait le
pouvoir de rassurer leurs ignorances, elle retint une dernière fois son souffle avant de
prononcer la terrible phrase :
— Papa est allé au paradis, mais sera toujours là pour nous guider et nous apporter les
soutiens dont nous pourrons avoir besoin. Notre vie va changer ! Je sais que vous allez
être raisonnables et que vous soutiendrez votre maman.
Le regard de sa maman était enveloppé d’une douce mélancolie, interdisant le
jaillissement des larmes devant ses enfants. Son état de torpeur rendit Julien plus
interrogatif que triste, puisque « papa serait toujours là » et que c’était sa maman qui le
disait, elle dont la vertu première était de dire la vérité. La phrase prononcée par elle
allait résonner dans sa conscience comme une certitude, semblable à un espoir qui ne
serait jamais qu’imaginaire. L’amour toujours présent d’un père pour un fils était devenu
éternel, là où son corps disparaissait à tout jamais.
Avec les années qui passèrent, Julien comprit vers le début de son adolescence qu’il
était devenu le gardien des certitudes de sa mère. Il n’avait pas le droit de la décevoir
car elle lui avait signifié quelque temps après la disparition de son père, que l’amour
qu’elle avait reçu de lui, c’était désormais à ses enfants de le donner en remplacement.
Il ne put mesurer la portée ni l’influence d’une telle information sur l’évolution de sa
jeune conscience. Il observa pour la première fois qu’une femme lui demandait de ne
pas la décevoir. Ce fut celle qui les représentait toutes, et c’était sa mère.

Une rose blanche et une rose rouge
Julien, dès sa naissance avait le don d’illuminer la vie de sa grand-mère. Elle, en
retour, avait un certain plaisir à lui raconter plein d’histoires sur la vie, les animaux et la
nature. Souvent, elle imaginait le plaisir immense qu’aurait eu son grand-père s’iln’avait pas disparu prématurément alors que Julien n’avait pas encore un an.
C’était la fin du printemps de cette année-là. Un beau matin printanier où le soleil
commençait à monter dans le ciel après avoir fait disparaître les derniers voiles de
brume. Les roses venaient de s’ouvrir, éclatantes avec leurs pétales de couleurs roses,
rouges, oranges et blanches et le jardin était en respiration pour favoriser le
mûrissement des fruits et légumes disséminés un peu partout. Les grappes de raisins
se dessinaient avant de grossir en se gorgeant de liquide et de sucre sous les effets
des rayons de soleil. Une incessante création se profilait ainsi chaque matin après avoir
créé l’émerveillement extasiant de la beauté de la nature le jour. Julien, avec son
imagination grandissante, compara le phénomène à une vie d’homme ou de femme en
raccourci. Il voulut en parler à sa grand-mère après avoir fait cette découverte.
Pour cela il était allé après son petit-déjeuner cueillir une rose blanche parmi les
préférées de sa maman et pour sa grand-mère, il avait choisi une rose rouge qu’il
vouait lui offrir à son lever. C’était une petite attention qu’il avait souvent. Sa
grandmère esquissait alors un sourire radieux par l’amour que cela lui inspirait à chaque fois.
Quand il vit sa maman en lui donnant sa rose, elle avait l’air triste, et il aperçut une
larme sur sa joue. Lorsqu’il lui demanda où était grand-mère pour lui donner la rose
qu’il avait cueillie pour elle, elle lui répondit :
— L’âme de ta grand-mère se prépare à partir rejoindre ton papa au ciel, mais pour
l’instant elle dort encore et ne se réveillera plus. Viens avec moi pour lui remettre la
rose que tu avais choisie pour elle.

Lorsqu’il la vit endormie dans son lit, elle parut moins vieille que d’habitude ; elle avait
perdu ses rides et avait l’air d’avoir un léger sourire quand il mit la fleur entre ses doigts
déjà fermés. Elle semblait prier avant de quitter la Terre et presque ailleurs, tout en
étant encore là. Autour du lit, les adultes de la famille étaient recueillis comme contrits
de ne pas avoir montré tout l’amour qu’ils avaient eu pour elle. Ils regrettaient peut-être
les peines qu’elle avait dû endurer par leurs comportements et certaines querelles
inutiles qu’on lui avait parfois fait subir. Julien avait été le dernier des enfants à être
autorisé de venir auprès d’elle avec son cadeau.
Bien qu’il vit les pleurs des adultes, il ne put pleurer à son tour, car aucune larme ne
venait envahir ses yeux. Il sut que sa grand-mère ne lui en voudrait pas si elle le
voyait, car il avait passé de si nombreuses fois à rire et sourire sur les mille choses
qu’elle lui avait fait découvrir chaque fois comme des enchantements. Pour elle, il avait
été un rayon de soleil dans les dernières années de sa vie.
Ce fut le deuxième enterrement auquel il assista, alors qu’il était dans sa huitième
année. Avec la mort de la grand-mère, le deuil fut porté durant de longs mois. La
tradition catholique avait fixé cette période à un an, afin que tous ceux qui avaient été
proches du défunt puissent prendre leur temps pour maîtriser, puis évacuer la forte
charge d’émotion qu’ils venaient de subir. La symbolique du deuil était de nature à
nous renvoyer au sens de la vie. La mort n’étant qu’un passage pour rejoindre Dieu
dans une autre existence.
Grand-mère répétait souvent à son petit-fils cette lettre de Saint-Jean où « l’amour fait
passer de la mort à la vie » et elle rajoutait à chaque fois « qu’il fallait aimer les autres
et ceux qui vous sont chers pour qu’ils ne meurent jamais ». Les croyances
surnaturelles que cela impliquait, pouvaient avec le temps, apporter apaisement et
réconfort aux vivants afin de poursuivre la vie, par respect envers ceux qui étaient
partis. Pour la société, la personne en deuil avait le droit de rester triste pendant une
période plus ou moins longue par déférence au disparu, ou par considération pour la
personne qui en était affectée. La peine de sa mère fut certainement plus sincère à
défaut d’être plus grande, car elle avait été la meilleure confidente et sa meilleure alliée
au sein de la famille. Cette disparition un peu plus de trois ans après celle de son père
était lourde à supporter pour ce jeune garçon qui venait de perdre deux piliersimportants sur trois pour la construction de son être.


L’injustice de l’amour impossible
Julien n’oubliait pas Joseph, cet oncle qui chercha un homme toute sa vie. Son
existence fut un exemple d’injustice. Affable et sensible, il n’avait jamais pu surmonter
les nombreux malheurs qui avaient parcouru son existence. C’était comme si pour lui,
vivre devait obligatoirement être une suite de souffrances. Au cours de son
adolescence, il avait développé une maladie génétique incurable. Il avait eu droit au
cas le plus déplaisant : un « psoriasis (4) ». La maladie s’était étendue un peu partout
sur le corps ; le cuir chevelu d’abord, ce qui lui imposait de porter quasiment en
permanence un chapeau de feutre noir.
Adolescent, Julien demanda un jour à sa maman quelle était la raison qu’il avait pour
ne jamais quitter son chapeau, même quand il n’était pas dehors. Elle lui répondit qu’il
souffrait d’une grave maladie de peau depuis la naissance. Les autres parties atteintes
de son corps ne se voyaient guère car il était toujours habillé jusqu’au cou, en toutes
saisons, pour que l’on ne se doutât de rien.
Un jour, à l’occasion de son retour après une de ses virées mémorables où il s’était
laissé aller à boire jusqu’à en perdre connaissance, elle compléta l’information en
disant que ce pauvre oncle était envahi à de nombreux endroits par une
peau « écaillée » squameuse et rougeâtre qui expliquait son inlassable tenue
monacale. Elle en profita ce jour-là pour raconter un peu sa vie. Il était resté célibataire
par la force de son malheur. Assez bel homme, sa ressemblance avec son père était
étonnante, si bien que l’on disait aux enfants qui n’avaient pas connu leur grand-père
qu’il suffisait de regarder son fils Joseph, pour imaginer son aspect physique. Ses
conquêtes féminines finissaient toujours comme une souffrance de plus, que seule une
attitude ascétique aurait pu faire durer un peu plus longtemps.
Avec les années, il sombra de plus en plus dans l’alcoolisme. L’estime qu’il avait de
luimême s’anéantissait en opposition à son anxiété et à l’idée qu’il se faisait de ne pas
pouvoir vivre comme un homme normal. Il avait dépassé les cinquante ans, lorsqu’il fit
à Julien cette confidence philosophique : « Vois-tu Julien, un animal est plus heureux
que moi. Je suis un être avec une conscience qui lui interdit de vivre comme un homme
et l’homme en moi, pour ne pas souffrir lui obéit. Dans la famille, il n’y a que ta mère qui
me regarde comme une personne normale et digne d’intérêt, parce qu’elle a vécu
l’amour pour un homme, qui a su lui donner trois enfants à aimer ».
Il savait que sa sœur était toujours une exception et elle était la seule à contredire le
bavard qui criait dans la foule en s’adressant à Ésope (5). « Ésope, que fais-tu donc de
ta lampe éclairée en plein midi » ? Et Ésope de répondre : « je cherche un homme » et
il s’en alla. Si l’importun eût réfléchi à la réponse que lui fit le vieil Ésope, il aurait dû
constater qu’il ne l’avait pas pris pour un homme. Cette situation engendra chez ce
pauvre oncle une déchéance progressive, qui s’accentua lorsqu’il perdit son emploi de
responsable de production dans une entreprise de produits laitiers de la région. Il avait
à peine quarante-cinq ans.
La cause première était directement liée à son addiction alcoolique. En parlant de
luimême, il évoquait souvent : « Je suis un pauvre diable ; j’ai hâte d’être dévoré par les
vers ». Il se hissait à la hauteur de Victor Hugo quand il disait : « Je veux que le ver qui
rongea mes restes ait déjà dévoré des rois ». Il aurait mérité de recevoir un peu
d’amour et pour le moins une certaine considération de la part de ses sœurs, non pas
pour la pitié qu’il aurait pu inspirer, mais pour le courage dont il fit preuve pour
supporter son calvaire et le besoin viscéral d’amour qu’il éprouva toute sa vie.
La guerre ne l’avait pas épargné puisqu’il fut enrôlé de force dans l’armée allemande. Ilalla se battre contre sa volonté sur le front Russe, d’où il revint par miracle. Il fut obligé
de se battre pour le compte de son propre ennemi. Il approchait les soixante ans,
quand on le retrouva mort au bord de la route à quelques centaines de mètres de son
domicile. Il avait été dans les derniers mois de sa vie souvent ivre-mort et ce fut pour lui
le seul recours qu’il trouva pour ne pas se suicider. Julien aimait bien cet oncle et
regretta de ne pas avoir eu suffisamment l’occasion de prendre du temps pour discuter
avec lui. Malgré une situation peu enviable, il avait su rester philosophe en se moquant
de lui-même, par des blagues qui faisaient rire, provoquant de l’empathie et une envie
de l’aimer d’amitié pour son réalisme. Son corps n’avait pas été à la hauteur de son
esprit, ce qui le rendait misérable malgré lui. En chaque homme disait-il « un Dieu
sommeille, qu’il faut savoir réveiller pour garder espoir, même si les circonstances s’y
opposent ». La fin de sa vie fut cependant en contradiction avec sa pensée
philosophique.


L’amour idéalisé
Julien avait observé que sa mère aimait ses enfants d’abord et les autres ensuite, avec
un sens altruiste toujours présent. Elle avait aimé son époux avec un désir d’altérité.
Quand sa tante, elle, aimait uniquement par égoïsme personnel.
Après la mort de son père, sa veuve lui voua un culte merveilleux et Julien, une fois
adulte, pensa que cet amour était idéalisé. D’autant plus que son père étant encore
jeune à sa mort, et qu’avec les années, sa mère vieillissante continuait à aimer un
homme qui n’avait pas pris une ride et dont elle était toujours imprégnée corps et âme.
Il observait à travers elle, qu’on pouvait aimer son prochain comme un autre acte
d’amour pluriel et indifférencié ressemblant à de l’humanisme. Son père avait incarné
l’autorité, mais aussi une spiritualité inaccessible, puisqu’il disparut à l’âge où le destin
d’un homme s’affirmait et qu’il n’avait pas eu le temps de transmettre ses principales
vertus à ses enfants. Ainsi, Julien façonna sa conscience sur l’idée poétisée qu’il se
faisait de lui et à partir de la fiction idéalisée de l’amour qu’avait eue sa mère pour son
époux. Il commença à découvrir qu’il existait une grande différence dans les
comportements entre les filles et les garçons. Lorsqu’il posa tout naturellement la
question à sa mère, elle lui avait dit que déjà dans l’éducation, les parents n’agissaient
pas de la même manière avec les uns et les autres, parce que plus tard, une fois
devenus adultes, les hommes et les femmes n’avaient pas des rôles identiques. Cela le
rendit perplexe, malgré le bon sens apparent des propos de sa mère. Elle ne faisait que
traduire la tradition qui imprégnait sa vision de la femme et de l’homme dans la société
à ce moment-là.
Une femme devait aimer son mari pour la vie et celui-ci devait la respecter dans son
corps et dans son âme à l’image de l’enseignement de Jésus sur l’amour.
La sexualité était emprisonnée et limitée à la seule procréation et dans le mariage. Les
plaisirs charnels s’identifiaient au mal et à l’impureté que la raison devait combattre
pour plaire à la conscience et à Dieu. C’était la philosophie de la mère de Julien à
l’époque de son adolescence. Cette vision resta pour elle l’un de ses sujets de
conversation préférée lorsqu’elle parlait de la littérature sur l’amour. L’essentiel était
situé pour elle dans la spiritualité et le corps n’était qu’une enveloppe à caresser de
temps en temps pour lui faire du bien, comme faire du sport en entretenant son énergie
vitale.
Julien n’ignorait pas que cette question serait importante lorsqu’il deviendrait adulte et
qu’il n’accepterait pas de copier ou de répéter les mœurs ambiantes, sans
discernement préalable. Il pensait que la notion d’amour était la question principale
pour remplir une vie pleinement pour soi et en altérité avec quelqu’un. Plus tard ildécouvrit que l’amour pouvait prendre des expressions multiples à partir du moment où
la raison induisait de la spiritualité.
Lorsqu’il s’essaya aux jeux de l’amour, il eut souvent l’impression qu’il s’attaquait à un
sujet gigantesque. Il pensa qu’il était facile de se perdre dans le vulgaire et la facilité en
descendant vers les bas-fonds de l’esprit. Nombreux étaient ses copains, amis, qui s’y
laissèrent engager et parfois s’y enlisèrent comme dans les sables mouvants. Pour finir
ils s’orientaient vers une sexualité débridée, dont c’était la finalité première pour
transformer les femmes en biens de consommations jetables, d’où il ne restait ensuite
qu’un vide désespérant. Cette question allait passionner Julien tout au long de sa vie
en livrant à la fois ses secrets aux femmes qu’il rencontrait pour accomplir avec
raisonnement sa perception de l’amour. Il estimait que les expériences multiples
devaient permettre d’affiner la perfection de l’œuvre comme l’artiste devant sa toile
avant de finir son tableau. En le regardant ensuite, il fallait qu’il puisse dégager de la
sensibilité et produire du bonheur.

Sa mère, fidèle aux principes de l’église et de la religion dont elle s’inspirait, invitait
chacun de ses enfants à s’en imprégner tout en considérant que l’accroissement des
connaissances religieuses, sociétales et scientifiques, n’avaient de sens que si cela
pouvait servir à élever l’amour des autres et donc accroître le bonheur de l’humanité.
En parlant du philosophe Pascal, sa mère évoquait une de ses pensées : «
JésusChrist est un Dieu dont on peut s’approcher sans orgueil et sous lequel on s’abaisse
sans désespoir et mieux se référer à son enseignement permet de devenir meilleur
avec humilité. Il institue le recours à sa parole pour conduire sa vie ». Julien, au
contraire, estimait que Dieu s’il existait avait forcément dans son infinie bonté induit en
l’homme une potentialité de liberté absolue. Et celle-ci ne pouvait être limitée que par
lui-même.
Certes, la société avec ses lois et ses coutumes devait jouer un rôle d’influence dont il
fallait tenir compte avec un esprit critique et donc ouvert. Par ailleurs il était conscient
qu’un même individu ne pouvait pas aboutir au même degré de conscience et
d’acceptation de la société suivant qu’il aurait vécu à l’époque grecque, au Moyen-âge,
au vingtième siècle, aujourd’hui, ou encore en France, en Inde, en Chine, en Afrique ou
aux États-Unis. Ou s’il avait été élevé dans un milieu chrétien, hindouiste, bouddhiste,
musulman, ou athée. Et encore pour finir s’il avait été élevé parmi l’élite intellectuelle,
les gens de pouvoir, ou dans l’une ou l’autre des infinités de familles toutes spécifiques
par leurs compositions et par leurs histoires. Ainsi devenu jeune homme, Julien se
sentait face à l’amour et à la féminité, comme quelqu’un qui venait de naître,
accompagné de ses connaissances, de sa raison, de ses sensibilités, de son humanité
et de sa spiritualité.
Il imaginait que pour parcourir le chemin du bonheur, seul l’élément féminin dont il était
insuffisamment pourvu par nature serait indispensable et nécessaire pour le construire.

Abraham et Moïse avaient pris tous les pouvoirs à leur avantage sans partage, plaçant
la femme au second rang, alors que ses qualités naturelles, spirituelles et sexuelles
étaient infiniment supérieures aux hommes dans la plupart des cas, où le sens de
l’humain devait être présent. Julien avait appris à marcher dans un monde incertain et
incohérent. Il découvrait particulièrement le caractère non linéaire de l’évolution des
sociétés humaines, de leurs incohérences, de leurs ascèses, ou de leurs libéralités. Sur
le plan de la sexualité, il existait des périodes où la fécondité des femmes était
essentielle pour la survie de l’espèce humaine. Il y eut d’autres périodes où la sexualité
était placée sous la protection des dieux pour plus de plaisirs, plus de libertés
sexuelles, comme à Babylone durant deux mille ans ; ou plus d’austérité depuis
l’arrivée du christianisme.
Certaines personnes, en parlant de Julien à sa mère, évoquaient d’un air amusé : « tonfils aîné a toujours un livre à la main quand on le rencontre ». Il avait besoin d’exemples
à admirer pour définir les chemins à parcourir, les changements à entreprendre et se
sentir séduit et motivé pour agir. La pensée des philosophes et écrivains en tous
genres imprimait d’autres façons de voir, de concevoir et de conclure sur de nombreux
sujets.
Il n’ignorait pas qu’il serait difficile d’atteindre un niveau de conscience digne d’un
Homme, puisqu’elle se situait à l’infini du fini de chaque existence. La sienne ne faisait
que commencer et il avait pourtant déjà effectué un parcours étonnant d’un point de
vue spirituel. L’important, se disait-il souvent, était de veiller à une égalité parfaite sur
tous les plans entre les rôles masculins et féminins et en particulier sur le plan de la
sexualité.

Si tous les hommes pouvaient penser de cette manière, il était convaincu que
l’humanité serait sur la route d’un humanisme amoureux de l’espèce humaine. Si
chaque personne rencontrée dans sa vie pouvait dire de l’autre « il fut un homme ou
une femme respectable, de grande vertu et d’une sagesse pouvant servir
d’exemple », elle aurait alors apporté un sens à sa vie. Une sorte «
d’HomoHumanicus » à reproduire pour qu’il devienne universel. C’était aussi ce qu’il penserait
beaucoup plus tard lorsqu’il exercerait son rôle dans la cité des hommes et qu’il fut
imprégné d’équité dans son entreprise d’échanges entre les femmes et les hommes. Il
aurait ainsi eu constamment un souci d’égalité et de partage en toutes circonstances. Il
pensait souvent que réfléchir avec une femme avant de prendre une décision pouvait
être de nature à mieux appréhender la dimension sociale ou humaine que le seul
aspect froid d’une logique froide était incapable d’obtenir.
Pour devenir un homme, il pensait que malgré les difficultés, il faudrait réussir d’abord à
sortir de la gangue originelle d’où chaque individu était issu, sans renier l’ensemble qui
avait servi de support à la nécessité d’enclencher cette métamorphose.

CHAPITRE II : LE CIEL EST REMPLI
D'ÉTOILES À CONQUÉRIR (partie 1)
Louise
Très tôt dans son adolescence, Julien trouvait bien plus d’intérêt à être en compagnie
de filles. Plus mâtures, spirituelles et sensibles, il pouvait avoir des discussions plus
intéressantes et variées avec elles.
Louise était une exception. Elle avait servi de baby-sitter pour Julien de nombreuses
années au cours de son enfance et avec le temps, elle était devenue une jeune fille
très mignonne, alors que Julien était déjà arrivé au début de son adolescence avec ses
treize ans passés. Pendant les vacances d’été, il arrivait qu’elle reste assise sur les
marches de son perron dans la douceur de la soirée d’été, ou même parfois dans
l’après-midi. Elle semblait attendre le hasard d’une rencontre pour entamer une
conversation. Julien, lorsqu’il passait par là, était convié à la rejoindre et elle s’amusait
systématiquement à le taquiner sur ses rapports avec les filles, essayant de le faire
rougir d’embarras. La première fois qu’elle y parvint, il préféra s’éloigner, se jurant que
cela ne se reproduirait plus.
Louise prenait Julien pour un ignorant sur tous les sujets ayant trait aux différences
entre les deux sexes. Les filles restaient, à son âge, un mystère, inaccessible et
étranger. Si sa mère était aux yeux de Julien une féminité accessible, familière et
rassurante, il savait qu’au fil des années, l’écart entre le monde masculin et féminin
finirait par se réduire.
Louise ne parvint plus à reproduire ce trouble sur le visage de Julien, et à force de
discussions, s’aperçu qu’il était un garçon ouvert, capable d’écoute, de patience et de
compréhension. Ainsi, naturellement, elle devinait qu’avec lui, elle allait pouvoir
s’exercer sans risque au jeu de la séduction, pour mieux aborder les garçons de son
âge. Les garçons, dans leur ensemble, représentaient pour Louise une espèce
préoccupée par des jeux violents, agressifs et dangereux. Elle les trouvait vantards
dans tous les domaines, et toujours prêts à se pavaner auprès des filles pour une
victoire ridicule, lors d’une rixe stupide. Certains, pourtant, étaient plus réfléchis et plus
enclins aux discussions et aux échanges intellectuels fructueux avec l’autre sexe.
Louise était une fille timide avec les garçons, mais en confiance auprès de Julien, elle
souhaitait explorer des sujets qu’elle n’osait pas aborder avec ceux de son âge, par
peur de paraître dévergondée ou stupide. Proche de ses seize ans, elle était plutôt
agréable à regarder avec sa chevelure flamboyante de rousse qui la différenciait
irrémédiablement de tous, filles comme garçons, et cela contribuait malgré elle à
cultiver sa différence et accentuer sa timidité. Cependant, son intelligence au-dessus
de la moyenne lui permettait d’être la meilleure dans la plupart des matières, ce qui
forçait l’admiration de ses professeurs et de certains élèves. Les filles la jalousaient
pour cela, les garçons l’enviaient et l’admiraient tout à la fois. Curieuse et vive d’esprit,
elle souhaitait trouver des réponses à ses interrogations, et Julien était accessible et à
sa portée directe. Encore innocent, elle savait qu’elle ne courait aucun risque avec lui,
en se livrant à des confidences plus ou moins intimes.
Elle avait remarqué que son jeune ami n’était même pas sensible à l’apparition de ses
seins qui ressemblaient déjà à ceux d’une femme. Quand elle allait en classe, ses
chemisiers sévères camouflaient habilement ses formes, pour éviter d’attirer des
regards et des quolibets les plus stupides, quand ils n’étaient pas simplement
vulgaires.
Cependant, paradoxalement, lorsqu’elle était libérée des exigences scolaires, ses
vêtements étaient plus légers et plus sexy. Julien, ne semblait pas impressionnéquand, dans un geste d’apparence naturel, Louise rabattait sa chevelure jusqu’à
l’échancrure de ses seins d’albâtre. Les parties dénudées de son corps étaient
parsemées de fines taches de rousseur savamment dispersées, comme si un artiste
était venu lui dessiner à même la peau, un nouveau vêtement de protection.

Julien ignorait qu’une métamorphose profonde envahissait l’esprit et le corps de
Louise, depuis quelque temps déjà. En lui parlant, elle se confiait un peu à elle-même,
tout en espérant recevoir de la part de Julien, d’autres appréciations pertinentes et
désintéressées. Elle se demandait parfois s’il n’était pas comme ce jeune Werther,
dans le roman de Goethe (1) qu’elle venait de lire récemment. Elle se sentait capable et
prête à lui montrer quelques trésors de sa féminité encore vierge, pour le vérifier.
Malgré son jeune âge, Julien était fait de chair et d’une belle intelligence, avec une
sensibilité qui restait encore à maîtriser. Les rencontres avec Louise étaient régulières
et fréquentes tout au long de l’été. Il la trouvait douce, sensible et agréable. Les
nombreux moments que Julien passait avec Louise lors de l’été, renforçaient leur désir
d’être ensemble, à parler de tout et de rien. Louise aimait parler d’elle, de ses désirs de
jeune fille et des comportements des garçons qu’elle critiquait souvent pour leur
vulgarité envers les filles. Julien, avec ses yeux d’adolescent, était émerveillé de la
douceur et de l’intelligence de son amie. Lorsqu’elle lui caressait le creux de sa main,
tout son corps en ressentait les effets et Louise lui adressait en retour avec malice, des
sourires de provocation. Elle représentait à elle seule, toutes les filles qu’il rencontrerait
plus tard avec leur spécificité féminine particulière.
Julien était étonné du jeu parfois un peu pervers de Louise, qui se comportait comme
un papillon devant une lumière, pour éprouver sa capacité d’attirance, qui, le plus
souvent, n’avait aucun effet sur lui. À défaut de ressentir quelque chose, Julien lui
renvoyait un sourire d’étonnement et de curiosité. Il s’étonnait des nombreuses
volteface de Louise, quand, jouant au jeu de la séduction, elle se plaisait à dire qu’il fallait
cacher aux garçons certaines choses, pour ensuite les montrer, ou le contraire, les
dévoiler pour les dissimuler à son regard, dans la seconde suivante. Elle exerçait son
côté sexy, pour être en mesure d’éprouver la résistance au désir de ses conquêtes
futures, là où elle pensait que Julien n’était pas encore en mesure de la satisfaire, du
moins le croyait-elle. Elle voulut aller plus loin dans son désir de séduction. Il fallait
qu’elle trouve un moyen pour connaître les limites où elle était prête à franchir le pas,
face à un garçon qui lui plairait et qui deviendrait un peu trop entreprenant. Elle avait
certainement bien défini ce qu’elle avait envie de faire avec Julien, sans risque aucun,
en demandant un peu avant la fin des vacances d’aller une dernière fois se promener
sur la colline avec lui, avant la rentrée prochaine. Elle lui avait confié son envie de lui
réserver une petite surprise pour le récompenser de toutes les attentions qu’il avait
eues pour elle tout au long de l’été. Ce jour-là, il faisait un temps magnifique, quand
vers la fin de la matinée, Julien s’empressa d’aller rejoindre Louise pour connaître la
surprise tant attendue, qui aiguisait sa curiosité.
Julien avait prévenu sa mère qu’il partait pour la journée avec Louise et qu’ils se
contenteraient de prendre un petit casse-croûte qu’ils mangeraient ensemble lors de
leur promenade. Il retrouva Louise comme la première fois, assise sur l’escalier de sa
maison, à l’endroit même où ils avaient eu leur toute première discussion. Un petit
panier d’osier était près d’elle, contenant le repas commun qu’elle leur avait préparé.
En partant vers les sentiers escarpés de la colline proche, Julien resta songeur et
silencieux. Ils avaient beaucoup progressé depuis, dans la connaissance de l’autre et
dans le plaisir d’être ensemble. Julien écoutait avec attention les rêveries joyeuses de
celle qui s’exerçait à la séduction devant lui. Elle jouait d’imagination pour que son ami
puisse, lors d’un mouvement naturel, entrevoir la rondeur d’un sein protégé par un
chemisier à moitié déboutonné. Elle agissait comme une chatte voulant provoquer un
mouvement de désir chez son ami. Mais Julien semblait aveugle à la sensualité de

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