Madame

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230 pages
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De tous les hommes qui fréquentent Le Satin Rouge, Maximilien Frégié est celui que Salomé redoute le plus. Cruel, puissant et surtout obsédé par la tenancière de la maison, il n’a de cesse d’abuser de sa position pour la tourmenter.


Jusqu’à l’outrage. Jusqu’au chantage le plus odieux.


Aux abois, Salomé hésite pourtant à accepter l’aide offerte par un de ses clients, le trop séduisant Valerian Roche. Un homme dangereux lui aussi. Pour son cœur.


Car qui voudrait d’une femme comme elle, souillée, brisée ? Quel homme pourrait aimer une putain ?

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Nombre de visites sur la page 99
EAN13 9782374473864
Langue Français

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MADAME
Roman
Frédérique de KEYSER
MADAME
Roman
Collection Valmont
ISBN format papier978-2-37447-387-1
ISBN numérique : 978-2-37447-386-4
Juin 2018 - Imprimé en France
© Erato–Editions -Tous droits réservés
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Ilyaunpointcommunentreleschatsetlesprostituées, c’estquepourobtenirleuraffection,ilfautlemériter. MichelSimon Ilyauneadmirableénergiedansl’obstinationdeladouceur. Platon
Passage du désir Xe arrondissement R « Le Satin ouge »
Paris, 4 octobre 1900 Valerian Roche observait avec un intérêt certain les mains qui s’activaient sur une partie très sensible de son anatomie. La situation ne se prêtait pourtant guère à la bagatelle. Pas encore. Les manipulations dont il faisait l’objet n’étaient rien de plus qu’un examen, une formalité imposée à tout homme désireux d’intégrer la clientèle d’une maison comme Le Satin Rouge. Mais si l’inspection durait, l’affaire risquait de prendre une autre dimension, au même titre que l’organe concerné déjà fort éloquent sur ce point. Car la dame qui, en cet instant, s’assurait qu’il ne présentait aucun signe visible d’un mal vénérien était bien trop attirante pour qu’il soit capable d’interdire à son membre de réagir au contact de ses doigts experts. D’autant que sa seule apparition avait déjà fait la moitié du travail. Valerian avait été séduit à la seconde où il avait posé les yeux sur cette femme, avec une violence inouïe et la sensation qu’un piège se refermait sur lui en même temps que la porte d’entrée. Un traquenard qui ne générait aucune peur ni aucun accablement. Juste de l’excitation et de l’espoir.
Comme un guet-apens du Destin.
Qui d’autre en effet sinon Dame Fortune aurait pu conduire la sublime créature à l’accueillir en lieu et place de la sous-maîtresse ? Qui d’autre qu e cette même instance supérieure aurait ainsi pu décider de le mettre en présence d’un être qui corr espondait aussi fort à son goût en matière de femme ? Une inclination plus que marquée pour les brunes aux yeux bleus qu’il partageait d’ailleurs avec nombre d’habitués des maisons, mais cela, il n’avait pas envie d’y songer. Du reste, celle-ci ne se vendait pas, ou plus, puisqu’il s’agissait de la maîtresse de maison en personne.
Quoique les apparences auraient pu le tromper.
Madame Lestrelle semblait vouloir incarner l’exception qui confirme la règle.
S’il n’était pas client assidu des maisons de tolérance, Valerian connaissait suffisamment Paris et le milieu pour savoir que ses consœurs étaient rarement séduisantes ou attirantes. Généralement, ces maîtresses de maisons étaient aussi de maîtresses f emmes, souvent mûres, tantôt anciennes prostituées fanées et usées par des années de métier, tantôt simples commerçantes, mais bien souvent enlaidies par la ruse ou le calcul, et la cupidité toujours.
De plus, contrairement à l’usage voulant qu’une maquerelle se distingue de ses filles par des tenues sombres et très convenables, Madame Lestrell e arborait une audacieuse robe du soir en velours de soie écarlate. Elle lui allait comme les mains d’un amant, se montrait si diserte quant aux formes fabuleuses qu’elle soulignait que les siennes l’avaient démangé.
Pour ne rien gâcher, le corsage épousant intimement les lignes de son buste – qu’aucun corset ne pliait à sa volonté, avait-il noté – était délicieu sement indiscret, dévoilant la peau crémeuse d’une gorge qui semblait pouvoir s’échapper du décolleté à la moindre occasion. Plus que tenté de l’y aider, Valerian s’en était bien évidemment abstenu. Mais pas de la lorgner avec une flagrante gourmandise.
Pour autant, toutes ces courbes éminemment féminines n’avaient pas été les seules à le charmer ni à le convaincre que cette femme était remarquable à bien des titres.
Son visage était le plus séduisant qu’il lui avait été donné de voir. Le visage d’une femme dont les traits n’avaient été qu’effleurés par les années qu i la séparaient de la réelle jeunesse, mais qui l’avaient parée d’un épanouissement des plus charmants. Indulgentes, elles n’avaient ouvert qu’une discrète parenthèse de chaque côté de sa bouche… superbe, charnue, sensuelle. Excitante à souhait… comme s’il avait eu besoin de cela pour s’enflammer plus.
Valerian avait un goût très prononcé pour les fleurs déjà écloses, au détriment de celles en bouton qui cachaient encore la couleur et la forme de leur s pétales. Celle-ci lui apparaissait comme appartenant à une espèce inconnue de lui. Ni rose de serre ni fleur des champs, elle avait perfection de l’une, la fraîcheur de l’autre, avec un petit quelque chose en plus, comme une touche d’exotisme indéfinissable. Comme pour le souligner, son parfum, dont la fragrance flattait son odorat depuis qu’elle se tenait assez près de lui pour l’autoriser à le percevoir, mêlait des notes délicatement épicées à la dominante florale. Se retenir de défaire son chignon pour y plonger ses doigts, y enfouir son visage et la respirer à pleins poumons lui avait demandé un contrôle de soi hors du commun.
Pourtant, de tous ses charmes, c’étaient les yeux de cette femme qui l’avaient subjugué plus que tout autre. Magnifiques. En amande, couleur de myosotis et bordés de longs cils aussi bruns que sa chevelure, ils lui évoquaient ceux d’une adorable petite chatte. Douce et infernale créature, câline et perfide, séductrice et vive, qui pouvait ronronner pour quémander les caresses et sortir les griffes lorsque vous la satisfaisiez.
Valerian voulait s’y frotter quand même. Quitte à récolter quelques égratignures. Car en vérité, la chance dont il avait bénéficié jusqu’ici sembla se tarir avec la fin de l’examen. — Vous pouvez vous rajuster, Monsieur Roche, lui signala la tenancière. La voix était mélodieuse mais le ton neutre. Seul le regard qu’elle posait sur lui aurait pu atténuer la sensation de distance procurée par la rupture du contact. Impassible, pour ne pas dire indifférent, il donnait malheureusement l’impression de ne pas vouloir voir au-delà de son coûteux costume coupé sur mesure ou de sa mine pour ne garder de lui que l’image d’un riche homme lambda. Un homme de plus. Et surtout, il prenait bien garde à ne pas se fixer sur le sien, comme pour en sus le dépouiller d’âme, de cœur, d’émotions. Quelque peu piqué dans son orgueil, et déçu, Valerian riposta à sa manière. — De fait, cela va m’être malaisé maintenant, répondit-il, non sans malice et dans une grimace alors qu’il tentait de loger vingt-deux centimètres de désir impatient sous le tissu désormais insuffisant de son sous-vêtement. Si je puis me permettre, Madame Lestrelle, vous avez des doigts de fée. Plaisanterie et compliment tombèrent à plat. Ses mo ts lui valurent un battement de cils et un morne regard avant qu’elle ne réplique : — C’est une réaction physique tout à fait normale chez un homme jeune et sain. Certes… Mais l’imperturbable professionnalisme de cette femme donnait à Valerian la sensation d’être dénué d’intérêt voire totalement insignifiant. Ce qui était très déjà vexant en soi et plus encore du fait de son attirance insensée pour cette dame.
Sans être vaniteux, Valerian n’avait jamais fui les miroirs et se savait séduisant, avis qu’un certain nombre de Parisiennes s’étaient chargées de lui confirmer. D’ordinaire, sa séduction naturelle lui facilitait grandement les choses avec le beau sexe, quel que soit son but. Si cela ne suffisait pas, son caractère agréable et sa nature foncièrement bonne y remédiaient. Mais celle-ci semblait être si imperméable à tout ce qui faisait de lui un plaisant homme que c’en devenait parfaitement irritant. C’était donc qu’il n’avait pas suffisamment affiché son intérêt. Certes, l’endroit n’était pas idéal pour fleureter et surtout, la maîtresse des lieux ne figurait pas au menu de la maison. Mais n’était-elle pas supposée se montrer avenante et aimable, commerçante à tout le moins ?
Le jeune homme commençait à se demander si elle ne l’avait pas pris en grippe d’emblée. Sans parler de cette intuition qui lui venait qu’en l’acceptant au rang de ses clients, elle estimerait lui faire une faveur plutôt que lui la grâce de sa chalandise. Enfin, il ferait partie de la clientèle s’il passait avec succès l’épreuve suivante. Au risque de partir avec un handicap, Valerian dédaigna les fauteuils placés devant un élégant bureau en noyer au profit d’un canapé baroque capitonné de velours noir occupant l’intervalle entre deux fenêtres au fond de la pièce. L’entretien y serait bien plus agréable s’ils n’étaient pas séparés par la table de travail qui lui aurait donné l’impression d’un rendez-vous assommant avec un homme de loi ou un banquier.
La lumière chaude dispensée par trois lampes à pétrole baignait le cabinet. La fée électricité n’avait donc pas encore trouvé l’occasion d’investir le bâtiment, ce qui ne présumait en rien de l’état des finances de Madame. De tels travaux dans un immeubl e relativement ancien devaient certes être onéreux, mais surtout auraient nécessité la fermeture provisoire de l’établissement et occasionné un manque à gagner non négligeable. Sans parler du mécontentement légitime des habitués.
À en croire le confort et la décoration des lieux, cossus mais sans ostentation, qui unissait bibliothèques, vitrines et guéridons supportant coffret à liqueurs ou coupelles de sucreries, la pièce faisait office de cabinet de travail et de boudoir à la fois. L’éclairage s’amenuisait toutefois près des fenêtres aux volets clos, juste ce qu’il fallait pour donner des airs d’alcôve à l’endroit.
Le jeune homme s’installa sur le divan sans attendr e d’invitation, adopta une virile posture détendue et reporta son attention sur la maîtresse de maison qui l’avait suivi mais était restée debout près de l’accoudoir du siège. Du bout de ses doigts, elle en tapotait le bois doré. Serait-elle nerveuse ? Indisposée par son aplomb typiquement masculin ou, comme il le craignait, pressée de mener l’entretien à son terme ? — Souhaitez-vous du champagne ou un verre de vin ? s’entendit-il proposer.
Le ton comme l’offre n’était que politesse. Rien de moins, mais rien de plus non plus. — Non, je vous remercie. Si Valerian se sentit à nouveau froissé lorsqu’elle prit place à l’autre extrémité du canapé, le plus loin possible de lui donc, bien droite pour ne pas dire raide, il n’en montra rien mais répondit à sa retenue guindée par encore plus de sans-gêne. Pivotant légèrement sur lui-même pour s’adosser à l’accoudoir et faire face à son interlocutrice, il déploya son bras sur le dossier du siège, replia une jambe qu’il reposa sur l’assise et se cala confortablement, faisant pour cela jouer son bassin.
La jeune femme l’avait attentivement regardé faire mais avec un détachement qu’il ne goûtait guère. Quoique… Ses yeux ne s’étaient-ils pas attardés une seconde ou deux sur son entrejambe et l’éloquente bosse déformant toujours le tissu de so n pantalon ? Ne venait-elle pas de pincer les lèvres ?
— Aviez-vous vos habitudes dans une autre maison, Monsieur Roche ? demanda-t-elle, levant un regard résolument distant sur le sien. — Il m’est arrivé d’en fréquenter une ou deux, mais pas de manière régulière. — Êtes-vous marié ? — Non plus. En quoi est-ce utile pour vous de le sa voir ? s’enquit-il. Les hommes mariés auraient-ils des comportements sexuels différents des célibataires ? — Ce sont les raisons de leurs visites qui diffèrent, nuança la tenancière. Elle se retint d’ajouter qu’au bout du compte cela ne changeait pas grand-chose pour les femmes. Mariées ou prostituées, elles subissaient des assau ts dont elle ne voulait pas. La plupart du temps pour les unes, toujours pour les secondes. — Vraiment ?
— Les hommes mariés qui fréquentent les maisons sont bien souvent des maris dont les épouses ne peuvent remplir leurs devoirs conjugaux pour nombre de motifs.
Au premier rang desquels on trouvait l’impératif de modération dans le mariage. Venaient ensuite tous ces empêchements intimement liés à la vie féminine : périodes, grossesse, allaitement… vapeurs et migraines… Et puis, il y avait le refus de l’épouse, refus ordinaire ou rébellion. Les interdits enfin, ces inavouables désirs d’hommes que l’on ne pouvait décemment exiger de sa respectable épouse. Alors, on payait les filles publiques pour les satisfaire.
— Mais, tous viennent malgré tout pour baiser, argumenta Valerian.
— Pas tous, non, réfuta-t-elle calmement, sans réagir à la grossièreté.
Pourquoi l’aurait-elle fait ? Il avait raison d’user d’un mot vulgaire. Personne ne faisait l’amour au Satin Rouge, pas plus que dans les autres bordels, dans les chambres des garnis ou dans la rue. À moins qu’on n’en demande l’illusion. — Certains clients à passions ont leur plaisir sans pour autant coucher avec une fille, expliqua-t-elle. Vraiment, quel univers étrange que celui de ces maisons ! Un monde où vous pouviez parler de sexe et de dépravation librement avec une dame sans que cela la trouble, sans risquer d’être châtié pour atteinte aux bonnes mœurs. Les volets clos qui protégeaient les honnêtes gens, un rempart dressé entre le vice et la vertu, abolissaient toutes les règles sévissant au-dehors. À une exception. La femme y gardait sa place auprès de l’homme : à sa disposition pleine et entière. — Ce n’est pas mon cas, lui confia Valerian. J’ai besoin du corps d’une femme pour satisfaire mes appétits. Les qualifieriez-vous de « passion » si j e vous disais qu’ils sont exigeants, Madame Lestrelle ? Valerian avait usé exprès d’un ton outrageusement caressant pour poser cette question dont il espérait qu’elle parviendrait à fendiller le masque de la tenancière. Le regard dont il l’avait enveloppée pour parfaire son offensive n’avait rien eu à envier à son intonation. Il avait envie d’évoquer lesdits appétits avec elle. Les satisfaire ensuite. Parce que s’ils étaient féroces, il n’avait pas menti sur ce point, cette femme se les attirait tous.
Mais le masque resta bien en place. Damnation ! — Si vous ne fréquentiez aucune maison jusqu’ici, avec qui assouvissiez-vous ces appétits si exigeants ? interrogea-t-elle au lieu de répondre mais avec, lui sembla-t-il, un soupçon d’ironie. Des insoumises ? Des demi-mondaines ? Préférez-vous les satisfactions ancillaires ?
Trois propositions. Autant de pièges.
La belle dame était féroce.
Dire qu’il louait les services de filles insoumises, par conséquent échappant à la Police et aux examens médicaux, reviendrait à jeter un sérieux doute sur sa droiture et surtout sa santé ; en dépit des efforts faits pour emmurer ou gouverner toute l a prostitution, la syphilis faisait toujours des ravages, au point que l’on parlait encore de danger pour l’espèce. Ces filles-là n’en étaient pas le vecteur principal, mais il restait non négligeable.
Madame Lestrelle avait beau l’avoir ausculté consciencieusement, elle n’était pas médecin. Et puis, ce n’était pas pour rien que ces savants surnommaient la maladie « la grande simulatrice » ; ses symptômes étaient si variés qu’ils orientaient l’attention vers trop d’autres affections avant, si bien qu’une fois le diagnostic final posé, il était trop tard pour la soigner. Dire que les demi-mondaines ne l’intéressaient pas reviendrait peu ou prou à admettre des finances défaillantes et enfin, avouer des amours ancillaires le classerait au rang de célibataire-étudiant et donc carrément sans le sou. Dans tous les cas, il se verrait fermer définitivement les portes du Satin Rouge. Et il n’en était pas

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