Mutatis Mutandis (pulp gay)
27 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Mutatis Mutandis (pulp gay)

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
27 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Mutatis Mutandis
(En changeant ce qui doit être changé)
Valentin Visconti
Pulp de 126 000 caractères.
Singundur Arnaldson, fils de diplomate Islandais, est envoyé en pension le temps de régler le divorce de ses parents. Il s'assied auprès de Valentin Visconti avec lequel un jeu de chat et de souris commence. Leur haut niveau culturel et social en fait des amis indéfectibles et ce qui doit arriver...
Note de l'éditeur : Passionnant et superbement écrit, cet ouvrage aurait mérité d'être publié dans la série Roman, toutefois il est juste un peu trop court pour cela. Espérons que Valentin fera un peu plus long la prochaine fois.
Retrouvez tous nos titres sur http://www.textesgais.fr/

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 14
EAN13 9782363076755
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mutatis Mutandis
(En changeant ce qui doit être changé)
Valentin Visconti
Primus
La première fois que j’entendis son nom, j’eus envie de rire.
Je crus, d’ailleurs, percevoir le bruissement caractéristique d’une foule de cent lycéens réprimant une hilarité générale. Le proviseur, qui manifestement s’attendait à une telle réaction, leva le nez de sa liste, et scruta son auditoire afin de repérer les éventuels rieurs. Je me flattai cependant de ne pas avoir été en proie à l’hilarité, à l’instar de mes camarades, à cause de l’exotisme de ces deux mots, mais plutôt à cause de l’application avec laquelle ce brave homme avait prononcé ces six syllabes. Il avait soigneusement détaché chacun des sons, et les avait méticuleusement articulés, avec une maîtrise consommée de la phonétique scandinave. Alors qu’il continuait à égrainer des noms, tous féminins, avec le soulagement que procure ce qui est déjà connu, je l’imaginais, en train de chercher une solution à cet écueil sur sa feuille de route, désemparé devant l’insurmontable articulation de ces deux mots, venus d’on ne sait quelle bizarrerie linguistique. Je l’imaginais la tête dans les mains, l’air hagard, accoudé à son bureau, en proie au désarroi le plus profond, devant le premier nom de la première classe. Je l’imaginais en face de son miroir, un stylo entre les dents, en train de scander inlassablement le prénom et le patronyme de son futur protégé, alors que sa mère l’appelait dans l’escalier pour aller chercher le pain ou venir souper. S’était-il informé auprès de l’intéressé ? Avait-il acquis les rudiments de sa langue étrange, restée presque inchangée depuis le Moyen-âge ? Avait-il téléphoné à l’ambassade de quelque pays froid pour qu’on lui enseigne comment nommer cet élève de terminale ?
SIN – GOUN – DOUR – AR – NALD – SONN !
Il avait réussi à surmonter cet obstacle, qui devait perturber sa vie de vieux garçon depuis quelques jours déjà, avec un sens consommé de la philologie.
J’en étais à torturer notre cher proviseur dans mon imagination, en fantasmant des scenarii de plus en plus cruels, quand mon nom retentit dans la grande salle. Le dernier nom de la première classe. Le cortège de mes coreligionnaires se mit donc en branle, Singundur Arnaldson en tête, et moi en queue.
Arrivé dans l’escalier qui menait à notre salle de classe, je me hâtais de rejoindre Sophie. Celle-ci me lançant le regard que l’on réserve d’habitude à une bête de bât qui ne veut pas avancer. Alors que je posai le pied sur la même marche qu’elle, je vis mon bras libre fermement attrapé par le sien – l’autre étant accaparé par ma serviette – et me retrouvais vissé près d’elle pour un conciliabule :
— Tu as vu comme ces dindes se dépêchent de le rejoindre ? me lança-t-elle en lorgnant autour d’elle nos camarades aussi peu charitablement qualifiées, avec un mélange de dégoût et de mépris.
— Euh… Sophie, ce n’est pas le moment de jouer aux devinettes, il ne nous reste qu’un étage avant l’habituel discours sur l’exceptionnelle difficulté de cette année à venir… hasardai-je.
— Ne me dis pas que tu ne sais pas de quoi je veux parler ! Toi ? me répondit-elle en toisant l’un des volatiles susnommés qui nous dépassaient. Seul le dandinement manquait pour que ce qualificatif fût parfaitement adéquat. Puis elle poursuivit : lancez un morceau de viande réfrigérée à des dindes, et elles se transforment en chiennes !
J’allais ouvrir la bouche pour lui répéter que, je ne comprenais toujours pas l’objet de cet empressement à dire du mal, bien que j’approuvasse toujours les médisances de Sophie, quand nous franchîmes la porte de la salle. Le professeur de latin-grec nous attendait, les bras croisés, l’air désapprobateur et je compris que j’avais été pris en flagrant délit de bavardage.
— Vous battez tous vos records de rapidité dans la délicate science de l’insubordination, Monsieur Visconti. Plus avant cette frontière, dit-il en désignant le pas de la porte, c’est le devoir supplémentaire ! À ce train-là, vous pourrez publier une nouvelle édition de Pline avant la fin de votre scolarité…
Je fis contre fortune bon cœur, m’excusai et me dirigeai vers notre place habituelle, précédé de Sophie, qui s’était échappée pendant que je me faisais rabrouer.
Personne au grand jamais n’aurait songé à nous contester l’hégémonie de la table dans le fond de la classe, vers la fenêtre. La table des cancres. Nous faisions l’un et l’autre plutôt partie des meilleurs éléments de la classe, Sophie ambitionnant de faire Sciences-Po, puis une prestigieuse école de journalisme, et moi de sortir de Normal Sup docteur en linguistique. Il me faut cependant avouer que si l’on avait encore donné des notes en matière de discipline, notre moyenne générale aurait fortement chuté. Nous étions d’incorrigibles bavards. Les matières considérées par nous comme les moins nobles, les sciences exactes, l’anglais ou encore la géographie étaient le théâtre d’un incessant babillage qui scandalisait nos camarades et désolaient nos professeurs. J’eus même le droit, sur l’un de mes bulletins trimestriels, à un charmant épigramme du professeur de sciences physiques qui tenait en ces mots : Valentin serait le nouveau Einstein s’il consacrait autant d’énergie à comprendre les mystères de la matière qu’à courtiser sa voisine. C’eut le mérite de provoquer l’hilarité de Sophie lorsque je lui en fis part, nos goûts respectifs n’étant pas, le lecteur l’aura compris, orienté vers l’autre sexe. Cela ne nous empêcha jamais de défendre notre territoire, tout aussi bruyants que des aiglons en leur aire et tout aussi hégémoniques que des seigneurs en leur fief, aussi prompts que les uns et les autres à nous défendre des intrus mal avisés.
Aussi constatai-je avec stupeur que quelqu’un avait déjà posé son impudent derrière sur la chaise que j’avais occupée les deux années précédentes. Probablement quelqu’une qui avait oublié les us et coutumes de notre classe. Je n’eus même pas le temps d’échanger un regard avec Sophie, qui me cachait l’importune et se trouvait manifestement en train de négocier avec elle un déplacement, car la voix du professeur retentit à nouveau :
— Cela tombe bien ! Monsieur Visconti va s’asseoir à la place libre, et Mademoiselle Van Dyck occupera la chaise à côté de Mademoiselle Verneuil…
Sophie se retourna pour lui lancer le regard le plus noir que je ne lui avais jamais vu. Étant donné leur couleur, le gris bleuté de la mer secouée par une tempête, cela donna encore plus de force à la colère qu’ils exprimaient. Elle répliqua avec suffisamment de morgue pour manifester son mécontentement, mais pas assez pour que cela passe pour de l’insolence :
— « Vann Daïk ! articula-t-elle, fière de ces origines flamandes et toujours prompte à corriger les représentants de l’autorité, cela se prononce Vann Daïk, Monsieur. Comme le peintre !
— Ne discutez pas Mademoiselle Vann Daïk ! rétorqua le professeur, singeant la prononciation avec un rictus amusé. Ramassez vos affaires et rejoignez votre nouvelle voisine.
Il avait de façon manifeste écorché volontairement le nom de Sophie. Nous avions toujours été voisins de classe depuis le cours préparatoire et cette initiative marquait le penchant à peine caché de cet enseignant pour le sadisme. Sophie me lança un dernier regard avant d’obtempérer. Ses yeux avaient complètement changé d’expression. Je pus y lire la détresse que suscitait chez elle la perspective de passer une année à côté d’Anne Verneuil, la pire pimbêche qu’il soit possible d’imaginer. Je la suivis du regard, dans son chemin de croix vers le premier rang, essayant de lui transmettre la compassion que me faisait éprouver cette situation, et me tournai enfin vers la camarade qui allait devoir supporter ma mauvaise humeur. C’est là que je le vis la première fois, alors même que j’avais oublié l’intrusion d’un deuxième être de sexe masculin dans notre classe.
Je n’espérais même pas en rêve avoir une vision aussi enchanteresse un jour. Je restai muet, après avoir pris soin, bien entendu, de jeter mon sac sur la table pour me donner une contenance, et ma main resta sans force sur le dossier de la chaise que je m’apprêtais à tirer. Il me souriait avec la sympathie et la connivence qu’impliquait nécessairement notre état d’anomalie dans cette classe féminine. Son sourire, tout comme le reste de son visage d’ailleurs, me parut la plus belle chose que je n’ai jamais vue. Je restai donc debout pendant le bref instant que dura ce sourire, tentant lamentablement de ne pas trahir le brusque effet qu’il faisait sur moi. Puis il me tendit la main, avec la même cordialité innocente, s’attendant à ce que je la serre.
— Espèce de ravissant imbécile, pensai-je, tu ne t’attends tout de même pas à ce que je te tende la chose molle et moite qui me sert en ce moment de paluche, alors que je suis sur le point de défaillir ? Si, bien sûr… Ton évidente hétérosexualité te fait oublier ta beauté provocante…
Fort heureusement, le professeur me fournit la meilleure des excuses en me rappelant encore une fois à l’ordre :
— Monsieur Arnaldson, Monsieur Visconti, vous devrez remettre vos échanges de civilités à l’intercours. Vous avez d’abord à subir mon assommante, mais néanmoins nécessaire, diatribe sur l’année du baccalauréat.
Je m’assis donc à côté de ce qu’il faut bien nommer un appel aux pensées impures, sans que nous ayons échangé le moindre mot.
La sonnerie de la « récréation » retentit enfin, et j’accueillis la possibilité de me lever et de m’éloigner le plus possible de lui comme la délivrance après un accouchement, si tant est qu’un homme puisse avoir une idée de cette sensation. Le professeur nous avait intimé l’ordre de rester assis à la sonnerie de l’intercours, prétextant que nous devions mettre à profit ces cinq minutes de bonus pour gagner du temps sur le programme titanesque qui nous attendait en matière de langues mortes. Il n’eut aucun scrupule à contredire, par la même occasion, sa promesse de nous laisser aller à la fraternisation. Il perdit ces cinq précieuses minutes à
calculer, preuve à l’appui – ce qui signifie qu’il sortit son agenda et posa une multiplication au tableau, que nous bénéficierions de ses précieux conseils pendant onze heures et quarante minutes supplémentaires.
Je me levai, donc, dès qu’il eut fini de nous donner rendez-vous pour le lendemain, et de nous prévenir d’une éventuelle version grecque sur table, histoire de voir si nous avions perdu notre temps pendant les vacances. Mais mon voisin fut plus rapide que moi, d’autant plus qu’il disposait de la place vers le couloir et qu’il put ainsi me coincer entre la fenêtre et lui. Je jetai un coup d’œil désespéré à Sophie, qui manifestement prenait son temps pour rassembler ses affaires et se diriger vers moi.
— Salut. Mon nom est Singundur Arnaldson, mais tu dois m’appeler Singi, car même pour un islandais ce prénom est bizarre. C’est une tradition familiale…
Je fus d’abord frappé par l’étonnante facilité avec laquelle il s’exprimait dans notre langue. Il avait un étrange accent, dont le rythme germanique et le léger roulement de « r » se contredisaient agréablement, mais il ne semblait pas prendre son temps pour parler, comme s’il n’avait pas besoin de chercher ses mots. J’eus grand mal à maintenir un ton distant, sans paraître pour autant désagréable, et répondis, d’une voix étonnement neutre :
— Je m’appelle Valentin, finis-je par articuler laconiquement.
Il resta planté devant moi, en affichant idiotement ses dents blanches et parfaitement alignées, ainsi que son formidable pouvoir de séduction, et je cherchais un moyen de me subtiliser à son regard. Sophie, que je surveillais du coin de l’œil, mit enfin son sac sur son épaule et s’apprêta à se retourner. Il ouvrit à nouveau la bouche, et je me préparai à ce qu’il m’assène une autre adorable banalité :
— Ce serait sympa que tu me donnes ne serait-ce que la sensation d’être le bienvenu. Je sais bien que ce n’est pas parce que nous sommes les deux seuls représentants du sexe masculin qu’on doit forcément s’entendre, mais tu pourrais au moins cacher ton hostilité… M’annonça-t-il avec une légère ironie.
Sophie arriva enfin et me sauva la mise :
— Oh… Ne t’en fais pas ! Il est comme ça avec tout le monde… Ce n’est absolument pas un manque de politesse, mais un effet de style.
Il dévissa enfin ses deux yeux clairs des miens et se tourna vers Sophie. Il lui lança le même sourire, évidemment.
— Salut ! clama-t-il.
— Bonjour… lui répondit Sophie avec le sourire poli et distant qu’elle réservait d’habitude aux inconnus.
À peine avaient-ils échangé leur salutation, qu’Anne Verneuil et sa tornade avienne foncèrent sur le pauvre Singi, qui n’avait certainement pas demandé un tel accueil, et je crus entendre Sophie imiter un gloussement entre ses dents. Elle m’attrapa par le bras et me...

Attention

En entrant sur cette page, vous certifiez :

  • 1. avoir atteint l'âge légal de majorité de votre pays de résidence.
  • 2. avoir pris connaissance du caractère érotique de ce document.
  • 3. vous engager à ne pas diffuser le contenu de ce document.
  • 4. consulter ce document à titre purement personnel en n'impliquant aucune société ou organisme d'État.
  • 5. vous engager à mettre en oeuvre tous les moyens existants à ce jour pour empêcher n'importe quel mineur d'accéder à ce document.
  • 6. déclarer n'être choqué(e) par aucun type de sexualité.

YouScribe ne pourra pas être tenu responsable en cas de non-respect des points précédemment énumérés. Bonne lecture !