Oeuvres Complètes

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Français
191 pages
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Description

Célébrant la sensualité et les plaisirs, le Bourbonnais Evariste de Forges de Parny (1753-1814) est considéré comme le grand poète érotique des Lumières qui, à partir de son histoire personnelle, compose un roman en vers occupant alors le vide créé par l'échec de l'épopée. Ce premier volume regroupe les oeuvres : La guerre des Dieux, Les Déguisements de Vénus.

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Date de parution 01 novembre 2010
Nombre de lectures 144
EAN13 9782296706613
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0107€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ŒUVRES COMPLÈTES

Premier volume



Du même auteur

e
Poètes créoles du XVIIIsiècle : Parny, Bertin, Léonard(2 volumes),
Éditions L’Harmattan, collection « Les Introuvables », 2009.























© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12783-8
EAN : 9782296127838

Évariste de Parny




ŒUVRES COMPLÈTES



Premier volume
La Guerre des Dieux
Les Déguisements de Vénus








Textes présentés et annotés
par Gwenaëlle Boucher







Les Introuvables
Collection dirigée par Thierry Paquot et Sylvie Camet



La collectionLes Introuvablesdésigne son projet à travers son titre
même. Les grands absents du Catalogue Général de la Librairie retrouvent
ici vitalité et existence. Disparus des éventaires depuis des années, bien
des ouvrages font défaut au lecteur sans qu'on puisse expliquer toujours
rationnellement leur éclipse.Oeuvres littéraires, historiques, culturelles,
qui se désignent par leur solidité théorique, leur qualité stylistique, ou se
présentent parfois comme des objets de curiosité pour l'amateur, toutes
peuvent susciter une intéressante réédition.L'Harmattanau propose
public un fac-similé de textes anciens réduisant de ce fait l'écart entre le
lecteur contemporain et le lecteur d'autrefois comme réunis par une mise
en page, une typographie, une approche au caractère désuet et quelque
peu nostalgique.

Dernières parutions

Guy SABATIER,Félix Pyat (1810-1889), Publication de
« Médecin de Néron », drame inédit de 1848, 2010.
Antoine de BERTIN,Œuvres, ed. Gwenaëlle Boucher, 2010.
Anthony MOCKLER,François d’Assise. Les années d’errance,
2009.
e
Gwenaëlle BOUCHER,Parny,Poètes créoles au XVIIIsiècle :
Bertin, Léonard, 2009.
VOLTAIRE,Les Amours de Pimpette ou Une Saison en Hollande,
2008.
Vincent CAMPENON,Œuvres, 2008.
Jean LORRAIN,Histoires de batraciens, 2008.
Sylvie CAMET,Les métamorphoses du moi,2007.
Léonard de VINCI,Traité de la perspective linéaire,2007.
Nicolas-Germain LÉONARD,Œuvre poétique,2007.
Pierre CÉROU,L’amant, auteur et valet, 2007.
Paul MARGUERITTE,Adam, Eve et Brid’oison,2007.
Céleste de CHABRILLAN,La Sapho,2007.
H.-M. STANLEY,La délivrance d’Émin Pacha,2006.
Zénaïde FLEURIOT,Plus tard,2006.
Frantz JOURDAIN,A la côte,2006.
Alois JIRÁSEK,Philosophes,2006.

PREFACE

PARNY, LE JANUS DES LUMIERES

par Gwenaëlle Boucher


"Mon cher Tibulle !"s'écrie Voltaire, lors de son dernier voyage à Paris
en 1778, en saluant Parny, ainsi consacré par l'autorité littéraire de son temps
comme le nouveau maître de la poésie amoureuse, sensible et délicate. Certes,
les mémoires littéraires sont oublieuses et aujourd'hui cet hommage rendu à un
poète inconnu ne manque pas d'étonner ; mais en encensant ainsi le chantre
d'Eléonore, l'amant d'Emilie se faisait alors l'écho de son siècle : en effet, de
l'avis de ses contemporains — pairs, critiques ou public — Parny est une
sommité littéraire, un modèle que l'on vient consulter pour quérir conseils et
encouragements, tels Millevoye, Victorin Fabre et même le jeune
Chateaubriand qui, avant son départ pour l'Amérique, vient humblement visiter
1
l'auteur de ces élégies délicieuses qu'il s'enorgueillit de connaître par cœur . La
postérité perpétue cette célébration unanime : tout comme Chateaubriand et
Chénier, Lamartine, Baudelaire ou Pouchkine continuent de considérer Parny
comme un maître, un précurseur, une source d'inspiration. Ainsi, en mars 1810,
Lamartine salue son "maître en élégie" qui le fait tant pleurer :

Si je vois Parny sur ma table,
Je l'ouvre, et quelques pleurs s'échappent de mes yeux ;
Quandje l'entends peindre des feux,
Dignesde l'amour ou du diable,
Jedis : Vous qui fûtes ses dieux,
Tendre amour, doux plaisir, qui l'inspirez encore,
Donnez-moi de sa voix l'accent mélodieux,
2
Maissurtout… une Eléonore !

A l'image de Lamartine, surnommé par certains critiques, comme Léon
Gozlan, "Saint Alphonse de Parny", de nombreux auteurs, d'une manière
particulière, sont redevables à Parny et se plaisent à déclamer ses vers érotiques,
bucoliques ou satiriques. Hélas ! ces grands écrivains que l'histoire littéraire n'a
cessé d'honorer se sont parfois dédits et se sont montrés prompts à renier leur
ancienne idole lorsqu'ils ne furent plus préoccupés que par leur propre gloire.
Sans aucun doute, une gratitude officielle, une reconnaissance de dette littéraire
eussent exhaussé la renommée de Parny, ne fût-ce que comme initiateur, sans
pour autant entacher celle de ses héritiers.

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Ainsi, sous la plume de Ginguené, Palissot, Fontanes ou encore La
Harpe et Garat, se multiplient les dithyrambes en vers et en prose louant le très
populaire Parny et la section "Réponses" du présent ouvrage témoigne de
l'admiration et du respect pour l'élégiaque des Lumières. Cet enthousiasme
panégyrique redouble de ferveur à la mort du poète, en décembre 1814.
"L'amant d'Eléonore a terminé ses jours : / Unissons nos douleurs à celle des
Amours", écrit Léon Thiessé, dans une "Elégie sur la mort d'Evariste Parny",
parue le 4 février 1815 dans leMercure de France: toute la nature est en pleurs,
alors que Parny a déjà rejoint ses illustres aînés Tibulle et Catulle dans la
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quiétude élyséenne, loin des fâcheux et des envieux ."Parny n'est plus ! / Il
vient d'expirer sur sa lyre" s'écrie Pierre-Jean de Béranger dans une romance sur
une musique de Wilhem : désolant les Grâces, les Muses et les Dieux, Parny
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s'est tu pour toujours, même s'il quitte la vie en "immortel" . De même, le 7
janvier 1815, Lamartine lit à l'Académie de Mâcon une "Elégie" sur la mort de
Parny dans laquelle il rappelle son émotion réelle à la lecture des œuvres du
digne successeur de Catulle et parie aussi sur l'immortalité du nom du poète
créole qui a formé sa sensibilité et ses plaisirs :

Ces chants si doux, par l'amour retenus,
N'ont pu fléchir la Parque dévorante !
Nous t'écoutions… et déjà tu n'es plus !
Non, tu n'es plus, mais ton nom vit encore,
Mais dans ces vers l'amant d'Eléonore
Vivra toujours pour la postérité.
Mais les amants conserveront ta gloire,
Mais à jamais le cœur de la beauté
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Sera le temple où vivra ta mémoire !

Malgréces louanges répétées et ces promesses de vie éternelle, le vœu
de Lamartine est resté lettre morte : la gloire de Parny s'est effacée. Dans les
mémoires, Le Tasse s'est substitué à Parny pour chanter une autre Eléonore. Si
l'œuvre de Parny fait ainsi référence jusqu'au dix-neuvième siècle, les
conservatismes moraux condamnant le lyrisme érotique, mais aussi les
variations dans la conception de la poésie ont vu ce réel succès s'étioler puis
tomber dans l'oubli. Partie intégrante d'un siècle que la poésie n'a cessé de fuir,
l'œuvre de Parny est devenue obsolète, exclue même de toute publication
intégrale, démantelée sous forme de morceaux choisis dans des anthologies
diverses. Mais peut-être inscrits dans une écriture vouée à l'éphémère car trop
marquée par son temps, cette progressive disgrâce littéraire, ce glissement vers
le bannissement sont-ils irrémédiables ? Puisque désormais la définition de la
poésie est à ce point irrésolue et multiple, peut-être n'est-il pas trop tard pour
faire appel du jugement de la postérité et se reconvertir à cette poésie à la fois
rhétorique et sentimentale, personnelle et patrimoniale : dans le cadre d'un

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siècle soucieux de tradition, où le respect de l'autorité prime encore sur
l'exigence d'innovation, l'auteur se fait en effet souvent simple "passeur",
conservant et perpétuant un patrimoine littéraire, afin de créer une sorte de
poésie de la collectivité au confluent de l'imagination et de la transmission.
6
Profitant de la redécouverte des poètes du dix-huitième siècle , il est temps de
redonner vie et voix à ce chantre de l'amour, à ces vers fugitifs qui méritent plus
qu'un passage éphémère dans l'histoire et les mémoires. En effet, par delà le
vieillissement de l'esthétique néoclassique, les lecteurs modernes peuvent goûter
le charme désuet des périphrases mythologiques, apprécier les artifices
rhétoriques virtuoses, et surtout se montrer sensibles à l'expression ardente de la
sensualité qui caractérise l'œuvre de Parny.

* * *
*

Né le 6 février 1753 à l'Hermitage de Saint-Paul, le chevalier
EvaristeDésiré de Forges de Parny est issu d'une des plus anciennes familles de
Bourbon, originaire du Berry et installée dans l'île depuis 1698. Selon l'usage
dans les familles insulaires suffisamment aisées, il doit quitter son île natale à
l'âge de neuf ans, accompagné par ses deux frères Jean-Baptiste et Chériseuil,
afin de poursuivre ses études chez les Oratoriens du collège de Rennes. Il
embarque ainsi à destination de Lorient à bord duCondé, en compagnie de son
compatriote Antoine de Bertin, qui, au sortir de leurs études respectives,
deviendra par la suite son frère d'armes, de poésie et de plaisirs.

Certes, Parny, privé à l'âge de quatre ans d'une mère dont il ne parle
jamais, affirme ne rien regretter de son enfance créole : ces climats brûlants,
cette nature féconde, cet éternel printemps n'éveillent en lui aucune nostalgie.
"Et la saison de l'innocence / Est une assez triste saison", écrit-il, convaincu de
n'avoir connu, lors de son séjour bourbonnais, qu'un "bonheur bien fade aux
7
yeux de la raison" . C'est ainsi que, dans une lettre à Bertin datée du mois de
janvier 1775, il dénonce lui-même "l'aimable ignorance" dans laquelle il n'a fait
que "végéter", selon ses propres termes, durant ses premières années. En effet,
dans cette même correspondance, Parny rappelle que, dans cette île lointaine,
l'éducation des jeunes Créoles est pour le moins négligée, abandonnée même à
quelque soldat ivrogne : "On ne se doute pas dans notre île de ce que c'est que
l'éducation. L'enfance est l'âge qui demande de la part des parents le plus de
prudence et le plus de soin : ici l'on abandonne les enfants aux mains des
esclaves ; ils prennent insensiblement les goûts et les mœurs de ceux avec qui
ils vivent : aussi, à la couleur près, très souvent le maître ressemble parfaitement
à l'esclave. À sept ans, quelque soldat ivrogne leur apprend à lire, à écrire, et
leur enseigne les quatre premières règles d'arithmétique : alors l'éducation est
complète."

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Pour autant, sa soif de culture et sa joie de découvrir la civilisation et
ses raffinements ne font pas taire son esprit critique puisqu'il condamne
également l'éducation qu'il a reçue sur le continent. En effet, l'épître
autobiographique adressée en 1777 au mauricien Joseph-Auguste Pinczon du
Sel, qui compte parmi ses condisciples avec Ginguené et Savary, et deviendra
aussi son compagnon de route militaire, manifeste une certaine amertume à
l'encontre de ses premiers maîtres :

Transplantés tous les deux sur les bords de la France,
Le hasard nous unit dans un de ces cachots,
Où, la férule en main, des enfileurs de mots
Nous montrent comme onparle, etjamais comme onpense.
Arbrisseaux étrangers, peu connus dans ces lieux,
S'il nous fallut souffrir la commune culture,
Des mainsqui nous soignaient les secours dangereux
N'ont pu gâter en nous ce que fit la nature.

Des tropiques au cachot : cette nouvelle désillusion aurait-elle redoublé
la frustration initiale générée par une île insouciante et inculte, approfondissant
chez le jeune Parny un désir d'absolu, un besoin d'idéal ? Toujours est-il que
celui-ci aurait peut-être alors envisagé d'entrer dans les ordres. En effet, selon
une légende non attestée, simplement évoquée par certains biographes comme
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Foisset aîné en 1823et Pierre-François Tissot en 1827 , le collégien aurait, vers
dix-sept ans, songé à embrasser la carrière ecclésiastique et aurait, pendant
quelques mois, étudié la théologie au séminaire de Saint-Firmin, avec
l'intention de prendre son noviciat parmi les frères du couvent de La Trappe.
Quelle ironie ! ainsi l'auteur de brûlots anticléricaux et blasphématoires n'aurait
fait que moquer une ferveur réelle, une foi juvénile avérée que ses détracteurs
auraient eu beau jeu de mettre au jour, comme preuve des incohérences et des
impostures de l'impie Parny. De fait, réalité ou rumeur, cette hypothétique
vocation religieuse n'a pas duré plus de six mois puisque Parny résout
rapidement l'alternative : il fait finalement le choix des armes, sans doute plus
conforme à sa nature, en entrant à l'école militaire de Versailles. "A peine
délivrés de la docte prison, / L'honneur nous fit ramper sous le dieu des
Batailles", rappelle-t-il à Pinczon du Sel dans sa lettre de 1777. Peut-être déçu
par l'imagerie mythologique de la Bible qu'il tournera en dérision, ce fils d'un
lieutenant-colonel d'infanterie poursuit donc une carrière d'officier de cavalerie :
il est, en 1772, membre d'une compagnie de gendarmes de la Garde du Roi,
puis, en 1779, il deviendra capitaine au régiment des dragons de la Reine, et
sera promu, en 1783, aide de camp du vicomte de Souillac, gouverneur général
des possessions françaises dans les Indes.

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A vingt ans, lors d'un service militaire peu accaparant, le chevalier de
Parny — toujours ainsi dénommé même s'il est devenu vicomte par la suite —
mène grand train : il a pu s'introduire à la cour de Versailles grâce à son frère
aîné, Jean-Baptiste, écuyer du comte d’Artois qui est le frère du roi et le futur
Charles X ; il compose des vers légers et publie dans les revues à la mode telles
que l'Almanach des Musesou leMercure de France; et il consacre son oisiveté
à de fastueuses mondanités, en compagnie de ses camarades de régiment,
notamment le chevalier de Bertin : ce fils d'un gouverneur de Bourbon poursuit
également une carrière militaire en tant que lieutenant puis capitaine de
cavalerie au régiment de Franche-Comté avant de devenir aussi, en 1777,
écuyer du comte d'Artois. L'Histoire ne leur ayant pas permis de guerroyer, ces
poètes soldats officient surtout au sein de l'Ordre de la Caserne qu'ils ont créé
pour entreprendre des combats plus amoureux que militaires. Rassemblant des
amis, créoles pour la plupart, et de jolies jeunes femmes, cette joyeuse confrérie
a coutume de se réunir dans les demeures familiales des Parny, tantôt à Paris,
dans le quartier du Marais, tantôt sur le domaine de Feuillancour, une
charmante vallée situé entre Marly et Saint-Germain, pour se consacrer aux
plaisirs de la chair et de l'esprit. C'est dans le cadre de cette société
anacréontique que Bertin, le protégé de la reine Marie-Antoinette, rencontre son
Eucharis en la personne de Marie-Catherine Sentuary, à la fois belle et
spirituelle.

Un passage duVoyage de Bourgognede Bertin, un récit en prose mêlée
de vers à la façon de Chapelle et Bachaumont, montre les ardeurs polissonnes
de cette nouvelle Abbaye de Thélème ; entre festins et musiques, ces jeunes
disciples de Chaulieu déclament des vers, entament de fausses disputes
philosophiques, contrefont les insignes militaires et organisent des cérémonies
d'initiation à leurs licencieux mystères, qui parodient les rituels les plus sacrés :
"Représentez-vous, dit le libertin Bertin à une nouvelle impétrante, une
douzaine de jeunes militaires, dont le plus âgé ne compte pas encore cinq
lustres ; transplantés, la plupart, d'un autre hémisphère, unis entre eux par la
plus tendre amitié, passionnés pour tous les arts et pour tous les talents, faisant
de la musique, griffonnant quelquefois des vers, paresseux, délicats et
voluptueux par excellence ; passant l'hiver à Paris et la belle saison dans leur
délicieuse vallée de Feuillancour. L'un et l'autre asile, est par eux nomméla
Caserne.C'est là qu'aimant et buvant tour à tour, ils mettent en pratique les
leçons d'Aristippe et d'Epicure. Enfin, madame, qu'on appelle cette Société
charmantel'Ordre de la caserneoude Feuillancour,le titre n'y fait rien ; la
chose est tout. C'est toujours l'ordre qui dispense le bonheur, et les autres ne
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promettent que la gloire."Auteur en 1778 d'une éthylique ode "A ma
bouteille" — prudemment remplacée il est vrai dès les éditions suivantes par
une plus sobre ode "A la nuit" —, Parny partage l'exaltation de son camarade et
garde la nostalgie de cette compagnie fondée pour les plaisirs et dédiée aux

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sens. Dans ses voyages, du Cap de Bonne-Espérance, à Rio de Janeiro ou à
Pondichéry, il ne cesse de dire son ennui, son désir de retrouver ses "très chers
frères en Epicure", selon l'expression de Bertin dans sa lettre "A Messieurs les
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deux frères de Parny" célébrant l'amour et l'amitié.

Outre les co-fondateurs, on ne connaît pas avec exactitude les habitués
de cette orgiaque académie, inspirée de la maçonnerie. Faute de documentation,
seule leur correspondance rimée avec Parny et Bertin permet de supposer que le
chevalier de Bonnard, le poète Dorat, le vicomte de Bourbon-Busset ou leur
compatriote Pinczon du Sel étaient membres de ce cercle aimable. Illustrant
les derniers feux des galanteries en cette fin de siècle bientôt rattrapé par le
réel et rappelé à l'ordre par l'Histoire, cette surenchère de jeux et de frivolités
toujours renouvelés ne font peut-être que masquer une solitude et une
mélancolie profondes : de multiples témoignages contemporains évoquent un
poète réservé, épris de silence et de discrétion même en société ; lors d'une
visite au chantre d'Eléonore, vers 1807, le jeune poète Dorange atteste même de
la misanthropie de Parny, sorte de faux mondain qui condamne le mauvais goût
12
du siècle et refuse les compromissions de la carrière littéraire. Outre ce dégoût
de plus en plus marqué pour les plaisirs bruyants, les biographes signalent
également les problèmes d'élocution voire de bégaiement de Parny qui ne
devaient pas faciliter les relations mondaines.

En 1773, le père de Parny, grand propriétaire terrien qui commandait
alors lequartier de Saint-Paul, rompt cette sinécure mondaine douce-amère et
rappelle à Bourbon son fils, dans le but de le voir servir dans l'artillerie ou le
génie au sein des troupes bourbonnaises. Remaniée sous forme épistolaire à
13
partir des fragments dujournal de bord dupla lettre de Parnoète ,y àson
frère, datée de septembre 1773, ainsique cellequ'il adresse à Bertin le mois
suivant, relatent les impressions et les circonstances du voyage, depuis Lorient
jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, en passant par Rio de Janeiro. C'est durant
ce séjourque l'officier-poète, institué maître de musique, enseigne la harpe et
l'amour à une de sesjeunes élèves, Esther Lelièvre, àpeine âgée dequatorze
ans. Treize et quatorze : nombreux sont les poèmes de Parny qui mentionnent
ces chiffres censés correspondre à unepériode charnière dans la vie d'une
femme, alors tout à fait apte à aimer, selon son fringant amant de vingt ans.

"Aimer à treize ans, dites-vous,
C'est troptôt." Eh !qu'importe l'âge ?
Avez-vous besoin d'être sage
Pour goûter le plaisir des fous ?

Tels sont lespremiers vers desPoésies érotiques publiées en 1778,
revendiquant une initiation amoureuse féminine fort précoce. C'est sans doute le

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ton désinvolte et provocant de cette élégie d'ouverture intitulée "A Eléonore"
qui incite l'auteur à reléguer lepoème dans lesplus discrets Mélanges au sein
des éditions suivantes. Pour autant, Parny s'entêteà défier la décence tout au
long de son œuvre : dans "Eglogue", la deuxième pièce des Elégies après "le
lendemain"qui marque la fusion effective des corps, Nicette aquatorze ans et,
pour se faireprier et complimenter, fait mine de se trouver trop jeunepour
aimer, ce dont son soupirant n'a de cesse de la dissuader de vers en vers. De
même, un épisode dela Guerre des Dieux, qui conte la passion naissante entre
lesjeunes anachorètes Thaïs et Elinin, comporte ce distique résonnant comme
un slogan, une maxime amoureuse : "Mais l'innocence aime sans le savoir, / Et
quatorze ans plaisent sans le vouloir." Revendiquer en vers cette limite d'âge
légitimepour aimer apparaît ainsi comme une sorte d'obsessionpour lejeune
amant, désireux de convaincre dans son œuvre ceuxqu'il n'apu convaincre dans
la vie.


Malgré la fougue et les instances du jeune soupirant, le père de Parny
s'oppose en effet à cet amour partagé par deux trop jeunes amants et refuse cette
mésalliance puisque la famille de la jeune Créole n'a ni titre ni fortune. Et puis
Parny se meurt d'ennui dans son île tropicale où la chaleur abrutit le corps et
l'esprit, où la nature est toujours désespérément en fleurs, où l'existence est
morne et monotone. Dans une lettre à Bertin datée de janvier 1775, il évoque
une terre où le temps s'est arrêté, où la vie se traîne et s'étiole : "Dans ce pays, le
temps ne vole pas ; il se traîne, l'ennui lui a coupé les ailes. Le matin ressemble
au soir, le soir ressemble au matin ; et je me couche avec la triste certitude que
le jour qui suit sera semblable en tout au précédent." Regrettant les tourbillons
parisiens, Parny repart en métropole en 1776, faisant d'Esther, bientôt mariée à
un médecin de marine, l'Eléonore de son recueil dePoésies érotiques publiées
en 1778 avec un grand succès. Sorte de mémoires en poèmes relatant les
différentes étapes de cette idylle fugitive, ces trois livres lyriques seront
complétés par un dernier volet en 1781, souvent considéré par les critiques
comme le plus réussi car le plus personnel.

C'est donc un poète à la mode, tout auréolé de cette nouvelle notoriété,
qui est amené à retourner à l'île Bourbon en 1783, afin de régler la succession
de son père décédé quelques mois auparavant. "Il est parti, l'amant d'Eléonore !"
s'exclame M. Langeron fils, jeune poète âgé de dix-sept ans qui versifie sur le
départ de Parny pour les îles : selon les vers idolâtres récités dans une des
séances particulières du Musée de Paris, ce départ du poète vénéré alarme le
Parnasse tout entier, afflige et endeuille même les divinités de l'Olympe, alors
que Parny, nouvel Orphée, dompte le tumulte des flots de sa lyre envoûtante.
On ne résiste pas à retranscrire quelques-uns de ces vers, à la fois maladroits et
fervents :

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O toi, dont le trident soulève, agite l'onde !
Neptune, Dieu des mers ! puisse sur tes Etats
Le vaisseau de Parny, dans une paix profonde,
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Voguer sans nul danger vers de lointains climats !

Son second séjour dans sa terre natale est entrecoupé d'un voyage à l'île
de France et à Pondichéry où il suit, en qualité d'aide de camp, le gouverneur
des possessions françaises dans les Indes. C'est lors de ce dernier voyage aux
îles que Parny trouve une inspiration nouvelle et écrit lesChansons madécasses,
qui, publiées en 1787, comptent parmi les premiers poèmes en prose de langue
française. En septembre 1785, Parny écrit une lettre à son frère depuis
Pondichéry où il donne ses impressions de voyage : il évoque la "brûlante
Afrique" et décrit les "indiens rivages" dont il quitte vite l'âpre réalité
quotidienne pour la campagne d'Oulgarey, hélas aussi peu ombragée car un été
redoutable sévit et dévore les champs. C'est donc accablé par la chaleur que
Parny dépeint le tableau de l'Inde laissée à l'abandon, dévastée par une politique
européenne guerrière et "sanguinaire" :

Unie auglaive inexorable,
La famine,plus implacable,
En a fait un vaste tombeau.
Les champs regrettent leurparure ;
Le coton languit sans culture,
Et ne charge plus le fuseau.
L'avarice tourne ses voiles
Vers ce lieujadis florissant,
Arrive et se plaint froidement
Qu'on a haussé leprix des toiles.

Revenu de cette escale indienne, Parny ne tarde pas à retrouver la
métropole pour quitter l'état militaire et s'installer en 1786 dans la maison qu'il
possède dans le vallon de Feuillancour, entre Saint-Germain-en-Laye et
Marly-le-Roi. Cet adieu ultime à sa terre natale, qui deviendra Ile de La
Réunion en 1793, coïncide avec une nouvelle ère de douleur et de désagréments
pour l'infortuné Parny. Lorsque qu'éclate la Révolution française, sa situation
financière ne cesse de s'aggraver : la dépréciation des monnaies et des rentes
achève de précipiter la ruine du poète, déjà accablé par le remboursement des
nombreuses dettes familiales. Les problèmes de succession, les mauvais
placements, les procès en cours pour la possession et la vente de quelques
arpents de terre à Bourbon, la mort de son frère bien-aimé Jean-Baptiste, le
comte de Parny, ainsi que celle de son ami Bertin à trente-huit ans, minent la
santé de Parny, sujet à de violentes crises d'urémie qui le laissent sans force et
impotent. La misère et la maladie mais aussi l'indifférence des siens qui

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répondent peu à ses lettres attristèrent les dernières années de sa vie. C'est grâce
à ses amis et protecteurs qu'il obtient des emplois dans la fonction publique :
d'abord pressenti à un poste de bibliothécaire des Invalides, Parny devient
inspecteur dans l'Instruction publique en 1795, puis administrateur du Théâtre
des Arts. Il se marie, en 1802, avec Marie-Françoise Vally, une compatriote
divorcée, dévouée et aimante, et, deux ans plus tard, le comte Français de
Nantes, sorte de mécène fonctionnaire qui accueille en ses bureaux nombre de
gens de lettres, le fait entrer dans l'Administration des Droits-Réunis :
reconnaissant, Parny lui dédiera son poème épiqueles Rose-Croix ;en avril
1814, c'est grâce à un autre bienfaiteur, le maréchal Macdonald, duc de Tarente,
que Parny est rattaché au bureau des Archives du département de la guerre avec
un traitement de trois mille francs par an. Le poèteremplit avec rigueur ses
fonctions bureaucratiques qui lui sont nécessaires pour subsister, tout comme
les diverses pensions ou rentes annuelles qu'il a pu percevoir : en août 1802, le
nom de Parny figure sur la liste des savants, gens de lettres et artistes pour
recevoir mille deux cents francs par an, au titre de poète érotique et lyrique ;
puis, en février 1811, une pension lui est allouée par décret, pour trois ans,
grâce au duc de Rovigo, ministre de la Police Générale, qui excuse les outrances
dela Guerre des dieuxfait valoir les piques antibritanniques de etGoddam !,
propres à satisfaire Napoléon. C'est encore grâce à l'appui de ses admirateurs
que Parny est nommé à l'Académie française le 20 avril 1803 après plusieurs
échecs dus à la publication de ses œuvres polémiques : ministre d'Etat et
membre de l'Institut, le comte Regnault de saint-Jean-d'Angély fait campagne
pour son ami et intervient auprès de ses collègues comme auprès du Premier
Consul ; il lut pour lui son discours de réception car la voix de Parny était trop
faible, le fit nommer à la commission du Dictionnaire et devint son exécuteur
testamentaire. Parny meurt le 5 décembre 1814, quelques temps après la chute
de Napoléon, usé par la maladie, aigri par les épreuves, après une longue
maladie qui l'a retenu alité pendant quatre ans.

* * *
*

"Va, crois-moi, le plaisir est toujours légitime : / L'amour est un devoir,
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l'ennui seul est un crime": parue dans la première édition de sesPoésies
érotiquesen 1778, telle pourrait être la devise du jeune Parny, qui voile sous le
nom du poète lyrique grec Alcée ses élans épicuriens, plus ou moins
enthousiastes ; en effet, par la suite, le terme "ennui" se trouve tout d'abord
remplacé par les termes "indifférence" puis "inconstance" selon les éditions de
plus en plus chastes et conformistes. Dans le présent ouvrage, on a préféré
garder le terme "indifférence", plus proche de la leçon d'origine et utilisé dans
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les éditions parues du vivant de l'auteur. Parny est donc d'abord considéré
comme le grand poète érotique des Lumières qui célèbre les plaisirs fugitifs, la

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sensualité libérée, et qui, à partir de son histoire personnelle, compose un
véritable roman en vers occupant alors le vide créé par l'échec de l'épopée. C'est
ainsi que son camarade de collège et ami Pierre-Louis Ginguené lui consacre
une épître élogieuse dans l'Almanach des Musesde 1791, célébrant le naturel et
la sincérité de cette écriture libertine, alors que l'époque se complaît et se perd
dans l'artifice et la feinte :

(…) L'esprit et l'art avaient proscrit le sentiment :
L'ironique jargon, l'indécent persiflage
Prenaient, en grimaçant, le nom de bel usage ;
L'Apollon des boudoirs, d'un maintien cavalier,
Abordait chaque belle en style minaudier ;
Et tout fier d'un encens brûlé par nos actrices,
Infectait l'Hélicon du parfum des coulisses.

(…) Nos rimeurs à l'envi parlaient en logogriphes ;
Nos Saphos se pâmaient à ces hiéroglyphes ;
Nos plats journaux disaient : c'est le ton de la cour.
Tu vins ; tu fis parler le véritable amour,
Ses transports, ses regrets, et la douleur touchante
D'un jeune cœur trahi par sa première amante.
(…) Le bel esprit n'est plus ; son empire est fini :
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Qui donc l'a détrôné ? La nature et Parny.

Cependant, privé de son Eléonore, Parny refuse d'exploiter indéfiniment
le souvenir de sa muse amoureuse disparue mais ne reste pas sans voix ; auteur
d'une œuvre pléthorique et polymorphe, il expérimente presque tous les genres
et se distingue dans de nombreux registres : la poésie élégiaque bien sûr, mais
aussi épique (Isnel et Asléga) ou historique (Jamsel, anecdote historique), la
satire (Goddam,la Guerre des Dieux), le blason (Tableaux), le conte en vers (le
Voyage de Céline), le poème descriptif (les Fleurs) ou idyllique (la Journée
champêtre,le Torrent), la romance (Romance) et le poème en prose (Chansons
madécasses). Certes,Isnel et Asléga en1802 puisles Rose-Croix1807 en
constituent de vaines tentatives pourrenouveler la littérature française en
imitant les littératures étrangères, nordiques notamment : noyant l'intérêt d'une
obscure action principale par la multiplication de personnages inconnus des
lecteurs français, Parny n'avait pas "la tête épique". Après avoir soutenu les
insurgés de laBoston Tea Partyl'‘Epître aux Insurgents de Boston’ qui, dans
publiée sous l'anonymat en 1777, revendique un régime politique nouveau et
libre, Parny critique les compromissions de l'action politique à travers l'Histoire,
au sein d'une petite pièce de vers intitulée "Nil novi" :

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Tous les tyrans ont un air de famille.
Pour s'élever on a toujours rampé ;
Pour affermir un pouvoir usurpé,
On fut toujours hypocrite et parjure ;
Toujours du prêtre on emprunta la main.
Cromwell jeûnait, et Toussaint l'Ouverture
Au siècle trois eût été Constantin.

Appelant de ses vœux un systèmepolitique fondé sur les libertés
individuelles, Parnycondamne les abus de l'Ancien Régime tout autantque les
excès révolutionnaires, les violences, l'anarchie et la terreurqu'ils engendrent.
Pour autant, il consacre très peu de vers à des sujets strictement politiques et
privilégie une autre inspiration,plus satirique, voire satanique. En effet, cet
autre versant de sapoésie, illustréparla Guerre des dieux anciens et modernes
en 1799,Goddam ! en1803, ainsi quele Paradis perdu,les Déguisements de
Vénus,les Galanteries de la Bible, contenus dansle Portefeuille voléen 1805,
suscitepolémiques et scandales. Il faut excepter de cette liste impie lapièce
anticléricalele Christ au Vatican, publiée vers 1840 et dont la paternité indécise
estparfois faussement attribuée à Parny. Obscène et blasphématoire : voilà
comme la critique,presque unanime,qualifiela Guerre des dieux qui,parodiant
l'épopée miltonienne, met en scène le combat entre les dieuxpaïens et les
nouveaux dieux chrétiens, le Père, le Fils, le Saint-Esprit et la Vierge Marie ;
sous le commandement de saint Michel, les anges et les saints sont auxprises
avec les satyres et les bacchantes conduitspar Priape et Bacchus, au risque de
mettre à sac le paradis chrétien ; le sacrilège s'accroît lorsque Priape, retenu
prisonnierpar les chrétiens, accepte le baptême, vient sur terre fonder les ordres
monastiques et se retrouve alors canonisé.

Dans la préface à l'édition desŒuvresde Parny parues en 1862,
SainteBeuve préfère d'emblée éviter de parler de cette œuvre mécréante qui blesse les
croyances respectables et vivaces de tout un peuple et limite son analyse au seul
"poète élégiaque" puisque tel est le titre qu'il choisit ; Napoléon fut également
offusqué de ces piques antichrétiennes et, en vue de rassurer les esprits sur sa
propre désinvolture religieuse manifestée pendant la campagne d'Egypte, aurait
fait obstacle, dit-on, à la carrière de Parny, et notamment à son élection à
l'Institut ; enfin, parmi tant d'autres, Chateaubriand renie son ancienne idole en
expliquant la veine voltairienne de l'œuvre de Parny par une nonchalance et une
paresse toute créole : "C'est cette impossibilité de se soustraire à son indolence
qui de furieux aristocrate, rendit le chevalier de Parny misérable
révolutionnaire, attaquant la religion persécutée et les prêtres à l'échafaud,
achetant son repos à tout prix, et prêtant à la muse qui chanta Eléonore le
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langage de ces lieux où Camille Desmoulins allait marchander ses amours."
Le choc fut tel pour cet admirateur déçu que l'auteur duGénie du Christianisme

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présente son apologie de la religion chrétienne comme une riposte à ce
monument de l'anticléricalisme et de l'athéisme. En effet, cette somme
sarcastique qui sacrifie tout au burlesque et au grotesque connaît un grand
succès, accru par son interdiction sous la Restauration par un arrêt de 1821, qui
ne fait que favoriser sa réédition et sa diffusion par le colportage clandestin.

Récupéréepar le mouvement révolutionnaire anticlérical, cette fable
théomachique qui retient l'attention de Hegel est en fait une sorte de testament
philosophique du dix-huitième siècle : la satire du clergé hypocrite,paillard,
simoniaque et la critique des dogmes fondamentaux comme le mystère de la
Trinité ou la virginité de Marie ne sont pas sans rappeler la lutte contre l'Infâme
menéepar l'auteur dela Pucelle, dontla Guerre des dieux reprend le mètre
octosyllabique. Dans une variante de sa Réponse au comte de Schowalow,
Parny ne rend-il pas à son maître Voltaire un hommage tout empreint de respect
et de nostalgie ?

Vous répandrez ce sel attique
Que Voltaire autrefois jetait sur ses bons mots.
Nous relirons toujours ses écritsquej'adore ;
Nous rirons avec lui dupape et des enfers ;
Vous louerez ses talents ; j'écouterai vos vers,
Etje croirai l'entendre encore.

"French-Dog"est le nom d'auteur figurant seul sur la couverture de la
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première édition deGoddam ! quipropose une autre subversion du modèle
épique contre l'ennemi héréditaire anglaispuisque lepoème est uneparodie de
la conquête de l'Angleterre par les Normands rappelant égalementla Guerre de
GenèveVoltaire. A l'ima dege de l'auteur duMondain, toujourspersécuté,
toujours condamné, ce très voltairien Parny verrasespoèmes libertins,
d'inspirationpaïenne ou chrétienne, interditspar lapolicequi censure son
Portefeuille volé, au titre significatif des jeux et des masques éditoriaux. Dans
sonpoème "l'Amour maternel", Millevoye souligne ainsi la dualité à l'œuvre
chez ce Janus des Lumières, à la fois élégiaque et satirique :

A toi ! très aimablepaïen,
Demi sacré, demiprofane ;
Bonpoète, mauvais chrétien,
Qu'Apollon sauve, et que Dieu damne.
Chante Satan et Belzébut,
Caresse l'Amour et sa mère ;
A la vertu, matrone austère,
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Je consacre un chaste tribut.

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C'est en ce sens que Parnyrépond aux critiques ulcérés et effrayés qui,
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tel l'abbé de Féletz, dans diverspoèmes ou articles, lepressent de se détourner
de cette inspiration subversivepour retrouver sespremières amours, ses soupirs
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de jeunesse, tendres et mélancoliques; il renvoie ses censeurs à leur propre
néant dans lepoème "A ces Messieurs" :

Ces messieurs m'ordonnent toujours
De retourner à mes amours.
Mais auxquels ? Une Eléonore
De la vie embellit l'aurore ;
A l'aurore laissons les fleurs.
J'aipayé mon tribut depleurs
A la beauté, même infidèle,
Et les vers que j'ai faits pour elle
Pour moi sont toujours les meilleurs.
(…)
Mais vous,qui venez au Parnasse
Remettre chacun à sa place,
Vous devez l'exemple : il faut bien
Vous renvoyer àquelque chose ;
Point de traité sans cette clause :
Aquoi retournez-vous ? A rien.

* * *
*

Disciple d'Epicure, fils de Voltaire, précurseur de Lamartine, Parny est
ce poète du divers qui aime expérimenter les formes et varier son écriture.
Cependant, entre l'inspiration antique, biblique ou nordique, il se distingue
surtout dans le style élégiaque et fait de ce genre mineur qu'est la poésie
fugitive, art mondain par excellence, un mode d'expression privilégié pour le
sentiment amoureux. Pour autant, cette poésie passe pour exprimer des
sensations plus que des sentiments : tel est, en substance, le propos des critiques
et des éditeurs contemporains qui, à l'aune de la morale de leur temps,
choisissent le qualificatif "érotique" pour désigner ces poèmes, plus fondés sur
la sensation charnelle que sur le sentiment véritable. On attribuait même au
tempérament ardent des Créoles cette sensualité étrangère à toute métaphysique
amoureuse qui renvoie à l'héritage des poètes antiques ; ainsi, on l'a vu,c'est au
titre de "poète lyrique et érotique" que Parny obtient pension et aide financière
de l'Etat napoléonien en 1811, conformément à la désignation choisie pour la
première publication de ses œuvres en 1778.

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