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De
142 pages


À ne pas mettre entre toutes les mains !









" Ce livre est une course sauvage : sexy, rapide et terrifiante, le contrepoint parfait à Lolita. En comparaison, Humbert Humbert est soumis et docile. Personne ne devra savoir à quel point vous avez aimé ce livre ! " David Vann



Celeste Price, 26 ans, est professeur dans un lycée de la banlieue de Tampa, Floride. Elle est mariée au beau Ford, un policier issu d'une famille aisée. Tous deux ont un charme fou, ils forment, à tous les égards, le couple parfait. Voilà pour les apparences. La réalité est beaucoup plus sordide. Celeste est en effet depuis très longtemps tourmentée par son goût particulier pour les adolescents. Dévorée par une passion de plus en plus incontrôlable, elle décide un jour de passer à l'acte et de séduire un de ses élèves. Sans se douter qu'elle entre ainsi dans un engrenage infernal aux conséquences terribles.



Avec ce portrait à la première personne d'une femme qui entend rester libre de ses désirs, même les plus pervers, l'auteur prend le lecteur au piège entre l'empathie naturelle qu'il éprouve pour la narratrice et les actes irrépressibles de celle-ci. Proche des univers de Gillian Flynn ou de Mo Hayder, qu'elle pousse à leur paroxysme, Alissa Nutting nous offre un thriller pour le moins dérangeant qui a déclenché une véritable polémique lors de sa sortie aux États-Unis, et qui sera certainement ici aussi l'un des livres les plus controversés de ce début d'année.


" Un regard provocant sur un sujet tabou : courageux et magnifiquement écrit ! " Irvine Welsh





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Alissa Nutting
PRÉDATRICE
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié
Directeur de collection : Arnaud Hofmarcher Coordination éditoriale : Marie Misandeau
Couverture : Rémi Pépin 2014 Photo couverture : © Vizerskaya / Istockphoto
© Alissa Nutting, 2013 Titre original :Tampa Éditeur original : HarperCollins
© Sonatine Éditions, 2014, pour la traduction française Sonatine Éditions 21, rue Weber 75116 Paris www.sonatine-editions.fr/
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
ISBN numérique : 978-2-35584-236-8
1
J’ ai passé la nuit précédant mon premier jour d’enseignement à me masturber frénétiquement en silence de mon côté du lit, sans fermer l’œil un seul instant. Je m’étais couchée, en secret, avec une chemise en soie et une petite culotte en dentelle, sous mon peignoir, bien sûr, afin que mon mari, Ford, ne s’avise pas de me saccager. Il s’entête toujours à ruiner le paysage. Je trouve ça hilarant que, sur la seule base de notre apparence, les gens pensent que Ford et moi formons le couple idéal. À notre mariage, pendant son discours le frère de Ford, qui était son témoin, a dit : « Vous deux, on dirait que vous êtes les gagnants de la loterie génétique catégorie homme et femme. » La voix épaissie par une envie presque palpable, il a ajouté qu’on aurait dit que nos visages avaient été retouchés sur Photoshop. Après cette ultime réflexion, plutôt que de conclure par un toast comme d’usage, il a reposé le micro sur la table sans un mot et il est retourné s’asseoir. La nana avec qui il était venu avait un œil paresseux que nous avons tous poliment prétendu ne pas remarquer. Je devrais trouver Ford séduisant jusqu’à l’absurde ; c’est ce que pense tout le monde. « Il esttropa gémi l’une de mes camarades de sororité le soir qui a beau, suivi notre première sortie à quatre avec Ford et un autre mec à la fac. À chaque fois que je le regarde, j’ai l’impression de prendre un grand coup de poing entre les jambes. » Mon vrai problème avec Ford, en fait, c’est son âge. Comme l’époux de la plupart des femmes qui se marient pour l’argent, Ford est bien trop vieux pour moi. Comme j’ai moi-même vingt-six ans, il est vrai que nous sommes dans la même catégorie. Mais trente et un ans, ça le place pas loin de dix-sept au-dessus de la tranche d’âge qui m’attire sexuellement. Par certains côtés, la bague, à elle toute seule, justifiait presque d’épouser Ford – elle a ralenti le rythme auquel je me faisais draguer par des crétins au quotidien. Et, bien sûr, c’était une très belle bague. Ford est flic, mais ses parents sont pleins aux as. J’espérais que sa fortune me fournirait une distraction, mais il y avait un sacré revers à la médaille – elle ne me laissait aucun désir inassouvi, à part les désirs sexuels. Quelques semaines seulement après notre mariage, je sentais déjà ma libido affolée griffer le papier peint fleuri de notre belle maison de banlieue avec ses jolies barrières blanches. Au dîner, je me suis mise à croiser douloureusement les cuisses : si je les ouvrais même imperceptiblement, je craignais qu’elles ne lâchent une plainte stridente qui ferait éclater les verres en cristal. À mes yeux, cette crainte n’avait rien d’irrationnel. Le bourdonnement impérieux du désir était devenu si fort à l’intérieur de moi – son réseau électrique parcourait un circuit ininterrompu entre mes tempes, mes seins et mes cuisses – que la venue de l’instant où l’appel de la luxure serait capable d’actionner mes grandes lèvres comme le mannequin d’un ventriloque pour s’exprimer tout haut semblait inévitable. Je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’aux garçons à qui je ferais bientôt cours. À tort ou à raison, j’accuse ma toute première fois, à l’âge de quatorze ans dans le sous-sol d’Evan Keller, d’avoir gravé en moi un schéma d’excitation immuable – mon souvenir de l’événement se déroule toujours en Technicolor dans mon esprit. J’étais un peu plus grande qu’Evan, ce qui me donnait la sensation d’être une demi-déesse face à un simple mortel : à chaque fois qu’on se roulait une pelle, j’étais obligée de me pencher en avant pour cueillir ses lèvres. Comme il était plus petit, il est venu sur moi et il s’est déhanché avec la détermination athlétique d’un jockey de la Triple Couronne, jusqu’à ce que son corps soit trempé de sueur. Après,
je suis allée aux toilettes et je l’ai appelé ; les yeux pleins d’une certaine curiosité mélancolique, comme subjugué devant un aquarium, il a regardé les vestiges de mon hymen flotter sur l’eau bleue de la cuvette des waters comme s’il s’agissait du dernier survivant d’une espèce autrefois répandue. Pour ma part, je ne ressentais qu’une seule émotion : je me sentais tellement vivante que c’en était grisant. J’avais l’impression que je venais de donner naissance au premier jour de ma vraie vie. Lorsque Evan a eu une poussée de croissance, quelques mois plus tard, notre dynamique sexuelle a changé – je l’ai plaqué et je me suis lancée dans une série de rencards repoussants avec des garçons plus âgés pendant tout le lycée avant de réaliser que mes véritables désirs étaient restés bloqués plusieurs années en arrière. À la fac, je me suis plongée corps et âme dans les lettres classiques, trouvant un bref palliatif à ma frustration sexuelle dans les textes qui décrivaient les diligents carnages du temps jadis. Mais en licence, après avoir rencontré Ford, je m’étais réorientée vers l’enseignement et, à présent, j’étais enfin dotée d’un boulot qui allait m’autoriser à retourner en quatrième de façon permanente. Non, il n’était pas question de laisser Ford fourrer les doigts dans le gâteau la veille du jour où mes années d’études et de remplacements allaient enfin payer. Ce soir-là, je m’étais donné un mal de chien pour me préparer à la perfection, intérieurement et extérieurement, comme un top model avant un défilé. Mes jambes, mes aisselles et mon pubis avaient été rasés et enduits de crème ; toutes les lotions que j’avais appliquées sentaient la fraise. Je voulais que mon corps évoque un fruit consommable à l’envi. Au lieu d’avoir le parfum d’une créature de près de trente ans d’âge, j’avais pour but que les organes glissants de mon sexe aient le goût du gel à raser rose presque transparent que j’avais appliqué dessus ; je voulais que mes tétons blond-roux exhalent le goût du gommage à la pêche. Dans l’espoir que le parfum imprègne ma peau, j’ai couvert mes deux seins d’une couche de masque hydratant que j’ai laissée poser dix minutes pendant que je me rasais ; elle a durci comme le glaçage d’une friandise, moulant mon excitation dans une carapace fine et friable. Après avoir rasé tous les poils de mon corps, je me suis émerveillée devant le lac de mousse et de poils qui s’attardait dans le lavabo. Ça m’a fait penser au punch à la crème glacée qu’on sert dans les bals de collégiens. Imaginez un peu le pied que j’allais bientôt pouvoir prendre à jouer les chaperons dans ce genre de soirées ! Peut-être que j’aurais même la chance de valser avec un ou deux des élèves les plus entreprenants sous couvert de plaisanterie et de frivolité – les garçons prendraient ma main avec confiance et me guideraient au centre de la piste, ne réalisant qu’au moment où nos corps se serreraient l’un contre l’autre qu’ils pouvaient sentir le parfum de l’humidité palpitante, odorante, sous ma robe, à une simple couche de tissu d’eux. Je pourrais me presser subtilement contre eux, leur faire exploser tous les circuits par le trouble de mes rires insouciants et autres badineries susurrées à leur oreille par mes lèvres mouillées. Bien sûr, avant de le dire, je jetterais sur le côté un regard paresseux suggérant qu’il ne se passait rien, que je n’avais pas remarqué ma ceinture pelvienne qui frottait sur la bosse chaude à l’intérieur de leur pantalon de smoking de location. Il faudrait que ce soit un garçon modèle – le genre qui ne serait pas capable de répéter une phrase de ce genre à sa mère ou à son père, qui se demanderait s’il avait rêvé et ne se rappellerait cet instant que dans le sommeil profond et aviné de ses grands moments de solitude d’adulte : après un dîner de boulot, en voyage d’affaires dans un quelconque Comfort Inn du Midwest, après avoir appelé sa femme et ses enfants au téléphone et retiré la capsule de plastique de trois ou quatre petites bouteilles de bourbon raflées dans l’avion, réglé le réveil ; là, seulement, il s’autoriserait à s’asseoir bien droit dans son lit, une main serrant l’épaisseur croissante de son organe, et le
souvenir le hanterait – avais-je vraiment dit ce qu’il croyait avoir entendu ? Dans l’enceinte du collège, en plus, au milieu des notes électroniques tonitruantes du tube de cette année-là, une chanson qu’il écoutait à son tout premier boulot au centre commercial, en pliant des chemises et en accueillant les mères et les enfants qui entraient dans le magasin – avais-je vraiment soufflé cette phrase à son oreille ? Mais je l’ai senti, se répéterait-il ; il avait senti mes mots se former dans l’air tiède, une phrase, un chuchotement qui s’était dissipé en quelques secondes, avant l’intervention de la raison ou de la mémoire. Pour le restant de ses jours, une partie de lui serait toujours sur cette piste de danse, incertaine et avide d’éclaircissements. À tel point qu’adulte, dans cet hôtel, il aurait sans doute été prêt à renoncer à beaucoup de choses en échange du sens de l’ordre que je lui avais dérobé, ou même pour entendre quelqu’un lui dire : Ças’est vraiment passé.Et je saurais toujours, et il serait toujours persuadé, mais pas certain, que j’avais pressé la saillie de mon pelvis contre son gland, l’avais pressée là comme une photographie sous la couverture de plastique d’une page d’album, et que j’avais chuchoté la phrase :J’ai envie de sentir l’odeur de ton foutre dans ton pantalon. L’heure matinale du début des cours à Jefferson Junior High était l’un des principaux attraits du boulot : 7 h 30. Les garçons seraient pratiquement endormis, leurs corps toujours à différents stades d’excitation nocturne persistante. De mon bureau, je serais aux premières loges pour surprendre leurs mains nues qui frotteraient leur pantalon sous les tables, leur honte, et leurs efforts surhumains pour reprendre le contrôle sur leur organe à demi bandé. Autre bonus, j’ai réussi à obtenir une salle de classe hors de l’enceinte du bâtiment principal. C’étaient des espèces de mobile homes derrière le collège, mais les portes fermaient à clé et, surtout lorsque l’air conditionné bruyant fixé à la fenêtre était en marche, il était impossible de savoir ce qui se passait à l’intérieur. Lors de la réunion des profs du mois de juillet à la cafétéria, aucun enseignant n’a voulu se porter volontaire pour ces salles – cela signifiait plus de chemin chaque matin, l’obligation de retourner dans le bâtiment pour aller aux toilettes, de courir sous une pluie battante pour aller déverrouiller la porte. J’ai levé la main, jouant à l’élève modèle, et j’en ai demandé une. « Je suis au service du groupe », ai-je annoncé, avec un grand sourire plein de dents. Une rougeur subite a envahi le visage du principal adjoint, Rosen ; j’ai baissé le visage de façon que la trajectoire de mes yeux se porte, sans la moindre ambiguïté, vers son entrejambe, puis j’ai pressé les lèvres l’une contre l’autre, croisé son regard et fait un sourire entendu.Bien sûr, en entendant l’expression « au service du groupe », vous m’avez imaginée en pleine partouze, essayaient de lui dire mes yeux rassurants.Ce n’est pas votre faute. « C’est très gentil, Celeste », a-t-il dit en hochant la tête ; il a essayé d’écrire quelque chose mais a fait tomber son stylo ; il l’a ramassé en s’éclaircissant nerveusement la gorge. « C’est ce que je disais », est intervenue Janet Feinlog derrière moi. Janet, une prof d’histoire, était affligée d’une calvitie prématurée ; la teinture tie and dye foncée qu’elle infligeait artisanalement à ses mèches raréfiées ne servait qu’à produire un contraste encore plus marqué avec les plaques de peau blanche qui transparaissaient dessous. Comme la plupart des défauts physiques, celui-ci n’allait pas seul. Les bas de contention qu’elle portait donnaient à ses mollets et chevilles la texture ridée du carton ondulé. « Les classes devraient être attribuées en fonction de l’ancienneté. – Je suis d’accord, ai-je dit. Je suis la petite nouvelle. Ce n’est que justice. » Puis j’ai gratifié Janet d’un sourire étudié qu’elle ne m’a pas rendu. Au lieu de quoi elle a
sorti de son sac un mouchoir jauni et s’est mise à tousser dedans en me regardant, comme si je n’étais qu’un produit vénéneux de son imagination qui allait disparaître si seulement elle parvenait à expulser suffisamment de glaires de ses poumons. Disposer d’une salle mobile signifiait que je pouvais vraiment me l’approprier. J’ai posé des rideaux opaques, apporté mon parfum préféré et les en ai aspergés, ainsi que le tissu de mon siège à roulettes. Bien que je ne sache pas encore lesquels des garçons de ma classe d’anglais de quatrième allaient être mes préférés, j’ai fait des suppositions à partir de la liste de noms et j’ai exécuté une petite cérémonie vaudoue ; j’ai remonté ma robe jusqu’à l’encrier transparent que j’avais entre les jambes, trempé le bout de mon doigt et écrit leurs noms sur les bureaux du premier rang, espérant que, par une opération magique, ils seraient attirés directement par ces places : leurs hormones liraient l’écriture invisible par leurs yeux. Je me suis caressée derrière le bureau jusqu’à être épuisée et le siège trempé. J’espérais que l’atmosphère serait saturée de phéromones qui informeraient les élèves concernés de ce que je n’avais pas le droit d’exprimer tout haut. J’ai enfourché le rebord du bureau et j’ai laissé mes grandes lèvres s’approcher dangereusement près du coin de bois coupant avant de me laisser glisser en avant et de m’asseoir. La nudité bouillante de mon entrejambe se pressait contre la couche de vernis froide. Ces angles. Si je ne faisais pas attention en me relevant, ils mordraient facilement dans la chair de ma cuisse. Le bureau rectangulaire, qui était constitué d’une plaque de bois plein assez longue pour que je puisse m’y allonger, avait un côté un peu symbolique : entièrement lisse, mais avec quatre pointes de danger acéré – comme pour me rappeler de ne pas dépasser les bornes. Chaque fois que j’ai visité la classe dans les jours précédant la rentrée, je me suis couchée dessus, j’ai pressé ma colonne vertébrale en regardant fixement le revêtement inachevé du plafond, et j’ai ouvert et fermé alternativement les jambes ; je remuais comme pour faire un ange dans la neige. Lorsque je me rasseyais enfin, je me laissais volontairement glisser par un angle, de sorte que le coin de la table me morde légèrement le trou du cul. Ça me faisait une petite douleur à trimballer comme un lot de consolation en attendant le début des cours. Chaque fois que je coupais la clim vrombissante de la fenêtre et me préparais à partir, j’avais l’impression de débrancher le moteur qui alimentait mes fantasmes. Dans le silence qui suivait, la salle se reconfigurait : l’âcreté imaginée de la sueur pubescente était couverte par l’odeur des lambris en faux bois. La poussière de craie qui flottait à l’intérieur d’un rayon de soleil semblait stagnante, et on aurait dit que les particules étaient des insectes pétrifiés dans l’ambre de la lumière. Avec la clim allumée, ces poussières auraient été dans un mouvement frénétique, courant vers la bouche d’évacuation comme des cellules de peau égarées fouillant la salle en quête d’un nouvel hôte – avant de partir, je tirais toujours la langue dans ce miel de lumière et je faisais de petits cercles, espérant me sentir satisfaite d’avoir attrapé quelque chose dessus, même si c’était si petit que je ne pouvais le sentir. À 5 heures, le matin de notre premier jour d’école, l’anticipation me rendait fébrile. Pendant que l’eau de la douche chauffait, j’ai posé un pied sur le lavabo pour regarder entre mes jambes et j’ai inspecté mon sexe jusqu’à ce que le miroir s’embrume et le censure à mes regards. Mes ongles, des carrés rouge cerise qui luisaient comme du vinyle, ont arraché un dernier aperçu à la condensation, cinq minces traits par lesquels je pouvais regarder comme à travers des persiennes ouvertes, et j’ai pu évaluer les dégâts que j’avais causés pendant ma nuit : mes parties génitales étaient bouffies et rouges. Largement écartées entre mes doigts, mes grandes lèvres ressemblaient à un cœur fendu en deux. Je me suis mise sur la
pointe des pieds et j’ai surélevé mon pelvis pour mieux voir. C’était impossible de ne pas sentir une sourde panique devant les plis qui ne se fermaient sur rien d’autre qu’eux-mêmes – pas de fins doigts adolescents se tortillant comme des larves contre leur chair. J’ai essayé de trouver un peu de réconfort dans le jet d’eau tiède de la douche. Quand je pensais aux garçons que j’allais rencontrer dans quelques heures, le sirop fruité du gel douche dont je m’enduisais les seins semblait distiller un alcool enivrant. J’ai souri en les imaginant en train de respirer le parfum du shampooing à la pomme verte que j’appliquais sur mes cheveux blonds ; malgré l’amertume chimique que démentait leur mousse odorante, lorsqu’une mèche pleine de mousse a glissé sur mon visage, je n’ai pu m’empêcher de la prendre dans la bouche et de la sucer. Bientôt, j’ai été prise d’un tel vertige que j’ai dû m’agenouiller sur le sol de la douche ; maladroitement, j’ai décroché le pommeau de douche et l’ai guidé entre mes jambes, comme on mettrait un masque à oxygène tombé du plafond de l’avion à cause d’un terrible changement de pression dans la cabine, sans plus rien ressentir qu’une soif de survie pleine de terreur. Un coup d’œil sur la chaîne météo m’a fait un pincement au cœur : on allait atteindre des records d’humidité. J’ai sursauté en imaginant mon maquillage filé et mes cheveux frisottés à la fin de la journée. J’ai poussé un juron ; Ford est sorti de la chambre avec une demi-érection et a lâché un énorme bâillement devant la fenêtre par laquelle on voyait le soleil se lever. « Bonne chance, chérie, a-t-il lancé. Quelle belle matinée ! » J’ai claqué la porte en sortant. Comme on pouvait s’y attendre, la température dans la salle des profs était quasi insupportable. Nous nous étions rassemblés sur ordre du principal Deegan, qui s’est lancé sans attendre dans un discours de motivation plutôt tiède. Comme toutes ses allocutions, celle-ci reposait en grande partie sur le procédé rhétorique consistant à demander : « Pas vrai ? » à la fin de chaque phrase. « Zut ! a marmonné M. Sellers, le prof de chimie efflanqué qui s’éventait à côté de moi. Comme si les gamins n’avaient pas assez de munitions comme ça ! Va falloir que j’aille faire cours avec les aisselles trempées, en plus. » Janet ne cessait d’émettre des bruits de mastication ; j’ai cru qu’elle s’enfilait des poignées de granola, mais, au second coup d’œil, j’ai vu que c’étaient des cachets d’aspirine. J’avais envie de quitter cette pièce en toute hâte pour rejoindre ma salle de classe ; les premiers élèves devaient déjà être en train d’arriver. J’éprouvais une vague brûlure à l’endroit où ma colonne vertébrale se reliait à mon cou et à ma tête ; tout mon corps se languissait de l’effluve des possibles. Je me sentais comme une fiancée optimiste au matin de son mariage arrangé ; j’étais possiblement sur le point de rencontrer quelqu’un qui allait me connaître dans toute mon intimité. « Ce ne sont pas des ennemis », a souligné Deegan ; les autres profs sont partis d’un petit rire lapidaire. « Vous faites bien de le préciser », a aboyé Janet. Un élan de sympathie a fait partir le cou penché de M. Sellers dans une série de petits hochements de tête conciliants ; on aurait dit une vraie perruche. Soudain, j’ai senti les yeux de Janet me clouer au mur. Le rire poli parcourant la salle s’était réduit à un faible bruit de fond entre les oreilles de Janet, et elle avait entendu mon silence en réaction à sa plaisanterie retentir comme un hurlement ; pire encore, elle avait surpris mon expression – un regard sarcastique de mépris indéniable. Ses années d’enseignement dans le secondaire l’avaient peut-être dotée de pouvoirs surnaturels quand il s’agissait de reconnaître qu’on se foutait de sa gueule. Quand j’ai vu son regard fixé sur moi, je me suis immédiatement fendue d’un grand sourire, mais elle ne me l’a pas rendu. « Vérifier que personne ne fume dans les toilettes, c’est indispensable et ça doit être systématique », a continué Deegan.
J’ai regardé la pendule, feignant de réfléchir à ses mots. Au bout de trente secondes, j’ai de nouveau tourné les yeux. Janet me regardait toujours fixement. Lorsque la cloche a sonné, elle a encore fourré une poignée d’aspirine dans sa bouche, comme des cacahuètes, mais sans détourner les yeux. « Allez, les étalons ! » a finalement lancé le principal Deegan, invoquant la mascotte du collège ; ses mots bien articulés brillaient de passion factice. Avec le bruit de centaines d’élèves qui débouchaient dans les couloirs juste derrière la porte, pendant un moment, on aurait dit que son appel avait conjuré une cavalcade de bétail. J’ai de nouveau tourné les yeux vers son visage souriant, à ses mains levées au-dessus de sa tête dans l’enthousiasme. « Allez, les étalons ! » Il a répété ces mots comme un pantin articulé. J’ai été la première sortie de la salle. Dans le couloir, l’atmosphère s’était alourdie de l’âcreté de la sueur adolescente. De bruyants éclats de rire et cris stridents, comme ceux que déclenche un chatouillement intempestif, retentissaient dans toutes les directions. Je me suis dirigée vers la sortie ; des nuages d’eau de Cologne appliquée sans modération stagnaient parmi des bandes d’amis en pleine fanfaronnade ; les portes d’aluminium des casiers s’ouvraient et se refermaient avec des boums violents qui m’ont fait sursauter deux ou trois fois. Bien vite, la population du couloir s’est muée en une horde en mouvement. Une cadence compétitive s’est établie : les élèves se dirigeant vers les salles externes comme la mienne ont afflué vers la porte ; on aurait dit qu’un groupe de rock célèbre s’apprêtait à monter sur scène. J’ai profité de la cohue pour me coller contre le dos d’un garçon dont les chevilles portaient une marque de bronzage de chaussettes de sport – un membre de l’équipe de cross-country, sans doute. « Je suis désolée, ai-je chuchoté avec espoir à son oreille. On me pousse. » Était-ce le destin, était-ce le bon ? Mais le visage qu’il a retourné pour me saluer était couvert d’acné ; je me suis hâtée d’écarter ma poitrine de la chaleur de son dos. J’ai eu un pincement au cœur en voyant deux filles un peu gourdes se prendre la main et courir vers la porte de ma classe. Sur le tableau de service, j’avais repéré que j’avais dix garçons pendant la première heure, douze filles – même s’il n’y avait aucun prétendant convenable dans cette première classe, il m’en restait quatre autres, et chacune apporterait d’autres possibilités. Cela n’était pas pour dire que ça allait être facile : mon partenaire idéal, je m’en rendais compte, devait rassembler un ensemble de caractéristiques très précis qui excluait d’emblée la plus grande partie de la population masculine du collège. Les poussées de croissance extrêmes ou une musculature trop prononcée représentaient un motif de disqualification immédiate. Il fallait qu’ils aient une assez belle peau, qu’ils soient assez minces et qu’ils soient habités de suffisamment de honte ou possédés de la discipline surnaturelle indispensable à garder un tel secret. Il fallait forcer considérablement pour ouvrir la porte de ma salle – l’air froid de la clim produisait un effet de succion. À l’intérieur, il faisait sombre et froid. Deux garçons, type farceur, se tenaient devant la clim ; ils ont couru immédiatement à leur place avec un sourire, comme s’ils s’attendaient à une remontrance quelconque (« Vous savez que vous n’avez pas le droit de toucher à ça ! ») qui les distinguerait du lot et assiérait leur audace supérieure à celle de leurs camarades. Je n’ai pas bien vu leurs visages, mais, de ce que j’avais aperçu de leurs corps, je savais déjà que je n’étais pas intéressée : un mélange ingrat de traits pré- et postpuberté. La silhouette des biceps du premier se voyait à plusieurs mètres. Le second avait de viriles touffes de poils bouclés bruns sous les aisselles. Mais il y en avait d’autres. Je suis allée me placer d’un pas résolu à côté de la clim et j’ai senti mes tétons se durcir et pointer sous mes vêtements. Pendant un instant, j’ai fermé les yeux.
Je devais rester calme ; je devais regarder les élèves comme une exposition de fragiles œuvres d’art et rester en permanence à deux mètres, sans quoi je serais tentée de toucher. « C’est vous, la prof ? » Cette voix également était masculine, mais un peu trop grave. Je me suis retournée, laissant la clim me rafraîchir la nuque. « Oui. » J’ai souri. « Il fait une chaleur à crever, ici. » J’ai tripoté le crayon qui retenait mon chignon, mais, en jetant un regard circulaire sur la salle, j’ai vu qu’il était encore trop tôt pour lâcher mes cheveux – il n’était pas là, il n’était pas dans cette classe. Il y avait quand même de quoi se rincer l’œil. Pendant mon laïus inaugural, j’ai réussi à me contenir jusqu’à ce qu’un jeune homme du deuxième rang, croyant que personne ne le regardait, se mette la main entre les jambes. Il a passé un bon moment à se rajuster les parties. À ce spectacle, mes poumons et ma poitrine se sont serrés brusquement ; je me suis agrippée au rebord de mon bureau et j’ai fait de mon mieux pour articuler encore quelques mots sans ressembler à une asthmatique en fin de course. « Présentez-vous, suis-je parvenue à dire, faites le tour de la classe. Racontez vos hobbies, vos peurs les plus secrètes et les plus profondes, ce que vous voulez. » Mais, tandis que mon excitation redescendait peu à peu à un niveau contrôlable, un autre genre de panique s’est emparé de moi. Tous les garçons attirants de ma classe semblaient inutilisables – trop fanfarons, trop sûrs d’eux. À la fin de la deuxième heure, quand il est devenu clair que cette classe non plus n’avait pas de gagnant, j’ai commencé à me demander si je ne ferais pas mieux de m’éclipser carrément pendant la pause déjeuner. M’étais-je juste jetée plus avant dans la torture sans espoir de délivrance ? À présent, j’allais devoir communiquer avec eux, les voir quotidiennement, et aucun ne semblait assez prometteur pour tenter quelque chose. Peut-être que je ferais mieux de passer l’automne sur des remplacements et de tenter ma chance ailleurs au printemps. « Mais on n’a pas de devoirs ? » a demandé une élève quand la cloche a sonné. À cause de la petitesse de ses yeux et de son nez, à cause de son teint cireux, on ne voyait que son appareil dentaire. J’ai eu envie de la coller de force devant un miroir et de demander au reflet :Non, mais ça existe, des visages pareils ? « Pourquoi cette question ? ai-je répondu. Tu veux des devoirs, c’est ça ? » Elle m’a jeté un regard impuissant ; je venais de lui cracher du sang au visage dans un bassin de requins. Les autres élèves se sont mis aussitôt à lui lancer des insultes pendant la sortie collective de la classe, et ça m’a plu. Je savais que je trouverais difficile de passer quoi que ce soit aux filles de mes classes, connaissant la générosité dont la nature avait déjà fait preuve à leur égard. Elles étaient à l’aube de leur vie sexuelle et n’avaient pas besoin de se presser – dès qu’elles seraient prêtes, une grande quantité d’attractions les attendraient, faciles et jetables. Leurs besoins grandiraient à leurs côtés, telle une ombre. Elles n’auraient jamais le sentiment que leur libido était un monstre dévoyé qu’il convenait de garder enchaîné dans le grenier de leur esprit et de ne nourrir qu’en secret, à la nuit tombée. Finalement, un dernier groupe de trois garçons est passé devant mon bureau en échangeant chuchotements et rires. « À demain, tout le monde », j’ai dit. Cette adresse directe a donné au plus grande gueule des trois le brin de courage qui lui manquait. « Kyle vous trouve sexy », a-t-il lâché à toute vitesse, des mots suivis immédiatement par un rire tandis que Kyle le poussait avec agressivité. Lui-même n’est parvenu qu’à proférer un « Ta gueule » qui sonnait comme un aveu bourru. Physiquement, il aurait pu convenir – il n’était pas encore trop grand, il n’avait pas les muscles trop épais – mais il avait beaucoup trop confiance en lui et il était trop

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