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Réveille toi, ce n'est qu'un rêve

De
481 pages
Paris, 1845. Lui, il est imprévisible, violent, cynique et calculateur. Il n'aime que deux choses : les femmes, toutes les femmes, et l'argent. Elle, elle vient à peine de fuir l'enfermement auquel la condamnait sa mère pour mieux la contrôler. Elle est enfin libre, libre de tout faire… ou presque. Il est un chasseur émérite, elle une proie qui s'ignore. Ce n'est pas dans ses bras qu'elle apprendra la passion… De Paris jusqu'en Provence, en passant par Orléans, Eléanor finira par comprendre que ses choix lui appartiennent.
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Réveille-toi, ce n'est
qu'un rêve...
3
Sonia Alvarado
Réveille-toi, ce n'est
qu'un rêve...

Roman érotique
Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : livre imprimé 2-7481-7282-5
ISBN 13 : livre imprimé 9782748172829
ISBN : livre numérique 2-7481-7283-3
ISBN 13 : livre numérique 9782748172836









À Luis Alberto, por veinte años de amistad, et à
Philippe, mi-Armand, mi-Justin…
7
CHAPITRE 1
Paris, Octobre 1845

– C’est non.
La réponse était tombée comme un couperet.
Pourtant, personne n’avait haussé le ton. Il n’y
avait pas de discussion possible ; d’ailleurs,
Éléanor n’y songeait même pas. Un instant, elle
se demanda si son avenir n’aurait pas mérité, au
moins, que sa mère lève les yeux de son
ouvrage de broderie.
La jeune fille tourna les talons et sortit du
petit salon en fermant doucement la porte. Elle
avait déjà outrepassé ses droits en venant la
déranger pour une question telle que celle-là ;
elle ne tenait pas à la provoquer davantage.
Immobile, la main sur la poignée, Éléanor revit
dans sa tête le visage avenant d’Henri-Charles :
des cheveux blonds, un teint pâle, presque
féminin, des yeux d’un bleu délavé et une petite
moustache qui le confortait dans sa masculinité.
Ses vêtements sentaient toujours le parfum et il
avait des manières impeccables. Normal, pour
9 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
un fils de médecin. Rien qui put déplaire aux
parents les plus exigeants.
Mais alors ? Éléanor serra les poings, tout en
se dirigeant vers sa chambre. Pourquoi sa mère
refusait-elle qu’elle fréquente un homme de leur
propre milieu social ? Éléanor, elle, aurait bien
aimé se promener au bras d’Henri-Charles,
répondre à ses compliments par de timides
sourires et oublier à ses côtés la rigueur de son
quotidien.
Une fois dans ses appartements, elle s’assit
près de sa fenêtre. La vitre lui rendit le reflet de
son visage. Elle avait beau se regarder, elle ne se
trouvait aucune tare, aucun défaut. En dehors
du fait qu’elle allait avoir vingt-quatre ans.
Oui, bien sûr, les mariages tardifs n’étaient
pas rares, autant pour limiter les naissances,
suivant en cela l’avis de l’église, que pour
permettre aux jeunes de faire coïncider alliance
et amour. Mais dans une famille bourgeoise
comme la sienne, il était de bon ton de trouver
chaussure à son pied sans trop attendre. Il n’y
avait que deux raisons pour retarder un
mariage : être de petite vertu (ou alors avoir des
penchants pas très catholiques), et manquer de
dot.
Éléanor ne faisait pas partie des premières.
Et si sa dot n’était pas très importante, son
trousseau était prêt depuis longtemps. De plus,
elle n’avait pas manqué de prétendants, attirés
10 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
par l’ancienneté, la réputation de sa famille.
Cependant, à chaque fois, elle avait obtenu la
même réponse de sa mère : non. Sans
explications. Il n’était pas question qu’elle
fréquente qui que ce soit, voilà tout.
Elle lissa sa jupe de ses mains tremblantes. Si
seulement son père avait été là ! Mais celui-ci
aussi était un sujet sensible… Le papa
d’Éléanor, Georges Bécquer, avait « disparu »
soudainement, quelques treize ans auparavant
lors de l’épidémie de choléra qui avait fait près
de vingt mille victimes dans la seule ville de
Paris. Madame Bécquer avait eu beau déclarer à
son entourage qu’elle était veuve, Éléanor se
doutait depuis longtemps que la vérité était
toute autre. Pour autant que ses souvenirs lui
soient restés fidèles, l’image qu’elle gardait de
son père était celle d’un homme bon et
chaleureux bien qu’un peu coléreux.
« Passionné », selon les dires de Natasha, sa
sœur aînée.
Natasha…
Un bruit de pas dans le couloir la tira de sa
rêverie. Aussitôt une jeune fille d’une quinzaine
d’années entra dans la pièce, sans se donner la
peine de frapper. « Inutile, affirmait la mère
d’Éléanor, les filles de bonne famille n’ont rien
à cacher. » Éléanor aurait apprécié qu’on lui
concède un minimum d’intimité…
11 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Alors, que t’a-t-elle dit ? lui demanda la
jeune fille, s’asseyant sur le lit dans un
bruissement caractéristique.
– Elle ne veut pas, répondit Éléanor d’une
voix éteinte.
– Dommage… ça aurait apporté un peu
d’animation à la maisonnée ! D’un autre côté,
elle doit avoir ses raisons, tu ne crois pas ?
Éléanor baissa les yeux. Sa jeune sœur haussa
les épaules.
– Elle n’a peut-être pas tort, le mariage
n’apporte pas forcément le bonheur.
Brusquement, Éléanor ressentit tomber sur
ses épaules le poids angoissant de ces vieux
murs qui étaient son seul horizon depuis sa plus
tendre enfance ; elle fit une grimace.
– Dis-moi, Isabelle, tu ne te sens jamais…
enfermée ?
– Enfermée ? répéta celle-ci, en fronçant les
sourcils. Chez nous, tu veux dire ?
– Oui. Chez nous. Où cela pourrait-il être ?
Nous n’allons nulle part ailleurs !
Isabelle se leva d’un bond.
– Oh, tu es injuste ! Il nous arrive bien d’aller
chez tante Marie, non ?
Effectivement, Éléanor, Isabelle et leur mère
se rendaient assez régulièrement chez la sœur
de cette dernière, tante Marie, qui avait une fille
un peu plus âgée qu’Isabelle, Catherine.
12 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Éléanor passa les mains sur son visage, en
proie à une sourde colère qu’elle maîtrisait
difficilement.
– Tante Marie… Oui, bien sûr ! Où avais-je
la tête ? lança-t-elle ironique. Elle fit une pause
et finit, radoucie : C’est là-bas que j’ai connu
Henri-Charles.
Isabelle se laissa de nouveau tomber sur le lit.
– Tu vois ? Nous ne sommes pas enfermées !
Sa sœur lui adressa un regard furibond.
– Tu oublies que si nous y avons rencontré
du monde, c’est parce que tante Marie organise
souvent des goûters ou de petites réceptions
pour que Catherine côtoie un grand nombre de
jeunes garçons, dans le but évident de se choisir
un fiancé !
– Et alors, je ne vois pas où est le mal ?
– Si maman nous y emmène, c’est parce
qu’elle vous considère, Catherine et toi, comme
des enfants, et trouve donc ses invités
« inoffensifs »… Mais maintenant que l’un
d’entre eux, un peu plus âgé, a osé s’approcher
de moi, elle ne nous laissera plus y retourner !
Isabelle se laissa tomber en arrière, les mains
sous la nuque.
– Tu te fais des idées, ma pauvre Éléanor.
Celle-ci se raidit sur sa chaise.
– Ah oui ? Pourquoi crois-tu que nous ne
participons plus aux bonnes œuvres ? Que je n’ai
plus la permission de rendre visite à mes amies ?
13 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Tes amies ? Isabelle entortilla une boucle
de ses cheveux noirs sur son index. Ces deux
filles gourdes et parvenues ? Tu ne peux pas
comparer ! Tes amies n’étaient pas des gens
fréquentables. C’est pour cela que maman n’a
plus voulu que tu les voies. C’était pour ton
bien.
– Pour mon bien ? répéta Éléanor d’une voix
suraiguë. Elle ne veut pas que je me marie, oui !
Elle veut nous garder dans cette maison sinistre
pour je ne sais quelle raison, et nous n’en serons
délivrées qu’à sa mort !
– Je ne te permets pas de parler ainsi de
maman ! se révolta Isabelle.
– Mon dieu, comment peux-tu être aussi
aveugle ?
– Et toi, pourquoi restes-tu ici, si tu es à ce
point convaincue de ce que tu dis ?
Éléanor se tourna vers la fenêtre.
– J’y ai déjà pensé… Mais je n’ai aucun
endroit où aller. Tante Marie aime trop maman,
elle ne me croirait jamais et se dépêcherait de
me renvoyer à la maison.
– Tu n’as qu’à t’enfuir avec ton sublime
Henri-Charles, lui lança sa sœur, un rien de
dédain dans la voix.
– C’est impossible, Henri-Charles ne peut
s’embarrasser d’une fugueuse. Nous ne nous
connaissons pas assez, je ne peux pas lui
demander cela.
14 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
L’index droit sur le côté du visage, l’air
songeur, Isabelle s’approcha de la porte.
– Il te reste une solution…
– Ah oui ? Laquelle ? demanda Éléanor,
méfiante.
– Tu peux toujours demander asile à
Natasha !
Puis elle partit d’un rire strident et
provocateur. Éléanor voulut se lancer sur elle
pour lui flanquer la correction qu’elle méritait,
mais le temps de se retourner, poings en avant,
Isabelle avait quitté la pièce.
Il était inutile de la poursuivre. Isabelle savait
se défendre : il lui suffirait d’appeler à l’aide, et
en moins de deux un membre du personnel de
maison accourrait à sa rescousse ; leur mère
serait immédiatement mise au courant de leur
altercation, et Éléanor devrait en expliquer la
raison.
Non. C’était impensable. Jamais elle n’oserait
lui dire que son souhait le plus fervent était de
quitter cette maison, de se libérer de ces chaînes
immatérielles que sa propre mère avait tissé
autour d’elle, étouffant son cœur et entravant
son esprit. Le regard sombre et la bouche
pincée de celle-ci suffiraient à lui ôter toute
volonté. « Ne te rends-tu pas compte de ce que
j’ai fait pour toi ? Des sacrifices que j’ai dû
consentir pour ton bien-être ? » lui dirait-elle. Et
15 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Éléanor baisserait la tête, coupable du crime
d’exister.
Debout au milieu de la pièce, elle attendit de
ne plus entendre le rire cruel d’Isabelle, puis se
détendit quelque peu.
Que faire maintenant ? Même si elle s’y était
préparée, la réponse négative qui résonnait
encore dans sa tête avait balayé sans
compassions les quelques espoirs qu’elle
nourrissait. « Pourquoi espérer ? Que j’ai été
sotte ! »
Elle revint à la fenêtre. Un éclair magnifique
zébra le ciel plombé de cette après-midi
d’automne, et Éléanor se surprit à frissonner.
Là-bas, à quelques mètres en dessous d’elle, il y
avait la rue. La rue… et la liberté. La liberté,
mais aussi la peur de l’inconnu, le froid et la
solitude.
Rester dans cette maison, c’était vivre
prisonnière. En sortir, c’était peut-être risquer
sa vie. Un choix délicat… Éléanor n’avait pas le
courage de l’affronter. Pas encore. Elle se
tourna vers le lit. « Je ne peux pas oublier la
réalité, mais je peux m’en éloigner quelques
instants. » Prestement, elle déboutonna sa robe
en velours bordeaux, qui glissa à ses pieds dans
un mouvement d’air. La chair de poule, la jeune
fille posa le vêtement au pied du lit et s’enfouit
sous l’édredon. Fermant les yeux, elle laissa ses
mains frôler son corps à travers le coton de sa
16 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
chemise. Au contact de ses paumes, les pointes
de ses seins durcirent, lui arrachant un soupir.
Descendant plus bas, elle remonta le fin tissu et
se mit à enrouler les boucles châtain de son
ventre autour de ses doigts. Elle imagina les
mains d’Henri-Charles à la place des siennes et
sa respiration s’accéléra tandis qu’elle écartait les
cuisses. Avec un index elle chercha la moiteur
de son intimité, puis caressa doucement le
bouton de rose jamais cueilli. Elle gémit. « Si
seulement un homme pouvait me donner
autant ! » En moins d’une minute, ses
sensations s’intensifièrent jusqu’à en devenir
une torture. Éléanor raidit instinctivement les
muscles de ses jambes et une contraction de
son bas-ventre lui annonça l’arrivée du plaisir.
Celui-ci se déversa par vagues de chaleur, et la
jeune fille retint sa respiration un court instant.
Haletante, elle dégagea ses mains. Elle savait
que ce qu’elle venait d’éprouver ne lui suffirait
pas. Qu’elle devrait recommencer plusieurs fois
avant de s’endormir, épuisée et comblée.
Au moins, pendant ce temps-là, l’image de sa
mère ne viendrait pas l’assaillir.

– Je suis navrée de devoir contrarier ton
esprit tortueux, ma chère sœur, mais il se trouve
que Catherine nous attend cette après-midi
même, et que maman a accepté l’invitation. Elle
doit aider tante Marie à préparer le premier bal
17 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
blanc de Catherine, qui fera ainsi son entrée
dans le monde. Elle sera sûrement mariée dans
l’année, et moi, je suivrai !
Le ton railleur d’Isabelle coupa l’appétit
d’Éléanor, descendue prendre son petit
déjeuner. Quand elle entendait parler de sa
mère, une boule froide venait se loger au creux
de son estomac, ne laissant rien d’autre passer.
– Cela ne te fait donc pas plaisir ? insista sa
sœur. Je parie qu’Henri-Charles sera là ! Il ne
manquerait pour rien au monde une occasion
de revoir sa tendre et douce Éléanor.
Celle-ci lui lança un regard vibrant de colère,
mais ne desserra pas les lèvres.
– Que t’arrive-t-il ? lui demanda Isabelle,
d’un ton faussement penaud. Je ne peux pas
croire…
Un toussotement gêné interrompit la jeune
fille. Marthe, leur femme de chambre, se tenait
debout devant elles, lèvres serrées, l’aspect
austère dans sa robe de coupe simple. Éléanor
la remercia intérieurement d’avoir fait cesser la
tirade insultante d’Isabelle.
– Oui, Marthe ? Qu’y a-t-il ?
– Madame votre mère souhaite vous parler.
Les deux sœurs firent un pas vers la porte à
l’unisson. Il valait mieux y aller tout de suite…
– Non, euh… Elle n’a demandé qu’Éléanor.
Isabelle sourit.
18 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Tant mieux. Ainsi je pourrai finir mon petit
déjeuner.
Éléanor, suivie de Marthe, traversa le couloir
et monta les escaliers, se demandant ce qu’elle
avait bien pu faire pour que sa mère veuille la
voir. Arrivée devant sa chambre, elle prit une
profonde inspiration et entra.
– Ah, te voilà, Éléanor ! s’exclama une
femme d’un certain âge, agenouillée sur un prie-
dieu. Ses cheveux grisonnants et ses rides
donnaient à son visage un aspect sombre et
aigri. Rien à voir avec la grand-mère qu’elle se
refusait d’être.
« Et pourtant… » pensa Éléanor. Elle
attendit patiemment que sa mère finisse sa
prière et l’instruise du sujet pour lequel elle
l’avait fait venir. Celle-ci, sans un regard pour sa
fille, lui parla lentement, comme on parlerait à
un enfant.
– Cette après-midi j’emmène Isabelle chez
ma sœur, afin qu’elle puisse jouer un peu avec
Catherine. Vu ton âge, je ne pense pas que tu te
sentirais à l’aise en compagnie de si jeunes filles.
Tu apprécieras donc que je te permette de
rester à la maison.
Éléanor se sentit défaillir. « Tu te fais des
idées, ma pauvre Éléanor ! » lui criait la voix
d’Isabelle dans un recoin de sa mémoire. Elle
posa la main sur un guéridon, déglutit avec
peine. L’idée de se battre, qu’elle n’avait jamais
19 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
envisagée, se fit place dans son esprit. « En fin
de compte, je n’ai rien à perdre… »
– Maman…
– Oui ? Tu as besoin de quelque chose ?
– Je… J’aime bien ma cousine Catherine,
et… et sa maison est si agréable ! Tante Marie
pendra mon absence comme une insulte envers
elle… Je suis toute disposée à vous
accompagner.
Pour la première fois depuis son entrée dans
la pièce, la mère d’Éléanor leva les yeux et la
fixa. Il n’y avait aucun amour, aucune tendresse
dans ses pupilles. Rien qu’une haine à peine
voilée qui fit reculer Éléanor.
– Je pense que tu m’as mal comprise, ma
chérie.
Sa voix, cassante, hérissa la peau des bras de
la jeune fille.
– Je vais être plus claire. Tu ne viendras pas.
Tu t’es assez donnée en spectacle en t’affichant
près de ce garçon blond, l’autre fois. Je sais que
tu es jeune et que tu ne peux pas comprendre,
mais il ne faut pas laisser le mal s’installer en toi.
Mon seul souci est de te protéger. Des autres et
de toi-même. Plus tard, tu me remercieras. La
discussion est close.
La voyant baisser à nouveau les yeux vers
son ouvrage, Éléanor lui tourna le dos et quitta
la pièce précipitamment, sans tenter de réprimer
les sanglots qui lui comprimaient la poitrine.
20 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Ayez l’obligeance de fermer la porte,
ordonna madame Bécquer à Marthe, restée tout
ce temps sur le palier.
Avec un regard dubitatif derrière son masque
strict, la femme de chambre s’exécuta.
Éléanor, le cœur en miettes, courut se
réfugier dans sa chambre, dont elle claqua la
porte pour la première fois. Le bruit sourd la
surprit, et ses larmes s’arrêtèrent de couler.
La situation lui paraissait tellement injuste
qu’elle lui coupait le souffle. Elle se sentait
démunie, comme empêtrée dans une toile
d’araignée dont sa mère tisserait les fils pour
mieux la contrôler.
Elle ne pouvait s’imaginer vivre ainsi
éternellement.

Éléanor passa le reste de la journée dans sa
chambre. De sa fenêtre, elle vit partir sa mère
accompagnée d’Isabelle. Sa sœur, l’apercevant
avant de monter dans le fiacre, fit à son
intention un tour sur elle-même avec un sourire
en coin, assurément pour lui montrer qu’elle se
trouvait jolie dans la robe qu’elle portait, et que
la perspective de passer l’après-midi avec les
amis de Catherine l’enchantait. Peut-être
pensait-elle tenter sa chance avec Henri-
Charles ? Éléanor laissa retomber le rideau, et
refusa même de descendre dîner lorsqu’elles
furent de retour. Pendant toute la nuit et une
21 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
partie de la journée suivante, elle tenta
désespérément de trouver une solution pour se
débarrasser de ses chaînes. En fin de compte,
Henri-Charles restait son seul espoir. Elle savait
où il habitait, pour l’avoir entendu dire à
Catherine. Il lui suffirait d’aller le trouver, de lui
expliquer sa situation, et de lui demander sa
protection…
Bien sûr, cela risquait de compromettre sa
réputation ; et puis, comment être sûre que les
parents du jeune homme accepteraient de la
prendre en charge ? À moins qu’ils ne se
marient… Non, cela devenait grotesque ! Sauf
si… Si elle s’offrait à Henri-Charles, sa propre
mère ne pourrait s’élever contre une
proposition de mariage.
Mais lui, voudrait-il d’elle ? « C’est vraiment
tiré par les cheveux ! » se gronda Éléanor, avant
d’imaginer une autre issue aussi fantasque que la
précédente.
Le lendemain après-midi, elle se trouvait
encore à se morfondre dans ses pensées quand
on annonça un visiteur imprévu.
Elle attendit quelques minutes. Peut-être
était-ce pour elle ? Ne voyant personne venir la
chercher, elle s’aventura près des escaliers.
– Que fais-tu là ? lui demanda Isabelle,
s’approchant d’elle sans bruit.
22 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Éléanor se retourna prête à affronter un
nouveau sarcasme. Mais Isabelle ne semblait
pas d’humeur mesquine.
– Sais-tu qui est dans le petit salon avec
maman ?
Isabelle hésita visiblement. Éléanor insista.
– Alors ? Le sais-tu ?
– Oui.
– Et c’est… ? demanda Éléanor, agacée par
son manque de coopération.
Isabelle sourit, montrant ses canines blanches
et pointues.
– Henri-Charles.
Le temps sembla s’arrêter brusquement dans
le cerveau d’Éléanor. Elle sentait bien que rien
de bon ne devait sortir de cet entretien, et
quelque part au fond de ses entrailles l’instinct
du danger s’éveilla. Niché au creux de son
ventre, il glissait dans ses veines tel un serpent
qui n’attendrait que le moment propice pour
dévorer sa proie. Luttant contre un sentiment
de panique, la jeune fille réussit à s’accrocher à
la balustrade et descendit l’escalier marche à
marche d’un pas lourd. Au fur et à mesure
qu’elle s’approchait du petit salon, la voix de sa
mère lui parvenait de plus en plus
distinctement. Le cœur cognant fort dans sa
poitrine, les jambes tremblantes, Éléanor ferma
les yeux et fit irruption dans la pièce.
23 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Au regard que lui lança Henri-Charles,
mélange de tristesse et de déception, Éléanor
comprit que le mal était fait.
Sa mère, nullement contrariée par sa
présence s’adressa à elle sans agressivité.
– Ma chérie, ce n’était pas la peine de te
déranger. Ce jeune homme était venu prendre
de tes nouvelles. Je lui ai expliqué que tu ne
souhaitais pas le revoir. Il est donc inutile qu’il
revienne ; cela pourrait te gêner dans
l’accomplissement de ta vocation.
– Ma… vocation ? réussit à articuler Éléanor.
Henri-Charles intervint.
– Je suis désolé, mademoiselle. J’ignorais que
vous comptiez faire vos vœux. Je ne vous
imposerai pas davantage ma présence. Excusez-
moi encore une fois.
Il se tourna vers madame Bécquer et inclina
la tête.
– Madame… Je vous souhaite une bonne
journée.
– Mais… murmura Éléanor.
– Remonte dans ta chambre, ma chérie, lui
lança sa mère sèchement. Je me charge de
l’accompagner jusqu’à l’entrée.
Incapable de dire un mot ou de faire un pas,
Éléanor les vit sortir du petit salon. En voyant
disparaître les boucles blondes d’Henri-Charles,
elle se dit avec regret qu’elle n’avait pas osé les
caresser une seule fois… Paralysée d’effroi, elle
24 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
attendit que la lourde porte en chêne grince sur
ses gonds en se refermant. Son « plan », si tant
est qu’elle en avait un, tombait à l’eau…
Les parents d’Henri-Charles, fervents
catholiques, ne supporteraient pas que leur fils
détourne une âme innocente d’une vie dédiée à
Dieu… Il ne les contredirait pas. Sa mère avait
à nouveau trouvé les mots qu’il fallait.
Mais c’en était trop. À vouloir lui couper
l’herbe sous les pieds, elle avait finalement
obtenu que sa fille accepte de marcher sans
chaussures…
En faisant volte-face pour quitter le salon,
Éléanor rencontra le regard compatissant de
Marthe. La jeune fille ouvrit la bouche pour lui
parler puis se ravisa. Ce qu’elle avait décidé de
faire, elle le ferait seule. Elle passa à côté de la
vielle femme.
– Que Dieu vous garde, murmura celle-ci.
Éléanor remonta dans ses appartements sans
un mot. Elle commença par y faire les cents
pas, bras croisés sur sa poitrine, totalement
absorbée dans l’analyse de l’idée qui venait
d’éclore dans son esprit. Elle lui faisait peur,
certes. Néanmoins, après l’avoir tournée et
retournée dans tous les sens, elle comprit
qu’elle craignait surtout le moment de la mettre
à exécution. En conséquence, il valait mieux s’y
atteler sans attendre !
25 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Dans un accès d’activité fébrile, Éléanor
sortit un sac de voyage d’un coffre placé aux
pieds de son lit. La fermeture s’ouvrit avec un
cliquetis métallique. Sans se donner le temps de
réfléchir, elle ouvrit l’un après l’autre les tiroirs
de sa commode puis en sortit deux chemises,
quelques paires de bas, un jupon, un corset, des
gants. Tout cela atterrit dans le sac en cuir
grenat. Deux robes vinrent s’y ajouter,
qu’Éléanor décrocha de son armoire : l’une en
lainage violet, très simple, idéale pour tous les
jours ; l’autre, coupée dans un satin couleur
turquoise, dont le col et les manches étaient
brodés de dentelle, qu’elle ne revêtait qu’en de
rares occasions. Elle jeta un regard amer à ses
autres tenues ; elle ne pouvait toutes les
emmener. Tant pis ! La liberté valait bien
quelques sacrifices. Elle referma l’armoire non
sans y avoir repéré sa robe sombre de voyage et
sa pèlerine. Enfin, elle glissa le sac en cuir sous
le lit. L’heure n’était pas encore venue.
26
CHAPITRE 2
Les pavés de la cour intérieure résonnaient
sous ses pas. Éléanor se maudit de n’avoir pas
attendu davantage pour enfiler ses bottines.
Arrivée à la porte cochère, les mains
tremblantes, la respiration saccadée, elle s’y
adossa et attendit quelques instants. Aucune
lumière ne s’alluma de l’autre côté des volets
clos. Hésitante, trempée de sueur malgré la
fraîcheur de la soirée, la jeune fille fit un pas,
puis deux, enfin elle s’éloigna de la maison en
longeant les murs des immeubles voisins.
Éléanor n’avait pas eu de mal à rester
éveillée. Assise dans son lit, elle avait attendu
que les domestiques se retirent et que sa mère et
sa sœur éteignent leur lumière, à vingt heures
trente selon les consignes de celle-là.
Déterminée, quoique angoissée, elle s’était
habillée chaudement et, ses bottines dans une
main, son sac dans l’autre, elle avait descendu
l’escalier à pas feutrés, surveillée de près par les
membres de sa famille maternelle, qui prenaient
sagement la pose sur les toiles accrochées aux
27 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
murs du couloir. Dans cette réunion silencieuse
d’ancêtres, il manquait son père, dont tous les
portraits, seul ou accompagné, avaient été ôtés
de leurs emplacements, laissant des marques
plus claires sur le papier peint. Elle avait
commencé à transpirer devant la porte
d’entrée : un seul bruit et elle serait condamnée
à rester enfermée pour le restant de ses jours.
Heureusement, elle était parvenue sans
encombre dans la minuscule petite cour qui,
séparant le bâtiment de la rue, lui conférait un
peu d’intimité, cachant les habitants du regard
des passants.
À présent, elle avait réussi la première partie
de son plan. Restait le plus dur : sortir de la ville
pour échapper aux recherches. Car Éléanor ne
doutait point que sa mère mette tout en œuvre
pour la retrouver.
Elle frissonna, sans trop savoir pourquoi : le
froid qui s’insinuait dans ses vêtements humides
malgré sa pèlerine, la peur de la rue déserte,
éclairée par des réverbères au gaz semblables à
des soldats en faction, ou le regard autoritaire
de sa mère, qu’elle imaginait déjà à ses
trousses ?
Elle savoura la tranquillité de sa rue, où il n’y
avait que des maisons bourgeoises, cossues
mais silencieuses. Puis, tournant le dos à la
Seine, elle déboucha quelques mètres plus loin
28 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
sur une petite place d’où partaient d’autres
artères plus animées.
La jeune fille choisit la direction sans hésiter :
elle comptait rejoindre la gare Montparnasse,
d’où elle pouvait se rendre à Orléans. La
traversée du Faubourg St Germain ne lui
semblait pas insurmontable ; une seconde, elle
remercia ses parents d’avoir eu une situation
aisée pour éviter les quartiers Est de la capitale,
peuplés de miséreux ayant quitté la campagne
pour tenter leur chance en ville. La famille
d’Henri-Charles, ainsi que la tante Marie,
habitaient pour leur part deux hôtels particuliers
du Faubourg St Honoré, sur la rive droite de la
Seine.
Henri-Charles… « Si je pars, je ne le reverrai
sans doute jamais. » Les claquements et
glissements de ses semelles lui répétèrent les
paroles de sa mère : « inutile qu’il revienne »,
« inutile qu’il revienne… » Elle essuya une
larme sur sa joue du revers de la main ; à quoi
bon s’en faire ? De toute façon, elle ne l’aurait
pas revu.
N’étant pas habituée à marcher, Éléanor mit
plus d’une heure pour parcourir les quelques
trois kilomètres qui la séparaient de la gare. En
chemin elle ne croisa que de rares passants ;
certains hommes la dévisagèrent de façon
presque insultante, se demandant sûrement ce
qu’elle faisait dans la rue, à cette heure tardive et
29 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
sans chaperon. Personne n’osa l’aborder,
d’autant que, connaissant le quartier, elle évita
par des détours les abords des cafés, encore
ouverts pour certains. Malgré cela, elle n’osait se
sentir rassurée, et triturait nerveusement ses
mains tout en marchant.
Lorsqu’enfin elle aperçut la gare, Éléanor
soupira. Elle savait par Isabelle qu’elle devrait
attendre le matin pour prendre un train. Non
que sa sœur cadette l’ait aidée à s’enfuir ; mais la
jolie rêveuse se passionnait pour les chemins de
fer depuis que l’État en avait fait un moyen de
transport de voyageurs autant que de charbon.
Trois ans auparavant, la capitale était devenue
officiellement le centre d’un réseau qui devait
desservir la France entière… et Isabelle, qui
croyait encore au prince charmant le voyait
déjà, beau brun ténébreux aux accents
méditerranéens, descendant de son fier destrier
métallique pour l’emmener au bout du
monde… Éléanor ne comptait pas aller si loin,
mais assurément la distance serait plus vite
parcourue qu’à pied.
Laissant la masse sombre de la gare sur sa
droite, la jeune fille chercha des yeux un endroit
pour passer la nuit. Une enseigne au-dessus
d’une porte lui fit presser le pas. La main sur le
heurtoir, elle hésita. L’immeuble était vieillot,
les volets en mauvais état.
30 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Il faut frapper fort, la propriétaire est un
peu sourde.
Éléanor sursauta, se retourna vivement. Un
homme d’une trentaine d’années, les cheveux
noirs en bataille et la tenue quelque peu
négligée, gilet déboutonné, nœud papillon
défait, la fixait du regard. Au léger balancement
de son corps elle comprit qu’il était éméché.
– Vous ne savez pas comment faire,
mignonne ?
Comme elle ne bougeait pas, il posa la main
sur la sienne et actionna le heurtoir par deux
fois. Éléanor se libéra aussi vite qu’elle le put,
mais la paume humide de sueur de l’inconnu lui
laissa le souvenir d’un contact désagréable.
La porte s’entrebâilla. Le visage d’une vieille
femme apparut brusquement, faisant reculer
Éléanor.
– Qu’est-ce que c’est ? demanda la
propriétaire.
L’homme s’avança.
– Je rentre…
– Il est bien tard ! Je suis tentée de vous
laisser dehors !
L’inconnu esquissa un sourire qui se voulait
séducteur.
– Vous ne feriez pas ça, hein, madame
Bégoin ?
La « dame » en question sourit à son tour,
découvrant une bouche presque édentée.
31 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Non… bien sûr. Entrez donc.
Elle montra d’un geste Éléanor.
– Et elle ? demanda-t-elle, suspicieuse. C’est
votre conquête de ce soir ?
Éléanor, rougissant violemment, s’apprêtait à
lui répondre lorsque l’inconnu la devança.
– Eh que non, madame Bégoin ! C’est une
vraie demoiselle, ce n’est pas l’une de ces
traînées… N’est-ce pas, mademoiselle… ?
– … Querbec, mademoiselle Querbec,
s’empressa d’ajouter Éléanor, se réprimandant
intérieurement de ne pas avoir pensé à ce détail
un peu plus tôt, car elle voulait éviter d’utiliser
son nom de famille.
– Mademoiselle Querbec souhaite loger chez
vous, de toute évidence.
La vieille l’observa des pieds à la tête.
L’examen déplut à Éléanor, qui serra les dents,
pressée d’en finir.
– C’est bon, vous pouvez entrer.
L’homme s’inclina.
– À vous l’honneur, mademoiselle Querbec.
Il faillit tomber tandis qu’Éléanor se glissait à
l’intérieur avec une pointe d’appréhension. Il se
rattrapa à l’une des marches puis la suivit et
ferma la porte.
Dans le hall peu éclairé il y avait un comptoir
poussiéreux, derrière lequel prit place la
propriétaire des lieux.
– C’est pour combien de temps ?
32 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– U… une nuit, annonça Éléanor.
La vieille leva le nez de son registre.
– Vous attendez quelqu’un ?
Éléanor s’empourpra à nouveau.
– Non, non… Je prends le train demain
matin.
– Ah, bon ! Dans ce cas, je vous donne la
chambre numéro trois. Elle est au premier
étage. Si vous voulez, je viendrai vous réveiller
moi-même. Le premier train quitte la gare à sept
heures.
Après lui avoir réclamé le prix de la chambre,
elle lui fit signer le registre puis lui tendit une
clé. Éléanor s’apprêtait à monter les escaliers
lorsque, se rappelant son sac de voyage qu’elle
avait posé à terre, elle se retourna.
– C’est ça que vous cherchez ? lui demanda
l’inconnu, son sac dans les bras.
Éléanor leva les yeux et rencontra son regard.
Chose curieuse, il avait l’air dégrisé.
Brusquement, la jeune fille comprit qu’il avait
écouté toute la conversation. Elle reprit son
bien et s’éloigna, inquiète malgré elle. La vieille
Bégoin étouffa un juron.
– Monsieur de Cavaillac ! Cessez de la
regarder comme ça !… La chair fraîche de cette
petite est trop délicate pour votre appétit
d’ogre…
Elle éclata de rire. Éléanor se hâta de monter
les quelques marches qui menaient au palier du
33 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
premier étage. Une lampe à huile était posée sur
un guéridon, à l’entrée du couloir, qui éclairait
en partie celui-ci. Elle n’eut aucun mal à trouver
sa chambre, chacune d’entre elles portant un
numéro.
La numéro trois (tout comme les autres,
supposa Éléanor), était une pièce minuscule que
le lit remplissait presque entièrement. Sur une
commode, il y avait une lampe, qu’elle alluma
avec l’aide de celle du couloir, un broc et une
cuvette. La seule fenêtre sur le mur en face de la
porte donnait sur la rue.
Après avoir fermé à clef, elle déposa son
maigre paquetage sur l’unique chaise de la pièce
et inspecta le lit. Les couvertures étaient usées,
effilochées sur les bords, et par endroits on
apercevait les draps. Mais ceux-ci semblaient
propres et repassés de frais.
Éléanor s’assit, s’enfonçant dans le matelas.
Elle retira ses bottines, les plaça
précautionneusement à gauche du lit et
entreprit de se déshabiller. Une fois en chemise
elle se mit à grelotter ; la chambre était glaciale
et la tension nerveuse, retombant peu à peu, lui
faisait prendre conscience de son épuisement.
La jeune fille se glissa sous les couvertures
mais ne put s’endormir tout de suite.
L’énormité de son acte torturait sa conscience
et la maintenait éveillée. Elle venait de quitter sa
famille, sa maison… Mais que diraient les
34 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
gens ? Une jeune femme si bien élevée !
Personne n’aurait cru ça de la fille de madame
Bécquer ! Et puis voleuse de surcroît… Pour
payer la chambre et le train, Éléanor avait
« emprunté » une petite somme d’argent à sa
mère. Facile, lorsqu’on sait où se trouve la
bourse pour les achats quotidiens ! « C’est peu
comparé à ce que je lui aurais coûté en
nourriture et habillement si j’étais restée… De
plus, elle pourra toujours se rembourser en
vendant mes robes. » Un pincement au cœur lui
rappela que, dans le fond, elle ne prenait pas
cela vraiment à la légère.
Après s’être tournée et retournée vainement,
elle finit par sombrer dans un sommeil peu
profond, peuplé d’êtres étranges qui tentaient
de l’enchaîner, de l’emprisonner, l’étouffer ou la
noyer, pour le plus grand plaisir de sa mère…

– Debout là-dedans ! Il est six heures ! cria
madame Bégoin de sa voix rocailleuse.
Éléanor s’étira. Le jour n’était pas encore
levé et il pleuvait.
– Charmant ! murmura-t-elle. Je n’aurais pu
mieux choisir !
Elle chercha à tâtons sa robe puis se dépêcha
de l’enfiler. Un rai de lumière filtrait sous la
porte ; elle y approcha la chaise pour lacer ses
bottines. Enfin, elle faillit abandonner l’idée de
faire un brin de toilette, car l’eau du broc était
35 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
froide ; la jeune fille s’y résolut néanmoins,
pensant effacer ainsi les traces laissées par la
mauvaise nuit.
Lorsqu’elle sortit dans le couloir dix minutes
plus tard, tenant son sac de la main gauche et sa
pèlerine repliée sur son bras droit, Éléanor était
décidée à quitter l’endroit le plus vite possible.
Il n’entrait pas dans ses plans de prendre un
petit déjeuner sur place ; elle craignait de
dépenser le peu d’argent qu’elle possédait avant
même d’avoir quitté Paris. Elle descendit donc
l’escalier et posa sa clef sur le comptoir.
Une main effleura son bras.
– Mademoiselle Querbec ? Vous partez
déjà ?
Éléanor reconnut la voix masculine.
– Monsieur de Cavaillac ?
– C’est cela… Je suis heureux de constater
que vous n’avez pas oublié mon nom. Vous
permettez que je vous offre un café ?
Éléanor ouvrit la bouche pour refuser.
Cependant, le visage fraîchement rasé de
Cavaillac, son sourire franc et le gargouillement
de son estomac la firent changer d’avis.
– Je… j’en serais ravie, monsieur… Mais
juste un café.
– Venez avec moi.
Il lui prit son sac, saisit délicatement son
coude et l’emmena dans la salle à manger qui
jouxtait l’accueil.
36 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Pendant une demi-heure, Cavaillac lui permit
d’oublier l’angoisse de sa situation, le visage
furibond de sa mère et même ses craintes pour
l’avenir immédiat. Il lui raconta des histoires
rocambolesques, se moqua gentiment des
habitués et au café, il ajouta des croissants et du
beurre. Il n’avait plus rien de l’homme soûl de
la veille. Éléanor aurait pu l’écouter parler des
heures durant…
– Monsieur de Cavaillac, avez-vous l’heure ?
lui demanda-t-elle, s’éveillant de la rêverie dans
laquelle sa conversation semblait la plonger.
Il consulta sa montre de gousset, attachée à
son gilet par une chaînette en or.
– Il est six heures quarante-cinq.
Éléanor s’affola.
– Oh, si tard ! Ne pensez pas que je veuille
vous fausser compagnie, mais je dois
absolument partir.
Il sourit.
– Ah oui… Ce fameux train ! Ne vous
inquiétez pas, mademoiselle. Vous ne le perdrez
pas.
Malgré ces mots qu’il voulait rassurants, elle
se leva pour prendre congé.
– Je vous remercie de votre gentillesse,
monsieur de Cavaillac…
– Armand.
– Euh… oui… Armand. Elle rougit. Je vous
souhaite une bonne journée.
37 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Madame Bégoin, qui s’approchait de leur
table, l’observa tandis qu’elle quittait la salle.
Elle cligna de l’œil à l’attention de Cavaillac.
– Beau brin de fille, hein ?
Il lui adressa un regard complice
– Oui… Pas mal pour une vierge.

Éléanor n’avait pas parcouru cent mètres
lorsqu’elle sentit une présence à ses côtés. Elle
osa un coup d’œil discret sans cesser de
marcher, puis poussa une exclamation de
surprise.
– Monsieur de Cavaillac ? Que… que faites
vous ici ?
– Quoi ? Ne vous l’avais-je pas dit ?… Je me
rends à une importante réunion – pour affaires,
cela va de soi - à Orléans. Je prends le train ce
matin… Et puis je vous avais dit de m’appeler
Armand.
Éléanor se mit à bégayer.
– Mais… mais… moi aussi, je… enfin…
– Oui, je sais. Nous allons être compagnons
de voyage. Étrange coïncidence, n’est-ce pas ?
Elle fronça les sourcils. Une sonnette
d’alarme intérieure s’entêtait à lui répéter que la
coïncidence n’en était pas une.
– Étrange, oui… lui répondit-elle.
Ils ne tardèrent pas à parvenir à la gare.
Éléanor s’était attendue à la trouver bondée,
cependant la grisaille matinale avait découragé
38 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
les riches bourgeois qui aimaient se balader ;
seuls quelques hommes qui n’avaient pu faire
autrement supportaient stoïquement la bruine
qui tombait encore, debout sur le quai.
Éléanor s’installa dans une voiture de
seconde classe. Cela contraria Cavaillac, qui
aurait préféré une de première classe. Mais la
jeune fille se refusait obstinément à ce qu’il
payât le prix du trajet, et il ne tenait pas à la
perdre de vue. Ainsi, un peu bougon, il prit
place en face d’elle.
Avant que le train ne s’ébranle, elle interpella
le chef de gare.
– Excusez-moi, monsieur. Sera-t-on à
Orléans avant midi ?
L’homme, un grand bonhomme au ventre
rebondi et dont la moustache grise pendait des
deux côtés de la bouche, lui sourit
chaleureusement.
– Ne vous inquiétez point, madame. Nous y
serons. Et puis votre époux trouvera bien une
façon de vous faire passer le temps plus vite…
Il fit un clin d’œil en direction d’Armand et
s’éloigna.
Éléanor, dont le rouge était monté aux joues,
réprimanda le jeune homme souriant qui
l’observait.
– Pourquoi ne lui avez-vous pas dit que vous
n’étiez pas mon… Elle baissa la voix… mon
époux ?
39 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
– Et pourquoi l’aurais-je détrompé ? Pour
que tous les passagers du train sachent qu’une
jeune fille voyage sans mari ni chaperon ?
Elle se raidit.
– Je ne vous permets pas de me juger !
D’ailleurs, à mon âge, on n’a plus besoin de
chaperon !
– Et quel âge avez-vous, s’il vous plaît ?
l’interrogea Armand, amusé par sa réaction.
– Vingt-quatre ans ! Enfin… presque. Dans
quelques jours.
– C’est magnifique ! Rappelez-moi de vous
inviter au théâtre pour fêter l’événement !
Éléanor se tut. Elle ne comptait pas le revoir,
une fois à Orléans. D’ailleurs, elle ne pensait pas
en avoir l’occasion. Elle s’appuya contre la
banquette et ferma les yeux. Le train se mit alors
en route, d’abord doucement, puis de plus en
plus vite jusqu’à atteindre sa vitesse de pointe.
Une joie immense s’empara du cœur d’Éléanor,
qui n’en laissa rien paraître derrière ses paupières
closes. Elle quittait Paris… sans encombres et
sans esclandre. Elle se demanda ce que sa mère
pouvait bien faire à l’instant même ; cette pensée
la rembrunit, et elle l’écarta de son esprit.
Armand, quant à lui, ne se lassait pas de
l’admirer. Elle avait le teint frais des jeunes
adolescentes et une innocence dans le regard
qui donnaient à son excursion un caractère plus
que téméraire. Armand n’était pas dupe ; il avait
40 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
bien senti qu’elle était en fuite (en fuite de quoi,
cela ne l’intéressait guère), ce qui ne pouvait que
rajouter du piquant à sa partie de chasse…
Lorsque, malgré elle, ses lèvres rose pâle
esquissèrent un sourire, le cœur de Cavaillac fit
un bond et un flot de sang inonda les moindres
recoins de son corps. Il se retenait pour ne pas
la toucher, non pas tant parce qu’il risquait de
l’effrayer que parce qu’il aurait du mal à
maîtriser son désir une fois celui-ci libéré.
Profitant qu’Éléanor faisait semblant de dormir,
il entreprit d’examiner en détail sa physionomie.
Son regard descendit et se posa avec insistance
sur sa poitrine qui se soulevait au rythme de sa
respiration. Il serra les poings. Il imaginait déjà
la masse tiède et un peu lourde des seins
d’Éléanor, nichés dans le creux de ses paumes ;
ses lèvres emprisonnaient les pointes
subitement durcies, et un gémissement
parvenait à ses oreilles, l’incitant à terminer le
travail commencé…
Pour l’instant seule la gorge de Cavaillac
émettait de petits soupirs face au plaisir interdit.
Il posa la main sur son entrejambe et le contact
le fit frémir. Il caressa doucement, à travers le
tissu, l’organe dont il était si fier. Des gouttes de
sueur perlèrent sur ses tempes ; un léger
tremblement anima sa lèvre inférieure, qu’il
humidifia avec sa langue. Cessant la caresse, sa
main se serra autour de son sexe : il devait se
41 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
contrôler, que diable ! Heureusement pour lui, il
avait pensé à emmener sa petite fiole de cognac.
Il en but quelques gorgées, s’essuya la bouche
du revers de la main et replaça la petite bouteille
plate dans la poche intérieure de sa veste. La
chaleur de l’alcool, tapissant les parois de sa
gorge, réussit à distraire le cerveau de Cavaillac
des autres points échauffés de son organisme.
En face d’Armand, les yeux toujours fermés,
Éléanor réfléchissait à ce qu’elle allait faire en
arrivant à Orléans. La ville était grande et elle n’y
avait jamais mis les pieds. Evidemment, elle aurait
pu préférer un fiacre pour se rendre à sa
destination ; cependant le prix d’une telle folie aurait
bien représenté le double de son billet de train.
Posée sur la bourse qu’elle portait à la ceinture
dissimulée par un pli de sa robe, sa main tâta son
maigre pécule. Quelques pièces encore…
Trouverait-elle ce qu’elle cherchait – ou plutôt qui
elle cherchait – avant de mourir de faim ? Le petit
déjeuner ayant été copieux, la jeune fille savait
qu’elle pourrait se passer du repas de midi. Elle ne
devait pas perdre de temps : si elle n’avait pas
trouvé à la nuit tombée, elle se verrait obligée de
payer à nouveau une chambre pour quelques
heures… et si la personne à qui elle venait
demander secours lui refusait son hospitalité ? Elle
se mordit la lèvre. Cette possibilité, elle n’avait pas
voulu en tenir compte dans son esprit. Néanmoins,
comment était-elle si sûre de la réaction de l‘autre ?
42 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
En supposant que cette personne l’accueille à bras
ouverts, n’allait-elle pas à l’encontre de tout ce que
sa mère lui avait affirmé ? Car madame Bécquer
manquait singulièrement de tendresse lorsqu’elle
faisait allusion à Elle…
Éléanor s’agita sur son siège. Non, il ne fallait
pas désespérer. Rien n’était perdu, au contraire.
Si elle avait réussi à s’enfuir, si l’alerte n’avait
pas été donnée, c ‘était assurément parce que sa
bonne étoile s’était enfin décidée à briller… La
chance ne la quitterait pas en descendant du
train.
Le reste du trajet se passa sans incidents
majeurs. Cavaillac, toujours beau parleur, réussit
à contenir ses envies et lui fit même la
conversation, de manière fort agréable au
demeurant. L’arrivée à la gare d’Orléans réveilla
les angoisses d’Éléanor, ce pourquoi elle quitta
son compagnon de voyage à regret. Armand la
regarda partir avec un sourire en coin puis,
lorsqu’elle disparut parmi les passants, il
s’éloigna à son tour d’un pas nonchalant en
sifflotant La marche turque de Mozart.
Déjà loin devant lui, Éléanor reprenait de
l’assurance.
– Et maintenant, il s’agit de retrouver
Natasha…
Elle repéra un couple de promeneurs et s’en
approcha pour demander son chemin.
43
CHAPITRE 3
Descendre jusqu’à la place du Martroi n’avait
pas été difficile. Arriver en vue des quais de la
Loire non plus, même si la fatigue commençait
à gagner Éléanor. Le sac grenat heurtait ses
jambes à chaque pas, et des élancements aux
épaules venaient confirmer qu’elles avaient
souffert du poids des bagages. Lorsqu’elle
aperçut le pont qui devait la mener sur l’autre
berge, elle faillit se mettre à pleurer. Il lui
paraissait si long ! La crainte d’être agressée par
un inconnu dans une ville où elle n’avait encore
aucun endroit où aller la poussa à s’y engager.
Après quelques pénibles minutes, elle remit les
pieds sur la terre ferme, regardant derrière elle
avec soulagement. Puis elle tourna la tête de
gauche et de droite, hésitante. Aux dires des
personnes qu’elle avait interrogées, la rue qu’elle
cherchait se trouvait quelque part sur sa gauche
parallèlement à la Loire. Avec un haussement
d’épaules, elle s’avança, pensant trouver
quelqu’un à qui reposer la question. Elle tourna
en rond dans de petites ruelles désertes qui ne
45 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
semblaient la mener nulle part ; à bout de
forces, elle s’appuya contre le mur d’une maison
et laissa tomber son sac de voyage.
– Vous cherchez quelqu’chose ? lui demanda
une voix féminine juste au-dessus d’elle.
Elle leva la tête : par une fenêtre ouverte, une
femme d’une trentaine d’années au visage criblé
de tâches de rousseur lui souriait sans ambages.
Éléanor reprit espoir.
– Oui… je… je cherche ma sœur, Natasha,
qui doit habiter dans le coin.
– Natasha comment ?
– Natasha Bécquer… Enfin, c’est son nom
de jeune fille. Elle est mariée, mais… - Éléanor
rougit à la pensée qu’elle ignorait le nom de son
époux -… mais je ne connais pas…
– Bécquer ? l’interrompit l’autre. Ça ne me
dit rien. Et je ne connais qu’une Natasha, c’est
la maman du p’tit Quentin, qui joue souvent
avec ma Manon…
– Vous savez où je peux la trouver ?
La femme lui indiqua une direction du doigt.
– C’est pas ben loin, à vingt mètres devant
vous, sur la droite. Une maison à un étage.
Éléanor la remercia et, mue par une volonté
nourrie d’espoir, elle s’éloigna d’un pas vif.
– … Vous n’pouvez pas la louper ! lui cria
l’amie de Natasha depuis sa fenêtre. C’est la
maison du menuisier…
46 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
Le dernier mot fit tilt dans son cerveau ; si
elle s’était rappelée quelle était la profession du
mari de sa sœur aînée, elle n’aurait pas erré dans
les rues aussi longtemps. En effet, cela faisait un
moment que des bruits de scie, de rabot et de
marteau parvenaient aux oreilles de la jeune
fille. Quelques instants plus tard elle arrivait
devant un atelier dont la porte était grande
ouverte ; un nuage de poussière de bois s’en
réchappait. Éléanor s’approcha, frappa ; sans
résultat. Elle s’aventura à l’intérieur du local :
ses bottines s’enfoncèrent dans un tapis de
copeaux blonds et tendres. Le lieu semblait être
plongé dans le brouillard ; un agréable parfum
de bois récemment coupé mélangé à l’odeur
entêtante de la cire vint lui chatouiller les
narines. Éléanor éternua, et dans la seconde qui
suivit la scie, le rabot et le marteau se turent.
L’incongruité du son, assurément. Un homme
assez jeune sortit du brouillard et la dévisagea.
Elle fit de même : grand, la barbe naissante et
les mains usées par le travail, il portait une vielle
chemise, un pantalon rapiécé au genou et un
tablier en cuir.
– Vous désirez ?
Sa voix était agréable, la question formulée
dans un français très correct. Éléanor se mordit
la lèvre puis se jeta à l’eau.
– Je cherche Natasha Bécquer…
47 Réveille-toi, ce n’est qu’un rêve…
L’homme serra les lèvres en entendant leur
nom de famille ; elle comprit qu’elle était arrivée
à bon port, même si la partie n’était pas encore
gagnée…
– Qui la demande ? dit-il d’une voix
nettement plus rude.
– Je… je suis sa sœur.
Cette fois-ci, l’homme sursauta. Il lança un
regard inquiet derrière elle, en direction de la
rue. Éléanor s’étonna de sa capacité à voir dans
ce brouillard de poussière puis elle comprit ce
qui le tracassait et se dépêcha d’ajouter :
– Non, je suis venue seule.
Il l’observa à nouveau, fronça les sourcils.
Éléanor était épuisée par le voyage, la marche à
pied, l’angoisse de l’attente. Elle ferma les yeux,
eut un vertige. Il se précipita pour la soutenir. Il
s’adressa à quelqu’un d’autre par dessus son
épaule.
– Dédé, apporte-moi une chaise pour
mademoiselle… Et toi, Quentin, va me
chercher maman. Dis-lui que c’est urgent.
Un gamin de moins de dix ans, les boucles
blondes en bataille, un rabot à la main, se leva
d’un petit tabouret et courut à l’arrière-
boutique. Éléanor entendit une porte claquer ;
elle sentit qu’on la déposait sur une chaise,
qu’on la débarrassait de son fardeau. Elle voulut
rouvrir les yeux, mais ne put s’y résoudre.
Quelque part, elle avait trop peur qu’on la
48

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