Littérature française XVIIIe siècle — Anthologie thématique

Littérature française XVIIIe siècle — Anthologie thématique

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Livres
164 pages

Description

Anthologie de la littérature française du XVIIIe siècle.

Un aperçu des Lumières et des questions essentielles qu'elle soulèvent, dans toute leur diversité. Du dialogue au conte philosophique, en passant par le roman épistolaire et la comédie, de l'amour à l'utopie, sans oublier le bonheur, le progrès et la nature, ce sont les belles pages de treize auteurs du XVIIIe siècle qui s'ouvrent ici.

On accède aux 48 extraits grâce à un double index : à l'entrée classique par auteurs s'ajoute une entrée par thèmes. L'utilisateur peut ainsi, à sa guise, explorer l'œuvre d'un écrivain ou s'intéresser à un sujet et découvrir les différentes façons dont il a été traité.

Qu'il choisisse l'une ou l'autre entrée, le lecteur dispose d'un recueil de citations destiné à faciliter sa rechercher et à lui offrir le plaisir des belles formules.


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Publié par
Date de parution 12 juin 2015
Nombre de visites sur la page 11
EAN13 9782940499083
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Titre

 

 

 

 

 

 

ISBN 978-2-940499-08-3

 

 

Textes choisis par Valentine Leroud,
lic. ès lettres et enseignante de français

 

© Micromegas.ch -éditions numériques, 2014

 

www.micromegas.ch

Table des matières

 

Avant-propos

Index des thèmes

amour

bonheur

inégalité

nature

progrès

raison

religion

sensibilité

utopie

Index des auteurs

Beaumarchais

Bernardin de Saint-Pierre

Emilie du Châtelet

Condorcet

Diderot

Fontenelle

D’Holbach

Laclos

Marivaux

Montesquieu

Mme Roland

Rousseau

Voltaire

Sources

Conçu comme une anthologie, cet ouvrage souhaite offrir un aperçu de la littérature du siècle des Lumières et des questions essentielles qu’il a soulevées, dans toute leur diversité. De l’amour à l’utopie, en passant par le bonheur, la nature, la sensibilité, ou encore les inégalités et le progrès, la religion et la raison, le XVIIIesiècle est abordé ici à traversneuf thèmesexplorés par les philosophes.

Pour les traiter, ces derniers ont inventé ou adopté des formes – le conte et le dialogue philosophiques, le roman épistolaire, la comédie ou le dictionnaire – que cet aperçu invite à découvrir à travers les belles pages detreize auteurs.

On accède aux quarante-huit extraits grâce à undouble index : à l’entrée classique par auteurs s’ajoute une entrée par thèmes. Le lecteur peut ainsi, à sa guise, explorer l’œuvre d’un écrivain ou s’intéresser à un sujet et découvrir les façons dont il a été traité.

Qu’il choisisse l’une ou l’autre entrée, il dispose d’un recueil decitationsdestiné à faciliter sa recherche et à lui offrir le plaisir des belles formules.

bonheur

inégalité

nature

progrès

raison

religion

sensibilité

utopie

amour

amour

 

Oh ! Ce que je veux ! J’attends qu’on me le dise ; j’en suis encore plus ignorante que vous ; voilà Arlequin qui m’aime, voilà le Prince qui demande mon cœur, voilà vous qui mériteriez de l’avoir. (…) et je suis bien malheureuse d’avoir tout ce tracas-là dans la tête.

 

Mes sens sont altérés, toutes mes facultés sont troublées par ce baiser mortel. Tu voulais soulager mes maux ! Cruelle ! tu les aigris. C’est du poison que j’ai cueilli sur tes lèvres.

 

Je n’ai plus qu’une idée ; j’y pense le jour, et j’y rêve la nuit. J’ai bien besoin d’avoir cette femme, pour me sauver du ridicule d’être amoureux : car où ne mène pas un désir contrarié ?

 

Il est devenu le centre unique de mes pensées, de mes sentiments, de mes actions. Tant que ma vie sera nécessaire à son bonheur, elle me sera précieuse, et je la trouverai fortunée.

 

Leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s’enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s’égarèrent.

Marivaux

La Double Inconstance, 1723

Acte II, scène 12

 

Derrière la comédie du travestissement (un prince se fait passer pour un simple cavalier auprès de la paysanne Silvia, dont il est épris), une étude minutieuse du trouble amoureux et des préjugés qui l’entravent.

 

SILVIA. Vous venez ? vous allez encore me dire que vous m’aimez, pour me mettre davantage en peine.

LE PRINCE [déguisé en cavalier]. Je venais voir si la dame qui vous a fait insulte s’était bien acquittée de son devoir. Quant à moi, belle Silvia, quand mon amour vous fatiguera, quand je vous déplairai moi-même, vous n’avez qu’à m’ordonner de me taire et de me retirer ; je me tairai, j’irai où vous voudrez, et je souffrirai sans me plaindre, résolu de vous obéir en tout.

SILVIA. Ne voilà-t-il pas ? ne l’ai-je pas bien dit ? Comment voulez-vous que je vous renvoie ? Vous vous tairez, s’il me plaît ; vous vous en irez, s’il me plaît ; vous n’oserez pas vous plaindre, vous m’obéirez en tout. C’est bien là le moyen de faire que je vous commande quelque chose !

LE PRINCE. Mais que puis-je mieux que de vous rendre maîtresse de mon sort ?

SILVIA. Qu’est-ce que cela avance ? Vous rendrai-je malheureux ? en aurai-je le courage ? Si je vous dis : allez-vous en, vous croirez que je vous hais ; si je vous dis de vous taire, vous croirez que je ne me soucie pas de vous ; et toutes ces croyances ne seront pas vraies ; elles vous affligeront ; en serai-je plus à mon aise après ?

LE PRINCE. Que voulez-vous donc que je devienne, belle Silvia ?

SILVIA. Oh ! ce que je veux ! j’attends qu’on me le dise ; j’en suis encore plus ignorante que vous ; voilà Arlequin qui m’aime, voilà le Prince qui demande mon cœur, voilà vous qui mériteriez de l’avoir, voilà ces femmes qui m’injurient, et que je voudrais punir, voilà que j’aurai un affront, si je n’épouse pas le Prince ; Arlequin m’inquiète, vous me donnez du souci, vous m’aimez trop, je voudrais ne vous avoir jamais connu, et je suis bien malheureuse d’avoir tout ce tracas-là dans la tête.

LE PRINCE. Vos discours me pénètrent, Silvia, vous êtes trop touchée de ma douleur ; ma tendresse, toute grande qu’elle est, ne vaut pas le chagrin que vous avez de ne pouvoir m’aimer.

SILVIA. Je pourrais bien vous aimer, cela ne serait pas difficile, si je voulais.

LE PRINCE. Souffrez donc que je m’afflige, et ne m’empêchez pas de vous regretter toujours.

SILVIA, comme impatiente. Je vous en avertis, je ne saurais supporter de vous voir si tendre ; il semble que vous le fassiez exprès. Y a-t-il de la raison à cela ? Pardi, j’aurai moins de mal à vous aimer tout à fait qu’à être comme je suis ; pour moi, je laisserai tout là ; voilà ce que vous gagnerez.

LE PRINCE. Je ne veux donc plus vous être à charge ; vous souhaitez que je vous quitte et je ne dois pas résister aux volontés d’une personne si chère. Adieu, Silvia.

SILVIA, vivement. Adieu, Silvia ! je vous querellerais volontiers ; où allez-vous ? Restez-là, c’est ma volonté ; je la sais mieux que vous, peut-être.

LE PRINCE. J’ai cru vous obliger.

SILVIA. Quel train que tout cela ! Que faire d’Arlequin ? Encore si c’était vous qui fût le Prince !

LE PRINCE, d’un air ému. Et quand je le serais ?

SILVIA. Cela serait différent, parce que je dirais à Arlequin que vous prétendriez être le maître ; ce serait mon excuse : mais il n’y a que pour vous que je voudrais prendre cette excuse-là.

LE PRINCE, à part. Qu’elle est aimable ! il est temps de dire qui je suis.

SILVIA. Qu’avez-vous ? est-ce que je vous fâche ? Ce n’est pas à cause de la principauté que je voudrais que vous fussiez prince, c’est seulement à cause de vous tout seul ; et si vous l’étiez, Arlequin ne saurait pas que je vous prendrais par amour ; voilà ma raison. Mais non, après tout, il vaut mieux que vous ne soyez pas le maître ; cela me tenterait trop. Et, quand vous le seriez, tenez, je ne pourrais me résoudre à être une infidèle, voilà qui est fini.

LE PRINCE, à part les premiers mots. Différons encore de l’instruire. Silvia, conservez-moi seulement les bontés que vous avez pour moi : le Prince vous a fait préparer un spectacle ; permettez que je vous y accompagne et que je profite de toutes les occasions d’être avec vous. Après la fête, vous verrez le Prince, et je suis chargé de vous dire que vous serez libre de vous retirer, si votre cœur ne vous dit rien pour lui.

SILVIA. Oh ! il ne me dira pas un mot, c’est tout comme si j’étais partie ; mais quand je serai chez nous, vous y viendrez ; eh, que sait-on de ce qui peut arriver ? peut-être que vous m’aurez. Allons-nous-en toujours, de peur qu’Arlequin ne vienne.

 

Rousseau

Julie ou la nouvelle Héloïse, 1761

Première partie, lettre XIV

 

Une passion impossible : Saint-Preux s’est épris de Julie d’Etanges dont il est le précepteur.

 

A Julie

Qu’as-tu fait, ah ! qu’as-tu fait, ma Julie ? tu voulais me récompenser, et tu m’as perdu. Je suis ivre, ou plutôt insensé. Mes sens sont altérés, toutes mes facultés sont troublées par ce baiser mortel. Tu voulais soulager mes maux ! Cruelle ! tu les aigris. C’est du poison que j’ai cueilli sur tes lèvres ; il fermente, il embrase mon sang, il me tue, et ta pitié me fait mourir.

Ô souvenir immortel de cet instant d’illusion, de délire et d’enchantement, jamais, jamais tu ne t’effaceras de mon âme ; et tant que les charmes de Julie y seront gravés, tant que ce cœur agité me fournira des sentiments et des soupirs, tu feras le supplice et le bonheur de ma vie !

Hélas ! je jouissais d’une apparente tranquillité ; soumis à tes volontés suprêmes, je ne murmurais plus d’un sort auquel tu daignais présider. J’avais dompté les fougueuses saillies d’une imagination téméraire ; j’avais couvert mes regards d’un voile, et mis une entrave à mon cœur ; mes désirs n’osaient plus s’échapper qu’à demi ; j’étais aussi content que je pouvais l’être. Je reçois ton billet, je vole chez ta cousine ; nous nous rendons à Clarens, je t’aperçois, et mon sein palpite ; le doux son de ta voix y porte une agitation nouvelle ; je t’aborde comme transporté, et j’avais grand besoin de la diversion de ta cousine pour cacher mon trouble à ta mère. On parcourt le jardin, l’on dîne tranquillement, tu me rends en secret ta lettre que je n’ose lire devant ce redoutable témoin ; le soleil commence à baisser, nous fuyons tous trois dans le bois le reste de ses rayons, et ma paisible simplicité n’imaginait pas même un état plus doux que le mien.

En approchant du bosquet, j’aperçus, non sans une émotion secrète, vos signes d’intelligence, vos sourires mutuels, et le coloris de tes joues prendre un nouvel éclat. En y entrant, je vis avec surprise ta cousine s’approcher de moi, et, d’un air plaisamment suppliant, me demander un baiser. Sans rien comprendre à ce mystère, j’embrassai cette charmante amie ; et, tout aimable, toute piquante qu’elle est, je ne connus jamais mieux que les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être. Mais que devins-je un moment après quand je sentis… la main me tremble… un doux frémissement… ta bouche de roses… la bouche de Julie… se poser, se presser sur la mienne, et mon corps serré dans tes bras ! Non, le feu du ciel n’est pas plus vif ni plus prompt que celui qui vint à l’instant m’embraser. Toutes les parties de moi-même se rassemblèrent sous ce toucher délicieux. Le feu s’exhalait avec nos soupirs de nos lèvres brûlantes, et mon cœur se mourait sous le poids de la volupté, quand tout à coup je te vis pâlir, fermer tes beaux yeux, t’appuyer sur ta cousine, et tomber en défaillance. Ainsi la frayeur éteignit le plaisir, et mon bonheur ne fut qu’un éclair.

A peine sais-je ce qui m’est arrivé depuis ce fatal moment. L’impression profonde que j’ai reçue ne peut plus s’effacer. Une faveur ?… c’est un tourment horrible… Non, garde tes baisers, je ne les saurais supporter… ils sont trop âcres, trop pénétrants ; ils percent, ils brûlent jusqu’à la moelle… ils me rendraient furieux. Un seul, un seul m’a jeté dans un égarement dont je ne puis plus revenir. Je ne suis plus le même, et ne te vois plus la même. Je ne te vois plus comme autrefois réprimante et sévère ; mais je te sens et te touche sans cesse unie à mon sein comme tu fus un instant. O Julie ! quelque sort que m’annonce un transport dont je ne suis plus maître, quelque traitement que ta rigueur me destine, je ne puis plus vivre dans l’état où je suis, et je sens qu’il faut enfin que j’expire à tes pieds… ou dans tes bras.

 

Laclos