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10 romans Passions (nº630 à 634 - Décembre 2016)

De
1920 pages
Intégrale 10 romans Passions: tous les titres Passions de décembre en un seul clic !
 
Un homme. Une femme. Ils n’étaient pas censés s’aimer. Et pourtant…
Ils se trouvent, ils se quittent…
Un événement ou un voyage les réunit, puis les sépare…
Ils ne croient plus à l’amour
Ils ont eu le cœur brisé…
Ils n’ont rien en commun
Ils appartiennent à des mondes trop différents…
Ils sont amants
Ils ne pensaient jamais se revoir…
Ils sont rivaux
Un héritage est en jeu, une collaboration professionnelle forcée les oppose…
Ils n’ont pas le droit de s’aimer
Leurs familles sont ennemies depuis toujours…
… Et pourtant…
 
Dans les bras de son rival, Sarah M. Anderson
Le secret de Kayla, Brenda Harlen
Scandaleuse séduction, Barbara Dunlop
La promesse d'une nouvelle vie, Elizabeth Bevarly
Fiancée à son patron, Joss Wood
L'amour pour destin, Leanne Banks
Le défi de Noël, Andrea Laurence
Un coeur à reconquérir, Michelle Major
Un mari à tout prix, Fiona Brand
Une nouvelle chance d'aimer, Ami Weaver
Voir plus Voir moins
Couverture : AMI WEAVER, Une nouvelle chance d’aimer, Harlequin
Couverture : AMI WEAVER, Une nouvelle chance d’aimer, Harlequin
Page de titre : Sarah M. Anderson, Dans les bras de son rival, Harlequin

- 1 -

— Monsieur Logan, crachota le vieil interphone sur le bureau.

Ethan maudit d’abord l’appareil puis l’accent nasillard de son actuelle secrétaire.

— Hmm, oui, Delores ?

C’était la première fois qu’il mettait les pieds dans un bureau équipé d’un interphone, le genre d’appareil très en vogue dans les années… Bref, la préhistoire.

Ce qui somme toute n’avait rien de surprenant. Les brasseries Beaumont existaient depuis plus de cent soixante ans. Et ce bureau, rempli de toutes sortes de vieilleries, n’avait probablement jamais été redécoré depuis sa création.

— Monsieur Logan, répéta Delores, dont l’antipathie pour sa personne était presque palpable sur les ondes. Nous allons devoir interrompre la chaîne de la Mountain Cold et de la Mountain Cold Light.

— Quoi ? Pourquoi ? s’exclama Ethan avec irritation.

Pas question en effet d’envisager un nouveau ralentissement de la production.

Cela faisait trois mois qu’il dirigeait la firme. Son entreprise, la Corporating Restructuring Services, avait gagné contre les poids lourds du rachat des entreprises en difficulté le droit de présider à sa restructuration. Une victoire qu’il comptait bien transformer en coup de maître. S’il arrivait — lui et par extension CRS — à faire de cette entreprise d’un autre âge une boîte à la pointe de la modernité, sa réputation dans le milieu des affaires serait assurée.

Certes, il rencontrait une certaine résistance. Rien d’extraordinaire à ça. La routine. Il comptait à son actif la restructuration de treize entreprises. Après réduction des effectifs et réorganisation des services, chacune d’elles avait su s’inscrire avec succès dans l’économie d’aujourd’hui. Treize réussites, pas moins. Dans ce genre d’opération, tout le monde était gagnant.

Tel était en tout cas son état d’esprit quand il était arrivé ici. Or, force était de le reconnaître, rien ne le préparait à un cas comme les brasseries Beaumont.

— On est en pleine épidémie de grippe, expliqua Delores. Soixante-cinq de nos employés sont cloués au lit, les pauvres.

La grippe. De qui se moquait-on ? La semaine dernière, un coup de froid avait envoyé au tapis quarante-sept employés. Et la semaine d’avant, c’était une intoxication alimentaire qui mettait hors service cinquante-quatre personnes.

Il n’était pas un monstre. Dans le but de gagner la confiance du personnel, il avait fait preuve d’indulgence, les deux premières fois. Mais là, stop. Le moment était venu de montrer à tous qui était le patron.

— Je vais licencier chaque personne absente pour cause de maladie, décréta-t-il.

Un silence s’ensuivit dans l’interphone.

— Monsieur Logan, reprit Delores. Il semblerait que la personne des Ressources humaines en charge des licenciements soit également absente aujourd’hui.

— Ça m’aurait étonné, marmonna-t-il.

Il dut prendre sur lui pour ne pas lancer l’interphone contre le mur. Si frustrant que ce fût, il se contenta d’éteindre ce maudit appareil et fixa la porte de son bureau.

Il lui fallait réfléchir à un plan. Il avait toujours un plan quand il prenait les rênes d’une entreprise. Sa méthode avait fait ses preuves. En moins de six mois entre ses mains, une entreprise en faillite redevenait compétitive. Mais aujourd’hui, avec les brasseries Beaumont, il n’était apparemment pas au bout de ses peines.

Le problème, il était là. Pour tout le monde — la presse, le public, les consommateurs et surtout les employés — la firme restait LA Beaumont. Certes, l’affaire avait été dirigée par des Beaumont pendant un bon siècle et demi, raison pour laquelle AllBev, le groupe qui avait fait appel à CRS pour s’occuper de cette restructuration, avait d’ailleurs choisi d’en conserver le nom, preuve d’excellence.

Il n’y avait pourtant plus trace de la famille Beaumont aux postes stratégiques de l’entreprise. Ils en avaient tous été évincés quelques mois plus tôt. Et plus vite les employés le comprendraient, mieux ce serait.

Il regarda autour de lui. C’était une belle pièce à l’atmosphère riche d’histoire et de gloire.

La table de réunion avait été faite sur mesure : un meuble si lourd et si imposant que le bureau avait tout bonnement été construit autour. Sans doute devrait-il faire abattre une cloison pour l’en sortir. Dans un coin se trouvait une table basse avec deux magnifiques fauteuils en cuir et un canapé. La table elle-même reposait sur la roue d’un chariot de l’époque du Far West. La légende voulait que ce fût avec ce chariot-là, tiré par deux percherons, que Phillip Beaumont ait traversé les grandes plaines, dans les années 1880.

Uniques concessions à la modernité, une télévision à écran plat au-dessus du coin salon, ainsi que le matériel informatique. Bref, en un mot comme en cent, la pièce tout entière conservait l’empreinte des Beaumont. Agaçant.

Il pressa sur le bouton de l’interphone.

— Delores.

— Oui, mons…

Il l’interrompit avant qu’elle n’écorche encore une fois son nom.

— Je souhaiterais redécorer ce bureau. Il faut me vider tout ça. Les rideaux, la table de réunion, les bibelots, tout… Certains objets sont de véritables pièces de collection, nous en tirerons un bon prix. Vendez tout.

Un nouveau silence et, une fois de plus, il pensa avoir enfin réussi à dompter sa secrétaire. Comme si Delores avait cru qu’il ne fût pas capable d’une telle décision. Il commençait à sourire quand elle répondit sur un ton quelque peu suffisant :

— Bien, monsieur. Je sais à quel expert m’adresser pour cela…

Il l’ignora et se remit au travail. Deux chaînes de production à l’arrêt, c’était inacceptable. Si le personnel ne faisait pas tout pour rattraper le retard dès demain, il ne demanderait même pas aux Ressources humaines de renvoyer tout ce beau monde, il s’en chargerait personnellement.

Après tout, c’était lui le patron. Et il attendait que l’on exécute chacun de ses ordres. Les hommes comme les meubles devaient se plier à sa volonté.

* * *

Frances Beaumont claqua la porte de sa chambre derrière elle et se jeta sur son lit. Encore un fiasco. Difficile de tomber plus bas.

Elle était fatiguée. Une vraie malédiction. Elle était forcée de revenir vivre au domaine Beaumont. Elle avait dû se résoudre à vendre son luxueux appartement du centre-ville, ainsi que les trois quarts de ses robes de créateurs.

L’idée pourtant paraissait bonne. Une galerie d’art numérique associée à un réseau de mécènes rachetant et revendant des œuvres en ligne. Car l’art avait beau être intemporel, il fallait vivre avec son temps. Elle avait investi une partie considérable de sa fortune dans Art Digital. Il ne lui restait que des miettes du capital qui lui était revenu après la vente des brasseries Beaumont.

Quelle déception ! Après des mois de reports et de faux départs — et de factures abyssales — Art Digital s’était trouvé à court de trésorerie en quelques semaines à peine. Pas l’ombre d’une transaction sur le site. Jamais elle n’avait essuyé un tel revers.

Et si ses malheurs s’arrêtaient là ! Car il y avait pire : elle ne parvenait pas à décrocher le moindre travail. Comme si s’appeler Beaumont lui avait fermé toutes les portes, du jour au lendemain. Son premier employeur, le propriétaire de la galerie Solaria, n’avait pas semblé enthousiaste à l’idée de la reprendre à son service. Elle n’avait pourtant pas son pareil pour flatter les richissimes patrons friands d’art ou flatter l’ego des artistes. Elle comptait parmi les meilleures sur le marché.

Et puis, surtout, elle était une Beaumont. Encore quelques années plus tôt, n’importe qui aurait sauté sur l’occasion pour s’associer à l’une des familles historiques de Denver. Oui, à une certaine époque, elle était très courtisée.

— Mais pourquoi est-ce que j’échoue dans tout ce que j’entreprends ? gémit-elle en regardant le plafond sans que celui-ci daigne lui donner de réponse.

A tout juste trente ans, elle n’avait eu donc d’autre choix que de revenir vivre sous le toit familial. Avec son frère Chadwick et sa famille, et les autres Beaumont issus des mariages à répétition de son père.

Elle tressaillit, horrifiée.

Quand la firme leur appartenait, le seul nom de Beaumont signifiait quelque chose. Frances elle-même signifiait quelque chose. Mais depuis le rachat, elle allait d’échec en échec. Si seulement elle pouvait faire machine arrière et ramener l’entreprise sous contrôle de la famille.

Oui, songea-t-elle avec amertume, ce serait une fabuleuse opportunité, pour elle. Car de leur côté, ses frères aînés, Chadwick et Matthew, avaient choisi une autre voie en décidant de fonder leur propre brasserie, Les Percherons. Quant à Phillip, son frère préféré, le seul qui lui avait tendu la main pour l’aider à se faire un nom dans la haute société de Denver, il s’était retiré dans le ranch familial et n’en sortait plus. Fini les réceptions, les soirées mondaines. Enfin, Byron, son frère jumeau, venait tout juste d’ouvrir son restaurant.

Bref tout le monde était passé à autre chose et avait en plus trouvé l’âme sœur. Tandis qu’elle… Elle, elle était revenue à son point de départ, dans sa chambre d’enfant. Seule.

Non qu’elle croie un seul instant qu’un homme puisse résoudre un seul de ses problèmes. Elle avait passé son enfance à regarder son père butiner d’une femme à l’autre, enchaîner les mariages malheureux. L’amour était un leurre, une faiblesse.

Elle ne pouvait compter que sur elle-même.

Elle ouvrit un message de son amie Becky et regarda la photo d’une devanture baissée. Toutes deux avaient travaillé ensemble à la galerie Solaria. Becky ne portait pas de nom célèbre et ne jouissait d’aucune relation, mais l’art n’avait pas de secret pour elle. Par ailleurs, cerise sur le gâteau, son amie était dotée d’un incroyable sens de l’humour. Mais, surtout, Becky l’avait toujours traitée comme un être humain, pas comme une Beaumont.

Becky avait un projet. Elle souhaitait ouvrir une galerie qui ferait la part belle à l’art digital sans pour autant exclure les formes traditionnelles, tant prisées par les riches mécènes. Pas aussi révolutionnaire que la galerie d’art numérique de Frances, mais une sorte de passerelle entre les deux mondes.

Seul problème, Frances n’avait pas les fonds pour investir dans le projet. Ce qu’elle regrettait, car elle rêvait de pouvoir s’associer avec son amie. Cela ne rapporterait peut-être pas des millions, mais au moins pourrait-elle retrouver son indépendance et partir du domaine. Se faire un nom. Une Frances Beaumont respectée et enviée.

Elle jeta son téléphone sur son lit, écœurée. Une nouvelle chance se présentait et elle n’avait pas les moyens de la saisir. Désespérant.

Elle se lamentait encore sur son sort quand son téléphone sonna. Elle décrocha sans même regarder qui l’appelait.

— Allô ? marmonna-t-elle, morose.

— Frances ? Euh, Frannie ? dit une voix féminine à l’autre bout du fil. J’ignore si vous vous souvenez de moi, mon nom est Delores Hahn. Je travaillais comme comptable à…

Oui, bien sûr, une femme d’un certain âge, avec un chignon.

— Delores ! Oui, vous travailliez pour nous. Comment allez-vous ?

A part les Beaumont eux-mêmes, les seules personnes à l’appeler Frannie étaient certains employés de longue date des Brasseries. Sa seconde famille en quelque sorte, mais éclatée aujourd’hui.

— Nous avons connu des jours meilleurs, répondit Delores. Ecoutez, j’ai une offre à vous faire. Je sais que vous êtes diplômée des beaux-arts…

Dans le secret de sa chambre, Frances rougit. Après les déconvenues de cette journée, elle ne se sentait pas particulièrement « diplômée ».

— Quel genre d’offre ? demanda-t-elle, pleine d’espoir.

— Eh bien, chuchota Delores. Vous savez, le nouveau P-DG embauché par AllBev… ?

— Oh ! celui-là, j’espère bien qu’il va tout rater !

— Hmm… Nous sommes actuellement confrontés à une épidémie de grippe, poursuivit Delores. Aujourd’hui, nous avons dû mettre à l’arrêt deux chaînes de production.

Ce fut plus fort qu’elle, Frances éclata de rire.

— Mais c’est génial !

— En effet, acquiesça Delores. Le problème, c’est que du coup, Ethan Logan, le nouveau P-DG, est hors de lui. Tellement furieux qu’il a décidé de vider le bureau de votre père et de le refaire de fond en comble.

Frances aurait bien éclaté de rire une deuxième fois, mais elle en fut empêchée par un petit détail.

— Le bureau de papa ? Il n’oserait pas !

— Il m’a demandé de tout vendre : table, bar, bibelots… Je ne serais pas surprise qu’il en vienne à recourir aux services d’un exorciste, ajouta-t-elle.

Le bureau de son père. Enfin, celui de Chadwick dans les derniers temps. Mais pour Frances, cette pièce était toujours restée associée à son père.

— Et en quoi consiste votre proposition ?

— J’y viens, répondit Delores en chuchotant à nouveau, telle une conspiratrice. Je pensais que vous pourriez venir procéder vous-même à l’estimation.

Frances hésita. La question sur le bout de sa langue était des plus triviales, mais les temps étaient durs.

— Et… quel prix cet Ethan Logan est-il prêt à payer pour une estimation ? Si je m’occupe de la vente des meubles… et pourquoi pas les proposer à mon frère aîné, qui est si sentimental après avoir été P-DG de l’entreprise pendant dix ans… toucherai-je une commission ?

— Le contraire m’étonnerait.

Frances chercha les inconvénients de cette proposition et n’en trouva pas. Delores avait raison. Si quelqu’un disposait des contacts pour vendre le mobilier familial, c’était bien elle.

Et puis, en infiltrant la firme, elle pourrait peut-être venir en aide aux employés menacés de perdre leur emploi. Oh ! elle n’était pas naïve au point de croire qu’un groupe aussi puissant qu’AllBev accepterait de revendre l’entreprise à la famille, mais…

Mais ce que Delores lui proposait là, c’était une chance de pouvoir compliquer un peu la tâche de cet Ethan Logan. Et ça, ça ne se refusait pas. Car si on y réfléchissait, tous ses malheurs dataient du rachat de la brasserie. Elle n’allait pas se priver pour prendre sa revanche, puisque l’occasion lui était donnée.

— Disons vendredi, alors ? proposa-t-elle. J’apporterai les beignets.

Ça lui laissait deux jours, soit un laps de temps largement suffisant pour ficeler son plan et mettre au point un traquenard.

— J’espérais que vous diriez cela, s’esclaffa Delores au bout du fil.

Enfin, une embellie !

* * *

— Monsieur Logan, l’expert est là.

Ethan laissa tomber le tableau des effectifs sur lequel il travaillait. La semaine prochaine, il réduirait la masse salariale de quinze pour cent. Les employés de nouveau absents pour raison de santé seraient les premiers à prendre la porte, et sans indemnité.

— Bien. Faites-le entrer.

Mais personne n’apparut dans son bureau. Ethan attendit, puis appuya à nouveau sur le bouton de l’interphone mais, alors qu’il s’apprêtait à interroger Delores, il entendit des éclats de voix et des… des rires ?

Qu’est-ce que cela signifiait ? Il se précipita au secrétariat. En effet, on semblait beaucoup s’amuser. Des employés qu’il avait à peine croisés jusqu’à présent se pressaient autour du bureau de Delores, beignet à la main et sourire béat sur le visage.

— Que se passe-t-il, ici ? aboya-t-il. C’est un lieu de travail et je ne…

Puis la foule s’écarta, et il la vit.

Comment avait-elle pu lui échapper ? Une jeune femme dotée d’une splendide crinière couleur de feu était assise de dos, sur un coin du bureau de Delores. Elle portait une longue robe vert émeraude près du corps — aussi près que les mains d’un amant. Il sentit des picotements au bout de ses doigts, brûlé par l’envie d’effleurer ses épaules dénudées.

Ce qui était certain, c’était qu’elle ne comptait pas parmi les employés. Elle tenait dans ses mains une boîte en carton remplie de beignets.

Le brouhaha qu’il avait entendu dans l’interphone cessa. Les sourires disparurent et les gens reculèrent.

— De quoi s’agit-il ? demanda-t-il.

Certains blêmirent, mais sa sécheresse ne parut avoir aucun effet sur la femme en robe verte.

Il promena les yeux sur son dos, le rebondi de ses fesses appuyé sur le coin du bureau. Puis, lentement — avec une lenteur insoutenable —, elle se retourna pour le regarder.

S’il avait le pouvoir d’intimider les employés, manifestement, celle-ci était immunisée. L’inconnue battit des cils et un sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres rouge rubis.

— Vous n’êtes pas au courant ? C’est la journée du beignet.

Il la dévisagea.

— La… Quoi ?

Elle pivota, lui fit presque face. Mon Dieu, cette robe, ce corps… Dotée d’un décolleté profond qui révélait une peau sublime, sa tenue lui allait à la perfection.

Il ne devait pas regarder, il devait se ressaisir.

Elle changea de position, avec la grâce d’une danseuse de ballet se préparant pour une série de figures défiant les lois de la pesanteur.

— On voit que vous êtes nouveau, ici, lança-t-elle alors sur un ton condescendant. On est vendredi. Et le vendredi, j’apporte des beignets.

Il comprit chacun de ses mots, mais sans véritablement parvenir à les relier entre eux.

— Le vendredi… Des beignets ?

— Oui, répondit-elle en lui tendant la boîte. Je distribue des beignets à tout le monde. Voulez-vous goûter ? Il en reste un.

— Et si je puis me permettre, vous êtes… ?

— Oh ! mais vous pouvez ! répondit-elle en battant des cils.

Une chose était sûre, elle était la plus belle femme qu’il ait jamais vue, ce qui déjà en soi était amplement suffisant pour lui faire tourner la tête. Mais qu’en plus elle tente de le ridiculiser…

Il y eut quelques ricanements dans l’assistance lorsqu’elle lui tendit la main, non comme pour serrer celle d’un interlocuteur, mais avec l’air hautain d’une reine attendant un baisemain.

— Je suis Frances Beaumont. Je viens procéder à l’estimation.