Adamat, tome 1 : La Cité des Anges

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142 pages
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Chelsea, étudiante en art, quitte l'appartement de son ami après une soirée entière à plancher sur un projet d'architecture. Jusque-là, tout va bien.


Sauf qu'à se balader toute seule au beau milieu de la nuit à Salem, on finit par faire de mauvaises rencontres.



Mickaël, archange de son état, dirige une expédition sur Terre. Le but de son existence ?


Chasser les démons. Lui, Daniel, Gabriel et Raphaël sont témoins d'une scène qu'ils n'auraient jamais pensé voir.


Lorsqu'ils comprennent que la bête qu'ils traquaient vient d'attaquer une humaine, ils réalisent qu'ils ne sont pas au bout de leur peine.



Chelsea est entre la vie et la mort. Mickaël doit tout faire pour la sauver.


Mais c'est sans compter sur les hordes de créatures démoniaques à leurs trousses.

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Nombre de lectures 6
EAN13 9782378161156
Langue Français

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Adamat, tome 1 : La Cité des Anges
[Elyséa Raven]
© 2018, Elyséa Raven. © 2018, Something Else Editio ns. Tous droits réservés. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisatio n collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Crédit photo : © Adobestock Illustration : © Caly Design ISBN numérique : 978-2-37816-115-6 ISBN papier : 978-2-37816-114-9 Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny E-mail : something.else.editions@gmail.com Site Internet : www.something-else-editions.com Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait totalement fortuite.
Chapitre 1 Chelsea J’arpente les rues sombres de mon quartier, seulement quelques lampadaires dispersés çà et là sur le trottoir apportent un peu de luminosité. Les talons plats de mes bottines s’écrasent sur le goudron à chacun de mes pas, le bruit résonnant contre les façades des bâtiments. Je marche, les yeux rivés au sol en tenant fermement ma pochette à dessins sous le bras. Celle-ci pèse son poids malgré les apparences et est bien deux ou trois fois plus large que moi. Dans les transports en commun, cette chose était ma pire ennemie, mais aussi mon alliée la plus précieuse. J’étais forcée de bousculer les gens pour me faire une place dans le bus et, en général, ils évitaient aussi de se mettre en travers de mon chemin quand ils le pouvaient. Je m’arrête à l’angle d’une rue pour faire une pause. Délicatement, je pose ma pochette à mes pieds, contre ma jambe, et commence à farfouiller dans mon sac. Dans celui d’une fille ordinaire, il y aurait sûrement un tube de rouge à lèvres, peut-être une poudre pour le teint, un déodorant, des clés de voiture ou encore, le numéro de téléphone d’un inconnu croisé au hasard sur la terrasse d’un café. Dans le mien, on ne trouve rien de tout ça. Je ne me maquille pas, je n’ai pas de voiture et je ne parle pas aux étrangers. Je plonge ma main à l’intérieur d’un fouillis qui ressemble plus à un débarras qu’à autre chose. Et du bazar, il y en a, là-dedans. Une paire d’écouteu rs emmêlés avec un casque, des barres de céréales qui se battent en duel, la clé de mon studio et… Mon doigt entre en contact avec quelque chose de fr oid et coupant. Mon couteau suisse, certainement pas replié, comme toujours. Il était planqué au fond de mon sac, dans la poche du milieu qui sépare l’espace en deux compartiments. Dans ce quartier un peu étrange et effrayant, il est préférable de posséder de quoi se défendre. Avant de venir m’installer non loin d’ici, j’ai eu vent d’agressions envers tout type de personne : séniors , handicapés, hommes ou femmes, aucune exception n’était faite. Pourquoi ai-je décidé d’élire domicile ici ? C’est le seul endroit accessible avec mon maigre budget et ma petite bourse d’étudiante. Et comme je suis difficilement sociable, j’ai refusé la colocation qu’on m’avait proposée. Le but de cette recherche est de mettre la main sur mon téléphone. Un vieux modèle avec ce fameux clavier coulissant qui a fait un carton à l’époque de sa sortie. Malgré tout ce qu’on peut en dire, il tient bien la route et fait largement son travail. Je ne m’en séparerai que lorsque j’y serai obligée. Cet outil de communication, comme n’importe quel autre, n’est pas à l’abri de tomber dans un évier, dans la cuvette des toilettes, ou bien de faire une mauvaise chute du haut du cinquième étage. Mon cœur commence à pomper plus vite. Impossible de le retrouver, et même si je vidais le contenu de mon sac au sol, rien ne me dit qu’il est là. Ma seule hypothèse est que je l’ai oublié chez Daren. Le problème c’est que son appartement se tro uve déjà loin, maintenant. Je perdrais trop de temps à rebrousser chemin et repartir à nouveau. À ce rythme-là, je ne suis pas chez moi avant trois heures du matin. En réalité, je n’ai aucune idée de l’heure qu’il peut être. Et c’est pour cette raison que je cherchais mon téléphone. J’ai dû partir un peu précipitamment de chez lui, car je sentais la fatigue m’envahir. Nous venions d’achever quatre heures de travail intenses pour un projet commun qui est à rendre dans deux semaines. La consigne est de faire les pl ans d’un bâtiment complet, sur le thème de l’écologie. Nous n’avons pas eu plus d’explications. Cela fait sept jours que le projet est lancé, et nous travaillons à deux. Notre professeur a été cla ir sur le sujet : un binôme, sinon rien. C’est naturellement que je me suis dirigée vers Daren. Nous ne sommes pas en couple, il n’y a jamais rien eu entre nous, du moins je le pense sincèrement. Je n’ai jamais eu de vues sur lui et, dans le fond, j’espère que c’est réciproque. Il ne m’a jamais montré une seule marque d’affection, n’a jamais tenté une approche physique. Daren n’est pas quelqu’un de démonstratif. Il n’est pas très intéressé par les filles, je crois qu’il vit dans sa bull e. Nous sommes juste deux amis qui se sont perdus de v ue avant d’entrer au collège et qui se sont retrouvés dans la même faculté d’arts, dans une ville à une centaine de kilomètres de chez nous. Drôle
de hasard. Moi qui ne suis pas du genre à croire au destin, j’ai pourtant tendance à me dire, depuis que nos chemins se sont recroisés, qu’une force divine nous a rassemblés pour une bonne raison. Et je ne crois pas non plus à l’existence d’un quelconque dieu. Je reporte mon attention sur le présent, je dois rejoindre rapidement mon petit studio. Je ne suis plus qu’à une dizaine de minutes de marche. J’aurais pu prendre le métro, puisque plus aucun bus ne circule à cette heure tardive de la nuit, mais j’ai trop peur de croiser des personnes douteuses. Je suis ce genre de fille qui a peur de tout : des autres, du changement, de l’inconnu. En bref, tout ce qui ne fait pas partie de mon train-train quotidien. Et me rendre chez un ami après les cours pour repartir tard le soir n’est pas sur ma liste des tâches quotidiennes. Reprenant ma pochette à dessins, je soupire en me remettant en route. Je vais devoir attendre qu’il se rende compte que mon téléphone est chez lui et qu’il vienne me le restituer. Ou alors, il me faudra patienter jusqu’à lundi et passer tout le week-end sans. Je continue mon petit bout de chemin, loin d’être sereine. Mes yeux sont grands ouverts, prêts à identifier le moindre phénomène inhabituel. Une véritable chasseuse de fantômes. J’entends même le bruissement des feuilles des arbres qui bordent la rue. Je sursaute chaque fois qu’un oiseau s’envole et cesse de respirer lorsque je regarde derrière mo i. Je resserre ma prise sur mon sac alors qu’un courant d’air s’élève, faisant se hérisser les poils sur mes bras et ma nuque. Soudain, un bruit sourd me parvient. Quelque chose vient de retomber lourdement sur le sol en poussant un cri d’animal agonisant, plus semblable à un grognement effrayant. Mon cœur loupe un battement puis s’affole. J’entends des hurlements,a prioriprovenant d’hommes. Ils se répondent par des « Ici, viens voir ! » ou encore « On n’est pas passé loin ! » et « Il y en a d’autres, c’est certain ! » Je respire de plus en plus mal et je n’ai aucune envie de savoir ce qu’ils recherchent et encore moins de connaître l’identité de ces individus qui braillent au beau milieu de la nuit. Je cours vers mon appartement, prise d’une peur panique, et manque de trébucher en quittant le trottoir. Je tourne à gauche pour rejoindre ma ruel le, mais alors que mon studio est en vue, mon regard est attiré par une forme sombre, étendue au milieu de la route. Je n’y vois plus rien, les lampadaires ne fonctionnent jamais dans mon quartier. Je commençais à m’habituer à la pénombre, mais ce soir, elle me paraît plus menaçante que jamais. Ce qui gît sur le sol me paraît trop gros pour être un passant qui serait tombé. Ça ne peut même pas être un sans-abri ou quelqu’un qui aurait un peu trop abusé de la bouteille. Je m’approche prudemment pour satisfaire ma curiosité. Je sais que je ne devrais pas, car dans les films à suspens, quand un personnage veut vérifier quelque chose, il termine souvent mort les secondes suivantes. Ça doit être une mode dans les films contemporains. Je suis suffisamment proche de la chose non identifiée pour en distinguer les contours. Je faux expulser un cri d’horreur en découvrant que… que ce qui me fait face n’est pas humain, mais autre chose que je n’avais jamais vu. On dirait une créature étrange, tout droit sortie de livres d’horreur, de mythes religieux ou de légendes urbaines. J’ai devant moi une bête poilue, sa tête ressemblant de loin à celle d’un lion -je dois délirer à cause de la fa tigue et surtout être à moitié aveugle à cause de l’absence de luminosité- avec d’énormes pattes velu es et une gueule ouverte qui pourrait aisément envelopper le haut de mon corps, dévoilant des crocs plus longs que mes doigts. Aussi, des tentacules dépassent de son dos et semblent l’entourer. C’est là que je remarque enfin la taille de la créature. Elle est gigantesque et, debout, peut probablement me dépasser d’un ou deux mètres. Je recule vivement, étouffant un gémissement de peu r. Là, la bête se met à bouger en poussant un râle effrayant. Avant que je n’aie le temps de faire quoi que ce so it, la créature bondit sur ses quatre pattes en laissant échapper un hurlement à se glacer le sang. Je suis paralysée par l’angoisse, mes pieds refusent de bouger. Je ne vois plus que la gueule de la bête se rapprocher de moi. Je cligne des yeux une fois et sens un de ses crocs me perforer l’épaule, traversant le cuir de mon blouson. Un cri d’agonie sort de ma gorge, la lancination est si forte que des larmes naissent au coin de mes yeux. Je tombe à la renverse, lâchant ma pochette, et rampe en arrière, les fesses sur le sol. Je suffoque pendant que mon visage se tord de douleur. Je comprends que le sang a giclé et continue de s’écouler de la morsure. J’ai peur, terriblement peur. Mon esprit est ailleurs, ma raison vient de me quitter. Je ne sais plus quoi faire, je fais face à quelque chose de complètement irréel et je suis gravement blessée. Alors à moins de me trouver dans un rêve et de me réveiller bientôt, je n’ai pas trente-six
solutions. Dans un ultime effort, malgré la vision floue et les pensées brouillées par l’état second dans lequel je suis, je me relève et fais la chose la plus stupide qui soit : je tourne les talons, et me mets à courir dans la direction opposée à celle de mon appartement. Je ne sais pas où me rendre, peut-être que mon instinct me pousse à retourner chez Daren. Je lui expliquerai ce que j’ai vu, il ne me croira pas, pensant que j’ai halluciné à cause de la fatigue et il me laissera dormir sur son canapé. Et demain, j’aurais complètement oublié cette vision cauchemardesque. Enfin, c’est ce que j’essaye de me persuader. J’entends un puissant sifflement provenir de derriè re moi. Je ne prends pas le temps de me retourner pour voir la chose qui me pourchasse cette fois-ci, car le son qu’elle a produit ne ressemble en rien aux grondements que l’autre bête poussait, et continue de courir droit devant moi. Mais plus j’avance, plus je sens mes forces me quitter. Je peine à reprendre mon souffle, je n’entends quasiment plus rien et je sens mon cœur ralentir. Mon épaule me fait trop souffrir, je tremble de peur, hurle de douleur. Je me jette à terre dans un geste désespér é et tourne la tête. Je suis en train de perdre connaissance, m’affaiblissant rapidement, je n’ai même plus la force de pleurer. Au même instant, pensant être perdue dans une sorte de délire ou victime d’une hallucination, j'aperçois un serpent géant se faire trancher la tête par une épée argentée, lancée de nulle part.
Chapitre2 Mickaël Accroupis à ras le sol, nous avançons silencieusement dans la pénombre. De là où l’on se trouve, nous sommes capables de distinguer les bruits très particuliers que produisent ceux que nous traquons. Nos proies savent se montrer discrètes, surtout aux yeux des habitants de ce monde. Mais pour nous, ce sont comme de gros points rouges au milieu d’une plaine enneigée. Nos oreilles sont faites pour détecter le son de leurs pas et nos iris pour les voir sous leur véritable forme. Je tourne la tête vers Daniel, qui est physiquement plus proche de moi. Les deux autres sont légèrement en retrait derrière. Je lui fais un signe de tête et il compre nd immédiatement. Nous avons suffisamment travaillé ensemble pour ne plus avoir besoin de com muniquer par la parole. Quant à Raphaël et Gabriel, c’est moins dans leurs habitudes, cependant ils connaissent bien le boulot. La discrétion est de mise, se faire repérer tout de suite nous causerait bien des ennuis. Je suis sur la trace de ces deux abominations depuis au moins trois jours pendant que mes compagnons d’armes jouent les explorateurs de jour. Et c’est par un he ureux -ou malheureux- hasard que nous avons trouvé ce que l’on cherchait alors qu’on avait décidé de partir en reconnaissance de nuit. Tenter de repérer ce genre de bestiaux de jour est quasiment mission impossible. Ils n’apparaissent que la nuit et à des endroitstrèsparticuliers. Pour les traquer, il a fallu quadriller toute la zone sur une bonne vingtaine de kilomètres aux alentours. Raphaël, Daniel et Gabriel étaient partis enquêter dans certains quartiers et m’envoyaient les informa tions. J’ai passé mes journées à tenter de reproduire les déplacements de ces bestioles jusqu’à ce qu’elles se croisent là où nous avons établi notre quartier général. Nous suivons un protocole différent pour chaque typ e de proie que nous sommes chargés d’éliminer. Et cette semaine, nous n’avons pas été vernis. Les deux pires créatures que l’univers n’ait jamais portées se trimballent librement au beau milieu de la nuit, dans un quartier malfamé de Salem. Généralement, ils n’attaquent pas les humains. Seuls, ils sont assez intelligents pour rester cachés et se contenter de vadrouiller dans la ville en déposant cette énergie néfaste que les terriens sont capables de ressentir. Mais lorsqu’ils s’y mettent en bande, cela peut très rapidement dégénérer. Surtout si deux bêtes comme celles que nous chercho ns sont amenées à se rencontrer. Bien sûr, ce genre de dérapage arrive très rarement. Cela fait près d’un siècle qu’une situation de ce genre ne s’est pas présentée. Autant dire qu’à l’instant même où nous avons décelé une brèche au nord-ouest des États-Unis, j’ai pris mes armes et mes confrères pour régler la situation le plus rapidement possible. Le seul problème, c’est que l’on n’abat pas un démon en trente secondes. Pire encore, deux démons capables de se révéler aux yeux des humains s’ils en avaient envie. Parce que oui, ceux-là sont parfaitement invisibles pour les humains. Leur sens de la vue est trop peu développé pour détecter cette forme de vie qui ne vient pas de leur monde. Et la dernière fois qu’un tel événement s’est produit, il s’en est découlé une guerre sanguine chez les humains. Deux Béhémoths dominants se sont retrouvés au même endroit, au même moment. Et lorsque deux de ces géants tombent nez à nez, il n’y a aucune solution possible : ils se battent jusqu’à ce que l ’un d’entre eux meure. Ils étaient devenus visibles près d’une base militaire, et les humains, paniqués, avaient commencé à tirer. J’ignore comment ils sont parvenus à tuer le premier et à capturer le deuxième. Je suis certain qu’ils le tiennent encore captif au sein même de la Zone 51, dans un bunker ultra-sécurisé. Et je suis désormais sûr qu’il s’est échappé et qu’il s’agit du Béhémoth que nous traquons en ce moment même. Un démon est déjà dangereux, mais un démon qui a réussi à s’échapper d’un endroit pareil et qui a certainement subi toutes sortes de tortures et d’analyses est obligatoirement pire. J’ai été formé pour ça, formé pour chasser les démo ns, pour protéger la Terre de ces infamies. Je suis né pour tuer tout ce qui dégage cette énergie malfaisante. Et ce Béhémoth ne va pas rester en vie bien longtemps. Je reporte mon attention sur Daniel, mon plus fidèle acolyte, qui s’est avancé de quelques mètres. Toujours accroupi derrière un muret, il s’est figé et a porté son index à sa bouche. Le Béhémoth est
tout près, je vois ses espèces de tentacules dépasser des arbres qui forment une barrière pour protéger une propriété. Et si les humains ne peuvent pas les voir ni les entendre, il n’est pas possible pour eux de percevoir notre présence également. Quant au dém on, lui nous repèrerait facilement si nous débarquions devant ses yeux, en plein milieu de la route. L’idéal serait de le prendre par surprise, par l’ar rière. C’est une méthode de lâche, mais très efficace pour éviter de se faire tuer. La morsure d’un Béhémoth est fatale si elle n’est pas traitée dans l’heure qui suit. Dans un geste lent et silencieux, je dégaine mon épée et lève la pointe pour faire signe à mes amis qu’il est bientôt temps de passer à une offensive directe et violente. Et ça va être difficile de le faire sans qu’un de nous ne se blesse. Le démon est peut-être lent, mais il est imposant et très puissant, un coup de patte peut nous envoyer valser plusieurs mètres plus loin. Notre atout principal est notre agilité et notre vitesse. Ni une ni deux, je m’élance vers le Béhémoth et sau te sur son dos avant de lui enfoncer la lame dans sa colonne vertébrale. L’épée qui s’enfonce dans sa chair recouverte de poils et d’une substance gluante puis qui traverse l’os provoque un bruit de craquement réveille un sentiment de satisfaction en moi. La bête pousse un cri de douleur qui aurait pu réveiller les morts et s’affaisse, permettant à Gabriel de lui grimper dessus et de lui lancer une boule de mana à l’arrière de la tête. Cette puissante magie compose chaque être peuplant notre dimension. Le mana fait partie de nous, il est essentiel à notre survie : il s’agit de notre source principale d’énergie. Le Béhémoth hurle à nouveau, l’impact de l’onde nou s laisse voir une plaie béante sur sa nuque, la chair à vif, calcinée. Cette distraction faite, Raphaël se précipite au-devant de la bête pour lui tirer une flèche dans l’œil. Cette action vaut à la créature de s’agiter alors que je m’agrippe à elle pour ne pas faire une grosse chute, mais il lève les pattes arrière, me faisant ainsi retomber lourdement sur le sol, le dos écrasé contre le goudron. Je vois l’un des deux sabots se rapprocher de moi, mais je n’ai pas le temps de l’esquiver : une de ses griffes me perfore le ventre et déchire ma peau. Je me tords dans tous les sens, retenant un cri tout en essayant tant bien que mal de me dégager de son poids qui pèse sur mon abdomen. La pression exercée me casse une côte, peut-être deux, je ne sens qu’une violente lancination. Il y a bien plus grave qu’un os brisé. Je serre la mâchoire, essaye de contenir la douleur et de garder mon calme, bien conscient du poison qui coule déjà dans mes veines. Malgré la peine fulgurante, je roule sur le côté alors qu’il lève enfin sa patte et me redresse avec difficulté en prenant appui sur mes genoux et mes bras. Tandis que Gabriel, qui est parvenu à rester sur le dos de la bête, descend à cet instant, Daniel dégaine sa longue épée à l’éclat argenté avant de la lui planter dans la gorge. Je le vois retourner son arme dans le corps du Béhémoth comme s’il jouait avec, il prend plaisir à le torturer. Une fois lassé de son petit jeu, il retire la lame couverte de sang vert. Le Béhémoth agonise enfin dans un dernier cri de douleur. — Ce n’est pas passé loin ! s’écrie Daniel qui essuie la sueur de son front et nettoie son épée sur le cadavre du Béhémoth. Raphaël s’en approche afin de vérifier qu’il est bien mort tandis que Gabriel le suit de près pour brûler ensemble le corps du démon à l’aide de leur mana. Daniel me rejoint et me donne une violente tape dans le dos, comme nous en avons l’habitude. J e grimace sous la force de mon second qui ne semble pas remarquer le sang qui s’écoule de mon ventre. Il finit par s’éloigner pour admirer notre réussite et j’en profite pour compresser la blessure qui barre mes abdominaux. J’inspire un bon coup et m’en vais féliciter mes confrères. Personne ne semble se rendre compte que je suis blessé. Dans le noir, on ne voit pas couler le sang, pourtant je pe ux très bien le sentir. En réalité, je suis le seul d’entre nous capable de voir presque comme en plein jour, une de mes facultés autres que ma force accrue est d’être capable de voir mieux qu’un humain dans un lieu sombre, néanmoins pas aussi bien qu’un chat.  Tandis que je me tourne pour partir, je croise le regard de Raphaël, éclairé par la faible lueur produite par les flammes qui brûlent le Béhémoth. I l fronce les sourcils, m’observant d’un œil suspect avant de se désintéresser de moi lorsque je hoche la tête pour signifier que tout va bien. Raphaël est guérisseur, il pourrait m’apporter les premiers soins pour éviter la propagation du poison et anesthésier un tant soit peu la douleur, mais ce serait une perte de temps considérable… Notre mission n’est pas terminée. Nous avons déserté le lieu du combat depuis à peine trente secondes que je me souviens que nous n’avions pas qu’un seul démon à chasser.
— Il est là ! s’exclame Gabriel, à l’affût du moindre bruit suspect. J’entends un sifflement reconnaissable entre mille. La tête d’un serpent géant se dresse derrière les habitations de la rue voisine. On le voit s’avancer entre deux bâtiments. Ce genre de démon est horripilant et dangereux, mais très facile à tuer. La seule chose à laquelle il faut faire extrêmement attention, comme pour le Béhémoth, est sa morsure. Une goutte de venin et c’est la fin sans un guérisseur à portée de main. C’est surtout pour cette raison que la présence de Raphaël est requise. J’ai de plus en plus de mal à avancer, le poison s’infiltre dans chaque partie de mon corps. Je serre les dents et prie pour en finir rapidement, les for tes lancinations me vrillent le torse. Une fois ce maudit serpent géant abattu, Raphaël pourra se concentrer sur ma blessure. Mais je remarque qu’un détail cloche, et ne suis pas le seul. — Ce Basilic avance beaucoup trop vite, chuchote Daniel. Un cri fend l’air, un cri humain. Il s’élance alors vers le démon, arrivant sur le cô té pour le surprendre. Il lance son épée avec une force phénoménale et parvient à lui trancher la têt e avec une facilité sans nom. Nous nous précipitions à sa suite en regardant dans toutes les directions. Non loin de là, près de l’endroit où gît la tête du serpent, une humaine est étendue sur le sol. — Merde ! Raphaël se précipite vers elle et plaque ses mains sur ses épaules. Il part immédiatement à la recherche de son pouls. Il nous indique qu’il bat très faiblement. Je comprime mes poings et retiens mon souffle avant que Raphaël, après un rapide examen de l’humaine, ne déclare d’un air grave : — Elle est blessée. Pas par le Basilic, mais par le Béhémoth. Tout s’arrête brusquement autour de moi.