Adamat, tome 2 : La cité des Secrets

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181 pages
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Description

Après son arrivée fracassante à Adamat, Chelsea apprend à vivre avec ses semblables.


Si peu à peu elle découvre ce que son mana lui réserve, elle n'est pas au bout de ses surprises.


Mickaël semble lui cacher beaucoup de choses sur son passé, son identité et surtout sur Daren, entraîné de nouveau sur les terres angéliques desquelles il a été banni des siècles auparavant.


Entre les mensonges et les trahisons, Chelsea, Mickaël et leurs compagnons vont également faire face à un événement sans précédent : un traître sème le trouble à Adamat, et il pourrait bien être à l'origine de tous les tourments.

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Nombre de lectures 6
EAN13 9782378161620
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Adamat, tome 2 :
La Cité des Secrets

[Elyséa Raven]













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contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les événements sont le fruit
de l’imagination de l’auteur ou utilisés fictivement, et toute ressemblance avec des personnes réelles,
vivantes ou mortes, des établissements d’affaires, des événements ou des lieux ne serait que pure
coïncidence.


© 2019, Something Else Editions.
Collection Something Dark

© 2019, Elyséa Raven.
Tous droits réservés.

ISBN papier : 978-2-37816-161-3


Corrections : Sophie Eloy

Conception graphique de couverture : Caly Design





Chapitre 1

C h e l s e a

Si l’on m’avait dit un jour que le chemin que j’avais emprunté allait aussi vite dévier, je pense que
j’aurais pris mon temps pour me préparer au nouveau tournant de mon existence.
Je jette un regard triste à travers la fenêtre, le soleil n’est pas encore décidé à se montrer, ou alors,
c’est mon corps qui souhaite me priver de sommeil. La plaine qui s’étend au pied de la montagne et le
lac qui dort un peu plus loin me donnent des vertiges. La chambre d’hôpital que j’occupe est située en
hauteur sur son flanc, et la grande étendue d’eau miroitante sous les rayons de la lune me nargue. Elle
est responsable de tellement de choses, témoin d’un acte irréel que j’ai commis.
Je baisse les yeux et observe consciencieusement mes mains, un peu effrayée. Lorsque mes yeux se
posent sur mes doigts, et depuis ma transformation, j’ai l’impression de voir un voile de lumière les
entourer. C’est comme un rappel de ce que je suis, de ce dont je suis capable. Je n’en ai parlé à
personne, ni à Crystal, ni à Raphaël, ni à Gabriel et encore moins à Mickaël. Je redoute la réaction des
trois premiers, alors je n’ose imaginer celle du chef des armées. Il me prendrait pour une folle. Si cela
avait été normal, quelqu’un m’aurait avertie.
Cela fait une semaine, depuis que Gabriel m’a fait sortir, que je suis de nouveau cloîtrée ici. Les
deux guérisseurs font des bilans de santé quotidiens, vérifient le développement de mes ailes qui
n’ont pas grandi d’un pouce, et me traitent comme une personne invalide. L’étrange potion que
Raphaël devait concocter pour que ma terre natale m’oublie est apparemment prête depuis deux
jours, mais Crystal refuse de me la faire avaler tant que je n’ai pas récupéré mes affaires sur Terre. Et
là encore, elle m’interdit de quitter la chambre jusqu’à ce que mon état physique se stabilise.
Concrètement, je suis coincée ici.
Mickaël, lui, n’a pas donné signe de vie depuis ce soir-là où il m’a dit « je t’aime », mais plus j’y
pense, plus je crois avoir rêvé ce moment. Pourtant, j’ai encore la sensation de ses lèvres sur les
miennes. J’ignore même s’il a pris de mes nouvelles par l’intermédiaire de ses confrères archanges ou
par Crystal. Je ne sais même pas s’il se souvient que j’existe. Je n’ai pas demandé à le voir non plus,
je n’ai aucune envie de mêler tout le monde à cela. J’estime que c’est notre problème, notre vie
privée, et ils n’ont aucun besoin de savoir.
Gabriel est venu me voir tous les jours, dans la mesure du possible. Lorsqu’il ne s’entraîne pas ou
ne se rend pas sur Terre avec des anges gardiens pour veiller sur mes anciens semblables, il s’occupe
de moi. Je vois bien qu’il s’inquiète pour ma santé et mon moral, qu’il sent que quelque chose s’est
produit ce fameux soir, il y a une semaine. Je suppose que Mickaël a dû lui en faire part, en tout cas,
il ne m’a pas posé de questions. Il se contente de veiller à mon bien-être, il tente parfois de me faire
sourire, en vain. À vrai dire, plus les jours passent, moins j’arrive à tenir une discussion de plus de
deux minutes avec mes rares visiteurs. Je me renferme dans le silence, prenant de temps à autre un
stylo pour rédiger quelques mots dans un carnet, précieux cadeau de l’infirmière. Depuis que je
montre des difficultés à m’exprimer par la parole, Crystal m’incite à utiliser le papier pour vider mon
sac.
Je soupire, quittant la fenêtre pour venir près de mon bureau. J’effleure la couverture du petit
cahier avant de l’ouvrir à la page de garde. Mon attention est portée immédiatement sur les premières
lignes, où j’ai griffonné les pensées qui me sont venues à l’esprit.
« J’ai compris que tout ce en quoi j’avais cru toute ma vie n’était qu’un tissu de mensonges. Si
seulement on m’avait un jour dit que mon meilleur ami était un ange déchu et que mes parents
n’étaient en fait que deux parfaits étrangers, aurais-je vécu autrement ? Peut-être que oui,
peutêtre que non. Aujourd’hui, j’ai la sensation d’être démunie, privée de toutes mes connaissances, de
mon identité, de mes origines. Plus rien, désormais, ne me rattache à la Terre, excepté mon studio,
vide de ma présence. La seule chose dont je suis vraiment sûre, c’est que je n’ai jamais été
humaine, à aucun moment, et il m’a fallu vingt et un ans pour savoir cela. Les petites ailes qui
frémissent dans mon dos me le rappellent à chaque instant, chaque seconde de cette nouvelleexistence. Ce poids qui me tire en arrière assombrit mes pensées, les traîne dans la boue, les écrase
dès que j’essaye de réfléchir. Mais je suis maintenant l’une des leurs, un ange, je dois tout
reconstruire, repartir de rien. »

Ma gorge se serre, mon estomac se noue. Lorsque je relis ces mots, je regrette d’avoir avalé ce
liquide bleu étrange qui a restitué mon mana, énergie vitale pour les anges. Je regrette d’avoir choisi
de vivre cette existence.
Je m’assieds sur la chaise, attrape un stylo et pose la mine sur une feuille vide.
«  Je n’ai plus envie. Plus envie de lutter contre moi-même, d’être enfermée, de supporter
l’absence de Mickaël, d’avoir deux ailes fixées dans mon dos que je n’ai pas demandées. J’en ai
assez de… »
Je ne peux plus continuer à écrire malgré le peu de phrases rédigées, une violente douleur
transperce ma poitrine. Elle est imaginaire, venue de mon esprit, causée par tout un tas de choses que
je n’ai plus la force de nommer. Il faut que je me rende à l’évidence, en plus d’avoir tout perdu, je me
suis fait beaucoup d’illusions. Je suis… tombée amoureuse d’un homme qui n’est pas capable de
s’attacher, d’assumer ce qu’il ressent. M’a-t-il menti ?
Une larme coule sur ma joue, puis une deuxième, et une troisième. J’étouffe les sanglots, me
mure dans un silence et déverse ma tristesse sans un bruit. Le souvenir de notre nuit me revient en
mémoire comme un violent coup à la tête. Je n’ai pas pu rêver, ça ne peut pas avoir été engendré par
mon imagination. Il était là, j’étais là. Sous le ciel étoilé d’Adamat, sur le canapé de son jardin. Nous
étions enlacés, il m’a embrassée, m’a dit ces mots à voix basse. J’y ai cru, de toutes mes forces. Je
n’avais plus de pilier dans ce monde que je ne connaissais pas, Daren n’en faisait plus partie. Alors je
me suis tournée vers celui en qui j’avais accordé toute ma confiance, ou presque, et aveuglément.
Mon cœur a jeté son dévolu sur lui. Est-ce que Mickaël regrette son geste ?
Je me lève, puis du revers de la main, sèche mes yeux humides et lance un rapide regard par-dessus
mon épaule. Mes ailes bloquent une partie de ma vue. Je serre les dents, sachant qu’elles font partie
de moi, de mon corps. Je n’ai pas osé les toucher depuis qu’elles sont là, même Mickaël ne les a pas
effleurées, même lors de notre étreinte. Il les a soigneusement évitées. Raphaël et Crystal, eux, se sont
permis d’essayer sans grand succès. Et si je n’ai aucun problème avec le fait de m’allonger dessus, un
contact physique m’insupporte, me gêne, et me fait mal parfois. Raphaël dit que c’est psychologique
et que cela vient de moi, il a dit que ce n’était pas grave si je mettais du temps avant d’accepter que
l’on y touche. Aussi, j’ai eu droit à un long discours sur le consentement.
Je tends la main vers l’arrière, le bout de mes doigts frôle une plume. D’un blanc immaculé,
parfait, sans aucune tache, elle est douce, mais je grince des dents. Tous les jours, j’essaye de
désensibiliser cette chose, en vain. De rage, je l’attrape entre mon index et mon pouce et je tire
violemment dessus. Je m’arrache un cri de douleur abominable, n’essayant même pas de le retenir. Je
lâche la plume qui tombe au sol et, dans un élan de folie, j’en arrache une autre, et encore une autre…
Puis je m’attaque au bas de mon aile. Je ne réfléchis plus, j’ai mal, je pleure encore, j’arrache, je
gémis de douleur. Je n’ai plus le contrôle sur mes faits et gestes, j’ai les nerfs à vif.
Soudain, la porte de ma chambre s’ouvre dans un fracas. Les yeux embués de larmes, je ne
distingue qu’une chevelure blonde s’approcher de moi. Il attrape brusquement mes mains, les enferme
dans les siennes, chaudes, et m’attire contre lui. Il ne dit rien pendant que je me laisse aller dans ses
bras. Il finit par libérer mes poignets et entremêler ses doigts dans mes cheveux en bataille.
— Gabriel…, sangloté-je.
— Je sais, Chelsea, me répond-il dans un murmure.
Mon front est posé contre son torse, mes bras le long de mon corps. J’ai l’air d’une folle dans un
asile psychiatrique. Je suis définitivement perdue.
— S’il te plaît, arrête de te faire du mal… Si Mickaël voyait ça, il…
— Mais Mickaël n’est pas là. Et il n’en a rien à foutre de moi, le coupé-je.
Gabriel me serre un peu plus fort, il presse son menton sur le sommet de mon crâne pour me
rassurer.
— Bien sûr que si. Tu ne crois pas qu’il est temps que vous ayez une discussion, tous les deux ?
Je secoue la tête.
Sa voix est douce, tel le bruit des vagues qui viennent s’échouer sur une plage. Je n’ai pas enviequ’il me lâche, j’ai besoin de lui à ce moment précis. Il me faut sa présence pour m’apaiser. Les ondes
positives qu’il dégage, certainement nées de sa nature d’ange gardien, s’enroulent autour de moi et
pénètrent mon âme pour soulager ma peine.
Je cesse peu à peu de verser des larmes, Gabriel le remarque et relâche enfin la pression sans
rompre le contact entre nous. Doucement, je relève la tête, nos pupilles se rencontrent. Il m’adresse
un sourire triste, j’en esquisse un pour lui répondre.
— Tes ailes font partie de toi, c’est ce que tu es et ce que tu as toujours été. Tu as encore
beaucoup de belles choses à vivre.
Je demeure silencieuse, j’ai du mal à voir ce qui peut m’arriver de bien après tout ce qui s’est
passé. Je garde cette réflexion pour moi et hoche simplement la tête. Il hésite à partir, probablement
effrayé à l’idée que je ne recommence. Alors qu’il recule un peu pour me laisser de la place, la
douleur revient de plus belle, et je porte ma main à mon aile mutilée. Une grimace déforme mes
traits, la lancination est si forte que je suis obligée de m’asseoir. Je regarde Gabriel d’un air suppliant,
l’horreur est peinte sur son visage.
— Chel, je vais chercher Raphaël, d’accord ? Tu ne bouges pas ! Tu me promets ?
D’un mouvement de tête, je lui réponds par l’affirmative avant qu’il ne quitte la pièce hâtivement.
Me retrouvant seule avec mes idées noires, je lance un coup d’œil sur mon aile. Je suis prise d’un
haut-le-cœur en constatant les dégâts. Des filets de sang s’échappent des endroits où les plumes sont
arrachées, elle est dans un piteux état, Raphaël va me tuer.
— Mon Dieu, Chelsea !
Quand on parle du loup, voilà l’archange guérisseur qui vient d’entrer en trombe, traînant une
desserte, Gabriel sur ses talons, tous les deux inquiets. Raphaël s’agenouille près de moi, sort du
coton très épais d’une boîte et un récipient contenant un liquide vert pâle, transparent. Quand il
applique le coton sur mon aile, je lâche un gémissement de douleur. Je déduis qu’il s’agit d’un
désinfectant bien typique de chez eux, chez nous, chez moi.
— Je sais que ce n’est pas agréable, mais c’est un véritable carnage… Qu’est-ce qui t’est passé par
la tête ? me réprimande Raphaël, vraiment furieux, en s’affairant à soigner mes blessures.
J’ouvre la bouche, mais reste muette face à sa remarque. De toute façon, que pourrais-je
répondre ? Je n’ai pas d’excuse, pas d’explication à ce que j’ai fait.
— C’est très grave… ça va mettre beaucoup de temps à repousser.
Je peux l’imaginer froncer les sourcils alors que je suis dos à lui. Bientôt, la douleur du produit
s’évanouit pour se muer en une douce chaleur. Avec ça, je sens des petits picotements au niveau de
mes omoplates. La magie de Raphaël, son mana, entre en moi pour aider au rétablissement de mes
plumes. Son énergie soulage ma peine physique et morale.
— Tu peux partir tranquille, Gabriel, je reste un peu avec elle.
L’intéressé hoche la tête avant de s’avancer vers moi. Raphaël m’aide à me remettre debout et me
libère de son emprise lorsque je suis stable. L’ange gardien dépose rapidement un baiser sur ma joue
et s’en va en me disant qu’il reviendra me voir après son entraînement, non sans me sourire une
dernière fois.
Raphaël me contemple avant de soupirer de désespoir.
— Chelsea…
Je me détourne et viens me poster près de la fenêtre, en regardant le lac avec la même sensation
que plus tôt dans la matinée.
— Si tu commences à te faire du mal, tu ne pourras pas sortir d’ici, me dit-il, entre l’agacement et
l’affliction.
— Je sais, soufflé-je.
Je l’entends se rapprocher puis s’arrêter. Lorsque je me tourne pour voir où il est, je remarque sa
main posée sur mon carnet ouvert à la page que j’ai commencé à noircir.
— Alors c’est pour ça ? C’est à cause de lui ?
Je baisse les yeux, honteuse. Son ton chagriné me conforte dans l’idée que Mickaël ne lui a rien dit
au sujet de cette soirée et de cette nuit passée ensemble.
— Je pense que tu as tort.
— Raphaël, rends-toi à l’évidence comme je l’ai fait. Il a décidé d’oublier volontairement ce quis’est passé. Il ne veut pas de ça, point final. Il n’a même pas été foutu de me rendre visite depuis…
Les larmes menacent à nouveau de s’échapper.
— Il s’inquiète, il me l’a dit. Je pense sincèrement qu’il n’a juste… pas compris. Mickaël est un
peu idiot quand il s’agit de savoir se comporter avec une femme, m’assure le guérisseur.
J’aurais pu me réjouir qu’il s’inquiète pour moi, mais si c’était vraiment le cas, pourquoi n’ai-je
pas pu le serrer dans mes bras et l’embrasser depuis une semaine  ? Pourquoi refuse-t-il de se
montrer ? Je me demande ce que ça a de compliqué.
— Je ne l’oblige pas à assumer ses mots et ses actes devant le monde entier, juste qu’il me parle,
qu’il m’explique les raisons de son éloignement, lancé-je, impatiente.
— Je comprends bien. Je pense que, de toute façon, Gabriel va aller lui remonter les bretelles pour
qu’il vienne s’excuser. Et prendre de tes nouvelles directement. Assumer.
Il repose le carnet sur mon bureau après l’avoir refermé. Je n’en veux pas à Raphaël d’avoir fait
son curieux, je suis épuisée de lutter contre tout le monde. L’archange me fait un petit clin d’œil, puis
s’éloigne pour quitter la chambre. La main sur la poignée, il me dit :
— Je ne l’ai jamais vu amoureux, c’est bien la première fois qu’une femme le fait autant sortir de
ses gonds.




































Chapitre 2

C h e l s e a

Trois mots, trois mots qui résonnent encore dans ma tête, qui me font souffrir, comme ils
m’avaient rendue si heureuse sept jours auparavant. Pourquoi ? Que s’est-il passé pour que cela ne
soit désormais qu’un vague souvenir douloureux ?
Ses lèvres toujours contre les miennes, je halète, difficilement capable de respirer. Mais je
refuse de rompre le contact pour aller chercher un peu d’air. Sa main se retire de mes cheveux
pour descendre dans mon dos, et au passage, elle effleure mes ailes. Je réprime un frisson de
dégoût et souffle contre sa bouche, mécontente :
— Mickaël…
Il s’écarte, laisse échapper un rire avant de s’excuser d’un ton amusé. J’ouvre enfin les yeux et
découvre des iris d’ambre. Je cligne des paupières à plusieurs reprises et lorsque je réalise que ses
yeux ne sont vraiment plus marron, je me relève à la hâte en ayant un geste de recul.
— Non, pas encore ça…
Je vois le guerrier froncer les sourcils et petit à petit, ses iris retrouvent leur couleur d’origine.
Voyant que je reste pétrifiée, il m’adresse un regard interrogateur.
— Qu’y a-t-il ?
— Tes yeux, ils sont…
Le souvenir de la nuit de notre rencontre me revient en mémoire, ainsi que le jour de l’incidentdu lac. Ces deux fois où j’ai eu peur, parce que je me sentais comme happée par l’ambre liquide de
ses iris, comme s’il s’agissait d’un pouvoir hypnotique.
— Je sais.
Il ne dit pas un mot de plus, plonge ses prunelles dans les miennes, attrape doucement mon
poignet, puis m’invite à le suivre. Il m’entraîne à l’intérieur de sa maison, nous arrivons dans le
salon avant de traverser un couloir. Il s’arrête devant une porte qu’il ouvre. Je le suis et pénètre
dans la pièce, et quand il allume la lumière, je découvre une chambre impersonnelle aux murs
blancs, un grand lit en bois sombre trônant au milieu et une grande armoire sur le côté. Rien de
plus, rien de moins. À la vue de l’immense penderie, je me doute bien qu’elle ne contient pas que
des vêtements, mais pour rien au monde je ne serais tentée de l’ouvrir, par peur d’y découvrir des
choses dangereuses, ou encore des outils de torture.
— Chelsea ? Tout va bien ?
La grosse voix de Mickaël me sort de mes contemplations. Je dois être blême.
— Pourquoi fixes-tu cette armoire avec tant d’effroi ?
Je secoue la tête et lui réponds une phrase bateau qui veut tout dire : « absolument rien ». Il me
lance une œillade pour signifier qu’il n’en croit pas un mot avant de faire quelques pas vers moi.
Le guerrier me soulève du sol avec une facilité déconcertante. Mes jambes viennent s’accrocher
autour de sa taille tandis que j’entoure sa nuque de mes bras. Ses doigts palpent mes fesses, je
sens qu’il en prend un malin plaisir. Je roule des yeux, puis il m’allonge sur le lit king size et vient
s’installer près de moi. Mon attention se porte sur son torse dénudé, d’abord ses épaules, puis son
buste pour finir sur son V dessiné avec finesse. Je me sens rougir, j’avoue ne pas savoir quoi faire.
Mais Mickaël ne me laisse pas le temps d’y réfléchir trop lentement. Il m’attire vers lui en
m’attrapant par les hanches et je me retrouve en position de force. Je scelle nos bouches dans un
baiser passionné, avide, et des papillons naissent dans mon ventre. L’euphorie s’empare de moi,
mes pensées ne sont plus claires, à tel point que je ne repousse même pas Mickaël lorsqu’il
commence à caresser mes ailes, là où elles trouvent leur origine. Encerclée par mes genoux, sa
taille prisonnière, les mains du guerrier quittent mes plumes pour rejoindre mes côtes. Je suis
parcourue d’agréables frissons. Je commence à explorer son torse, m’attardant sur ses pectoraux.
Mickaël, comme affamé, m’embrasse soudainement avec bien plus de fougue. Il agrippe le bas de
mon t-shirt pour me le retirer. Ni une ni deux, je le passe au-dessus de ma tête et le balance dans
un coin de la chambre, au hasard. De ses pouces, il effleure le dessous de ma poitrine et j’étouffe
un gémissement.
Et brusquement, quelque chose percute mon esprit, je suis ramenée à la réalité. Que suis-je en
train de faire ?
Après un vif mouvement de recul, Mickaël retire ses mains de mon corps. Les traits de son
visage changent, il a l’air de ne pas comprendre.
— Mickaël, s’il te plaît, je…
Les battements de mon cœur se font plus rapides, je crains même qu’il ne les entende. Comment
lui dire qu’il n’est pas question d’aller plus loin, pas maintenant, pas… aussi tôt. Je baisse la tête,
un peu honteuse de l’avoir laissé espérer quelque chose. J’aimerais qu’il comprenne par lui-même,
je ne veux pas me ridiculiser à haute voix.
— Chel’ ? Tu veux qu’on aille dormir ?
Il esquisse un sourire rassurant, il a tout saisi. Je hoche la tête et il s’assied pour déposer un
baiser sur mon front.
— Tout va bien, d’accord ? On n’est pas obligés de faire ça.
Les pulsations dans ma poitrine s’apaisent. Je m’écarte de lui, m’allonge sur le matelas tandis
qu’il sort du lit pour se diriger vers son armoire. Je ne vois pas ce qu’il y a à l’intérieur, la porte
m’en empêche. Il en ressort un t-shirt et me le lance.
— Mets ça, promis, je ne regarde pas.
Sur ce, il lève les bras en direction du ciel, comme s’il voulait prouver sa bonne foi et se tourne
face au mur. Je ris malgré moi, consciente d’avoir trouvé un homme bien plus respectueux qu’il
n’y paraît. Je retire ma brassière et mon jean puis enfile le t-shirt de Mickaël qui, bien évidemment,
me fait office de robe courte.Je le rejoins ensuite, l’enlaçant par-derrière. Mes doigts caressent ses abdos et je dépose
quelques baisers le long de sa colonne vertébrale. Lui, au moins, ses ailes ne sont pas là pour me
gêner. Il gesticule au contact de mes lèvres sur sa peau, il est pris de frissons.
— Chelsea, murmure-t-il en prenant mes mains dans les siennes.
— Mh ?
— Allons nous coucher…
Sa voix est à peine audible, elle ressemble plus à des gémissements. Nous rejoignons le lit
ensemble, nous nous installons sous la couverture et, son corps chaud contre le mien, son torse
contre mon dos, je ferme les yeux.
Le sommeil a mis un moment pour nous emporter, autant lui que moi. Ses doigts ne cessaient de
parcourir mes courbes alors que je demeurais presque immobile. Je voulais profiter de ses
caresses, d’un premier moment d’intimité.
Et lorsque je me suis réveillée le lendemain matin, une lettre m’attendait sur la table de chevet.
Une écriture peu soignée, mais lisible, m’avait laissé ce mot :
« J’ai dû partir à l’entraînement. »
Ni plus ni moins, même pas signée, même pas un mot d’amour. J’ai pensé qu’il était sorti du
sommeil un peu tard et était parti dans la précipitation. Je n’ai pas cherché à comprendre, après tout,
c’était notre première nuit ensemble, peut-être avait-il besoin de prendre du recul par rapport à notre
relation naissante. Alors j’ai pris mes affaires, et je suis rentrée à l’infirmerie. À ce moment-là,
j’ignorais encore que je n’allais plus revoir Mickaël pendant sept jours complets.




































Chapitre 3

M i c k a ë l

Je déverse ma rage sur un sac de sable depuis un bon moment déjà. Mes poings sont en sang, je
transpire à grosses gouttes, mais je me sens infatigable, gonflé d’énergie et d’adrénaline par la colère.
Une semaine que je me tue à l’entraînement, que j’envoie paître mes plus proches amis et mes
recrues. C’est simple, j’effraie tout le monde : personne ne m’approche, personne ne comprend
pourquoi je suis autant en proie à la haine. Malgré tout, je retourne tous les soirs à l’infirmerie afin
de faire suivre l’état de guérison de mes ailes, encore meurtries par le combat avec Daren. Et depuis
une semaine, j’évite Chelsea comme la peste, comme si tout était de sa faute. Malgré tout ce qu’elle a
traversé, le traumatisme de sa nouvelle condition, la perte de son meilleur ami et ses sentiments pour
moi, je n’ai été là à aucun moment. Je ne l’ai pas soutenue. Je suis même parti après cette nuit, j’ai
fui tel un lâche parce que je ne voulais pas l’affronter, faire face à quelque chose que j’ai toujours
considéré comme futile. Chelsea a été bien plus courageuse que moi.
— Chef ?
Je ne sursaute même pas en entendant la voix hésitante de Brett dans mon dos.
— QUOI ? hurlé-je en me retournant, les poings serrés ruisselants d’un liquide rouge écarlate.
Il a un léger mouvement de recul, mais garde contenance. Au moins, il a le mérite de rester droit,
de ne pas avoir bredouillé des excuses pour m’avoir dérangé.
— Gabriel arrive. Et il est très remonté, indique-t-il.Je fronce les sourcils avant de congédier le soldat. Je prends une profonde inspiration, mais cela
n’a pas l’effet de me détendre. Mes muscles sont encore plus tendus que lorsque je frappais le sac.
Affronter l’archange messager n’est d’ordinaire pas quelque chose de difficile, cependant, Gabriel en
colère, c’est inhabituel. Il est réputé pour son calme légendaire, et quelque chose a dû mettre sa
patience à rude épreuve.
Je le vois arriver de loin, il s’avance dans ma direction et relève les manches de sa chemise. Il a
vraiment l’air furieux. Je m’approche de lui sous le regard intrigué de tous les guerriers présents dans
la salle d’entraînement, et des quelques spectateurs. Yeux dans les yeux, nos pupilles refusent de se
lâcher. Alors que je m’apprête à lui reprocher son retard, je reçois un uppercut en pleine tête. Je me
mords la lèvre sous la douleur et la surprise de son geste, puis réplique par un coup de pied qui
atterrit dans ses abdos. Il tombe à la renverse, mais se relève rapidement. Il tend son bras sur la gauche
et quelques secondes plus tard, un des soldats vient lui apporter une épée. De mon côté, on me donne
une hallebarde. J’ai presque envie de rire, ils savent parfaitement ce qu’ils doivent faire lorsque deux
soldats en viennent aux mains.
— Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait, Mickaël ? lance-t-il enfin.
Il m’assène le premier coup, j’évite la lame de justesse en parant avec mon arme. Je m’élance avec
la mienne, or, il esquive en roulant au sol.
— Tu n’as pas à te mêler de ça ! vociféré-je.
— Tu ne sais même pas de quoi je parle !
Cette fois-ci, la pointe de son épée érafle mon buste. Il déchire mon t-shirt, un mince filet de sang
apparaît. Ma hallebarde touche sa jambe, il chute et grimace. Déjà essoufflé et plus rouge que les
yeux de Rubis et Evan, les jumeaux albinos, il déclare avec conviction :
— Si tu n’étais pas mon frère, tu serais déjà mort.
Son assurance m’aurait fait rire si je n’avais pas autant envie de me battre. Le rappel de notre lien
de sang ne fait que m’enrager encore plus. Encore quelque chose que nous avons -que j’ai- cachée à
Chelsea. Mais qui aurait pu s’en douter  ? Il ressemble trop à Crystal, la plupart des anges sont
persuadés que ce sont eux qui sont de la même famille. Nous avons toujours ri de cela. Mais
aujourd’hui, frères ou pas, nous sommes bel et bien plus que jamais divisés.
— Arrête un peu, tu en serais incapable, le raillé-je, le menaçant de mon arme.
— Va lui parler ! hurle-t-il dans tout le gymnase. Va lui parler ou tu la perdras, si ce n’est pas déjà
le cas. Va t’excuser, lui dire toute la vérité, assumer les conséquences de tes actes. Sois un homme,
Mickaël !
C’en est trop. Je jette ma hallebarde, prends son épée qu’il a lâchée et la lui enfonce dans la cuisse.
Il laisse échapper un horrible cri de douleur. Je laisse retomber son arme près de lui, et sans un regard
de plus, je me tourne pour quitter la salle d’entraînement. Je l’entends se lever derrière moi et ses pas
se rapprocher, mais ce n’est qu’en jetant un rapide regard par-dessus mon épaule que je vois sa lame
perforer mon épaule. Je serre les dents, ma mâchoire craque. Là, Gabriel se rapproche en titubant puis
il attrape mon t-shirt déchiré et taché de sang avant de murmurer :
— Sois un homme, un vrai, et va lui dire ce qu’elle signifie pour toi.
La rage peinte sur son visage, il me repousse avec violence en retirant son épée de mon corps. À ce
moment-là, la porte du gymnase, bruyante, s’ouvre sur Raphaël. L’air renfrogné, il se dirige vers
Gabriel sans m’adresser un seul regard. Alors, dégoulinant de sang, je décide de quitter le bâtiment, le
cœur battant à tout rompre.
Le trajet jusqu’à l’infirmerie semble durer des heures, ou est-ce juste moi qui essaye de repousser
l’échéance. Ce face à face avec Chelsea, je le redoute tant. Elle est la seule femme qui me fait
flancher, qui me fait oublier ce que je suis, qui me pousse à aller au-delà de mes convictions. Et cela
m’effraie. Mais une fois arrivé devant elle, serai-je capable de tout lui dire ? De lui raconter la vérité
sur Daren, sur les forces et les lois qui régissent ce monde ?
Lorsque je pousse la porte du bâtiment, je suis accueilli par une blonde furieuse. Les bras croisés
sur la poitrine, Crystal me toise avec colère. Elle me dévisage puis hausse un sourcil avant de se
décider à parler.
— Je refuse de te soigner tant que tu ne lui auras pas parlé. Je me fiche bien de ce que tu vas lui
dire, mais ce n’est pas la peine de venir me voir tant que tu n’auras tenu tes responsabilités de chef etd’homme.
Sur ce, elle tourne les talons avant de disparaître dans son bureau, non sans claquer le battant. Je
soupire malgré moi, désormais conscient que je suis en train de me mettre tout le monde à dos à
cause de cette histoire. Putain de chasse qui a mal tourné ! Si seulement ce Béhémoth ne l’avait pas
mordue, si seulement elle ne s’était pas retrouvée là, au milieu de cette poursuite. Daren ne serait
sûrement pas revenu, Daniel ne serait pas…
Daniel ! Je l’ai complètement oublié !
Avec tous ces événements, même mon bras droit m’est sorti de la tête. Cela fait combien de temps
qu’il moisit dans les souterrains ? Deux, trois semaines ? Au moins, il a probablement eu le temps de
réfléchir aux conséquences de ses actes.
Je me mets en tête de le libérer dans la journée, après m’être occupé de régler cette affaire
personnelle avec Chelsea. Elle reste ma priorité. Ensuite, elle va devoir s’acclimater à sa nouvelle vie.
— Bon sang, je n’ai pas dû l’aider…, soufflé-je.
En relevant la tête, je réalise que, inconsciemment, je me suis figé devant la porte de sa chambre.
Et en me concentrant assez, j’entends des pleurs venir de l’autre côté. Ma gorge se serre, j’ai un
pincement au cœur et surtout, j’ai honte. Un sentiment de culpabilité m’envahit, m’emprisonne et
soudain, je ressens le besoin de la voir, de la rassurer et de m’excuser. Peut-être pour faire taire ces
voix dans mon esprit qui me répètent que je ne suis qu’un lâche. Peut-être est-ce juste pour soulager
ma conscience.
Sans frapper, je rentre dans la pièce en actionnant la poignée avec une lenteur délibérée. Je passe la
tête dans l’entrebâillement et fais un pas à l’intérieur avant de découvrir la jeune femme assise au sol,
recroquevillée sur elle-même. Je referme derrière moi puis m’avance précautionneusement. Si elle
m’a remarqué, elle n’en montre rien. À sa hauteur, je m’accroupis et découvre avec horreur l’état de
ses ailes et de ses épaules. Sa peau présente des marques de griffures et sur ses ailes, des traces de
sang… comme si elle avait essayé de les arracher.
— Chelsea…, murmuré-je.
Une expression de dégoût tord mon visage alors que j’ai un mouvement de recul. Chelsea me
renvoie l’image d’une femme blessée, brisée, qui a tout perdu. Et j’en suis le seul responsable.
Pourtant, dans un geste protecteur, je viens l’entourer de mes bras, oubliant mes propres blessures.
Un son me parvient, il est presque inaudible, mais je le comprends. Elle m’appelle. Je glisse mes
doigts dans ses cheveux décoiffés et de mon autre main, j’effleure ses plumes, ses omoplates, la
naissance de ses ailes, comme si cela allait les réparer. Elle doit me détester, et je comprends
maintenant le regard rempli de haine de mes confrères archanges.
— Mike… Pourquoi…
Le son de sa voix me fait l’effet d’un coup porté en plein cœur. Il me perce comme on casse une
vitre. Mon organe vital explose en mille morceaux. Je peux entendre toute sa peine lorsqu’elle
prononce mon nom, mais là tout de suite, je suis incapable de lui expliquer.
— Je t’aime, Chelsea. Si tu savais comme je t’aime.
Dans mes bras, elle semble enfin s’apaiser. Ses sanglots finissent par disparaître et elle cherche à
relever la tête. Je la libère de mon emprise en veillant à garder un contact physique entre nous. Son
visage pâle m’apparaît enfin, ses yeux rencontrent les miens. Du pouce, je chasse une larme qui naît
au coin de son œil. Je la vois esquisser un faible sourire. Alors que je m’attendais à ce qu’elle me
repousse pour le mal que je lui ai fait, c’est la plus belle chose qu’elle pouvait m’offrir.





Chapitre 4

G a b r i e l

Je grimace de douleur, du sang s’écoule abondamment de ma cuisse. Je n’ose pas me retourner, je
sais déjà que la plupart des soldats qui s’entraînent me dévisagent. Derrière moi, j’entends qu’on
s’approche. Une main se pose sur mon épaule, et un coup d’œil rapide suffit pour que je reconnaisse
Brett, il a probablement envoyé quelqu’un chercher Raphaël. Je me détends d’ailleurs un peu en
voyant le guérisseur marcher dans ma direction.
— Que s’est-il passé ? demande-t-il à mon attention en voyant l’immonde blessure.
— Tu ne veux pas savoir…, rétorqué-je.
Il nettoie d’abord le sang, puis se sert de sa magie pour refermer une partie de la plaie. Le reste de
la cicatrisation devra se faire tout seul, il ne peut pas grand-chose contre les blessures physiques, à
part accélérer le processus de guérison. Lui...