Amnésie

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Je me suis échouée sur le rivage d’une petite ville en bordure de lac.
Un endroit où tout le monde se connaît, et pourtant...
Personne ne me connaît, moi.
Je ne me connais pas moi-même.
Lorsqu’une femme ignore son propre prénom, existe-t-elle vraiment ?
J’ignore ma couleur de cheveux d'origine, ma date de naissance, mon lieu de résidence.
Je suis invisible.
À mes yeux et à ceux de tout le monde.
Tout le monde, sauf lui.
Je lis au plus profond de son regard et à la manière dont il scrute mon visage comme si je constituais une énigme qu’il était déterminé à résoudre, qu’il me reconnaît.
Je veux simplement des réponses, la vérité... savoir.
Ses lèvres demeurent scellées. Toutefois, son regard m'ensorcèle.
Je ne peux avoir confiance en personne, pas même en moi-même. Quelqu’un veut ma mort, la même personne qui a tenté de me noyer dans les profondeurs sous-marines.
Elle va revenir me traquer... Et je ne saurai pas à quoi ressemble mon ennemi.
Je ne sais même pas à quoi je ressemble.
Je suis Amnésie.

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EAN13 9782375745120
Langue Français

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HEBERT Cambria
Amnésie Les fantômes du passé - T.1 -
Traduit de l'anglais par Charlotte Anaïs
Collection Infinity
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Cet ouvrage a été publié sous le titre original : Amnesia Collection Infinity © 2018, Tous droits réservés Collection Infinity est un label appartenant aux éditions MxM Bookmark.
Illustration de couverture ©VO (Cover me darling)
Traduction ©Charlotte Anaïs
Suivi éditorial© Patricia V. Wells Correction© Porte Plume
Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit est strictement interdite. Cela constituerait une violation de l'article 425 et suivants du Code pénal.
ISBN : 9782375745120
Existe en format papier
Amnésie Je me suis échouée sur le rivage d’une petite ville en bordure de lac. Un endroit où tout le monde se connaît, et pourtant… Personne ne me connaît, moi. Jene me connais pas moi-même. Lorsqu’une femme ignore son propre prénom, existe-t-elle vraiment ? J’ignore ma couleur de cheveux originelle, ma date de naissance, mon lieu de résidence. Je suis invisible. De toute chose, aux yeux de tous, même aux miens. Tout le monde, sauf lui. Je lis au plus profond de son regard, à la manière dont il scrute mon visage, qu’il me reconnaît, comme si je constituais une énigme qu’il était déterminé à résoudre. Je veux simplement des réponses, la vérité… savoir. Ses lèvres demeurent scellées. Toutefois, son regard le trahit et m’enchante. Je ne peux avoir confiance en personne, pas même en moi-même. Quelqu’un veut ma mort, la même personne qui a tenté de me noyer dans les profondeurs marines. Elle va revenir me traquer… Et je ne saurai pas à quoi ressemble mon ennemi. Je ne sais même pas à quoijeressemble. Je suis Amnésie.
pour Kaydence Tu es une source d’inspiration.
E D W A R D
1
L’eau m’appelait. Telle une sirène par une nuit brumeuse, attirant par sa voix mélodieuse les marins esseulés à s’approcher. Leur offrant la promesse d’une compagnie, avant de les faire finalement sombrer dans les profondeurs abyssales jusqu’à ce que la vie les quitte et que l’onyx, tourbillon d’eaux caverneuses, tâche de les engloutir pour de bon. Le lac se muait en un lieu sinistre, à la nuit tombée. Le faible clapotis de l’eau s’écrasant contre les galets, l’odeur d’humidité ambiante, et la manière dont le ciel paraissait se rapprocher bien plus de l’homme, du moins c’était l’impression que donnait le brouillard épais, flottant bas et écrémant la surface de l’eau qui oscillait constamment. Ces phénomènes ne détenaient pas nécessairement une connotation lugubre pour d’autres, mais ils réveillaient une noirceur enfouie en moi. Un état d’esprit tapi en permanence sous la surface, sous le sourire facile que j’adressais aux gens dans la rue et à mes proches. Bien que cet état d’esprit soit déplaisant, je ne pouvais le tenir éloigné. C’était une étrange sorte d’addiction, parfois un désir compulsif intense. On dit que les personnes dépendantes le sont car elles en tirent quelque chose. Quel que soit l’objet de l eur addiction, il répond à un besoin, comble un certain vide dans leur vie. C’est vrai. En tout cas, ça l’est pour moi. À l’exception de l’ondulation de l’eau et de la brise soutenue, il régnait un silence de plomb ici – en omettant les cris d’oiseaux occasionnels et les coassements répétitifs des grenouilles. La rive était généralement déserte lorsque je la longeais, il faisait d’ordinaire nuit, et les heures traditionnellement réservées à la socialisation étaient ainsi passées. La rive du lac qui piquait le plus mon intérêt était la moins peuplée. Les fêtes et autres feux de camp, parkings et bécotages se tenaient de l’autre côté, où se trouvait ce que l’on pouvait considérer comme une plage. Je préférais l’intimité qu’offrait cette rive. La solitude me permettait de laisser libre cours à mes pensées, sans crainte d’être dérangé. Mes pensées, et souvenirs, plus précisément. La vivacité dans mon esprit de ces événements si lointains était quelque peu troublante. Des détails qui auraient dû s’estomper avec le temps, des sentiments qui – affirmaient les gens – devraient s’atténuer jusqu’à ne constituer plus qu’un bruit de fond. C’était un mensonge. Ces personnes étaient ignorantes, s’exprimaient sur des sujets dont elles ne connaissaient rien. Je les laissais nourrir leur aveuglement. Après tout, c’était plus simple. Pour eux comme pour moi. Les plantes de mes pieds étaient presque désensibilisées au contact du tapis irrégulier, parfois tranchant, que formaient les cailloux. Je ne portais jamais de chaussures ici. Je préférais le contact glacial et osseux de l’eau autour de mon pied, l’engloutissant momentanément. Je me reconnaissais dans les cailloux gisant sous mes pieds, dans leur disposition désordonnée, menaçant mon équilibre en permanence… Mais curieusement, l’instabilité me donnait de l’aplomb. La fin de l’été approchait à grands pas. Bientôt, cette petite ville touristique en bordure de lac redeviendrait tranquille. La brise automnale apporterait un froid mordant, et les résidents à l’année se regrouperaient en masse, en une communauté si soudée qu’elle en était presque suffocante. Une brise plus fraîche que les précédentes m’enveloppa, amenant mes cheveux logés derrière mes oreilles à fouetter mes yeux. Au lieu de les repousser, je tournai la tête et portai mon regard loin sur la vaste étendue d’eau. Le vent qui ne cessait de souffler tâcha de libérer totalement mon visage de mes cheveux, les faisant voler derrière moi. Le contact glacé de l’eau commençant à piquer mes o rteils alors qu’elle les recouvrait une nouvelle fois, je glissai mes mains à l’intérieur de mon jean blanc. Mes doigts se recroquevillèrent dans mes paumes. Je restais immobile, l’eau pénétrant mes chevilles, le vent poussant et tirant mes cheveux et vêtements. Il faisait nuit, le brouillard était bas, et les étoiles et la lune s’étaient égarées dans le ciel obscur. Toutefois, je décelais encore la silhouette de l’île qui semblait flotter perpétuellement à la surface du lac, à un kilomètre et demi du rivage. J’ignorais la taille réelle de l’île. Personne ne le savait. Personne n’y avait jamais mis les pieds, puisque personne n’y avait été invité. Tout ce que je savais était que la manière dont elle paraissait flotter n’était qu’une illusion, puisque si elle fl ottait véritablement, elle aurait dérivé depuis bien
longtemps… mais elle se dressait toujours là. Maintenue en place par des racines et de la terre qui atteignaient probablement les tréfonds du lac, assemblant une ancre que seule Mère Nature pouvait procurer. L’île et la maison qui s’y dressait constituaient u n mystère. Au même titre que la personne qui résidait sur l’île. Tout le monde, ici à Loch, se plaisait à spéculer au sujet de cette île. Les rumeurs et théories fusaient. Les murmures flottaient de rue en rue, su rtout lors des rares occasions où la femme qui y vivait venait en ville afin de s’approvisionner. J’entendais toutes les spéculations, mais conservais les miennes pour moi seul. Si je les faisais connaître, je n’aurais pas été en mesure d’expliquer pourquoi mon regard se baladait toujours sur le monticule de terre troublant, dissimulé par des arbres matures et la distance créée par la vaste étendue d’eau. Une nouvelle forte rafale de vent surgit de côté, amenant un brouillard encore plus épais, créant un voile opaque et obstruant le peu de vue dont je disposais du contour de l’île. C’était comme si quelqu’un avait tiré un rideau sur la fenêtre devant laquelle je me trouvais. L’eau éclaboussa mes mollets, ce qui les trempa, et tâcha d’alourdir mon pantalon. N’y prêtant pas attention, je me tournai, les mains toujours fo urrées dans mes poches, mi marchant mi pataugeant dans l’eau peu profonde en aval du rivage. Je devrais m’en aller. Le bref laps de temps que je m’autorisais à passer ici chaque soir touchait à sa fin, mais ce soir l’attraction était encore plus vivace, presque douloureuse, et elle maintenait mes pieds plantés dans l’eau. Repliant la tête contre ma poitrine, je ralentis mon allure et commençai à flâner. J’avais l’impression que le vent me poussait à avancer, et bien que je sois athlétique, je me trouvais impuissant face à sa persistance. Alors qu e je déambulais, je remarquai que mon pantalon, y compris la partie trempée, semblait briller dans l’obscurité. Les souvenirs se glissèrent dans ma gorge, ou peut-être plutôt l’éventualité. Peu importe ce que c’était, cela avait un goût légèrement salé, en dépit de la fraîcheur de l’eau. Je me répétais à moi-même (seulement parce qu’il me fallut des années entières de conditionnement pour parvenir à cet argument) que je n’avais aucun moyen de savoir ce qui aurait pu éventuellement se passer, puisque cela m’avait été arraché… ou plutôt noyé quelque part, en dessous de ces quatre-vingts kilomètres d’eau. Immergé dans l’eau autant que dans mes pensées, j’avançai sans remarquer que le brouillard m’enveloppait, telle une étreinte malsaine. Une sensation étrange naquit dans ma nuque, contractant mes muscles et me causant un frisson. Mes jambes se figèrent, mais les mouvements du vent et de l’eau me donnèrent l’impression d’être toujours en train d’avancer. Quelque chose flottait au gré des vagues, non loin devant moi, mais un peu éloigné du rivage. Clignant des yeux, pensant qu’il ne s’agissait que de mon imagination ou du lac qui me jouait des tours, je regardai de nouveau dans cette direction. Une légère houle amena la pâle silhouette plus près, avant de la ramener doucement en arrière, comme si le lac ne savait pas s’il devait conserver ou rejeter l’objet. Me précipitant en avant, mes yeux fixaient l’objet, m’attendant toujours à ce qu’il disparaisse dans l’eau ou se brise, mais ce ne fut pas le cas. Au fur et à mesure que j’avançais, mon cœur cognait plus fort dans ma poitrine. Un sentiment de malaise se déploya dans mon bas-ventre, ballotté co mme si l’alcool absorbé deux jours auparavant menaçait de remonter à tout moment sans crier gare. Ma salive était épaisse et curieusement sèche alors que je m’efforçai de l’avaler. Ce qui paraissait être une touffe de cheveux, de couleur si claire qu ’elle contrastait avec l’eau sombre, paraissait vouloir s’avancer vers moi, comme appelant à l’aide. Je me mis à courir. Le silence fut perturbé par le bruit de mes pas dans l’eau ainsi que la manière funeste dont elle engloutissait mon pantalon, essayant de me happer. Les cheveux s’avéraient être plus loin que je ne le pensais. Une autre illusion du lac. — Hé ho ? lançai-je, à moitié penché désormais, utilisant mes bras pour fendre l’eau. Un sentiment intense d’urgence proliférait dans mes veines, m’intimant de plonger dans l’eau, en position de nage. J’étais oublieux de la température glaciale de l’eau et de la manière dont le liquide sombre tentait de m’avaler. Tel un couteau dans du beurre, mes membres la traversaient, et en quelques instants, qui
me semblèrent constituer une éternité, j’avais atteint l’endroit où se trouvait le corps. Un corps flottait dans le lac. Voguant à la dérive vers le rivage, comme un vulgaire détritus sans vie. Refermant ma main sur un bras fin et trop froid, je rassemblai toute l’adrénaline dont je disposais afin de le tirer vers moi d’un coup sec. La peau pâle percuta la mienne alors que je m’efforçais de me stabiliser sur mes pieds, glissant légèrement sur le sol boueux et irrégulier. Lorsque je fus parfaitement stable, le niveau de l’eau ne dépassait pas ma taille. Soulevant le corps à la su rface, mes membres tremblaient de froid et de peur alors que je le logeais maladroitement dans mes bras. L’obscurité était totale, le brouillard, tel un bou clier, et toute mon attention se concentrait sur le moyen de regagner le rivage. Je baissai à peine les yeux sur le corps inconscient. Il s’agissait d’une femme. Cette information menaçait de me faire revenir en arrière sur ma décision, mais je me fis violence, même si une partie de moi voulait observer le visage. Et si c’est un enfant ? me dis-je tout haut, espérant que le son de ma propre voix me procure de la force. Non. Je ne voulais pas que ce soit un enfant. Non pas parce que j’étais un garçon extraordinaire doté d’un complexe héroïque et que les enfants constituaient les victimes les plus innocentes qui soient, mais parce que je souhaitais que ce soit quelqu’un d’autre. Quelqu’un que je connaissais, et qu’il était imposs ible que ce soit. Quelqu’un parti depuis longtemps, et qui ne reviendrait jamais. Je trébuchai en me ruant hors de l’eau en direction de l’herbe trop haute, mais ne tombai pas. Plutôt, j’étais tombé à genoux et avais déposé le corps devant moi. De longues mèches de cheveux étaient collées sur son visage, masquant ses traits distinctifs. Des résidus du lac s’accrochaient à sa peau, et ses vêtements étaient déchirés et laissant peu de place à l’imagination. — Est-ce que vous m’entendez ? criai-je. Hé ? Son visage était tourné vers l’extérieur, ce que je ne pouvais pas supporter. L’eau ruisselait de mon visage, tombant goutte à goutte de mes cils pour atterrir sur mes vêtements. J’essuyai d’un revers de la main les gouttes agaçantes de mon champ de vision, avant d’émettre un son étouffé en saisissant son menton entre mes longs doigts. Je tournai son visage de manière à ce qu’il me fasse face, le maintenant fermement, et débarrassai son visage des cheveux humides. Je fus pris d’une émotion si vive que j’en tombai presque à la renverse. La seule chose qui me maintenait en place était la prise que j’exerçais sur son menton. Pas même un sentiment qui avait retourné mon estomac et renvoyé mon dîner au fond de ma gorge n’était assez puissant pour me faire lâcher prise. Je contemplai son visage avec avidité, jusqu’à ce que je remarque la teinte bleutée de ses lèvres. — Non ! Le mot me fut arraché comme sous le coup de la tort ure. Agissant rapidement, j’inclinai son menton vers l’arrière, plaçai mon doigt à l’intérieur de sa bouche et entamai une réanimation cardio-respiratoire. Je perdis le compte des compressions que j’exerçais sur sa poitrine. Mon esprit était embrouillé, et plus je contemplais son visage inanimé, plus j’étais affolé. Décidant de changer de méthode, j’agrippai son visa ge et insufflai de l’air dans ses voies respiratoires. Constatant que rien ne se produisait, je répétai à nouveau mon geste. Il me coûta une force mentale de taille pour cesser et entamer les compressions thoraciques une deuxième fois. Alors que j’allais perdre les pédales pour de bon, le son de l’eau naviguant dans son corps me redonna espoir. N’ayant pas le temps de réfléchir, je plaçai le corps en position latérale alors que l’eau du lac jaillissait de sa bouche et que son dos se cabrait pour l’extraire complètement. Lorsque je fus certain qu’elle avait recraché tout le liquide, je l’allongeai sur le ventre. Sa respiration était extrêmement superficielle, les yeux toujours clos. L’oxygène semblait érafler sa gorge tel du verre pilé, ce qui me terrifiait. Relevant sa tête en arrière, je lui insufflai deux profondes gorgées d’air supplémentaires. Elles forcèrent un chemin dans son système, et les inhalations timides qu’elle prit ensuite ne semblèrent plus si désespérées. L’enjambant presque, je lui assenai une claque. — M’entendez-vous ? criai-je. Réveillez-vous ! Tout va bien ?
Aucune réaction. Son corps était si mou que je me mis à trembler de nouveau. — Merde ! grognai-je, puis je me mis à quatre pattes pour la saisir dans mes bras. Son corps était chétif et sa peau toujours presque translucide. Mon cœur s’était presque arrêté de battre lorsqu’elle se blottit contre mon torse, et je posai les yeux sur son visage. — Ce n’est pas possible, me rappelai-je. Peu de temps après, alors que je me tournai vers l’ endroit où ma camionnette était garée, je répétai : — Impossible. Un soupir irrégulier et visiblement douloureux s’échappa de ses lèvres. Je me raidis lorsque son corps bougea imperceptiblement. Ses paupières s’agitèrent, se soulevant difficilement. — Est-ce que vous m’entendez ? demandai-je, désespéré. Son regard croisa le mien. Je poussai un cri de sur prise, manquant de tomber. Un nom que je n’avais pas prononcé depuis si longtemps qu’il sonnait étranger à mes oreilles s’éleva contre le martèlement de mon cœur et ma respiration saccadée. Ses yeux se refermèrent, refusant de s’ouvrir de nouveau. Je me mis à courir, utilisant ma familiarité avec cet endroit comme GP S. La vision ne me serait d’aucune aide à cet instant, étant donné que j’étais incapable de détourner le regard de son visage. Ce n’était pas elle. Mais, nom de Dieu, et si c’était bien elle ?
A M N É S I E
2
Les rayons du soleil firent frémir mes paupières. Jusqu’à présent, elles m’avaient semblé trop lourdes pour s’ouvrir. Mon dos reposant contre un o bjet douillet, ma faculté de penser et ma conscience étaient à peine existantes. Alors que je peinais à ouvrir les yeux, leur irritation m’écorchait et me brûlait, comme pour me persuader d’arrêter mes efforts. Déglutissant, ma gorge rêche comme du sable, je m’arrêtai de forcer et me tins immobile. Regagnant peu à peu mes esprits, je pris conscience de quelque chose qui pesait sur moi, ainsi que de l’écho de pas à proximité. L’adrénaline me gagna soudainement, et mon corps s’ arqua en avant sous la force de mon inspiration profonde. Une panique sévère me gagna en réalisant que quelque chose me retenait, et je commençai à lutter contre les liens avec acharnement. — Non ! criai-je en me débattant, essayant de me libérer. Laissez-moi partir ! Un bip très aigu résonna dans mes oreilles, et les pas que j’avais entendus semblaient de plus en plus clairs et proches. Il arrivait vers moi ! Il arrivait ! — Non ! criai-je. De puissantes mains m’attrapèrent les bras et me maintinrent en place. J’essayai de me dégager, mais il s’avérait bien plus fort que moi. Donnant des coups de pied en tous sens, j’essayais de les libérer, mais un poids supplémentaire s’y abattit, les maintenant en place jusqu’à ce que je me tienne immobile, que ma respiration se coupe et que je doive l’implorer. — Je vous en prie ! suppliai-je, les joues ruisselantes de larmes. Cela me fit prendre conscience que l’irritation sou s mes paupières avait disparu, et mes yeux s’ouvrirent aussitôt. Un homme était penché sur moi. Il avait les cheveux grisonnants et portait une blouse blanche. Le cri qui s’échappa de ma gorge nous fit tressaillir tous les deux. Des mains et des voix supplémentaires surgirent de nulle part, et je me débattis de plus belle. — Mademoiselle ! cria l’homme. Mademoiselle, calmez-vous. — Laissez-moi tranquille ! criai-je à tue-tête. — Mademoiselle ! me somma une nouvelle voix, celle d’une femme, cette fois-ci. Me tournant vers elle, je fus confrontée à une paire de tendres yeux noisette. — Nous ne vous voulons aucun mal. Ses mots me calmèrent quelque peu, mais le tumulte de mon cœur me laissait à penser que je ne détenais aucun contrôle sur moi-même. — Non ? — Non, déclara la femme, elle aussi vêtue de blanc. Vous êtes à l’hôpital. Vous avez été victime d’un accident. — P… pardon ? bégayai-je, en m’écroulant à nouveau sur le lit, ne luttant plus contre mes liens. — Vous êtes à l’hôpital. — Vous me gardez attachée ! accusai-je. — Nous ne voulions pas que vous vous blessiez, m’expliqua la femme. Les mains, même celles de l’homme, me maintenaient toujours en place. — Je n’aime pas ça, admis-je avec un mouvement de recul. L’homme se raidit, et fit un pas en arrière. L’infirmière mit plus de temps à se retirer, mais elle finit par me lâcher tout de même, quelques secondes plus tard. — Mes jambes, indiquai-je d’une voix rauque. Subitement, j’éprouvai une douleur dans la gorge. — Il s’agit simplement de couvertures. Un rapide coup d’œil en direction de mes pieds me prouva qu’elle disait la vérité. Après avoir adressé des regards suspicieux aux individus qui se tenaient dans ma chambre (il y en avait quatre), et parcouru les alentours du regard, j’en vins à la co nclusion que je me trouvais bel et bien dans un hôpital. — Je ne comprends pas, confessai-je, écrasant tout mon poids dans le lit. — Tout va bien, répondit l’homme.