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Anna, Héritière de Lumière, tome 1

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Description

Je m'appelle Anna. Je viens tout juste de souffler ma dix-huitième bougie. Je menais une vie tout à fait banale avec mes amis et vivais même ma première grande histoire d'amour.


Tout ça c'était avant que ma famille ne me révèle mon passé. Un passé lourd de secrets liés à la mort de ma mère alors que je n'étais qu'une enfant. Aujourd'hui je dois apprendre à me battre car je suis en danger, je ne suis plus tout à fait comme les autres, je suis un être de Lumière.

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Nombre de lectures 16
EAN13 9791096960620
Langue Français

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©Sandra LéoetLitl’ Book éditions pour la présente édition – 2018 ©Thibault Benett – Designer Graphistepour la couverture ©Thibault Beneytou, Suivi éditorial ISBN : 979-10-96960-61-3 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
Prologue
Isabella 13 février 1916 L’hiver était encore bien ancré dans le sol. Le craquement de mes pas sur la glace pouvait me faire repérer à tout moment. Je venais de quitter l’île de la vallée des juments à la barque. Abandonnée à mon propre sort, il m’avait fallu plus d’une heure pour rejoindre la berge. J’approchai le cœur battant du monastère de Santa Clara. Les sœurs avaient promis de veiller sur elle. J’étais en danger et ma seule raison de vivre était ma fille. Notre fille. Unique héritière du trône des sorciers de lumière. Les branches des arbres étaient décharnées et les buissons recroquevillés par le froid et le gel. Je n’aurais nulle part où me cacher si je tombais nez à nez avec les gardes du roi. Je tenais Sarah fermement dans mes bras ; emmitouflée dans sa couverture, elle dormait paisiblement. Mes jours étaient comptés depuis la mort de João. Personne ne voulait de moi comme souveraine. Je n’avais pas vraiment de pouvoirs extraordinaires. Je n’étais pas de grande lignée. Mais Sarah, fruit de notre union interdite, était la digne héritière de son père. Ma petite princesse, à seulement trois ans, détenait une magie surnaturelle d’une force ancestrale que n’importe quel sorcier pourrait envier. Je pouvais sentir son aura, si puissante, si lumineuse. Brusquement, les environs s’assombrirent et un rideau de pluie s’abattit sur nous. Je me pressais malgré le froid et l’engourdissement qui menaçait mes jambes de flancher à tout moment. Je fis le tour de la bâtisse et tambourinai à la porte de service. Les sœurs ne m’attendaient pas en pleine nuit, nous avions convenu de mon arrivée à l’aube. Mais j’avais eu le sentiment d’un grand danger et j’avais décidé d’avancer notre fuite. Fébrile, je patientais un long moment, priant pour que l’on m’entende. J’étais désespérée. Le son d’un claquement de verrou mit un terme à mon angoisse. — Qui est-ce ? dit une voix enrouée. — C’est Isabella. Isabella De Mateus, ma sœur. Ouvrez-moi, je vous en supplie ! La porte grinça et s’entrebâilla d’un quart. Je vis sœur Amélia. Elle avait à la hâte recouvert sa chemise de nuit blanche d’une cape en laine usée et portait un bonnet de nuit dont quelques mèches rebelles s’échappaient. C’était une très belle femme d’une quarantaine d’années. Elle souffla sur la bougie qu’elle tenait pour ne pas nous faire repérer. — Entrez ! Entrez vite ! Je lui tendis ma princesse. Sarah dormait toujours. Mon ange. Mon amour que j’allais abandonner. Les larmes menaçaient. Je m’étais juré d’être forte. Il le fallait. — Prenez-la, je ne peux rester, ma sœur. — Mais… Ce n’est pas ce qui était convenu ! Vous êtes sa mère ! Vous devez demeurer auprès d’elle. Elle a besoin de vous, s’exclama-t-elle. — Si je reste avec elle, elle ne survivra pas. Ils finiront par me retrouver ! Ils ne sont plus très loin. Le peuple ne m’admire pas vraiment, et la récompense sur ma tête… Je ne pus terminer ma phrase. Je me mis à verser des pleurs sans pouvoir contrôler mes sanglots. Sous la lueur de la lune protectrice, elle prit délicatement Sarah dans ses bras. Elle dormait encore. Je lui donnai un dernier baiser. Elle ouvrit un instant les yeux, mais se rendormit aussitôt. Je ne pouvais pas empêcher mes larmes de couler. C’était un adieu déchirant, mais j’en avais la force. Je voulais qu’elle vive, même cachée dans un monastère, loin de son rang. — Allez, mon enfant ! Nous veillerons sur elle, même si cela doit nous coûter la vie. Elle sera notre future souveraine le moment venu. — Trouvez-lui un prénom. Ne lui dites jamais qui elle est réellement. Et… dites-lui… que son père et moi l’avons chérie de tout notre cœur. Je sanglotais. — Dites-lui bien, ma Sœur, que je n’avais pas le choix, que je ne l’abandonne pas. Que, par ce geste, je la protège. — Elle sera aimée et chérie, mon enfant. — Mon anneau, gardez-le bien, précieusement. C’est tout ce qui lui restera de ses origines.
Je sortis de mon jupon le petit collier sur lequel j’avais enfilé l’anneau, celui des héritiers. Celui que João avait créé pour me protéger. Je le cachais soigneusement. Avec un tel bijou, à la magie si puissante, on m’aurait reconnue trop facilement. Je le tendis à la sœur. — Nous le conserverons bien précieusement, mon enfant. Le jour venu, elle le portera et notre royaume de lumière régnera à nouveau. — Il ne faut pas qu’il tombe entre les mains des ténèbres ! m’inquiétai-je. Il pourrait alors y avoir de graves conséquences, et notre royaume serait perdu. À jamais. — Fuyez, mon enfant, fuyez avant qu’il ne soit trop tard ! Nous saurons nous occuper d’elle. Partez en paix ! Les paroles de sœur Amélia me rassurèrent. Je refermai la porte derrière moi. Je n’avais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort. Il fallait que je fuie. Loin d’elle. Ne pas laisser de piste devint ma seule priorité. Il ne fallait pas qu’ils fassent le lien entre le monastère et Sarah. Je marchai des heures durant, vers le nord de l’île de Madère. J’avais coupé à travers bois. L’aube, qui pointait au loin, emportait avec elle une brume épaisse. Je perçus un mouvement sur ma gauche. Un frisson glacé courut le long de ma nuque. Je restai immobile, invisible. Cachée dans le brouillard, on ne pouvait pas me voir. Au bout de quelques instants, n’entendant plus rien, j’avançai le plus doucement possible. Je me heurtais à quelque chose. C’était dur et froid. Une stèle en marbre surmontée d’un ange me surplombait. Un silence oppressant prit possession des lieux. Les tombes semblaient naviguer dans la brume flottante. J’étais dans un cimetière. Un bruit, beaucoup plus proche que je ne l’aurais souhaité, brisa le calme lugubre qui s’imposait à moi. J’étouffai un sanglot. Je tentai de me mettre à l’abri derrière une sépulture. Mais c’était trop tard. Je sentis quelque chose me transpercer le cœur. C’était glacial. Dans un dernier souffle, je vis mon agresseur. C’était Roderick Ier, roi des ténèbres. Il retira la lame avec satisfaction. Il arborait un sourire de victoire. J’essayais tant bien que mal de respirer, mais je ne souhaitais qu’une chose : mourir avant qu’il ne découvre où j’avais caché Sarah. — Où est-elle ? Sa voix retentit dans le cimetière comme le tonnerre. — Jamais ! dis-je, dans un dernier effort. Il leva sa main droite en l’air et referma son poing. Je sentis une pression sur mon cou. Peu m’importait ! Qu’il me tue ! C’est ce que je voulais ! — Où est l’anneau ? cria-t-il, férocement. Mes pieds quittèrent le sol et je me retrouvai bien au-dessus des stèles de marbre. Je pouvais le contempler de toute sa hauteur. Il était immense. Ses yeux noirs me fixaient avec haine. La pluie, qui s’était invitée, ruisselait sur ses longs cheveux ébène. Il leva son bras gauche et, d’un mouvement de revers dans le vent, me fit atterrir contre une tombe envahie de ronces et de lichens. Je sentis le goût amer et métallique du sang dans ma bouche. C’était presque fini. — Je les retrouverai, elle et l’anneau, et ce jour-là, l’empire des ténèbres régnera. Mon ultime prière fut pour elle. J’avais le pressentiment qu’un jour, notre lignée reprendrait sa place grâce à elle. Elle portait l’avenir de notre royaume sur ses petites épaules. Les lèvres de Roderick esquissèrent un sourire diabolique. Son emprise serrait mon cou de plus en plus fort. Un dernier soupir atrocement douloureux tenta de sortir de ma poitrine, en vain. C’était fini.
1
Anna 100 ans plus tard, 20 juin 2016. La chaleur étouffante annonçait un après-midi chaud et estival. La fin du printemps était proche et celle de l’année scolaire aussi. Nous n’avions tous qu’une envie : aller nous prélasser au soleil à la terrasse d’un café, petite coutume locale que je comptais bien perpétuer. À cette heure, aucun élève n’était attentif. J’attendais impatiemment la fin du cours. Je ne cessais de lorgner l’horloge au grand dam de mon professeur de français. Par chance, le jeudi, les cours finissaient à quinze heures. Il fallait que j’arrête de regarder cette fichue horloge si je voulais que le temps me semble un peu moins long. — Mademoiselle De Neves, me héla-t-elle, j’espère pour vous que vous avez bien intégré la leçon d’aujourd’hui… — Oui, madame Flores, dis-je, honteuse. Madame Flores était professeur de français au lycée la Providence. Elle faisait partie de ses enseignants qui ne tolèrent aucune indiscipline. Malgré son mètre quatre-vingt, elle courbait le dos depuis près de trente ans au-dessus des copies et infligeait des : « Vous êtes des incapables ! Quel sera votre avenir ? Je me fais du souci pour vous ! » Et le pire, c’était qu’elle savait se faire respecter. Elle n’avait pas besoin de parler fort pour qu’on l’entende. Comme aujourd’hui, elle était toujours tirée à quatre épingles. Elle portait une robe longue et des chaussures affreuses à talons hauts. Il restait un peu moins de quinze minutes avant la délivrance tant attendue. Je décidai de me faire discrète jusque-là. Je n’avais pas envie de recevoir une heure de colle. Elle les dégainait aussi vite que Lucky Luke avec son arme. — Arrête de souffler, me dit Julie, elle va te garder dix minutes de plus rien que pour te faire la morale. Je pestais. Elle avait raison. Madame Flores allait finir par perdre patience. Julie était une très jolie jeune fille. Elle avait de longs cheveux noirs légèrement bouclés, une peau sublimement rosée, de grands yeux verts et une jolie petite bouche en forme de cœur. Je l’ai toujours trouvée ravissante. Nous avions fait connaissance en classe de seconde et depuis, nous étions devenues les meilleures amies. Mon voisin, assis derrière moi, donna un petit coup de pied sur ma chaise. — Sept lettres, chuchota-t-il, moqueur, à Julie. Je le regardai par-dessus mon épaule en espérant que madame Flores ne me surprenne pas. — Quoi ? lui dis-je. — Ton impatience se décrit en sept lettres : W.I.L.L.I.A.M. — Pfft, n’importe quoi ! Julie pouffait de rire : — Il a raison Elle se retourna vers celui-ci et lui fit un clin d’œil. — Anna, il ne me plaît pas ! me souffla David. David faisait partie de notre petit trio inséparable. C’était mon ami d’enfance, mon ami de toujours. Quand nous sommes arrivés en France, c’était le premier avec qui j’avais sympathisé. Il faut dire aussi que nous étions voisins. Nous n’avions même pas deux ans et, ce jour-là, sans que personne sache pourquoi, nous étions devenus les plus grands amis du monde. J’étais contente qu’il choisisse le même lycée que moi à la sortie du collège. Je ne voulais pas être seule. Je ne connaissais pas encore Julie, à cette époque. David était mon vieil ami. Il n’a pas fallu longtemps pour que Julie fasse partie de notre vie. J’étais heureuse avec eux. Ils étaient les seuls à m’offrir leur amitié, ceux à qui je pouvais tout dire sans crainte. Nous nous confions tous nos secrets. Il était secrètement amoureux de moi, à son plus grand regret. Il s’était confié un jour à Julie, qui s’était empressée de me le dire. Pendant un temps, j’étais mal à l’aise quand il était là… Et puis, j’ai oublié.
J’espérais juste qu’il ne souffrait pas trop de cet amour à sens unique. Je faisais très attention à ne pas lui donner de faux espoirs. — Tu dis ça parce que tu es jaloux, Dave ! se moquait Julie. — Non, pas du tout, ce mec est vraiment bizarre ! — C’est vrai qu’il est étrange. J’ai googlé son nom et il n’a même pas de compte Facebook ! Tu peux croire ça ? — Et alors ? pestai-je, c’est vous qui êtes bizarres, pourquoi faites-vous des recherches sur lui ? N’importe quoi ! — Ça fait six mois qu’il est là et personne ne sait rien de lui. — Ça ne fait pas de lui un mauvais garçon. Il n’aime pas afficher sa vie privée, et alors ? — Ouille… Toi, tu en pinces pour lui, plus que tu ne nous le dis ! La sonnerie retentit finalement, à mon grand soulagement. Je fourrai rapidement mes affaires dans mon sac. Mes amis avaient dit vrai. Mon impatience se condensait en sept petites lettres et elles me rendaient dingue. Quand il était là, il n’existait plus que, lui. Comme ils me l’avaient prédit, madame Flores m’interpella pour me faire la morale. Les épreuves du baccalauréat approchaient à grands pas, et elle tenait à ce que tous ses élèves réussissent haut la main l’examen tant redouté. Julie et David me firent signe, me mimant que l’on se téléphonerait plus tard. Madame Flores fut brève, et ne me retint que quelques minutes, finalement. En sortant de la classe, j’aperçus William, en grande conversation avec Jessica. Elle me donnait la nausée. Je la détestais depuis l’école primaire. Elle n’avait de cesse, de s’en prendre à moi. Tout était un prétexte à me pourrir la vie. Elle avait entendu la rumeur disant qu’il s’intéressait à moi. Il est vrai que j’avais passé un temps précieux à mon goût, en sa compagnie, mais nous n’étions pas réellement ensemble. Il était selon elle, le plus beau garçon, si mystérieux, celui que toutes les filles convoitaient. Et, évidemment, elle faisait tout pour lui mettre le grappin dessus. I l était arrivé à Montauban l’année dernière, en plein milieu de l’année scolaire. C’était un élève de terminale, dans la branche scientifique. Il avait dix-neuf ans. Il était plutôt du genre solitaire et, même si ses cheveux châtains en bataille et ses yeux marron clair en faisaient baver plus d’une au lycée, il ne s’intéressait à personne. Sauf à moi, ce qui m’intriguait au plus haut point. Il m’avait remarquée avant les fêtes de Noël et il s’était rapproché de moi, de façon assez banale. Il m’avait demandé la direction d’une salle, et depuis nous avions sympathisé sans que je sache pourquoi. De temps à autre, à l’heure du déjeuner, il avait pris l’habitude de passer du temps avec moi. Mes pauses-déjeuner en sa compagnie faisaient rager mes amis que je délaissais sans trop le vouloir. Par la suite, même si l’on était encore qu’au stade d’apprendre à se connaître, je devais avouer qu’il ne m’était pas indifférent. Chaque fois que je le croisais, on discutait un petit moment, et dès qu’il me quittait, je n’aspirai qu’àune envie : le revoir très vite. Il avait réussi en l’espace de quelques semaines, à devenir le sujet principal de mes pensées. William semblait s’ennuyer, mais il écoutait poliment Jessica. La conversation paraissait à sens unique dans la mesure où il ne parlait pas. Il hochait quelquefois la tête, mais j’avais cette impression qu’il ne prêtait pas vraiment attention à son interlocutrice. J’avais une irrésistible envie de lui parler, mais je n’arrivais pas à me décider à aller vers lui. Son regard croisa le mien et il dit quelque chose à Jessica, comme pour clore leur discussion. Elle posa furtivement ses yeux furibonds sur moi avec un certain dédain qui la caractérise bien. Je relevais le menton pour la défier, je n’allais pas la laisser me gâcher la journée. Levant les yeux au ciel, elle tourna les talons et s’éloignait près de ses amies, tout en me jetant des coups d’œil. Je profitais enfin de William pour moi seule. Il se rapprocha de moi, un sourire ravageur, qui me fit inspirer plus qu’il n’en fallait. — Salut, me dit-il, avec un sourire en coin, conscient de l’effet qu’il avait sur moi. — Salut. — Je ne t’ai pas vue aujourd’hui. — Heu… J’étais là pourtant. Bredouillai-je. — J’ai entendu dire que, demain, c’est ton anniversaire. — Oui, il paraît. Je ne savais pas trop quoi lui dire. Il m’impressionnait encore tellement, que j’avais toujours peur qu’il
me trouve bête. Je me sentais écrasée par le poids des regards de Jessica et de ses pimbêches d’amies qui s’étaient réfugiées au coin du grand hall d’entrée afin de pouvoir m’espionner. Prise d’une soudaine confiance en moi, face à mon audimat, j’en profitai pour tenter le tout pour le tout. — Je donne une petite fête demain soir. Si tu veux venir, tu es le bienvenu. Il mordilla sa lèvre inférieure avant de me répondre. — C’est-à-dire que… je ne suis pas là ce week-end. Ma déception allait se lire sur mon visage et je ne souhaitais pas donner satisfaction à Jessica. Je m’efforçai de ne rien laisser paraître et souris difficilement. — Mais, me permettrais-tu de me rattraper le week-end prochain et de t’inviter à dîner ? renchérit-il. Mon sang ne fit qu’un tour. Il me proposait de sortir avec lui ! Tous mes doutes s’envolèrent. Sur le coup, je ne sus que répondre à ce revirement de situation. — Qu’est-ce que tu en dis ? me demanda-t-il, voyant que je bataillais mentalement à trouver une réponse. Ça te dit ou pas ? — Oui, bien sûr, excuse-moi ! C’est que je ne m’y attendais pas. Il se rapprocha de moi et prit mes mains dans les siennes avec un regard si intense que mon cœur fit une embardée spectaculaire. — Tu ne me laisses pas indifférent, Anna. Me chuchota-t-il. Ma bouche forma un « o » sans qu’aucun son ne puisse franchir la barrière de mes lèvres. — Tu as le temps de prendre un café ? Me demanda-t-il d’un air amusé. — Oui, répondis-je d’un large sourire. Il faut juste que je sois rentrée pour dix-neuf heures au plus tard. C’est ça, dis-lui aussi que tu as un couvre-feu. Ça fera bien. Très cool, vraiment. — Alors je t’offre un café à Toulouse, dans un coin que je connais bien. — On va jusqu’à Toulouse, juste pour un café ? Dis-je amusée. — On va jusqu’à Toulouse, me confirma-t-il en riant. J’étais confortablement assise dans sa Peugeot 207. La radio balançait les derniers tubes du moment. De temps à autre, il jetait un regard vers moi, mais ne prononçait pas un mot. Je le lorgnais du coin de l’œil. Il était sacrément beau. Je humais son délicieux parfum ambré, et je rêvais déjà de m’envelopper dans ses bras. J’envoyai un texto groupé à Julie et David : « Je vais prendre un café à Toulouse en sept lettres. » J’eus une réponse immédiate de Julie : « OK, on se rejoint chez toi juste après, et tu auras besoin de plus de sept lettres pour tout me raconter. Bises, coquine. » David quant à lui, ne me répondit pas. — Tes amis ? — On avait prévu de se retrouver chez moi. Comme tous les jours après les cours, d’ailleurs. Je viens de les prévenir que je ne serai pas là. Je lui souriais bêtement. — OK. Avant dix-neuf heures, c’est bien ça ? Je hochais la tête pour acquiescer. Mon cœur battait à tout rompre. — Tu vis à Montauban même ? Me demanda-t-il subitement comme pour briser le silence. — Oui, avec mon père et ma grand-mère. — Tes parents sont divorcés ? — Non… Ma mère est morte. Je sentis soudain son désarroi. — Je suis désolé. — J’étais petite, c’était il y a longtemps. — Tes amis, j’ai remarqué que tu ne faisais pas un pas sans eux. — C’est vrai ! ris-je, on se connaît depuis très longtemps. Surtout David, c’est mon ami d’enfance. — Je t’envie, me dit-il. J’aimerais avoir des amis aussi proches. — J’ai vu que tu étais souvent seul, en effet. — C’est parce que la solitude ne me déplaît pas.
Il replongea dans un mutisme qui me mit mal à l’aise. Il était si mystérieux et insondable parfois ! Cependant, mon côté social n’était pas non plus des plus développés. J’avais également du mal à me faire de nouveaux amis. Et quelques fois, j’appréciais aussi me conforter à l’intérieur d’une bulle solitaire. Nous avions ça en commun, pensai-je. Julie et David remplissaient largement mon quota sociable nécessaire. J’aurais tout donné pour eux. Je les adorais. Le trajet n’avait duré qu’une demi-heure. Il n’était pas encore seize heures ; nous avions pu rouler sans encombre. Le soleil tapait très fort et la température avoisinait les trente degrés. Les rues de la ville rose étaient animées et pleines de monde. Après avoir tourné pour trouver une place de stationnement, il m’emmena dans un café appelé Un bout du monde. Un café culturel. J’étais sous le charme. — Ils font un très bon café, et il me semble que tu aimes lire. C’était facile, j’étais en section littéraire au lycée. Il ne pouvait pas mieux tomber. J’étais une dévoreuse de livres. Je lisais tout et n’importe quoi. J’étais passionnée de littérature en tout genre. J’étais ce que l’on peut appeler un bon public. Le lieu était atypique et chaleureux. Il donnait l’envie irrésistible d’y entrer. Le mobilier et la décoration avaient été, me semblait-il, chinés de-ci de-là dans des vide-greniers. Une bibliothèque en bois massif occupait tout le mur du fond. Sur un autre pan était accrochée une immense mappemonde. — La bibliothèque est basée sur un système d’échanges libres. M’informa-t-il. — Intéressant. Je sortis le livre que j’avais terminé la veille au soir : Entretien avec un vampire, d’Anne Rice. Je l’avais lu plusieurs fois en savourant chaque chapitre. Anne Rice était un de mes auteurs préférés. J’étais un peu gênée de laisser une vieille édition, mais ma soif de lecture était plus forte. — Donc je peux déposer ce livre et en choisir un ? — Oui, c’est le principe. — Super ! M’exclamais-je. Je scrutais tout, livre par livre, à la recherche du prochain roman que j’allais dévorer le soir même. — Je vais nous commander des boissons. — Hum, hum. Répondis-je, trop concentrée sur ma « pêche aux romans ». J’en choisis un au hasard finalement, le choix étant trop difficile. Je tombai sur Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, de Mathias Malzieu. J’attrapai le livre et remplis l’espace vide par le mien. Anne Rice avait pour habitude d’écrire des pavés aussi je forçai un peu pour le faire rentrer dans la bibliothèque. J’étais certaine qu’il allait vite trouver preneur et qu’il n’allait pas rester bien longtemps sur l’étagère. Je m’installai à une table et commençai à feuilleter les premières pages. William revint quelques minutes plus tard avec un expresso pour lui et un thé glacé pour moi. — Très bon choix, me dit-il. — Tu connais ? Il m’a l’air… génial ! Dès les premières lignes, je me suis laissée transporter ! Il a un don pour l’écriture ! Je le connaissais chanteur, mais pas auteur. — Alors tu apprécieras certainement la mécanique du cœur, j’ai beaucoup aimé, il a un style très poétique. — Oui, je vois ça, je note dans mes auteurs à suivre. C’est une belle découverte. Soupirais-je, l’âme rêveuse. Je rangeai le livre dans mon sac. Je pris mon thé entre les mains. Je n’osais pas avouer que j’avais faim. Je bus une gorgée pour calmer les grondements de mon estomac. — Alors, de quoi veux-tu parler ? me demanda-t-il. — Je ne sais pas, dis-je, rougissante. Après une brève hésitation, je finis par dire : — De toi ! — Je n’aime pas trop parler de moi. Me murmura-t-il tout en m’offrant un clin d’œil. — Jusqu’ici, j’ai répondu à toutes tes questions, il me semble. On ne fait que parler de moi et jamais de