Aponi

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143 pages
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Description


Utah, réserve d'Uintah and Ouray.


Aponi est une jeune amérindienne, forte, mariée à son ami d'enfance avec lequel elle fait les quatre cents coups.


Malheureusement, sa vie n'est pas celle dont elle rêvait et un petit séjour en prison va tout changer.


C'est alors que d'anciennes croyances indiennes vont l'aider dans sa quête du grand amour...


Suivez son histoire dans un récit original et envoûtant, une véritable invitation au voyage, direction Hawaii !

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Nombre de lectures 9
EAN13 9782378161750
Langue Français

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Aponi
[Stefy Québec]
www.somethingelseeditions.com Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le co nsentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contref açon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les pe rsonnages, les lieux et les événements sont le fruit de l’imagination de l’aute ur ou utilisés fictivement, et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes o u mortes, des établissements d’affaires, des événements ou des lieux ne serait q ue pure coïncidence. © 2019, Something Else Editions. Collection Something Dark © 2019, Stefy Québec. Tous droits réservés. ISBN papier : 978-2-37816-174-3 ISBN numérique : 978-2-37816-175-0 Corrections : Sonia Frattarola Conception graphique de couverture : Tinkerbell Des ign
Chapitre 1 Mike me désespère. Ses trafics, ses magouilles, nos plans pour gagner de l’argent facile, mais aujourd’hui, il va beaucoup trop loin. Le pire ? Ce s idiots, qui font partis de notre bande, sont tous derrière lui. Ils sont excités comme des gamins, alors que nous jouons gros si nous le suivons dans sa nouvelle folie. Mike et moi nous connaissons depuis toujours. Nos p arents étaient tellement amis, qu’ils sont morts ensemble, dans un accident de voi ture, de retour d’une soirée bien trop arrosée. Nous avions quatorze ans et leur pert e nous a rapprochés. Nous nous sommes réconfortés, en couchant ensemble. Impossibl e de nous séparer. Pour lui, plus de famille, à part moi. Pour moi, ma grand-mère, qu i, à nos seize ans nous a ordonné de nous marier. Chez les Utes, pas de sexe hors du mariage ! Grand-Ma est un peu vieux jeu, elle croit encore aux divinités de nos a ïeux et à leurs traditions, tout comme celles des protestants, que nous sommes devenus, pa r la force des choses. Ici, dans notre réserve d’Uintah, nous n’avons pas beaucoup d ’alternatives. Partir dans une grande ville et quitter les nôtres, pour suivre des études et vivre une vie comme tout bon américain. Ou bien végéter entre nous, sans vér itable avenir, même pour ceux qui travaillent honnêtement. Nous sommes des natifs amé ricains parqués dans une ville pour ne pas déranger la grande Amérique. Même si le pays se démocratise, avec un président afro-américain, pour nous indiens d’Améri que, tout est toujours incertain. Quand en plus, vous avez tendance à avoir un fort c aractère, rebelle et surtout une 1 abooksigun qui ne se laisse ni dresser ni dicter sa vie par p ersonne, votre vie ressemble à la mienne. Une hors-la-loi. L’adrénaline que me procurent nos trafics me rend v ivante. L’excitation de jouer contre les règles d’un peuple qui nous a volé nos t erres, me grise. Tout jeunes, Mike, Yepa, ma meilleure amie, et Motega, qui est devenu son fiancé, nous chapardions déjà des fruits chez le vieux Rick, l’épicier du quartie r. Puis nous avons évolué, voiture, moto, quad, qui no us rapportaient pas mal d’argent. Nous continuions nos études en parallèle. Surtout Y epa et moi, qui sommes même allées deux années à l’université, pour étudier le droit. Ironie quand tu nous tiens ! Les études nous ennuyaient. Rien n’était plus excitant que voler une caisse et de la revendre rapidement. De l’argent facilement gagné, pas besoin d’études, seulement de la malice, de l'habileté et de la discrétion. Grand-Ma pense que je travaille en dehors de la rés erve dans un restaurant comme serveuse. Enfin, j’espère qu’elle me croit. Parfois elle m’effraie, à se rendre compte de choses qu’elle ne devrait pas. Si elle connaissait le nouveau plan qui nous fait évoluer, passant de voleur à braqueur. Et là, je ne suis plu s chaude du tout. — Tout le monde dehors, commandé-je, de ma voix for te qui ne laisse place à aucune réponse. Sauf toi, Mike, nous devons parler. Magnez-vous. DEHORS. Tout le monde me connaît. Quand je parle haut et fo rt, il vaut mieux ne pas me contredire. En temps normal, je suis silencieuse, n e parle pas pour rien dire. Ce matin, l’inconscience de mon mari me fait bouill ir de l’intérieur. — Où crois-tu aller avec ton idée ? Qu’est-ce que t u cherches au juste ? Voler des voitures, piquer les sacs des touristes ne te suffi t plus ? Tu veux passer au rang supérieur ? Non, mais ouvre les yeux, nous ne somme s pas faits pour un braquage. Tu deviens dingue. — N’ose jamais redire que je suis dingue, me menace -t-il. J’ai seulement de l’ambition. J’en ai marre des bagnoles. Je vois plu s grand pour nous. J’ai horreur qu’un homme se la joue macho avec moi, encore moins Mike. S’il croit qu’il peut me contrôler, il se trompe lourdement. — Je te le redis, tu es dingue et je le redirai aut ant que ça me chante, lui craché-je
dessus, l’œil noir, collée contre lui, le menaçant de mon doigt sur ses abdos. Depuis quand tu as de l’ambition ? Depuis quand tu annonce s un truc si énorme, sans m’en parler avant ? Tu es dingue, je te le redis. Il m’attrape par le bras si fort, que je suis oblig ée de me plier en deux pour ne pas qu’il me le casse. La douleur, la rage et l’humilia tion, font ressortir mon côté primitif. De ma main libre, je lui envoie mon poing dans le vent re. La force de mon geste, lui fait lâcher mon bras, j’en profite pour lui mettre un co up dans ses bijoux de famille. Il hurle, malheureusement je n’y ai pas été assez fort, il me retourne une gifle puissante qui m’envoie me cogner contre le mur derrière moi. Ne vous dites pas « la pauvre, son homme la maltrai te ! » Il nous arrive d’en venir aux mains et parfois, c’e st moi qui commence. Nous nous sommes peut-être mariés, mais aucun homme n’a de ré el pouvoir sur moi. Aucun ne m’effraie et je ne serai jamais la petite femme bie n sage, qui se laisse mener par le bout du nez. D’ailleurs, je me redresse rapidement et hurle de rage en lui sautant sur le dos, pour le rouer de coups. — Stop, stop, Aponi, stop. Écoute-moi au lieu de fa ire ta tigresse. J’ai compris, j’aurais dû t’en parler avant. Je suis le chef de n otre bande, Aponi, je prends les décisions. — Jamais sans m’en parler avant. Jamais. Surtout lo rsque tu veux sortir les armes à feu. Le chef ! Tu me fais bien rire. Au temps de no s ancêtres, tu n’aurais jamais pu en devenir un. Tu n’as pas assez de couilles et tu ne te fais pas assez respecter. La preuve avec moi ! Depuis quand tu as la folie des g randeurs ? Salt Lake City nous apporte tout sur un tapis rouge. Nous ne nous somme s jamais fait prendre. Continuons ainsi. Ne changeons pas un plan qui fonctionne. Tro p dangereux. — La routine me fait chier. J’ai envie de plus de s ensations. Si tu ne veux pas en être, je ne te force pas. Je veux prendre un plus g ros risque. — Pour prouver quoi au juste ? — Que justement, j’ai l’étoffe d’un chef. J’éclate de rire, ce qui le rend fou furieux. Avec moi, son côté mâle dominant en prend un sacré coup ! — Un chef Ute ne volait pas, il était respectueux d es autres. On le regardait avec admiration, on l’écoutait sans jamais le reprendre. Il était sage, prenait les bonnes décisions pour son peuple, lui, pas comme toi, loin de là. — Personne n’avait rien à redire à ses ordres. Tu d evrais en faire autant. Tu es ma femme, obéis-moi ou quitte la bande. Que ça te plai se ou non, je ferai ce casse, j’en ai rêvé toute la nuit. — Tu suis tes rêves maintenant ? C’est nouveau ? Tu avais rêvé, étant jeune, que tu te marierais avec une belle indienne qui te donnera it plein d’enfants et qui t’attendrait gentiment à la maison. Tu te souviens ? Ce rêve, tu ne l’as pas réalisé ! — À moitié. J’ai la plus belle des indiennes de not re réserve. OK, elle est agressive, indomptable et j’en passe, mais je l’aime comme ell e est. Alors, prends-moi comme je suis. J’ai envie de plus, OK dans l’illégalité, mai s j’ai envie de me sentir plus fort. Ce coup-là nous rapportera beaucoup. Nous pourrons arr êter nos petits larcins un long moment ensuite. Nous pourrions même partir loin d’i ci quelque temps, rien que tous les deux. Peut-être pour que ma femme me donne enfin le s enfants que j’attends depuis si longtemps. — Tu attends des enfants, mais tu ne veux pas que j e quitte la bande. Je ne veux pas être une mère malhonnête. Nous aurons des enfan ts quand nous arrêterons nos conneries, pas avant. — Donc jamais. C’est notre vie tout ça, Aponi. On n e sait rien faire d’autre. Volons cette grosse somme de fric et nous pourrons vivre n ormalement. Tu n’as jamais rêvé d’en avoir ? — Bien sûr, tu le sais très bien. Mais nous n’avons pas la vie qu’il faut pour être
parents. Je ne voyais pas ma vie comme ça étant petite. — Je sais très bien. Tu te voyais en princesse. Tu rêvais du prince charmant qui viendrait te délivrer pour te rendre heureuse. Je m e suis assez moqué de toi étant petit avec cette histoire. Eh bien, je suis là ! Je ne su is pas prince, mais charmant oui. Plutôt beau mec et bon coup même. Je voudrais t’offrir une meilleure vie. Si nous réalisons ce plan à la perfection, nous le pourrons. Pour toi et moi. — Ne te moque pas de moi. Tu n’arrêteras jamais tou t ça. C’est ta came, tu ne vivras jamais un mois entier sans aller voler la moindre p etite chose. Tu as besoin de cette adrénaline pour vivre. Grand-Ma n’aurait jamais dû nous forcer à nous marier. Je ne me vois pas vivre aussi lamentablement toute ma vie. — Et tu te vois comment ? Tu ne sais rien faire d’a utre. Et qui voudrait de toi ? Tu es ingérable. — Peut-être parce que je ne vis pas la bonne vie ! Peut-être que je ne suis pas avec les personnes que je devrais. Je vous suis, mais je ne suis pas heureuse. J’aime coucher avec toi et être avec toi, mais jamais nous ne nous sommes dit je t’aime. — Arrête de me faire rire. Tu n’es pas ce genre de fille. — Tu n’en sais foutre rien, de ce dont je rêve. Tu ne me demandes jamais rien. Tu planifies des magouilles, tu vas te fumer des joins et picoler avec tes potes et le reste te passe par-dessus la tête. Qui te dit que ça m’am use toujours notre vie ? On baise, on s’embrasse, mais on se cogne tout autant. Magnifiqu e vie de couple, non ? Je vais être très franche, Mike, je ne suis pas heureuse. Je sub is ma vie seulement. Parce que rien ne m’appelle autre part. Voilà la vérité et ne me d is pas que tu m’aimes et que tout te plaît. Je sais très bien que tu t’envoies en l’air avec cette salope de Tonyia, la serveuse du pub. Notre couple est merdique, comme notre vie. Je ne veux pas finir en prison ou morte, pour toi, jamais de la vie. Ton plan, tu te le gardes. — Comment tu sais pour Tonyia ? — Connard, tout se sait ici, en plus tu n’es pas di scret. Je ne suis jamais allée voir ailleurs perso. Remarque, ici personne ne m’intéres se, je les connais tous. Ils ne sont pas mieux que toi. — Parce que tu te sens supérieure ? Ha c’est vrai, ta grand-mère n’arrête pas de répéter que tu es spéciale. Mais on ne sait pas pou rquoi. Spéciale parce que tu as un caractère de merde peut-être. Tu es fatigante à tou jours vouloir te battre contre moi ou me rabaisser. Spéciale, parce que tu es magnifique, ça oui. La plus belle brune aux yeux noir corbeau que je n’ai jamais connue. Un cor ps de rêve, mais un caractère qui vient tout foutre en l’air. — Peut-être parce que j’ai un mari de merde ! le ch erché-je, à bout de notre mise au point qui ne devait, au départ, parler que de son p lan. — Tu peux bien me chercher, je n’ai plus envie de m e battre pour le moment. Ma vie avec toi me convient, même si je vais tremper aille urs. Tu n’as qu’à faire pareil de ton côté et le mal est arrangé. — Et tu veux être un chef digne de ce nom ? Connard . Je vais te dire, ton coup, je le fais avec vous. Mais si jamais il arrive quoi que c e soit, tu en seras entièrement responsable. Et je ne veux pas d’armes, aucun mort ou blessé. Juste pour intimider. Je ne veux pas que ta folie se retourne contre nous, m ême s’ils sont tous fous et qu’ils te suivent. Ensuite, si le plan fonctionne, nous reparlerons de nous.
Chapitre2 Je bous de l’intérieur. Mike a réuni toute la bande pour un briefing sur son « coup du siècle ». Tout le monde est excité, sauf Yepa et mo i. Mon amie ne le sent pas non plus. Elle n’aime pas les armes à feu, tout comme moi. Ça peut déraper, dégénérer et notre vie sera finie. Je ne me sens pas excitée comme pou r nos autres coups, bien au contraire. Nous ne connaissons rien au braquage et ce n’est pas un foutu rêve qui va faire de mon mari un expert. Un plan de la ville est sur la table de notre petit e salle à manger, dans notre appartement au cœur de notre réserve. Pour la premi ère fois, je suis tellement nerveuse, que je n’arrête pas de jeter un œil par l a fenêtre. J’ai l’impression que n’importe quel passant pourrait nous entendre. J'aurais pu refuser à Mike d’intervenir avec eux. C e n’est pas dans mon caractère de baisser les bras et encore moins de me soumettre ou de prouver ma faiblesse devant un homme. Je déteste son idée, mais je participerai tout de même. Je suis une indienne, fière, mes ancêtres étaient des guerriers et je pense que je devais en être une également, dans une autre vie. Je me battrai à leur côté, même si je le ferai à contrecœur. — Voici notre objectif : le Jeany’s Smoke Shop, sur South State Street. Une grosse boutique de cigarettes, cigares et épicerie. Il y a toujours beaucoup de monde. Tim, qui travaille dans ce quartier, m’a certifié que tous l es vendredis soirs, après la fermeture, vers minuit, le patron reçoit une grosse commande. Un camion entier, rien que pour lui. — Que de clopes ? demande Motega, aussi excité que pour sa première fois avec une femme. Ses yeux brillent, sa respiration s’affo le, je suis certaine qu’il est à deux doigts de jouir dans son pantalon, cet idiot. — Que de clopes, oui. Ils font ça la nuit pour être tranquille et perso ça m’arrange. Le quartier est calme la nuit. Alors voilà mon plan. N ous sommes six, il nous faut deux voitures. En attendant la livraison, nous resterons sur le parking juste à côté. Il n’y aura qu’une boutique qui nous séparera. Pour ne pas atti rer l’attention, Aponi, moi et Motega et Yepa, nous nous tripoterons, et vous deux les me cs prenez des bières, vous tiendrez la chandelle en picolant. Si quelqu’un nous voit, n ous sommes une bande de copains en sortie, rien de plus. — Sauf que nous n’avons pas la bonne couleur de pea u. Même si nous sommes dans notre pays. — La ferme, Aponi, ne commence pas avec les différe nces raciales et ton racisme contre les américains. Je parle sérieusement, là. A lors ferme-la et écoute. — Je n’ai pas envie de la fermer, m’imposé-je, agac ée qu’il refuse de voir la vérité en face. Je déteste déjà ton plan, avant de connaître la fin. On va piquer des clopes, magnifique. Comme ça on économisera toute notre vie. Sauf que j e ne fume pas ! — Arrête d’être aussi conne, m’envoie-t-il hargneus ement, en reportant son regard sur le plan de Salt Lake City. — Pourquoi ne pas piquer les voitures de ce parking ? Ne changeons pas nos vieilles habitudes, au moins nous savons où les ref ourguer. — Aponi, apprends à la fermer, quand ton mari qui e st ton chef parle, m’ordonne-t-il furieux d’avoir une femme aussi indomptable que moi . — Je t’emmerde, mari ou chef, je t’emmerde. Ton pla n n’est pas pour nous, c’est trop gros, lui craché-je à la figure, la colère faisant bouillir mon sang. — Je suis totalement d’accord avec Aponi. C’est nou veau et ça me fait peur. — Yepa, ne fais pas comme Aponi, ne commence pas à faire chier. Si tu veux qu’on se marie, il nous faut de l’argent. Avec le coup de Mike, tu auras le plus beau de tous les mariages. — Comment on expliquera d’où vient l’argent ? Surto ut, si tu commences à me parler
aussi mal, tu peux faire une croix sur notre mariag e. Yepa est furieuse et pour la toute première fois, elle ose répondre à son fiancé. Elle doit réellement être inquiète. Son couple avec Motega, ne me plait pas. Je n’ai rien à dire, c’est leur vie. Pourtant, je connais M otega, je suis même sortie avec lui, plus jeune. Il est violent, fou même par moment. Il n’a aucun respect pour les femmes. Je ne comprends pas comment elle a pu dire oui ni comment il a pu vouloir se ranger en se mariant. Je ne vois pas ma meilleure amie heureuse avec ce type. Tout comme moi, elle s’est mariée avec un de nos amis d’enfance. No us les connaissons et savons plus ou moins comment les gérer. Les autres gars de la réserve sont soit devenus amé ricains, soit fanatiques de notre culture en jouant avec les touristes. Au moins ceux -là sont comme nous. Amérindiens modernes. Toujours avec nos ancêtres à l’esprit, ma is vivant comme nos envahisseurs. Yepa et moi rêvions de vivre à l’époque où les blan cs n’avaient pas encore envahi nos terres. Deux femmes de chefs, se faisant respecter. Secrètement, je me voyais chef d’une tribu. Fière cavalière, guerrière, femme resp ectée et adulée. Ce qui est très loin d’être le cas de ma vie actuelle. J’aurais peut-êtr e dû continuer mes études et prendre sur moi pour vivre au milieu des autochtones. Ma fi erté d’indienne m’en empêche. 2 — OK, maintenant, les wicicala , fermez-la et écoutez. J’ai prévu vos rôles et vou s ne craignez rien. Pendant que nous nous occuperons de tout, vous resterez dans les voitures, prêtes à démarrer pour fuir à grande vite sse à notre retour. Seuls les hommes toucheront les armes, vous serez au volant. Yepa et moi nous taisons, résignées, ce dernier point nous satisfait un peu plus. Nous écoutons Mike, qui a l’air sûr de lui. Je ne s ais pas d’où lui vient ce plan ni cette folie. Il m’étonne, mais pas dans le bon sens . Il me fait peur, voilà le bon mot. Peur qu’il foute notre vie en l’air. Quand nos amis quittent l’appartement, nous avons c hacun en tête notre mission pour après-demain. Les gars sont surexcités, de vra ies piles électriques. Surtout lorsque Mike leur a annoncé connaître une personne qui rachètera à coup sûr tout notre butin. — Alors, Aponi, tu n’es pas fière de ton mari, ce s oir ? me demande-t-il en m’attrapant dans ses bras, le regard brillant. Je me détache violemment. Je n’ai pas envie de son contact. Ses nouvelles ambitions m’inquiètent beaucoup trop. Il n’a pas l’ étoffe d’un grand chef. — Oh ! Tu pourrais me sauter dessus. Dans quelques jours, nous auront beaucoup d’argent et toi et moi nous… — Nous, rien du tout. Je ne sais pas ce qui me reti ent de ne pas me sauver en courant. — Ta fierté ! se moque-t-il. — Exactement, ma fierté qui me rend idiote. — Tu irais où de toute façon ? Tu es à moi, ma femm e, tu m’appartiens. — Je n’ai pas trop le choix. Dans mon esprit, je n’ appartiens à personne, à part à mon peuple. Ce soir, je ne reconnais pas mon ami d’ enfance. Ton ambition est malsaine. Tes gars ne te respectent pas, ça va mal tourner. Tu n’es pas un bon chef, tu vas juste réussir à nous pourrir la vie qui n’est d éjà pas très réjouissante. La gifle qu’il m’envoie, m’arrive par surprise. Ma joue me brûle, les larmes remplissent mes yeux, mais je reste droite devant l ui. Ma main part pour lui rendre la politesse, mais il arrive à me contrer et me bloque contre le mur de son corps ferme et solide. La rage brûle dans ses yeux, d’une telle pu issance que pour la toute première fois, j’ai peur de lui. Je respire doucement, me ma îtrise pour ne pas lui montrer ma peur, il serait bien trop content de pouvoir me dom iner enfin. — Jusqu’à quand tu vas me prendre pour une merde ? Nous sommes pareils, tous les deux. De pauvres indiens avec un avenir merdiqu e. Alors profitons comme nous pouvons. Nous devons suivre nos rêves, non ? Alors je suis celui qui m’est apparu,
pour la toute première fois. Mes autres songes n’ét aient pas assez intéressants pour les réaliser. Celui-ci va te prouver que je pourrai s être aussi fort et courageux que tu aimerais que je sois. Il m’attrape la mâchoire de sa main et me la serre à m’en faire couiner de douleur. — Jamais tu n’as été derrière moi, jamais tu ne m’a s soutenu. Tu me prends pour un moins que rien, alors pourquoi avoir dit oui ? Pour quoi rester ici, alors que tu souhaites vivre différemment. Va vivre avec les dingos qui fo nt revivre nos traditions aux touristes. Ils sont aussi voleurs que nous. Ils inv entent des histoires, déforment nos traditions et font payer trois fois trop cher. C’est ça ou alors te mélanger à ceux que tu as touj ours détesté, ces chers américains. Les blancs ! Tu n’as pas beaucoup de ch oix, fais avec. Je crois que tu as raison, après notre coup, nous parlerons de nous. J ’en ai marre de toi. — Aponi, je ne sais pas ce que tu veux, rien ne te va ! me hurle-t-il dessus, toujours fou de rage et sa main venant serrer toujours plus fort ma mâchoire, la faisant même craquer. Je me débats, comme je peux, mais il est totalement collé et sa rage le rend plus fort que d’habitude. Mes larmes coulent cette fois-ci, j e ne peux plus les contenir. Honteuse de ma faiblesse, je me tortille pour me détacher de ses bras. Quand enfin j’ai un peu d’espace, mon genou vient rencontrer avec force et fracas son entre jambes. Il tombe à terre dans un cri de douleur, pendant que je vais m ’enfermer dans notre chambre. Je me jette sur notre lit et ferme les yeux. Il a rais on, la vie que je mène n’est pas celle dont je rêve. Peut-être est-ce de ma faute. Je n’ai pas choisi la bonne voie. Ou peut-être dois-je vivre avec des amérindiens plus dans l ’esprit de nos traditions. Notre peuple est beaucoup trop divisé, plus rien ne nous rattache, alors que j’aimerais vivre dans une osmose plus tournée vers la nature, la ter re, la fraternité, l’échange. Malheureusement aujourd’hui nous devons vivre comme tout le monde, pour ne pas passer pour des originaux. Vivre avec un homme qui me frappe, parce que je lui tiens tête. Un homme dont je ne suis pas amoureuse, je ne connais même pas la dé finition exacte de ce mot. J’aimais être avec lui depuis toute petite. Aujourd ’hui, c’est devenu invivable, nous ne nous respectons plus, ne croyons plus en l’autre. N otre vie ne ressemble à rien, j’en ai marre, malheureusement, je ne vois pas comment m’en sortir.