Au fil de l'an

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110 pages
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Description

Une plume, une année, quatre saisons, quatre histoires...



Printemps : lors d’un souper dans un resto chic, elle fait une rencontre. Rêve ou réalité ?


Eté : Lui est arrogant, elle est sa chef. Vont-ils finir par s’entendre ?


Automne : Elle achète une maison assortie d’une clause particulière. Dans une pièce oubliée du temps, un journal découvert par hasard lui apprendra-t-il le secret de cette maison ?


Hivers : Quand elle découvre qu’elle est enceinte, son mari est dans le coma, victime d’un chauffard. Trouvera-t-elle qui a fait ça et pourquoi ?



Du printemps à l’hiver, quatre couples vont vivre une intrigue amoureuse. Parfois drôles, parfois tragiques, ils n’attendent que vous pour partager leurs aventures...

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Nombre de lectures 7
EAN13 9782378161057
Langue Français

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Au fil de l’an [Selena Dubh]
© 2018, Selena Dubh. © 2018, Something Else Éditions pour la présente édition. Tous droits réservés. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisatio n collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Crédit photo : © Adobestock Illustration : © Caly Design ISBN papier : 978-2-37816-104-0 ISBN numérique : 978-2-37816-105-7 Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny E-mail : something.else.editions@gmail.com Site Internet : www.something-else-editions.com Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait totalement fortuite.
À ma mère qui a fait de moi ce que je suis et qui m’a donné le goût des belles lettres. Tu es partie bien trop tôt mais je ne doute pas que de là où tu es, tu sois fière de moi.
Partie 1 : Printemps
Chapitre 1 Dix ans déjà que j’ai fui un quotidien trop lourd à porter. Une vie de couple à la dérive et à laquelle j’ai fini par mettre fin, un boulot que j’ai adoré mais qui maintenant me pèse et des enfants qui ont quitté le nid pour vivre leurs propres expériences, ce qui est bien légitime. En ce mois d’avril maussade, je suis installée dans mon salon, à faire le bilan. J’ai donc consacré ces dix dernières années à essayer de sauver quelqu’un qui ne voulait pas l’être et avec qui je ne vivais plus, à aider mes enfants à se reconstruire – après une séparation douloureuse – et à devenir des adultes équilibrés et heureux, à rebâtir un foyer dans une nouvelle maison qui a dévoré toutes mes économies ! Et dans tout ça, Je suis où ? Je ne sais pas trop. Mais je ne suis pas malheureuse non plus. J’ai gardé malgré tout plusieurs petits plaisirs simples. Le coiffeur une fois par mois pour me sentir belle, deux chats pour me tenir compagnie, des amis pour m’accompagner à l’occasion au ciné ou au resto , ou pour passer un bon moment à bavarder. Une vie calme et bien rangée. Et une solitude qui commence tout doucement à peser ! J’ai bien essayé d’y remédier en m’inscrivant sur u n site de rencontre bien connu mais après quelques rendez-vous des plus décevants et un nombre effrayant de propositions « indécentes », j’y ai renoncé. De même, j’ai banni de mon vocabulaire tou t ce qui touche de près ou de loin aux amoureux. Et quand arrive le mois de février, j’évite les balades en centre-ville et dans les galeries commerçantes, là où les boutiques dégoulinent, jusqu’à l’indigestion, de cœurs rouges et cupidons joufflus. Puis il y a eu cet héritage inattendu. Une maison en Bretagne et une petite fortune qui me permet de me consacrer uniquement à mon envie d’écrire. Un nouveau départ pour une nouvelle vie. Alors cette année, j’ai décidé de vivre les choses autrement. Après tout, ce n’est pas parce que personne ne partage mon existence pour le moment qu e je dois vivre comme une hermite et bouder les plaisirs de l’existence. À moi donc les sorties, le cinéma et pourquoi pas les repas à l’extérieur. C’est donc forte de cette résolution que j’ai réservé une table dans un bon restaurant, et que je suis partie à la recherche de LA robe idéale. Je la trou ve dans une petite boutique. Sobre et élégante, dans un tissu noir avec une trame qui dessine un motif discret, pas trop courte et qui met en valeur ma silhouette un peu ronde. Elle est agrémentée d’un boléro assorti, ce qui en fait la tenue parfaite. Je compète l’ensemble avec une paire d’escarpins aux talons raisonnables. Je choisis donc une date, de préférence un soir de semaine, parfait pour une première expérience. Il y a une table libre, un mardi soir, ce qui me convi ent particulièrement bien, étant en congé le lendemain. J’occupe ma matinée à quelques courses et tâches ménagères, ce qui n’est pas vraiment ce que je préfère. Après un petit repas rapide et une pause digestion, il est temps de penser à me pomponner. Première étape, choisir un roman. Préparer ensuite la salle de bains. Bougies fleurant bon la lavande autour de la baignoire, musique douce, et faire couler une eau bien chaude agrémentée de sels aromatisés. Le tout mis en place, s’install er confortablement, et profiter d’un moment parfaitement zen en compagnie de personnages passio nnés et passionnants. Quand l’eau est devenue vraiment trop froide, je me savonne rapidement avec un gel douche parfumé. Une fois séchée, j’enfile un peignoir. J’ai un peu de temps pour continuer ma lecture, ce dont je ne me prive pas. Avant de revêtir ma nouvelle toilette, je repasse à la salle de bains pour une séance de maquillage. J’ai prévu la totale, fond de teint, blush, ombre à paupière légère, khôl et mascara, et pour terminer, un gloss d’un ton un peu plus soutenu que la couleu r naturelle de mes lèvres. Effet « nude » garanti ! Et je suis assez fière du résultat. Me reste à m’habiller avant de monter dans la voiture et de rejoindre le restaurant. Dix-neuf heures précises, je suis sur le parking. C omme il est encore tôt, je peux choisir ma place, à proximité de l’entrée, mais à un endroit qui ne demandera pas trop de manœuvres pour repartir et où je ne risquerai pas de me faire coincer quand me viendra l’envie de rentrer. Sortie de mon véhicule, je goûte la fraîcheur de ce début de nuit . L’air frais et sec est vivifiant et le ciel, parfaitement dégagé, offre à mon regard une myriade d’étoiles scintillantes et un croissant de lune qui brille de mille feux. Je me sens tout à coup d’humeur romantique et bien décidée à profiter de ma soirée. Quand j’entre dans le restaurant, je suis accueillie par un maître d’hôtel compassé qui scrute la
porte un long moment avant d’enfin daigner m’adresser la parole. J’ai à la fois envie d’en rire et de me mettre en colère. La première option l’emporte, je lui adresse mon plus beau sourire. — Bonjour, Coraline Dubroeucq. J’ai réservé une table pour une personne. Son regard est éloquent. Il me prend pour, au mieux, une femme fantaisiste, au pire, une pauvre fille cherchant à tout prix à faire illusion. Mais professionnel jusqu’au bout des ongles, il me répond rapidement. — Mais certainement, Madame. Ce jeune homme va vous y conduire. Si vous souhaitez vous débarrasser, le vestiaire est par là. Je me laisse donc piloter jusqu’au vestiaire avant de rejoindre ma table, joliment dressée dans un angle de la salle. Elle est idéalement située pour la façon dont j’envisage ma soirée. Légèrement en retrait sans être tout à fait à l’écart, avec une vue sur l’ensemble de la salle. Je ne suis pas la première, trois couples sont déjà installés et représentent trois générations différentes. Je ne devrais pas m’ennuyer, la totalité des tables étant réservée pour la soirée. J’ai o pté pour le menu « Voyage gastronomique » à la réservat ion, ce qui m’évite d’avoir à essayer de décrypter la carte. Tout est prévu, de l’apéritif au dessert avec le café. L’idéal pour ce premier repas au restaurant en solo. Tout en dégustant mon apéritif, j’observe le décor. Installé dans une ancienne maison de maître, l’établissement a conservé en grande partie les boiseries et peintures originales. Celles-ci se déclinent e en fresques représentant des scènes bucoliques dans l’esprit du 18 siècle. Elles ont sans doute été restaurées, leurs couleurs vives semblant avoir résisté à l’usure du temps. Les lambris qui tapissent les bas des murs et les espaces entre les fresques sont sombres, patinés et dégagent une très légère odeur de cire. En plus des panneaux historiés, quel ques miroirs savamment disposés agrandissent l’espace et reflètent joliment la lumière douce dif fusée par de magnifiques lustres de cristal et quelques appliques judicieusement placées. N’eût ét é les ampoules, résolument modernes, on pourrait imaginer l’une ou l’autre marquise venant nous rejoindre pour le souper ! Le dernier miroir sur lequel je pose mon regard est différent des autres. Si les premiers semblent neufs, celui-ci, disposé à l’angle opposé de l’endroit où je suis installée, accuse son âge. La glace est piquée et renvoie une image un peu floue dans des tons sépia du plus bel effet. En observant la salle à travers son reflet, on peut se représenter les sple ndeurs d’antan. Les ampoules deviennent des flammes tremblotantes, les boiseries chatoient de mille tons chauds allant de l’ambre au brun rouge. Il ne manque à ce tableau que les femmes en tournures et les messieurs en habit. Je suis aux anges.
Chapitre2 La passionnée d’histoire en moi se laisse donc aller à son imagination, le temps de siroter son cocktail. Je revisite chaque couple qui entre, l’imaginant dans des tenues d’un autre siècle, inventant sa destinée à travers ce miroir. J’en suis à ma cinquième tranche de vie quand je l’aperçois pour la première fois. Il m’apparaît plutôt grand, pas vraiment musclé, mais pas gringalet non plus ; pas particulièrement beau mais doté de beaucoup de charme. Cheveux longs, foncés, retenus en catogan. Un regard vif et pénétrant qui accroche le mien à travers son reflet. Cela ne dure qu’un instant, brutalement interrompu par le serveur venu apporter la suite de mon menu. Ce dernier retourné en cuisine, je scrute la salle à la recherche de mon inconnu. J’ai beau observer attentivement les autres convives, je ne le trouve nulle part ce qui me fait douter de l’avoir vu. Le chassant de mon esprit, je déguste l’entrée qu’o n vient de m’apporter. Entre deux bouchées, je reporte mon regard sur les autres convives. Les tables sont maintenant presque toutes occupées et j’ai devant moi un panel presque complet de tous les types d’union. Des jeunes mariés enthousiastes qui ne peuvent s’empêcher de se dévorer des yeux et ont bien du mal à garder leurs mains sur leurs couverts. Je me demande combien de temps ils vont tenir avant d’expédier le repas et filer. Plusieurs duos qui illustrent des existences tranquilles, sans trop de heurts, et un nombre d’années vécues ensemble plus ou moins long. Cela se manifeste dans leur façon d’être vis-à-vis de l’autre, passantde l’attention à l’habitude. Je les observe un certain temps, à la dérobée, essayant de deviner la durée de leur union. J’en suis là dans mes réflexions quand je suis à no uveau attirée par le miroir. Du coin de l’œil il m’a semblé y voir à nouveau le bel inconnu. J’y jette donc un discret coup d’œil. Il est là, du moins son reflet, occupé à m’observer. Quand je veux déto urner les yeux, il capte mon regard et je ne peux détacher le mien. J’ai la curieuse impression que l a pièce tout à coup se réduit et que je pourrai bientôt le toucher du doigt jusqu’à ce qu’une voix attire mon attention. — Un autre verre de vin, Madame ? J’ai la très nette impression que ce n’est pas la p remière fois que le sommelier me pose la question. Aussi je m’empresse de lui répondre. — Je veux bien. Et pourriez-vous aussi m’apporter de l’eau ? — Certainement, Madame. Quand je porte mes yeux vers le miroir, un peu plus tard, plus de bel inconnu, il a à nouveau disparu. Je continue donc mon inspection et passe e n revue le reste de la salle maintenant complètement remplie.
Chapitre3 Un nouveau couple retient toute mon attention. Lui, un peu emprunté dans son costume, elle ravissante dans une robe sobre mais élégante. Ils sont magnifiques. Plus très jeunes, pas vieux non plus, mais manifestement très amoureux. Je penche d’abord pour une nouvelle relation quand leur attitude l’un envers l’autre me fait comprendre qu’ils sont ensemble depuis de nombreuses années. Je les envie. Ils représentent tout ce que j’avais rêvé d’avoir. Pour ne pas paraître indiscrète, je les observe à travers la glace, un long moment, imaginant leur existence, avant que ne vienne à réapparaître l’homme entrevu un peu plus tôt. Son regard magnétique capture le mien et j’ai rapidement l’impression que le décor se fond autour de moi. Je ne saurais dire si je suis happée par le miroir ou si l’homme en est sorti, mais, transportée dans une sorte de songe éveillé, je me retrouve face à ce séduisant personnage. — Puis-je ? Appuyé nonchalamment sur le dossier du siège en vis -à-vis, il m’interroge d’une voix aux intonations chaudes, mais un peu rauques, comme s’i l ne s’était plus servi de ses cordes vocales depuis longtemps. En une fraction de seconde, deux réponses se présentent à mon esprit. La première est de refuser tout net au bénéfice de cette reconstruction que je veux mener dans une solitude assumée, ce que je fais déjà depuis un moment. La seconde est de laisser le champ libre à l’aventurière qui sommeille en moi et que je bride depuis toujours au nom de la bienséance et duqu’en-dira-t-on. Dans une sorte de sursaut de révolte, je choisis la seconde. Après to ut, je ne fais de tort à personne et de toute façon, je suis entourée de parfaits inconnus qui ne pourront faire part à quiconque d’une éventuelle inconduite de ma part ! — Je vous en prie, lui réponds-je donc. Je le détaille pendant qu’il s’installe en face de moi. Plutôt grand donc, bien bâti, élégant aussi et dégageant un parfum subtil, un peu boisé. Le teint légèrement hâlé des personnes qui profitent de l’extérieur, des traits fermes, réguliers. Il me rend mon regard et se fend d’un sourire légèrement ironique avant de m’interroger. — Ce que vous voyez vous plaît ? — Beaucoup ! Et vous ? — Aussi. Si je ne rougis pas facilement, je suis par contre vite embarrassée par un compliment, aussi je triture nerveusement un malheureux morceau de pain. Ce qu’il ne manque pas de remarquer, évidemment. — Vous êtes en guerre avec le pain ? À moins qu’il ne soit vraiment mauvais ? — Pardon ? Oh ! Non pas du tout, c’est juste que… Je laisse ma phrase en suspens. Que puis-je lui dire qui ne me fasse pas passer pour une idiote ? D’autant qu’il a parfaitement saisi l’origine de mon trouble. — Si j’évite d’être trop direct, vous vous sentirez mieux ? — Le côté direct ne me dérange pas, c’est juste que je n’ai pas l’habitude de recevoir des compliments. — Vous plaisantez ? — Absolument pas, je suis très sérieuse. — Donc si je comprends bien, aucun homme de votre entourage n’est assez lucide pour apprécier ce qu’il a en face de lui ? — Eh bien, à vrai dire, il y a peu d’hommes dans mo n environnement. En tout cas susceptiblesde me faire des compliments de ce genre. — Mais vous vivez où ? Dans une grotte ? Désolé, je ne devrais pas dire ça ! Je vous prie de m’excuser. — Excuses acceptées. Il n’y a pas de mal. Et pour votre gouverne, je vis dans une maison, pas une grotte ! C’est juste que je suis plutôt solitaire. — Je vois ! Ce qui explique que vous mangiez seule un soir comme celui-ci.