Banfhlath : Des deux côtés de l'Ecosse

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300 pages
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Description

Eireen est un jeune écossaise rêveuse. Son père lui a transmis la passion du gaélique et des légendes de son pays.


Son rêve : vivre dans une de ses histoires où les highlanders et la magie cohabitent.


2018 n'est pas son siècle, elle ne s'y sent pas à sa place.


Et si par un mystérieux hasard, sa passion prenait vie ?

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EAN13 9782378161279
Langue Français

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Banfhlath Des deux côtés de l’Ecosse [Stefy Québec]
© 2019, Stefy Québec. © 2019, Something Else Editio ns. Tous droits réservés. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisatio n collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Illustration : © Tinkerbell Design Crédit photo : © Adobestock / © 123RF ISBN papier : 978-2-37816-126-2 ISBN numérique : 978-2-37816-127-9 Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny E-mail : something.else.editions@gmail.com Site Internet : www.something-else-editions.com Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance avec des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait totalement fortuite.
Prologue Déjà dans le ventre de ma mère, mon père me contait des histoires de nos ancêtres, des personnages tout droit sortis des légendes de notre pays et de ses contrées, l’Écosse. Ma préférée était celle de la Princesse Fée et de son fils le petit Lutin malin. Je la lui demande encore ce soir, alors que j’ai hu it ans. Blottie dans ses bras, je ferme les yeux et m’imagine très bien être cette Princesse courageuse. Seul mon père sait raconter à la perfection ces contes irréels, qui de sa bouche semblent tellement vivants. Jamais il ne refuse de me la raconter, comme si elle était l’histoire la plus importante de notre relation père-fille. « Dans le fin fond d’un glen des Highlands verdoyants, deux villages de fées et de lutins vivaient tranquillement. Jusqu’au jour où, dans le village des Combattants, un lutin plus rusé et magicien, vola un médaillon à la Princesse Fée du village des Veilleu rs, représentant le symbole de leur contrée, la Licorne. Il lui donna des pouvoirs magiques, aussi merveilleux que dangereux. La capacité de rendre celui qui le portait fort comme un dragon, mais surtout, immortel ! Il l’offrit au chef des Combattants qui s’ennuyait dans son village, alors qu’il ne rêvait que de richesse et de pouvoir. L’artefact à son cou ne fit pas tout de suite l’effet qu’il espérait. Il transforma d’abord tout son village en dragons. Puis, petit à petit, le chef ressentit les effets de la puissance chauffer son corps, mais également l’envie incroyable de prendre la place de tous les chefs des villages de son pays. Alors, avec son armée, il commença une guerre incro yable où de nombreuses fées et lutins, qui n’avaient rien demandé, moururent du feu des dragons. Seul le village des Veilleurs ne fut pas attaqué. D ans ce village, pas de chef, mais une fée Princesse, qui eut très vite vent du massacre et de s horreurs que son voisin commettait dans les Highlands qu'elle aimait tant. Lorsque les dragons revinrent un été, fatigués par leur guerre, la Princesse Fée ordonna à son fils, un petit lutin rusé, de retourner chercher le médaillon du chef des Dragons. Ce qu’il fit rapidement et l’emporta à leur magicien, plus sage que celui des Combattants. Sous les ordres de la Princesse, il 1 essaya, en vain, de détruire cet objet du deamhan . Alors il le passa autour du cou du petit lutin malin, fredonna une incantation magique qui chauffa le médaillon à en faire crier le lutin et lui 2 ordonna de fuir par la porte de Thairis , pour que les Dragons ne le retrouvent pas. Le petit lutin fut très triste de quitter sa mère la princesse fée, mais il n’avait pas d’autre choix s’il voulait que son pays vive en paix. Il passa la porte après un dernier adieu à sa famille et ses amis puis disparut sous l’arche de Thairis pour partir dans un futur inconnu protéger les siens. Grâce à ce valeureux petit lutin, les dragons ne firent plus la guerre. La Princesse avait espéré que ses voisins redeviendraient fées et lutins après la disparition du pendentif. Mais rien n’y fit. Ils restèrent Dragons , sans pouvoir, mais avec une détermination incroyable à retrouver le petit lutin malin. Le mage des Dragons n’était pas aussi puissant que celui de la Princesse et ne trouva pas les mots magiques pour les faire passer eux aussi par la porte de Thairis. Ils torturèrent le mage de la Princesse jusqu’à le tuer, et avec lui le secret disparut à jamais. Le chef des Dragons, fou de rage, voulut tuer la Pr incesse pour se venger, mais elle n’était pas qu’une simple fée, elle avait un don, un don incroyable qui la protégeait. Elle était une glèidhidh 3 beatha et aucun être surnaturel ne pouvait la tuer. Le chef des Dragons, dans une rage folle, fit venir de force tous les mages des alentours et leur ordonna de travailler jour et nuit pour trouver l’incantation qui lui permettrait de passer dans l’au-delà. Plusieurs moururent, d’autres furent remplacés, mais jamais aucun ne trouva, ou préféra mourir plutôt que de redonner le pouvoir suprême à l’horrible chef des Dragons. » Jamais après cette histoire je n’arrivais à m’endormir, rêvant encore et encore d’une suite ou d’une vengeance.
4 — Toi, Athair , jamais tu ne me quitteras, n’est-ce pas ? Même si un méchant venait pour détruire Édimbourg. 5 — Je ferai tout pour rester auprès de toi, ma petite Banfhlath , mais si jamais un jour je devais te quitter, n’oublie jamais cette histoire, jamais ! Promets-le-moi, Eireen. — Jamais, celle-ci comme les autres, je les aimerai toujours. Je serai comme la Princesse Fée, la 6 glèidhidh , mais de tes histoires.
Chapitre 1 Je n’y crois pas, c’est impossible. Lui mon héros, mon chevalier, mon conteur, est parti pour Thairis, alors qu’il m’avait juré de ne jamais me quitter, comme l’a fait le fils de la Princesse Fée ! Ma mère et moi sommes à son enterrement, il nous qu itte suite à une infection pulmonaire fulgurante. Juste avant de rendre son dernier souffle, ses ultimes mots, tout en me remettant son pendentif que je ne lui avais jamais vu retirer, ont été pour moi : « tha thu agus bidh thu an-còmhnaidh na neach-7 cùraim banfhlath ». Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire. Peut -être la gardienne de toutes ses légendes et histoires qu’il n’a pas cessé de me raconter depuis que je suis née. Je lui en ai fait le serment, jamais je ne pourrai oublier toutes ces magnifiques histoires, et le gaélique restera toujours ma langue préférée. Ce n'était pas l’amour fou entre mes parents, mais notre petite vie à Sighthill, en banlieue d’Édimbourg, était sans problème. Ils travaillaient tous les deux à la biscuiterie Burton, au bout de notre rue. Une vie tout ce qu’il y a de plus normale. Sauf qu'aujourd'hui, ma mère, en plus de pleurer mo n père, pleure notre futur. C’est lui qui ramenait le plus d’argent à la maison. Même si nous habitons un appartement à loyer modéré, le salaire de ma mère ne suffit pas à le payer. Ma vie sans lui devient monotone. Plus rien ne me m otive, à part me plonger dans les livres et rêver encore et toujours. Rester dans mon coin, ne pas décrocher un mot, ou du moins encore moins que d’habitude. Rester à l’écart de tous, comme si je ne faisais pas partie de ce monde. Plus personne pour me faire comprendre que la vie pouvait être rêvée et non vécue ! Ma mère ne m’a jamais raconté d’histoire, ne s’est jamais réellement occupée de moi, alors ses absences pour son travail ne me dérangent pas. Elle trouve rapidement un second emploi de serveuse , qu’elle commence après l’usine, et ce jusqu’à vingt-trois heures. Heureusement, je suis u ne fille plutôt facile, tranquille, réservée même, mais débrouillarde et un peu dans mon monde. La solitude ne me pèse pas, bien au contraire. J’ai le temps de fermer les yeux tranquillement, en rêvant aux princes des Highlands, ou aux contes et légendes écossais que j’aime tant, sans entendre ma mère sangloter doucement dans la cuisine, pour ne pas m’attrister encore plus de la perte de mon héros. Depuis quelque temps, elle rentre de plus en plus tard. De grands sourires remplacent rapidement sa tristesse. Elle m’apporte même des bonbons qu’el le ne pouvait plus se permettre de m’acheter depuis le décès de mon père. Elle se maquille, s’habille de plus en plus élégamment et la joie dans ses yeux fait plaisir à voir. Sept mois après que mon père nous a quittées, elle m’annonce une nouvelle qui bouleverse ma vie, comme jamais je n’aurais pu l’imaginer ! — Eireen, je dois te parler. Tu es grande maintenant, tu auras bientôt quinze ans et tu es une jeune fille mûre et intelligente pour ton âge. Aujourd’hui, j’ai démissionné de la biscuiterie. — Démissionné ? Mais ton travail de serveuse ne te rapporte pas assez pour nous deux, tu n’arrêtes pas de le dire ! — C’est vrai, tu as raison, mais… Elle hésite à me parler, c’est étrange car pas du t out son genre en temps normal. Elle aime me parler de tout et de rien sans gêne. — Je suis encore assez jeune et un homme m’a trouvée à son goût et moi aussi de mon côté. — Tu as trouvé un nouveau chevalier des Highlands ? — Oui, on peut le dire. Et ce chevalier aimerait te connaître pour, peut-être ensuite, vivre avec lui. — Dans son château ? — Non, Eireen, mais dans un endroit beaucoup plus luxueux que cet appartement. — Oui, mais ici papa vit toujours avec nous. Dans la nouvelle maison… — Papa te suivra partout où tu iras, ma petite Banfhlath. Jamais il ne t’abandonnera. Cet homme ne le remplacera pas, mais nous pourrions essayer d’être une famille ensemble. Il m’offre beaucoup, c’est une chose inespérée pour nous deux aujourd’hu i. Je t’ai déjà parlé de lui, Cameron, le patron du pub où je travaille le soir. Voilà, c’est lui mon P rince des Highlands. Demain midi, nous irons manger avec lui, je te le présenterai. Je suis sûre que tu l’apprécieras, tu verras, il est drôle, un peu
bourru, mais c’est un Écossais, donc rien d’anormal ! Nous sommes amoureux, je suis heureuse avec lui et j’espère que tu le seras aussi. Je sais que tu ne parles pas facilement, mais je voudrais que pour une fois, après l’avoir rencontré, tu me dises ce que tu penses de lui. C’est essentiel pour moi, si nous devons être une famille. Tu veux bien ? 8 — Oui, màthair , promis. — Eireen, je n’aime pas t’entendre m’appeler màthair. Elle me tend les bras et sans demander mon reste, je m’y jette en larmes. — Je ne veux pas d’un autre père, je veux le mien, maman. Je veux mon père, celui qui m’apprenait les légendes écossaises, le gaélique, les histoires de fantômes. Je n’en veux aucun autre. — Je sais que tu es une petite fille solitaire et que seul ton père pouvait te sortir de ton isolement, avec ses merveilleuses histoires qui te transportai ent. Malheureusement aujourd’hui nous devons vivre notre vraie vie. Même dans les légendes de papa, les héros n’avaient pas toujours la vie facile. Aujourd’hui une nouvelle vie va commencer pour nous deux, différente, mais j’espère belle et agréable. Et peut-être que Cameron connaît, lui aus si, des contes ou des légendes que papa ne connaiss… 9 — Papa connaissait toutes les histoires sur l’Écosse. Il était le plus grand des athair d’Écosse. Aucun autre ne sait raconter comme lui. Aucun. — Je sais, ma petite Banfhlath. Essayons de nous créer une nouvelle histoire, peut-être comme tu les aimes. Remplie d’amour, d’hommes forts, de fantômes et de princesses rebelles. Cette idée ne m’enchante pas. Aucun homme ne pourra jamais remplacer mon père. Il était mon chevalier, mon conteur, jamais je n’arriverai à me remettre de sa mort et personne ne pourra le remplacer. Je ne suis pas une petite fille comme to utes les autres, j’aime vivre dans mon monde imaginaire. La vraie vie ne me plaît pas, rien de romantique, les garçons à l’école ne sont pas capables de se battre comme de vrais guerriers, tout juste bons à se chamailler comme des enfants qu’ils sont ! Dans ma tête vivent des adultes forts, sans peur avec une vie excitante. La mienne ne se résume qu’à l’école, où je ne suis pas trop mauvaise, plus aucune distraction en dehors, depuis que mon père n’est plus. Tous les soirs, il venait me chercher, nous allions dans un petit parc derrière notre immeuble et commençait le seul cours que je préfère le plus, le gaélique. Apprendre cette langue mystérieuse avec lui était magique. Il savait mélanger légendes et apprentissage. Aujourd’hui à chaque sortie d’école, je retourne dans ce parc, m’assois sur notre banc et ouvre Harry Potter en Gaélique – dernier cadeau de Noël de mon père- ! Il est un peu un guerrier des temps modernes et puis son auteure s’est inspirée de beaucoup de contes et légendes d'Édimbourg pour faire vivre ce petit magicien qui me plaît tant. Je ne veux rien changer de ma vie, même si athair n’est plus avec nous. Je l’aime comme elle est. Cet homme s’occupera de ma mère, il lui fera vivre le conte de fées qu’elle attend depuis toujours. Loin de mes repères, à quoi vais-je rêver ? Même si en plein centre de la ville, beaucoup d’histoires mystérieuses ont eu lieu, je serai seule ! Une Banfhlath triste, rêveuse, solitaire dans un no uveau quartier, une nouvelle école où je serai encore mise à l’écart. Les enfants de mon âge ne comprennent pas mes passions. Aujourd’hui dans la capitale écossaise, très peu aiment nos légendes, ils préfèrent leurs portables ou aller au cinéma voir des films ou des dessins animés futuristes. Mon dessin animé préféré, Rebelle, mon film, Braveheart ! Étrange non ?
Chapitre2 J’ai demandé à ma mère d’attendre la fin de mon année scolaire pour aller vivre chez ce géant roux de Cameron. Plus pour reculer l’échéance que pour l’école ou mes soi-disant copains de classe ! Je n’aime pas cet homme. Il est gigantesque, avec u ne grosse barbe aussi rousse et frisée que ses cheveux. Un écossais pure souche, avec le kilt en prime et qui parle Scot avec exagération, tout comme il accentue le roulement des R, si courant chez les Écossais ! Je ne sais pas ce que trouve ma mère à ce barbare ! Il est à des milliers de kilomètres du physique de mon père qui lui était châtain, de taille moyenne, avec des yeux bleus et un langage plutôt soutenu pour un ouvrier d’usine. 10 Pour couronner le tout, la seule chose que pourra m’apprendre ce borb , ce sont des vulgarités et l’histoire de son pub qui était, il y a des années, un bordel réputé ! Vivre avec lui me désespère, ma mère m'attriste, elle en est tellement amoureuse qu'elle en devient égoïste. Elle ne le quitte pas, le regarde comme s’il s’agissait du Roi d’Écosse, le roi des sauvages, oui ! Il rit si fort que tout le quartier doit l’entendre, très distingué. Je l’ai vu plus d’une fois mettre la main aux fesses de serveuses ou de fidèles clientes, désespérant ! Depuis notre emménagement au-dessus du pub, qui, je l’avoue est très beau, tout comme l’appartement, je reste cloîtrée dans ma grande chambre. Les revenus de ma mère me permettent de m’acheter des livres, alors j’en profite pour continuer, seule, mon apprentissage du gaélique, lire de nouvelles histoires et même, depuis quelque temps, écouter de la musique. Celtique essentiellement, écossaise le plus souvent, des voix féminines qui m e transportent dans mes rêves de beaux Highlanders, forts et courageux qui se battent pour leur peuple ou leurs femmes. 11 Je vis de plus en plus en autarcie depuis que nous habitons au-dessus du Seamrag Pub . L’école ne me passionne pas, je fais juste ce qu’il faut po ur ne pas décevoir ma mère, sans plus. J’ai de plus en plus d’idées noires, tout comme mes vêtements ! Moi qui aimais m’habiller en petite fille, depuis notre arrivée chez Cameron, je ne me reconnais plus ! Aujourd’hui j’ai vingt ans, je m’habille de jeans u ltras moulants foncés, noirs tout comme mes Doc Martens, et mes cheveux sont passés de longs à un carré plongeant court. J’ai l’air d’une rebelle que je suis peut-être au fond de moi. D’ailleurs, pour faire comprendre à ce rustre de Cameron que je n'appartiendrai jamais à son « clan », je me suis fait tatouer à l’intérieur du poignet, le médaillon de famille de mon père ! Une licorne, symbole de l’Écosse, entourée de nœuds gaéliques. Je suis de plus en plus solitaire, l’air pas toujou rs commode alors que je suis juste dans mes pensées et que le monde qui m’entoure ne me captive pas réellement. Rien ni personne ne m'intéresse. Personne ne connaît réellement la vraie Eireen aujo urd’hui, même pas ma mère, qui s’occupe toujours plus de son homme que de sa fille ! Si ell e savait comment son homme me dévisage, maintenant que j’ai des formes ! Il me dégoûte, je l’évite autant que je peux. Lui me frôle, me cherche, me reluque de ses yeux salaces, cherche tous les moyens pour se retrouver avec moi le matin quand je m’habille. Si j’avais le courage de mes héroïnes, je lui planterais un coup de couteau dans le cœur, pour en finir. Bizarrement, ma mère ne se ren d compte de rien. Il faut dire aussi que cet hypocrite de Cameron joue le gentil beau-père devant sa Elinor, folle amoureuse ! Ce matin, justement, il reste avec moi, pendant que ma mère ouvre le Pub. Je l’évite comme d’habitude. Il parle au téléphone avec un ami et lu i raconte ses parties de jambes en l’air de la veille avec ma mère ! Horripilant ! Je préfère retourner dans ma chambre et ne pas finir mon petit déjeuner. Il éclate de rire sûrement pour une blague bien déplacée. Totalement exaspérée par ce comportement, je passe devant lui en levant les yeux au ciel. Je n’aurais jamais dû ! Il passe son gros bras autour de ma taille, raccroche le téléphone et colle sa bouche tout contre mon oreille. Son gros corps, qui devient un peu gras, collé contre le mien plutôt maigre. — Un jour je t’aurai, Banfhlath. Son autre main frôle mon ventre, je n’ai pas peur, plutôt écœurée. Quand un de ses doigts effleure le début de mon sein, je lui écrase de toutes mes forces son pied de ma grosse chaussure. Il me lâche en m’insultant pendant que j’attrape ma veste et sors précipitamment dans la rue. Je cours un moment les larmes aux yeux. J’aurais ai mé être plus forte et me venger plus violemment. Je cours, cours à en perdre haleine, je veux retrouver ma vie d’avant, je veux mon père
surtout. Essoufflée, en larmes, je m’arrête devant un petit passage voûté, sombre et ancien, presque effrayant, comme il y en a beaucoup dans Édimbourg. Bizarrement, je me sens attirée par celui-ci, le Fairy Close. Toujours le cœur au bord des lèvres, je m’avance prudemment, le cœur battant. Oublié mon obsédé de beau-père, ce passage m’appelle, je le sens au plus profond de moi. Une sensation étrange, jamais ressentie. Comme si ces pierres pou vaient parler. Les histoires de mon père doivent me hanter ! Ou alors ma nouvelle vie me rend folle ? Je reste un instant devant cette entrée intrigante, à essayer d'apercevoir ce qui se cache au fond de cette Close. Quelque chose bourdonne dans ma tête, comme si quelqu’un m’appelait au loin, très loin. J’ai beau savoir ce qu’est le courage, dans les 12 livres oui, tout de suite je n’en mène pas large. Mon père m’appelait souvent sa petite neònach , je voulais tout connaître encore et encore. Des histoires romantiques aux plus effrayantes, je les aimais toutes. Celle qui se trouve au bout de ce tunnel vieux de plusieurs siècles m'empêche un peu d’être neònach ! Allez, Eireen, pense à tes héroïnes, à la toute première dont papa t’avait parlé, Molly Whuppie qui sauva ses sœurs d’un ogre. Je n’ai plus l'âge pour ce genre d’histoire, ni pour Rebelle, mais dans cet endroit mystérieux, je me sens redevenir une petite fille avide d’histoires extraordinaires. Celles qu i me plongeaient dans une autre vie, pour oublier la mienne ! Pourquoi ai-je cette sensation ? Un instant, je regarde dans la rue derrière moi, comme pour considérer mon existence, une petite grimace de dégoût monte sur ma bouche. Tout est clair, plus rien ne me retient ici, alors je fonce, et avance prudemment, inquiète et excitée. Et si au bout se trouvait la vie que j'espère et rêve en secret depuis mon enfance ?