Chestnut Hill tome 11

Chestnut Hill tome 11

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Pauline adore la vie à Chesnut Hill ! Et elle a été choisie pour tourner une publicité avec sa ponette Minnie ! Mais catastrophe ! Alors qu'elle devient la vedette du pensionnat, Pauline apprend que son père est engagé comme professeur à Oxford et qu'elle va devoir rentrer en Angleterre...





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Ajouté le 31 janvier 2013
Nombre de lectures 11
EAN13 9782823807028
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Lauren Brooke



Chestnut Hill
Une chance de briller
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine


Avec des remerciements tout particuliers à Catherine Hapka
1
— Alors ? Comment me trouves-tu ? demanda Josh, coiffé d’une casquette des Atlanta Braves.
— Fabuleux ! dit Pauline en reposant la ceinture de perles qu’elle venait d’essayer.
— C’est ce que je lui ai dit ! s’exclama Mélanie Hernandez.
Toute leur joyeuse bande s’était donné rendez-vous au centre commercial : il y avait là Margaux et Laurie, les deux autres meilleures amies de Pauline, et son frère jumeau Sam, ainsi que Caleb, le petit copain de Laurie.
— Tu n’as pas dit ça ! protesta Josh. Tu as juste déclaré – je te cite : « Waouh ! stupéfiant ! » Excuse-moi, mais je trouve que son « fabuleux » sonne beaucoup mieux.
Margaux se tourna vers Josh.
— C’est parce que tu es sensible à l’accent sexy de Pauline ! fit-elle remarquer.
— Là, je crois qu’elle t’a démasqué, mec ! lança Caleb en lui donnant un coup de coude.
Pauline leva les yeux au ciel et rougit.
Josh Hartley était son « presque petit ami », comme Margaux se plaisait à l’appeler. Pauline Harper était en quatrième à Chestnut Hill avec les trois autres filles, alors que Josh, Caleb Smith et Sam suivaient leur scolarité à Saint Christopher, l’école de garçons voisine, plus familièrement connue sous le nom de Saint Kit. En plus des matières habituelles, les deux internats offraient tout un éventail d’activités culturelles et sportives, notamment l’équitation, auxquelles s’ajoutaient : des actions humanitaires, des compétitions, des manifestations artistiques et sociales… et, tout particulièrement, les bals, qui permettaient à Josh et à Pauline de se retrouver dans un cadre plus romantique. Pourtant, Pauline avait du mal à reconnaître, du moins en public, qu’ils formaient un couple. Elle préférait ne pas précipiter les choses et attendre d’être sûre de ce qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre.
Ses amies respectaient son choix, même si Margaux et Mélanie ne pouvaient s’empêcher de la taquiner quand ils déambulaient tous ensemble dans le centre commercial ou dans les rues pittoresques de Cheney Falls, la petite ville proche des deux écoles.
— Zut ! marmonna Mélanie, qui fouillait dans le rayon des accessoires. On dirait qu’ils n’ont plus de casquettes des Colorado Rockies !
— Ils n’en ont sans doute jamais eu ! rétorqua Josh. Qui voudrait porter les couleurs d’une équipe qui perd ?
Mélanie le regarda de travers. À cause de son père, commandant dans l’US Air Force, sa famille n’avait pas arrêté de déménager. Cependant, depuis cinq ans, Mélanie vivait dans le Colorado et défendait cet État comme si elle y était née.
— Tu cherches la guerre, mon pote ? Alors t’as intérêt à jamais jouer contre moi. Parce que j’ai un méchant lancer qui pourrait te sonner… si tu vois ce que je veux dire.
— Voyons, Mélanie, ce ne serait pas raisonnable ! intervint Pauline. Si tu l’atteignais avec la balle, tu risquerais de lui donner le point.
— Alors, là, c’est le bouquet ! Depuis quand tu t’intéresses au base-ball ? s’étonna Laurie en repoussant une boucle de cheveux bruns.
Pauline se surprenait elle-même. Avant son arrivée aux États-Unis avec sa famille, deux ans auparavant, elle n’avait jamais entendu parler de ce sport typiquement américain.
— Je ne sais pas. C’est peut-être à force d’entendre les conversations passionnantes entre Mélanie et Sam.
Son frère avait tout de suite été fasciné par le base-ball. Cette passion commune avait réuni Mélanie et Sam, ainsi que le sens de l’humour. Ils formaient un couple très soudé même si, comme Pauline et Josh, ou Laurie et Caleb, ils auraient aimé se voir plus souvent.
Sam, qui arrivait d’un autre rayon, vint se planter fièrement devant Mélanie.
— Regarde ce que j’ai trouvé là-bas, fanfaronna-t-il en tournant sur lui-même pour faire admirer la casquette des Rockies dont il s’était coiffé.
Mélanie sauta pour essayer de la lui prendre.
— Oh, donne-la-moi. Je la veux !
— Désolé, celui qui la trouve la garde ! la taquina-t-il en brandissant la casquette hors d’atteinte.
Pauline sourit. C’était génial de voir Sam en si grande forme. Atteint de leucémie, il avait rechuté peu après leur installation aux États-Unis. Pendant une longue période, sa vie n’avait tenu qu’à un fil. Heureusement, les médecins avaient trouvé un traitement efficace et il avait peu à peu repris des forces. Il semblait guéri, mais il lui fallait encore attendre cinq ans avant de pouvoir se considérer en rémission totale. Les médecins l’avaient néanmoins jugé assez rétabli pour reprendre les cours. Il venait de faire sa rentrée à Saint Kit au début du deuxième trimestre, mais en qualité d’externe seulement, ce qui ne posait pas de problème puisqu’il habitait à côté.
Pauline et sa famille venaient de vivre deux années difficiles. « Mais c’est fini à présent », songea-t-elle gaiement alors que ses yeux revenaient sur Josh qui avait retiré la casquette des Braves et continuait ses recherches dans l’étalage.
— Bon, assez parlé base-ball ! décréta Margaux. Surtout que je ne suis pas fan et qu’aucune de ces couleurs ne va avec ma tenue. Par contre, le style rodéo, j’adore ! s’écria-t-elle en apercevant un présentoir couvert de chapeaux de cow-boy.
— Tu sais quoi ? murmura Pauline alors qu’elle se lançait dans de nouveaux essayages. Les cow-boys, ça me rappelle l’Angleterre !
Margaux écarquilla les yeux de surprise.
— Quoi ? Je croyais que le cow-boy était un pur produit de notre vieille Amérique !
En guise de réponse, Pauline se colla un chapeau sur la tête et se mit à interpréter une chanson de western connue.
— Waouh ! s’exclama Mélanie, je ne savais pas que tu chantais si bien !
— Merci, murmura Pauline qui s’était brutalement arrêtée en voyant des clients la dévisager d’un air surpris. C’est un extrait d’une comédie musicale que nous avons interprétée à la fête de mon école.
— Annie du Far West, non ? J’ai vu la reprise à New York, avec mes parents, il y a deux ou trois ans. Tu as vraiment joué dedans ? demanda Margaux.
— Oui, et elle a si bien chanté qu’elle a éclipsé tous les autres ! précisa Sam.
Une fois de plus, Pauline se sentit rougir.
— Mais ce n’était qu’un spectacle d’école, rien de sérieux, protesta-t-elle.
— Ne vous laissez pas avoir par ses faux airs de modestie, continua son frère. En fait, c’est une vraie frimeuse. Je ne vous dis pas le nombre de pièces de sa composition que nous avons dû supporter au fil des années ! Elle a même volé la plus belle nappe de notre mère pour en faire un rideau de scène.
— Pauline ? s’étonna Mélanie en le dévisageant d’un air sceptique. C’est plutôt toi, Sam, que j’aurais vu faire ça.
Tout le monde approuva. Pauline ne se mettait jamais en avant alors que Sam ne reculait devant rien pour se faire remarquer.
— En tout cas, moi, je savais déjà que Pauline chantait bien ! déclara Laurie.
Margaux n’en revenait pas.
— Ah bon ?
— Tu ne l’as jamais entendue chantonner, quand elle a commencé à monter Minnie ?
— C’est vrai, avoua Pauline. Avant de venir à Chestnut Hill, je n’avais pratiquement monté que mon poney. Et j’ai souvent le trac avec les chevaux que je ne connais pas. Alors je fredonne pour me détendre.
— Qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi, je chante quand Tybalt est dans un mauvais jour, la rassura Laurie. Ça nous décontracte tous les deux.
Pauline la remercia d’un sourire. Laurie lui faisait un compliment en se comparant à elle. C’était une des meilleures cavalières de Chestnut Hill, ainsi que le confirmait sa position de capitaine de l’équipe de saut junior. Annie Carmichael, la jeune et talentueuse directrice de l’école d’équitation, qui se trouvait être la tante de Margaux, ne s’y était pas trompée. Elle l’avait choisie autant pour ses talents de cavalière que pour son empathie avec les chevaux et les humains. En revanche, Pauline n’avait pas réussi à se faire sélectionner dans l’équipe, mais elle s’en moquait. Elle progressait et passait des moments merveilleux grâce à Moonlight Minuet, plus connue sous le nom de Minnie. Pauline l’avait tout de suite adorée, bien qu’elle appartienne à Patty. Et quand celle-ci s’en était séparée, Margaux avait demandé à ses parents de l’acheter pour la louer à Pauline.
— Minnie ne connaît pas sa chance ! commenta Margaux en prenant un autre chapeau sur le portant. Dire qu’elle a droit à des concerts privés avec notre star Pauline Harper !
— À propos, Pauline, tu pourrais peut-être venir de temps en temps à Saint Kit donner la sérénade à Gent, plaisanta Caleb. Il a des problèmes de galop à faux, ces derniers temps.
Mélanie le repoussa d’une bourrade.
— Eh bien, chacun son tour ! Le premier qu’elle doit charmer, c’est Colorado. La dernière fois que je lui ai demandé un changement de pied, il m’a presque éjectée de la selle.
Son ton enjoué montrait qu’elle ne s’inquiétait pas vraiment des caprices de son fougueux hongre isabelle. Pauline aurait même parié que c’était pour cela qu’elle l’aimait tant.
— Toujours est-il que je me sens toute bête, Pauline ! continua Mélanie. Je partage ta chambre et j’ignorais totalement que tu chantais si bien.
— Bienvenue au club ! répondit Margaux. Enfin, maintenant qu’on le sait, il faut qu’on lui décroche une audition à American Idol.
— Ça, jamais ! protesta Pauline, paniquée.
— Impossible ! intervint Sam. Tu oublies qu’elle n’est pas américaine.
— Elle vit aux États-Unis, répliqua Margaux. Ça leur suffit, à la télé !
— Tu sais que ce chapeau te va vraiment bien ? insista Josh. Vous devriez peut-être envisager de jouer Annie du Far West à votre prochain spectacle de charité, les filles !
Pauline s’empressa de le retirer, regrettant presque de l’avoir essayé. Certes, bizarrement, elle adorait chanter et jouer sur scène, où elle oubliait sa timidité comme si elle se glissait dans la peau d’un autre personnage. Mais dans la vie de tous les jours elle détestait attirer l’attention. Surtout quand Josh la regardait de cette façon. Elle ne savait plus où se mettre…
— Allez, assez joué avec ça ! intervint Mélanie, qui parut sentir son malaise et lui arracha le chapeau des mains pour le jeter sur la pile. Si on allait boire un milk-shake ? Je prendrais bien un double fraise !
— Bonne idée ! l’approuva Pauline, ravie de cette diversion. Moi, j’aimerais bien goûter leur nouveau parfum, « Bisou au chocolat ».
— Ça s’appelle vraiment comme ça ? Dans ce cas, pas d’hésitation ! pouffa Margaux en la prenant par le bras pour l’entraîner vers la sortie. Pauline s’intéresse au base-ball et elle sera bientôt accro au « Bisou au chocolat » : son intégration est parfaite. La voilà cent pour cent américaine à présent !
2
— Pauline, tu crois qu’on a le temps de passer voir nos mails ?
C’était le lundi après-midi, Mélanie et Pauline traversaient le campus après leur dernier cours de la journée. Elles retournaient au dortoir se mettre en tenue d’équitation après leur contrôle d’algèbre.
Pauline consulta sa montre.
— D’accord, mais il faut nous dépêcher, répondit-elle en obliquant vers le centre de loisirs. Moi, je voudrais voir où en sont les enchères : j’ai repéré une casquette de base-ball que je voudrais offrir à Sam.
— Lui aussi, il s’est vite adapté à la vie américaine, dis donc !
— Ne m’en parle pas ! Malgré tout le temps qu’il a passé à l’hôpital, Sam s’y est fait encore plus vite que moi !
Que c’était bon de pouvoir plaisanter sur ces moments douloureux ! Et de savoir que son frère jumeau avait retrouvé la santé et pouvait reprendre une vie normale !
Deux minutes après, les deux amies s’asseyaient côte à côte devant un ordinateur. Avant de consulter les enchères, Pauline se connecta à sa boîte e-mail. Elle vit qu’elle avait de nouveaux messages, dont un de Josh, et ne put résister à l’envie de l’ouvrir.
Elle éclata de rire.
— Qu’est-ce qui t’arrive ? demanda Mélanie en se penchant vers elle.
— Regarde !
Elle tourna l’écran vers son amie, pour lui faire voir l’affiche du film Annie du Far West : son visage remplaçait celui de l’héroïne.
Mélanie rit à son tour.
— Josh se débrouille vraiment bien avec Photoshop !
— Oui. Je vais l’imprimer pour la montrer à Margaux et à Laurie, dit-elle en pianotant sur le clavier. Et toi, tu as reçu des messages intéressants ?
— Rien d’aussi drôle. Juste des nouvelles de ma famille.
Mélanie avait quatre grandes sœurs qui l’inondaient de mails.
Quand elles se déconnectèrent, il leur restait à peine le temps de monter se changer. Elles repartirent ventre à terre et, quand elles entrèrent en trombe dans l’écurie, elles faillirent percuter Margaux et Laurie, debout devant la porte, qui scrutaient l’allée d’un œil perplexe.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Mélanie, essoufflée. On est en retard ?
— Aucune idée, marmonna Margaux sans les regarder. Par contre, j’aimerais bien savoir où sont passés les chevaux !
Pauline plissa les yeux et scruta l’allée bien propre. Elle aperçut les autres membres du cours intermédiaire, dont Audrey Harrison, la compagne de chambre de Margaux. Elle repéra aussi Julie, l’une des deux palefrenières, qui sortait de la sellerie au fond, avec une pile de tapis de selle sales. Mais pas le moindre signe de la douzaine de poneys et de chevaux qui passaient habituellement la tête par-dessus leur porte. En fait, on avait l’impression qu’il n’y en avait plus un seul dans toute l’écurie.
— Salut, Julie ! Où sont nos montures ? s’enquit Margaux quand la jeune fille passa près d’elle. S’il faut courir les chercher dans les prés, on ne sera jamais prêtes à l’heure pour la reprise !
— Arrête de parler pour ne rien dire ! la rabroua Pauline en lui tapotant l’épaule. Tu sais bien qu’avec Mme Carmichael l’heure c’est l’heure.
Elle se tourna vers Julie.
— Alors, c’est quoi le deal ?
— Vous le saurez bien assez tôt, répondit la jeune femme avec un clin d’œil.
Au même moment, une silhouette familière apparut au bout de l’allée. Cette fois, c’était Aude Phillips, leur monitrice de saut qui, comme toujours, débordait d’énergie et d’enthousiasme.
— Ah, vous voilà, les filles ! s’écria-t-elle. Vous êtes prêtes ?
— À votre avis ? répliqua Audrey en rejetant ses longs cheveux blonds dans son dos et en croisant les bras. Vous voyez des chevaux dans le coin ?
Ignorant l’insolence d’Audrey, Mlle Phillips s’arrêta et les dévisagea avec un large sourire.
— Vous n’aurez pas besoin de vos bombes aujourd’hui, annonça-t-elle avec un geste vers le casque GPA qui pendait au bras de Margaux. Ni de vos montures, d’ailleurs. Juste de chaussons de danse, mais vos bottes de paddock feront l’affaire.
Laurie baissa les yeux vers ses vieilles bottes.
— Hein ? C’est quoi cette histoire de chaussons de danse ?
— Eh bien, nous n’allons pas travailler au manège aujourd’hui, car on ne peut pas danser sur le sable. Suivez-moi.
Et elle sortit de l’écurie sans leur laisser le temps de poser d’autres questions.
— Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? murmura Margaux.
Pauline haussa les épaules.
— Peut-être qu’on va avoir droit à une séance de fitness, continua son amie. Souviens-toi, à la dernière reprise, Mme Carmichael n’a pas arrêté de nous dire qu’on avait de la guimauve à la place des jambes.
Pauline éclata de rire. Margaux exagérait. Mme Carmichael leur avait juste rappelé que l’équitation demandait une certaine forme physique.
— Vous plaisantez ? grommela Audrey. Je viens dans cette école pour monter à cheval. Quand j’aurai besoin de faire de la gym, j’appellerai le coach de ma mère pour lui demander des conseils.
Margaux l’ignora et emboîta le pas de la monitrice.
— Venez ! Allons voir ce qui se passe.
Mlle Phillips les conduisit jusqu’au petit pré entre les deux écuries où les filles laissaient parfois paître leurs montures.
— Très bien. Mettez-vous sur deux lignes devant moi.
Les filles obéirent. Pauline se retrouva à l’arrière entre Mélanie et Jennifer Quinn, une petite brune de cinquième du dortoir Granville. Laurie se tenait de l’autre côté de Mélanie. Margaux se mit devant avec Audrey, Paris McKenzie du dortoir Curie et la dernière fille de leur cours, une autre élève de cinquième, Amandine Loach.
— Mademoiselle Phillips ? s’impatienta Margaux. Quand nous direz-vous enfin ce que nous allons faire aujourd’hui ?
— Eh bien, nous allons découvrir un nouveau module : le dressage en musique !
Pauline échangea un regard excité avec Mélanie et Laurie. Elle avait vu les kürs, ou reprises libres en musique, aux jeux Olympiques et dans d’autres compétitions de haut niveau. Certaines, carrément magiques, donnaient vraiment l’impression que le cheval dansait.
— Waouh ! murmura Laurie, les yeux brillants d’intérêt. J’ai toujours rêvé d’essayer !
— Moi aussi, répondit Pauline.
— Ça va nous changer du dressage avec M. Musgrave ! renchérit Mélanie.
Pauline sourit. Roger Musgrave venait une fois par semaine leur donner des cours de dressage. Cet ancien militaire strict et sévère menait ses reprises comme des exercices de l’armée. On ne pouvait pas l’imaginer une seule seconde mettre de la musique et inviter les poneys à danser !
Audrey était la seule à ne pas partager l’enthousiasme général.
— Du dressage en musique ? répéta-t-elle en détachant les mots d’un air dégoûté. Mais pour quoi faire ?
— Peut-être juste parce que c’est amusant ! rétorqua Margaux.
— En effet, c’est très amusant ! acquiesça Mlle Phillips. En outre, ce nouveau module vient tout juste d’être ajouté au programme d’équitation de la Virginie. Chestnut Hill sera la première école à l’expérimenter.
— Cool ! s’exclama Mélanie. Quand commence-t-on ?
— Tout de suite !
Mlle Phillips se retourna et fit un geste vers l’écurie. Pauline vit s’avancer vers elles une jeune femme mince, petite, qui portait un collant et des jambières.
— Laissez-moi vous présenter Mlle Nadine Savier, continua la monitrice. Nadine est…
— Une danseuse ! lâcha Audrey sous le coup de la surprise.
— Exactement ! acquiesça Mlle Phillips avec un sourire. Peut-être en avez-vous déjà entendu parler ?
— Bien sûr ! s’écria Pauline. Je faisais de la danse classique en Angleterre. Là-bas, tout le monde connaît Mlle Savier, la grande danseuse étoile du Royal Ballet, à Londres.
— Tu me fais trop d’honneur ! répondit la jeune femme d’une voix chaleureuse teintée d’un fort accent français.
— Enfin, vous êtes aussi cavalière, ou quoi ? demanda Audrey qui avait l’air beaucoup moins impressionnée.
— J’ai bien peur que non, répliqua Nadine en souriant. Quoique j’aimerais beaucoup apprendre à monter.
La monitrice reprit la parole.
— Nous avons décidé, Mme Carmichael et moi, qu’avant d’apprendre la danse à vos chevaux, vous deviez déjà en acquérir certaines notions. D’où la présence de Nadine.
— Oui, j’espère vous faire découvrir la magie de la danse, enchaîna la jeune femme en leur faisant une gracieuse révérence. En outre, c’est un exercice excellent pour le corps. Si on commençait par des étirements ?
Au début, Pauline se sentit un peu idiote, assise dans l’herbe à se toucher le bout des pieds puis à s’étirer vers le ciel. Qui avait jamais vu des danseuses évoluer en jodhpurs et en bottes ? Pourtant, très vite, elle ne se soucia plus du ridicule. Nadine rendait l’exercice plaisant et elle s’amusait vraiment. D’ailleurs, elle n’était pas la seule. Laurie, aussi gracieuse que sportive, comprenait tout ce que Nadine leur demandait. Margaux, moins douée, compensait par son entrain et son sens du rythme. Mais Mélanie, pourtant la plus athlétique de toutes, avait énormément de mal à assimiler les pas. Elle se retrouva ainsi à plusieurs reprises dans le sens inverse des autres et, chaque fois, elle se moqua de sa propre maladresse, déclenchant l’hilarité générale.
— Un peu de sérieux, s’il te plaît, la rappela à l’ordre Nadine alors qu’elle se trompait pour la dixième fois. Comment veux-tu y arriver si tu n’arrêtes pas de faire le clown ?
— Je commence à me demander si je n’aurais pas deux pieds gauches !
Nadine se pencha et considéra ses deux pieds qui disparaissaient dans les vieilles bottes de cow-boy qu’elle mettait souvent pour les reprises.
— Non, non. Je te rassure. Tu en as aussi un droit.
Tout le monde éclata de rire, y compris Mélanie. Pauline entendit quelqu’un s’esclaffer derrière elle et vit que Mme Carmichael et M. Musgrave étaient venus s’accouder à la barrière. La directrice riait à gorge déployée alors que leur professeur levait les yeux au ciel avec un petit sourire.
Une fois qu’elles eurent fini de s’échauffer et appris quelques pas de base, Nadine leur enseigna une courte chorégraphie. Elles la réalisèrent ensuite sur de la musique classique grâce à un lecteur de CD portatif. Pauline sentit son corps se détendre aussitôt. Bien qu’elle ait arrêté la danse à dix ans pour se consacrer à Rocky, son poney adoré, elle retrouva très vite les gestes familiers. « C’est génial ! songea-t-elle. Même si ça fait un peu bizarre d’évoluer en bottes d’équitation ! »
— Non, non, Mélanie ! s’écria soudain Nadine, la tirant de ses pensées. Tu n’es pas en rythme. Je t’en prie, essaie de sentir la musique !
— Et là, c’est mieux ? demanda Mélanie, qui donnait l’impression de sauter n’importe comment.
— Je crois qu’elle n’est pas réceptive à ce genre de musique, remarqua Margaux. Ça l’aiderait peut-être si vous lui mettiez du hip-hop à la place.
Nadine pinça les lèvres.
— Je ne pense pas. Vous viendrait-il à l’idée de mettre du jazz pour un enterrement ? Eh bien, faire de la danse classique sur du hip-hop, c’est impossible ! La danse doit s’accorder à l’humeur de la musique.
— Tout s’explique ! soupira Mélanie. Je suppose que mes bras et mes jambes sont de mauvaise humeur aujourd’hui.
Un sourire adoucit l’expression sévère de Nadine.
— Ce n’est pas bien grave. On recommence depuis le début ?
Finalement, toute la classe réalisa l’enchaînement, avec plus ou moins de succès. Mélanie réussit à suivre les autres en ajoutant quelques petits pas par-ci par-là pour se recaler.