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Chestnut Hill tome 9

De

Margaux broie du noir ! Ses amies la laissent tomber, accaparées par leurs amoureux... Jusqu'au jour où elle rencontre Camille, une fillette malentendante. Pour elle, Margaux se consacre aux préparatifs du gala de charité de Chestnut Hill. Elle est en train de comprendre qu'il y a plus important dans la vie que de gagner...





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:
Lauren Brooke



Chestnut Hill
Une équipe en or
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine


Avec des remerciements tout particuliers à Catherine Hapka
1
— C’est quoi, ce boucan ? grogna une voix étouffée dans le dos de Margaux.
Celle-ci s’immobilisa, sa botte d’équitation à la main.
La question provenait d’une masse enfouie sous les draps du lit situé à l’autre bout de la chambre.
— Désolée ! dit-elle. J’ai pourtant essayé de ne pas faire de bruit…
Elle s’était effectivement efforcée d’être discrète, même si elle n’appréciait pas Audrey. À première vue, les deux filles avaient beaucoup de points communs : en quatrième à Chestnut Hill l’une comme l’autre, issues de familles aisées, elles partageaient la passion du cheval et de la mode. Pourtant, elles s’entendaient comme chien et chat. Margaux considérait Audrey comme une enfant gâtée et une snob, tandis qu’Audrey ne cachait pas qu’elle trouvait sa camarade de chambre effrontée, bruyante, odieuse, vulgaire et – ce qui faisait le plus enrager Margaux – pas drôle du tout ! Si on leur avait demandé leur avis, non seulement elles auraient refusé de cohabiter, mais elles auraient sans doute souhaité ne pas être dans le même dortoir, voire dans le même pays ! Malheureusement, on ne les avait pas consultées avant l’attribution des chambres ; elles étaient donc condamnées à se supporter pendant trois longs trimestres.
Quoi qu’il en soit, ce matin-là, Margaux avait veillé à ne pas se mettre Audrey à dos. Cette journée d’octobre s’annonçait magnifique : les arbres s’étaient parés de leurs couleurs d’automne et il faisait une température fraîche et vivifiante. Bref, un temps idéal pour une promenade à cheval dans les collines boisées qui entouraient l’école. Elle n’avait aucune envie de la gâcher en se disputant avec Audrey dès le saut du lit !
Sa camarade retira son masque en soie parfumé à la lavande et rejeta ses longs cheveux blonds en arrière.
— Déjà que je suis obligée de porter cette horreur, vu que ta maudite lampe de chevet éclaire plus que le phare du cap Horn… Je ne vais pas en plus me boucher les oreilles pour avoir un sommeil réparateur et ne pas me réveiller la tête en vrac !
— Je ne suis pas sûre que ça suffirait, rétorqua Margaux.
Attachant ses boucles rousses à la diable, elle attrapa sa seconde botte et quitta la pièce à cloche-pied.
— Très drôle ! entendit-elle Audrey grommeler juste avant de refermer la porte derrière elle.
Elle finit de se chausser dans le couloir et s’éloigna d’un pas léger, le sourire aux lèvres : même cette peste ne parviendrait pas à la mettre de mauvaise humeur aujourd’hui.
Elle s’avança en sifflotant vers la porte de la chambre de ses deux meilleures amies, Mélanie Hernandez et Pauline Harper et l’ouvrit à la volée.
— Debout, là-dedans ! Dépêchez-vous ! Y a pas une seconde à perdre !
Comme la pièce était encore plongée dans l’obscurité, elle alluma les lampes. Un grognement monta du lit de Mélanie.
— Je cauchemarde, ou bien c’est Margaux qui ose beugler comme un veau alors que le jour se lève à peine et qu’on est samedi ?
Pauline ouvrit un œil et s’assit, le visage bouffi de sommeil, sa tignasse blonde tout emmêlée.
— Salut, Margaux, fit-elle en bâillant. Tu joues les réveille-matin ?
— Exactement ! répondit la rouquine.
Elle se laissa tomber au bout du lit pour attacher ses bottes. Et, en prime, j’ai réussi à mettre Audrey en pétard pour la journée.
— Comment ? s’écria Mélanie. Tu as glissé du fumier sous son oreiller ?
— Non, mais tu me donnes des idées pour demain… Je t’ai déjà dit que j’aimais bien ta façon de penser, Hernandez ?
— C’est réciproque, Walsh !
Mélanie sauta du lit pour taper dans la main de Margaux et se dirigea vers sa commode, pieds nus, vêtue de sa tenue de nuit préférée : un bas de survêtement coupé aux genoux et un tee-shirt des Broncos de Denver.
Pauline fixa ses deux amies avec inquiétude.
— Vous plaisantez, j’espère, avec cette histoire de fumier ? Il faudrait être maboul pour chercher des poux à Audrey après le scandale du championnat interscolaire !
Quelques jours auparavant, Audrey et sa meilleure amie Patty avaient fait courir le bruit que l’un des poneys de Chestnut Hill avait été dopé. C’était faux, bien entendu, mais suffisant pour instaurer une ambiance affreuse dans l’équipe.
— Maboul ? répéta Margaux en imitant l’accent britannique de Pauline. Tu pourrais me traduire, s’il te plaît ?
— Moi, je sais ! s’écria Mélanie, qui fouillait dans son tiroir à chaussettes. Ça veut dire que tu es barjo, dingue ; folle à lier, quoi !
— Ben, c’est pas un scoop !
Pauline éclata de rire.
— Et on peut savoir ce que tu lui as fait ce matin ?
— Rien du tout, comme d’hab ! Mademoiselle a fait tout un plat parce que j’ai eu le malheur de la réveiller en m’habillant !
Mélanie la dévisagea d’un air dubitatif.
— Tu es sûre que tu n’as pas fait de bruit ? On ne peut pas dire que la discrétion soit une de tes qualités premières, Margaux…
— Je te jure ! J’ai été aussi discrète qu’une petite souris. Le problème, c’est qu’un froissement de draps ou une simple respiration suffisent à arracher les oreilles à la princesse Audrey. Du coup, elle a commencé à râler contre ma lampe de chevet, et patati, et patata…
— Elle a dû oublier que tu as écrasé ses lunettes de star la nuit où tu n’as pas osé allumer, de peur de la déranger, fit remarquer Pauline en remontant les genoux contre sa poitrine pour poser son menton dessus.
— Ah bon ? Comment tu t’es débrouillée ? s’exclama Mélanie.
— Margaux s’est pris les pieds dans ses chaussons en allant aux toilettes dans le noir, expliqua Pauline, hilare.
Margaux sourit d’un air piteux au souvenir de cet épisode, qui datait de l’année précédente, quand elle cohabitait avec Pauline et Audrey.
— Je suis sûre qu’elle met son masque uniquement pour faire croire qu’elle a des insomnies et avoir des raisons de se plaindre, lança-t-elle. Qu’est-ce que je devrais dire ? L’odeur de sa crème me donne la nausée, et je ne me balade pas avec une pince à linge sur le nez pour autant !
— Tu as tort ! répondit Mélanie en enfilant son jean. À ta place, je n’hésiterais pas.
— Je finirai peut-être par le faire. Bon, eh bien, maintenant que vous êtes réveillées, je vais tirer Laurie du lit.
— Aucune chance ! gloussa Pauline, qui se résigna enfin à sortir de son lit. Alexandra et elle sont de sacrées lève-tôt !
En effet, lorsque Margaux arriva à la chambre que son amie Laurie O’Neil partageait avec Alexandra Cooper, elle trouva la porte entrouverte ; Laurie était penchée sur ses devoirs, et Alexandra déjà partie.
— Toc, toc ! fit-elle en avançant dans la pièce. Ça te dit d’aller faire un saut à l’écurie ?
— Quoi, tu es debout ! s’étonna Laurie. Il est déjà midi ?
— Ha ha ! Très drôle ! Mais ce serait dommage de dormir quand il fait aussi beau et que les poneys nous attendent ! Alors, tu es partante ?
Laurie s’écarta de son bureau et s’étira.
— Et comment ! J’ai le cerveau tout ratatiné à force de sécher sur ces équations. Une visite à l’écurie s’impose.
2
Dix minutes plus tard, les quatre amies entraient dans le bâtiment où les poneys passaient la nuit depuis que les nuits étaient plus fraîches.
— Bonjour, Morello ! C’est samedi ! chantonna Margaux en poussant le portillon du box de son poney préféré.
Le pinto lui donna un coup de nez et chercha une friandise. Amusée, Margaux sortit de sa poche un bonbon à la menthe. Dès qu’il entendit le froissement du papier, il dressa les oreilles au point que leurs bouts se touchaient presque.
La jeune fille éclata de rire.
— On dirait que tu aimes bien ce bruit, mon grand !
Pendant que le poney croquait le bonbon, Margaux observa ses amies. De l’autre côté de l’allée, Mélanie caressait Colorado, le poney isabelle plein de fougue qu’elle montait habituellement. Mélanie avait beaucoup pratiqué l’équitation western chez elle, à Colorado Springs, et, à l’instar de sa cavalière, son poney se comportait aussi bien en monte western qu’en monte classique. Dans le box voisin, Laurie s’occupait de Tybalt, un poney croisé pur-sang anglais avec une touche d’arabe, arrivé l’année précédente à Chestnut Hill. L’école avait failli ne pas le garder, tellement il était nerveux et imprévisible. À force de patience et d’amour, Laurie l’avait sauvé, et à présent ils formaient une équipe solide. Tybalt venait d’avoir la maladie de Lyme, mais il s’était parfaitement rétabli. Laurie lui massait le dos en décrivant des petits cercles du bout des doigts pour le détendre.
Margaux ne pouvait pas voir Pauline, mais elle savait très bien où elle était : un peu plus loin dans l’allée, avec Moonlight Minuet, Minnie pour les intimes. Elle se pencha par-dessus la porte pour essayer de les apercevoir et les surprit au moment où Pauline passait un bras autour de l’encolure de la ponette, qui lui répondait en frottant ses naseaux contre son épaule.
Minnie appartenait en théorie à Margaux. Quelques mois plus tôt, ses parents avaient décidé de lui acheter un poney. Cependant, Margaux ne voulait pas monter d’autre poney que Morello. Voyant son amie malade de chagrin à l’idée que Minnie allait être vendue et quitter Chestnut Hill, Margaux avait convaincu ses parents de racheter la ponette à son ancien propriétaire, M. Duvall, le père de Patty, et de la confier à Pauline.
« C’est la meilleure idée que j’ai eue de ma vie ! » songea-t-elle fièrement. Et des idées, elle n’en manquait pas ! Elle avait la réputation d’élaborer toutes sortes de plans, plus ou moins astucieux, et adorait jouer des tours.
En tout cas, s’il y avait quelqu’un qui méritait un tel cadeau, c’était bien Pauline, après toutes les épreuves qu’elle avait traversées. D’abord, elle avait dû quitter l’Angleterre en laissant son poney adoré ; ensuite, Sam, son frère jumeau, avait eu une leucémie, à peine arrivé aux États-Unis. Heureusement, il s’était battu vaillamment contre la maladie et l’avait vaincue. Il se préparait à intégrer Saint Kit, l’école de garçons voisine, au trimestre suivant.
Morello la sortit de sa réflexion en la poussant dans le dos. Elle se retourna en riant et le grattouilla sous le toupet.
— Tu as raison, je suis censée m’occuper de toi. Ça te dirait d’aller faire une petite promenade dans les bois, mon grand, et de galoper sur les feuilles mortes ?
Le poney cligna des yeux. S’apercevant qu’elle n’avait pas parlé de ses projets de balade à ses amies, Margaux ressortit du box.
Elle vit alors Joanna Boardman et Lucy Price, qui arrivaient de la sellerie. Elles ployaient sous un tas de selles et de couvertures, des filets jetés en travers de leurs épaules. Les deux filles de cinquième appartenaient à son équipe de saut d’obstacles, tout comme Audrey et Laurie, qui en était la capitaine.
— Qu’est-ce que vous faites ? Vous avez l’intention de monter quatre poneys à la fois ?
— Pas du tout, haleta Joanna. Mme Carmichael nous a demandé de panser et de seller les huit poneys les plus tranquilles de l’école.
Annie Carmichael était la jeune et talentueuse directrice de l’école d’équitation de Chestnut Hill. Elle occupait ce poste depuis un an, succédant à Élisabeth Mitchell, partie travailler à l’institution Allbright, l’une des grandes rivales de Chestnut Hill. Annie Carmichael était également la tante de Margaux et la propriétaire de Morello.
— Oui, elle attend un groupe d’une maison d’enfants qui vient prendre une leçon, expliqua Lucy.
Pauline sortit la tête du box de Minnie, l’air intéressé.
— Ah bon ? C’est une maison d’accueil ?
Laurie s’approcha de ses amies. Originaire de Cheney Falls, la ville voisine, elle connaissait les environs comme sa poche.
— Ils doivent venir du Manoir de Cheney. C’est un foyer pour orphelins et enfants en situation difficile. Ils sont placés là en attendant qu’on leur trouve une famille adoptive. On y accueille aussi des enfants qui ont leur famille, mais qui ne peuvent pas vivre avec elle pour une raison quelconque, par exemple parce que leurs parents sont en prison ou se droguent.
— Les pauvres ! lâcha Margaux.
Elle songea qu’ils étaient internes comme elle, mais pas dans les mêmes conditions : elle adorait Chestnut Hill, et elle rentrait passer toutes les vacances avec ses parents, dans le Connecticut. Tout au long de l’année scolaire, elle pouvait communiquer avec eux par téléphone ou par mail autant qu’elle le souhaitait.
— Quoi qu’il en soit, reprit Lucy, ils vont arriver dans moins de deux heures, alors on ferait bien de se dépêcher.
— Vous voulez de l’aide ? proposa Mélanie aux deux filles.
— Non, ça ira, répondit Joanna. Alice et Jennifer viendront nous donner un coup de main. Et on aimerait bien montrer à Mme Carmichael qu’on peut s’en sortir toutes seules.
Margaux retint un sourire en se souvenant combien elle-même et ses copines s’étaient prises au sérieux les premières fois où Mme Carmichael leur avait confié de telles responsabilités. Que cela lui semblait loin !
— Bon, je crois qu’on a terminé tout ce qu’on avait à faire ici, déclara Mélanie en se frottant l’estomac. Si on allait déjeuner avant qu’il n’y ait plus de brioche ?
— Je vous rejoins dans une minute ! répondit Margaux.
La venue des enfants changeait les choses. Elles avaient intérêt à réserver leurs poneys tout de suite ! Il n’y avait pas de problème pour Minnie, qui était un cheval de propriétaire. Quant à Tybalt, il était beaucoup trop nerveux pour qu’on le confie à un cavalier débutant, tout comme Morello et Colorado qui faisaient partie des chevaux les plus athlétiques et les plus rapides de l’école. Mais d’autres élèves auraient peut-être envie de se promener comme elles, et elle préférait donc anticiper. Elle courut vers le bureau de sa tante, installé dans l’ancienne écurie, au fond de la cour.
Annie leva la tête d’un tas de paperasse.
— Bonjour, Margaux. Tout se passe bien à l’écurie ? J’ai demandé aux cinquièmes de préparer quelques poneys.
— Elles s’en occupent.
Elle exposa à sa tante la raison de sa visite.
— C’est une journée idéale pour aller se promener. Les poneys ont beaucoup travaillé ces derniers temps, ça leur fera le plus grand bien de se détendre, déclara Mme Carmichael en cochant quelques cases à la craie sur le tableau accroché au mur. Voilà, vos poneys sont réservés.
Une fois assise devant son petit déjeuner, Margaux put enfin annoncer ses projets à ses amies.
— Il fait un temps magnifique, et nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de souffler depuis le concours, finit-elle.
Les trois filles échangèrent un regard embarrassé.
— C’est une super idée, Margaux, commença Mélanie, sauf que nous avions prévu d’aller en ville pour acheter nos déguisements de Halloween, souviens-toi.
— Ah bon, on avait dit ça ? Ben, j’ai oublié…
— Nous devons aussi retrouver les garçons à midi, précisa Laurie.
Par « les garçons », Laurie entendait Caleb, son petit ami, Josh, le béguin de Pauline, et Sam, le frère de cette dernière, qui était très proche de Mélanie. Les deux premiers étaient pensionnaires à Saint Kit ; le troisième vivait assez près de Cheney Falls pour se joindre facilement à eux.
— Ce sera sympa ! enchérit Pauline. On n’a qu’à remettre ta balade à demain.
Margaux répondit par un petit sourire forcé. D’habitude, elle s’en moquait d’être la seule du quatuor à ne pas avoir de petit copain. En fait, elle adorait jouer les marieuses, et les confidences de ses amies la passionnaient. Pourtant, pour une fois, elle se sentit un peu seule, et surtout très déçue de voir ses plans tomber à l’eau.
— Non, allez-y sans moi. Je n’ai pas envie de tenir la chandelle.
— Pas question qu’on te laisse ici ! déclara Pauline.
— On a besoin de tes idées pour notre soirée de Halloween, insista Mélanie. Comment veux-tu qu’on confectionne des costumes chics et chocs sans toi ?
— Telle que je te connais, Hernandez, tu n’auras aucun mal à dénicher un déguisement stupéfiant, répliqua Margaux.
— Pauline a raison, intervint Laurie, on peut remettre la promenade à demain. Allez, viens avec nous !
— Non, franchement. Mais je compte sur vous pour me raconter en détail tout ce qui se passera entre vous et les garçons. Pas question de me cacher quoi que ce soit !
— Arrête ! marmonna Laurie tandis que Mélanie levait les yeux au ciel et que Pauline rougissait.
— Attention, absolument tout ! précisa Margaux.