Clair Obscur

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304 pages
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Description

« Il a le regard vairon, des yeux qui m’ont poursuivi pendant des années. Si je l’aime... »


Gwenn a deux rêves, la danse et Sevan. Après avoir réussi ses auditions à la célèbre Julliard School, il prend sa voiture malgré les conseils de son meilleur ami et roule jusque chez Sevan. Gwenn a l’arrogance de ses dix-sept ans, la prétention des sentiments. Sevan a vingt-quatre ans ; militaire de carrière, il est sur le point de quitter Portland pour se marier. Gwenn repart en cachant ses larmes, démarre trop vite, prend la fuite en faisant déraper les roues de sa Jeep.


Une seconde d’inattention et un chauffard ivre... Un arbre au bas d’une pente...


Sept ans plus tard, Gwenn est un jeune homme qui n’a plus rien à voir avec l’adolescent qu’il a été, ce rêveur aux grandes ambitions. Professeur de danse, propriétaire d’un bar en chantier, fils, frère, ami et tonton, il a appris à composer avec une vie différente de celle qu’il pensait mener. Si ses espoirs ont foutu le camp, s’il reste cabossé et rafistolé, il ne cache pas ses cicatrices.


Quand Sevan revient à Portland, Gwenn a appris à le haïr pour ne plus l’aimer.


« Une seconde chance, un souffle sur ses lèvres, une main au creux de son dos. Des riens qui changent tout... »

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Informations

Publié par
Date de parution 05 août 2015
Nombre de visites sur la page 49
EAN13 9791092954692
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Lily Haime

Clair Obscur





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Le piratage prive l'auteur ainsi que les personnes ayant travaillé sur ce livre de leurs droits.

Cet ouvrage a été publié sous le titre :

Clair Obscur

MxM Bookmark © 2015, Tous droits résérvés

Illustration de couverture © MxM Bookmark

Sous la direction de © Christine Gauzy-Svahn.

Correction © Danièle M.


À mon compagnon D.A. et à mon fils R.

Aux anges de la route, qui consacrent

leur vie à sauver les nôtres.

Aux rescapés.

« Je suis devenu fou avec de longs intervalles d’une horrible santé mentale. »
Edgar Allan Poe

« Certaines laideurs sont parfois plus attractives qu’une beauté régulière. »
Juliette Benzoni

Introduction

« C’était un été, sept ans plus tôt… »

— Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, Gwenn, me dit Jek.

Il avait passé l’après-midi à me seriner la même chose. Et il avait tort, évidemment.

Je partais dans quinze jours pour New York, j’avais été reçu à mes auditions de danse de la Juilliard School. Et Sevan retournait à Fort Lewis demain matin à l’aube, avant de s’envoler pour l’Afghanistan dans quelques jours. Je n’avais plus le temps. Il fallait que ce soit ce soir.

— Sevan est le meilleur ami de ton frère, me rappela Jek.

Ce n’était pas ce genre d’argument qui allait m’arrêter. Une broutille face à ma détermination.

— Pat s’en remettra.

— Je te rappelle que pour lui tu n’es qu’un gamin de dix-sept ans.

Ça pouvait s’avérer être une difficulté. Mineure.

— Il n’a que sept ans de plus que moi, Jek. Il est loin d’avoir les cheveux blancs.

— Il fait partie du 75e régiment des Rangers, Gwenn ! s’emporta Jek. Alors même s’il est gay, tu penses bien qu’il ne va pas le crier sur les toits.

— Je me contenterai d’un murmure pour l’instant.

— Gwenn ! s’énerva Jek. Tu sembles oublier Calie, sa petite amie.

Disons que tant qu’elle restait dans son université de Chicago, là où je ne pouvais pas la voir, je préférais ne pas y penser. Et je n’allais pas renoncer si facilement pour une fille que je n’avais même pas rencontrée. Et sûrement pas avant d’avoir au moins essayé. Alors, malgré les craintes tapies derrière le regard clair de Jek, il fallait que je fonce. C’était dans ma nature d’aller de l’avant, de tenter, de me battre pour obtenir ce que je voulais. Si j’avais écouté les conseils de ces personnes si bien avisées, j’aurais renoncé à la Julliard depuis longtemps. Mais je m’étais acharné, encore et encore, jusqu’à devenir meilleur que les autres. J’avais passé l’audition sans éprouver le moindre doute et ce tout au long de ma performance, jusqu’à ce que j’effectue l’ultime pirouette et que la dernière note de musique s’éteigne lentement.

Aujourd’hui, j’avais cette même chanson qui jouait dans ma tête, une douce mélodie, des notes rythmiques, une cadence particulière – et je voulais y croire.

Parce que j’avais attrapé l’un de mes rêves, je me sentais capable de m’emparer du second. De le nicher au creux de ma paume.

Je pouvais avoir Sevan.

— Tu fais une connerie, Gwenn.

Je haussai les épaules – j’avais plutôt l’impression de prendre une bonne décision. De naviguer en suivant le bon cap, sur une mer d’huile, le vent dans le dos.

Je mis une chemise noire et m’observai d’un œil critique dans le miroir de mon armoire. J’aurais pu passer pour quelqu’un de banal. D’une beauté classique. Mais j’avais ces yeux vairons qui donnaient à mon visage une particularité dérangeante. Quelque chose en plus. Comme une touche d’originalité au milieu d’une toile neutre.

Je boutonnai mon jean en jetant un coup d’œil à Jek affalé sur mon lit. Il soufflait comme un bœuf en regardant le plafond. Il était inquiet pour moi, mais je faisais confiance à Deborah, sa petite amie, pour lui faire tout oublier dès qu’il la retrouverait, dans un peu moins d’une demi-heure. Juste le temps pour moi d’enfiler mes chaussures et de rouler jusque chez Sevan.

Il habitait dans le vieux chalet de son grand-père, à une dizaine de minutes de Portland. Zareh Kevork était décédé des années plus tôt, alors que Sevan était déployé en Irak. Pat avait passé des semaines à tenter de le joindre sans succès. Quand il était enfin revenu, presque un mois plus tard, nous avions enterré Zareh près des parents de Sevan.

J’avais treize ans à l’époque. Sevan s’était laissé choir près des tombes où reposait toute sa famille, les yeux perdus dans le vide, immobile. Je m’étais installé à côté de lui, sans rien dire, pour fixer la larme solitaire qui s’était échappée et qui filait, silencieuse, le long de sa joue. J’aurais voulu la récupérer et l’observer, voir à quoi ressemblait l’intérieur de sa peine.

— Je n’ai plus personne, avait-il soufflé, sans s’adresser à quiconque en particulier.

Mais j’avais quand même répondu, doucement, pour ne pas déranger sa tristesse.

— Nous on est là, Sevan.

Il avait tourné la tête vers moi, presque surpris de me voir à ses côtés. Un sourire douloureux avait étiré ses lèvres. Il avait mis un bras autour de mes épaules, posé brièvement son front contre ma tête.

— Tu veux bien être ma famille, mon Gwenn ?

— Si tu veux.

Il avait ri doucement et je m’étais tu, me contentant de me serrer contre lui pour le réconforter. Ensemble, nous avions attendu que le soleil se couche sur le cimetière et que la nuit s’installe, offrant une myriade d’étoiles étincelantes dans un ciel dégagé.

Et quelques rayons de lune pour éclairer le nom des disparus.

Aimer Sevan avait toujours été facile, naturel. C’était d’une justesse parfaite, comme les pas chassés que j’enchaînais avec une simplicité presque offensante.

L’amour et la danse étaient comme des histoires. Il fallait savoir les raconter.

— Je t’aurais prévenu, me dit Jek en grimpant dans sa voiture.

J’ouvris la porte de la Jeep grise que m’avait offerte mon père pour l’anniversaire de mes seize ans et grimpai derrière le volant. J’avais oublié d’éteindre la lumière de ma chambre à l’étage, je pouvais voir le halo se refléter dans l’obscurité. La maison était vide en ce vendredi soir. Mon père, entraîneur de l’équipe de foot du Jefferson High School, avait un match à l’extérieur et ne rentrerait pas avant plusieurs heures. Quant à Pat, il était d’astreinte cette nuit. Quand je pensais au nombre de fois où il avait fini au commissariat quand il était adolescent, ça me faisait toujours rire de savoir qu’il avait fini par devenir flic. Une ironie qui lui convenait.

Je secouai la tête en démarrant, levant deux doigts pour saluer Jek qui faisait demi-tour sur les chapeaux de roues. Il était toujours pressé de retrouver Deborah – du moins le temps que ça durerait. Il avait été tout aussi empressé avec Brittany, Candice, Pearl et les autres. Deborah finirait par rejoindre le nombre de ses ex d’ici quelques semaines, quand Jek se laisserait séduire par d’autres formes généreuses mises en avant par un décolleté plus que pigeonnant. J’en souris en prenant la route en direction de Beaverton.

Après plusieurs kilomètres, je me mis à transpirer légèrement. La dernière fois que j’avais ressenti ce trac angoissant, j’avais quinze ans et j’étais sur le point d’annoncer LA grande nouvelle à toute ma famille.

J’avais décidé d’un soir où tout le monde serait présent, et ce fut le cas ce dimanche-là. Il y avait mon père au bout de la table, Pat et Sevan à sa gauche, Jek et moi à sa droite.

C’était sorti d’un coup, avant même que je n’aie pu réfléchir à la tournure de ma phrase.

— Je suis gay, avais-je laissé tomber sans détour.

Mon père avait bien failli s’étouffer avec sa gorgée de bière – j’aurais peut-être dû attendre qu’il l’ait terminée.

— Et tu dis ça comme ça ? avait-il toussé. Entre le fromage et le dessert ?

— Il n’y a ni fromage ni dessert, papa. C’est juste de la pizza et on ne l’a même pas commencée.

Devant l’évidence de ma remarque, il avait ouvert la bouche pour la refermer aussitôt, buvant le reste de sa Budweiser en m’observant, un œil fermé, un œil ouvert.

— Un danseur gay, s’était moqué Pat. Quelle originalité !

— Au moins, je ne mettrai personne enceinte, moi ! m’étais-je rebiffé.

— Ça, c’est plutôt une bonne nouvelle dans l’immédiat, avait marmonné mon père en fusillant Pat du regard.

Il avait levé les bras au ciel, agacé.

— Trudy n’est pas enceinte ! Ce n’était qu’une fausse alerte.

— Qui a bien failli me valoir un infarctus.

— Va voir un cardiologue, papa, si tu as le cœur si fragile. Que veux-tu que je te dise ?

La conversation avait glissé ainsi, sans heurt. J’aurais presque pu trouver cela blessant. Un petit drame ne m’aurait pas dérangé. Peut-être des hauts cris, quelques remises en question, deux ou trois bousculades.

Mais il n’y avait eu que quelques bières et une pizza.

Et la tranquillité d’un soir d’automne.

Je me garai près du 4x4 de Sevan. Je descendis en soufflant profondément et en inspirant à pleins poumons. Je sautillai sur place pour me donner du courage, bougeant les épaules, les bras, comme un judoka se préparant à entrer sur le tatami pour gagner un combat. Il fallait être rapide, fort, précis. Ne pas hésiter.

Surtout ne pas hésiter.

Je remontai l’allée en graviers blancs qui serpentait vers le chalet niché sous de hauts cyprès, coincé entre deux collines. Les lumières du perron se reflétaient sur les eaux du petit lac en contrebas. Je m’y étais baigné un nombre incalculable de fois depuis que j’étais môme. Et même plus tard, quand Sevan était parti à l’armée et que je rendais visite à Zareh avec Pat et Jek.

Cet endroit, c’était un peu ma seconde maison, je l’adorais. J’aimais qu’elle soit isolée, comme à l’orée du monde. Qu’en remontant le chemin pour l’atteindre, on ait l’impression de se couper du reste de l’univers, d’entrer dans une bulle à l’abri du temps. C’était beau, vert et ocre, coloré. Comme un mystère.

Un secret bien gardé.

Je frappai à la porte plusieurs fois – pas de réponse. Après plusieurs longues minutes d’attente, je me résolus à entrer sans y avoir été invité, le cœur battant et les mains moites.

— Sevan ? appelai-je.

Comme il ne répondit pas, je fis un pas à l’intérieur. S’il y avait eu une seconde voiture, j’aurais fait demi-tour en supposant qu’il avait ramené de la compagnie, mais il n’y avait rien d’autre que son 4x4. Je traversai le salon d’un pas hésitant. Doucement, je montai sur la première marche de l’escalier et tendis l’oreille. Aucun bruit suspect venant de l’étage.

Mais une voix lointaine me provint de la terrasse.

La baie vitrée était ouverte et je souris en reconnaissant Sevan, torse et pieds nus. Sa peau mate luisait d’une couche de sueur. Il était d’une beauté arménienne qui m’avait toujours ému. Brun, les yeux foncés, un visage aux traits durs et doux à la fois.

Entre fureur et tendresse.

C’était un homme. Un de ceux qui bouleversent tout. Qui révolutionnent tout. Un de ceux dont on tombe amoureux.

Je me mordis la lèvre, soudainement pris d’un doute. Jek avait peut-être raison. À le voir là, son téléphone collé à l’oreille, écoutant son interlocuteur, il était loin du gamin que j’étais encore parfois. Peut-être que l’année prochaine, après avoir passé plusieurs mois à New York, perdu dans une des villes les plus cosmopolites du monde, à devoir me débrouiller sans l’aide de personne, j’aurais abandonné mes derniers airs d’enfance.

Je pouvais peut-être attendre encore un an. Utiliser ce temps pour devenir…

— Je sais, Pat, que je m’en vais demain matin… s’agaça-t-il en serrant plus fort son portable. Mais que veux-tu que je lui dise ?… Écoute, c’est ton frère, alors… Je sais, merde !… Évidemment… Mais tu me vois lui annoncer comme ça : « Au fait, Gwenn, je vais quitter l’armée pour me marier et m’expatrier à Chicago ! ».

Pas besoin… Il venait de le faire. Et d’une façon si brutale que je le pris dans l’estomac comme un uppercut envoyé par un boxer particulièrement doué.

Quoi ? Il ne pouvait pas se marier ! Et Chicago était à plusieurs États de l’Oregon !

D’un coup, je me sentis tellement ridicule dans ma chemise, avec mon sourire et mes délires de jeunesse, que je reculai de plusieurs pas.

La danse m’avait appris à me déplacer sans bruit, avec une légèreté presque céleste. Mais il y avait le choc de la nouvelle et ce rêve qui venait de voler en éclats autour de moi. Je pouvais presque voir les morceaux s’éparpiller dans les airs, virevoltant devant mes yeux.

Je percutai une table sans m’en rendre compte, fracassé par ce sentiment de trahison qui m’étreignait la poitrine. Sevan fit aussitôt volte-face et ses yeux d’obsidienne tombèrent directement dans les miens. Il raccrocha sans cérémonie et balança son téléphone sur une chaise.

— Gwenn ?

Je fis aussitôt demi-tour. Je n’avais tout simplement pas envie de l’entendre. Pas maintenant. Pas avec les larmes qui allaient bientôt déborder de mes yeux. Il manquerait plus que je me mette à pleurer pour parfaire mon humiliation.

— Attends, Gwenn…

— C’est bon, Sevan, j’ai entendu l’essentiel.

Je dévalai les marches du perron à toute vitesse, sortant déjà mes clefs de voiture de ma poche.

— Laisse-moi juste t’expliquer…

— Ça va, le coupai-je en déverrouillant ma Jeep. Je suppose que l’idée de ce mariage ne date pas d’hier. Alors si tu avais voulu m’en parler, tu l’aurais fait avant, non ?

Il posa une main sur mon bras pour me retenir. Je m’écartai.

— Je ne savais pas comment te le dire.

— Bien sûr, sifflai-je. Tu pensais juste m’envoyer Pat pour m’annoncer la nouvelle.

Il inspira doucement, je me tournai vers lui en écartant les bras, attendant qu’il s’explique.

— Je pensais que ce serait plus simple.

— Plus simple pour qui, Sevan ? lui balançai-je presque méchamment. Pour toi ou pour moi ?

— Pour nous deux, je suppose.

Je grimpai derrière le volant. Je cherchai à fermer la portière, mais Sevan la retint.

— Je suis désolé, Gwenn.

Je ris brièvement. De tristesse. Et de douleur. Parce que ça faisait mal de le perdre d’un coup, comme ça. Sans préavis, alors qu’il avait toujours fait partie de ma vie. J’avais cru qu’il y serait toujours. Demain, le mois d’après, dans dix ans. Je pensais qu’un jour…

Je ne savais plus ce que je pensais d’ailleurs.

— C’est pour toi que tu devrais être désolé, sifflai-je. Après tout, c’est toi qui t’apprêtes à faire une belle connerie.

— Je sais que tu crois avoir des sentiments pour moi, Gwenn, mais…

— Arrête ! rétorquai-je violemment. Ne me dis pas ce que je pense ressentir, c’est clair !

Sevan se redressa et s’écarta de la voiture quand j’en bondis. Je n’étais pas un gamin sans une once de bon sens, qui se fourvoyait à longueur de temps. Et je savais reconnaître les vrais sentiments quand je les croisais. Qu’il ne veuille pas le voir, ni l’entendre, ni le comprendre, c’était son problème. Mais il n’y avait qu’une seule personne qui se mentait ici, et ce n’était pas moi.

Et soudain, j’en eus marre d’attendre, marre de devoir l’attendre lui depuis que j’étais môme. Marre de faire semblant de ne pas remarquer ses yeux quand il les posait sur moi, de ne pas sentir quand son bras venait effleurer mes épaules, quand sa main glissait sur mes reins comme un frôlement.

Qui de nous deux trichait ?

Le prenant par surprise, j’agrippai le passant de sa ceinture et le tirai à moi, posant aussitôt mes lèvres sur les siennes. Rudes et brûlantes. Passionnantes et obsédantes. Et tout était là – toutes ces années à espérer cet instant. Aussi éphémère puisse-t-il être. C’était des secondes de nous, non ? Ça existait vraiment.

Je chavirai, capturant le bout de sa langue quand elle vint se nicher dans la profondeur de ma bouche. Experte, elle se fit exploratrice, langoureuse, m’entraînant dans un monde que je n’avais fait qu’effleurer et…

Je me retrouvai au sol, la mâchoire luxée par le coup de poing qu’il venait de m’envoyer. Refusant d’y croire, je posai une main sur ma joue, levant des yeux abasourdis vers lui.

— Պոռնիկ1 Gwenn, jura-t-il en arménien, s’agenouillant à côté de moi. Je ne voulais pas.

Il essaya d’attraper mon menton pour se rendre compte des dégâts. Je reculai la tête pour l’en empêcher.

— Je crois que c’est clair maintenant, fis-je, un sanglot dans la voix.

— Attends, Trésor…

Quelques larmes m’échappèrent et je les chassai d’une main honteuse. Je me relevai, me dégageant de la poigne de Sevan qui essayait de me retenir.