Cœur à prendre

-

Livres
162 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


Spin-off de la trilogie Panama !


Chloé est une jeune femme qui rêve de fonder une famille, mais cette amoureuse de l’amour va d’échec en échec. Alors qu’elle essuie une énième rupture, elle tombe sur un trio des plus détonnant qui l’aidera à s’échapper des griffes d’un petit ami manipulateur. Au fond du gouffre, elle fait la connaissance de Richard, un policier très protecteur, dont elle tombe amoureuse sans mal. Mais comme dit Camille : « On ne couche pas avec un flic, ils ont tous les alibis du monde pour faire disparaître quelqu’un ».


***

Extrait :


Camille s’assied sur le canapé et se met à m’abrutir de paroles. Elle veut tout révolutionner chez moi, mon appartement, mon dressing, mon boulot. Tout fuse. Je me laisse tomber à côté d’elle. Je n’ai plus d’énergie. Changer tout cela va me demander un temps considérable et une volonté que je n’ai pas. Camille arrête de parler et s’agenouille devant moi.
— Tu as passé le plus dur, à partir de maintenant, ce ne sera que du plaisir.
— Tu as déjà eu le sentiment que tu n’étais bien pour personne ?
— Pas que je me rappelle. Mais tu ne peux pas penser cela, c’est faux et tu le sais.
— Justement, vous entrez dans ma vie de façon inespérée, tu me remets sur pieds, Jules et Emma sont aussi présents et à vous trois, vous comblez mes manques. Du coup, je me demande si, dans tout cela, il y a encore une place pour un homme ?
— Tu sais, ma grand-mère disait souvent un vieux dicton qu’on entendait que dans les campagnes, mais cela m’a toujours remonté le moral : « Même dans les jours les plus sombres, le soleil brille toujours quelque part sur le cul d’un chien. »

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 121
EAN13 9791034805136
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Cœur à prenPre Tome 1
Eva Adams Cœur à prendre Tome 1 La découverte Couverture :Néro Publié dans laCollection Indécente
©Evidence Editions2018
Avertissement
Réservé à un public majeur et averti
Chapitre 1 Assise à la terrasse du café, les yeux embrumés par les larmes, j’ai froid. Comment ai-je pu me tromper à ce point ? Pourtant, je croyais que Je était l’homme de ma vie. J’étais persuadée qu’on allait vivre une belle histoire d’amour tous les deux. Et voilà, il me laisse tomber comme tous les autres. Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Je me retrouve seule, encore une fois. Tous mes projets tombent encore à l’eau. Le mariage, les enfants, la belle maison… Plus rien, il ne me reste plus rien. Les gens autour de moi sont en tee-shirt, short et petite robe, l’arrière-saison est encore douce, mais moi, j’ai froid. J’ai le cœur meurtri et le ventre vide. Il restera vide. Mon désir d’enfant vient d’exploser en plein vol. Jamais la vie n’entrera en moi, jamais je n’aurai la chance de donner naissance à un petit être, tout doux et tout rose. Ma vie n’a plus aucun sens. À quoi bon vouloir continuer ? Je me mouche pour la énième fois, pendant que la serveuse attend nerveusement, son plateau à la main, que je lui donne ma commande. — Auriez-vous de la verveine, s’il vous plaît ? dis-je en me mouchant. — Non, madame, nous avons du thé glacé à la bergamote si vous voulez ? — Apportez-moi ce que vous avez, je m’en fiche du moment que c’est chaud. — Vous êtes sûre ? Par cette chaleur ? Mes larmes explosent, mes sang lots me font remarquer et la pauvre serveuse ne comprend pas ce qu’elle a dit qui me met dans cet état. Mais rien, ce n’est pas elle, c’est moi. Non, c’est lui plutôt. Je l’aime tellement. Maintenant, toujours son plateau entre les mains, elle écrit sur son carnet de commandes, déchire le double et le place sur ma table, coincé sous le cendrier puis s’éclipse. Ma tête va exploser tellement j’ai pleuré, j’ai des courbatures partout à force de me pelotonner sur ma chaise. Qu’est-ce que je vais devenir ? Je ne serai jamais aimée, je vais 7nir seule comme… À ce moment, une jeune femme s’approche de ma table et s’assied en face de moi. — Bonjour, moi, c’est Camille, me dit-elle en me tendant la main. Je pose mon mouchoir rempli de ma déchéance sur mes genoux et lui tends la mienne. Elle s’en empare et se rapproche de moi sans me lâcher. — Quel est le goujat qui t’a rendu les yeux tout rouges ? Ma main toujours dans la sienne, j’esquisse un sourire, le nez rougit. — Moi, c’est Chloé. Comment sais-tu que c’est un homme qui m’a fait cela ? — Il n’y a qu’un homme pour rendre des yeux aussi tristes. — C’est moi, c’est de ma faute, dis-je entre deux mouchages. — Ne dis pas n’importe quoi, veux-tu ! crie Camille en lâchant ma main. Elle se lève d’un bond, renversant sa chaise et se met à crier en dévisageant les hommes environnants. — Il n’y a qu’eux qui peuvent faire ça. Regardez-la, regardez ce que vous lui a avez fait. Tous les mêmes, des goujats ! Embarrassée, j’enfonce ma tête dans mes épaules et me mouche. Ses deux amis nous rejoignent à table et
elle se rassied, mais continue sa litanie. — Aucun homme n’a le droit de faire ça à une femme, aucun homme n’a le droit de faire ça ! — Bonjour, moi, c’est Emma, me dit une jeune femme magnifique. — Moi, c’est Jules, continue leur ami. — Chloé, dis-je émue. — Raconte-nous ! exige Camille. Sans connaître les trois invités qui se sont joints à ma table, je me mets à ouvrir en grand la porte de ma vie privée. — Cela faisait plusieurs semaines que nous étions ensemble, j’étais convaincue que c’était l’homme de ma vie, que nous aurions plusieurs enfants, un chat, voire deux, une maison en banlieue, un petit jardin, juste de quoi mettre une balançoire, quelques vélos et un to boggan. Il était de moins en moins disponible, il n e répondait presque plus à mes messages. Cela faisait dix jours que je n’avais plus de ses nouvelles, alors je lui ai envoyé un énième texto et il m’a répondu que c’était 7ni, qu’il ne voulait plus me voir, qu’il fallait que j’eace son numéro de mon téléphone et que j’oublie ces derniers mois. — Comme ça ? Sans prévenir ?! Oublier ! Oublier ! Ils ont cru quoi ? — Camille… Camille, lui dit Emma en élevant le ton. Calme-toi, tu vas lui faire peur. — Non, mais, tu as entendu ça, ma chérie ? Ce mec se croit tout permis ? — Camille ! Regarde la pauvre Chloé, elle est déjà en pleurs, ne l’effraie pas par là-dessus. — On ne peut pas le laisser s’en tirer à si bon com pte. Vous le savez ?! leur dit-elle en attendant leurs réponses. — On le sait, dit Emma. Mais on peut faire les choses en douceur, non ? — Non ! Et tu le sais parfaitement. Les hommes ont besoin de comprendre qu’ils n’ont pas le droit de nous piétiner. Ils se croient tout permis. Ils méritent le pire des châtiments. Pas toi, Jules, hein ? Toi, tu es… différent. — Merci bien, j’échappe aux sorts de Cruella, lui lance-t-il avec un sourire pincé. Je ne comprends pas ce qui se joue devant moi, mais je sais à cet instant que ces trois personnes qui viennent d’entrer dans ma vie ne vont pas en ressortir de sitôt. — Donne-nous son adresse, on va aller lui rendre une petite visite, continue Camille, sûre d’elle. — Je ne sais pas si c’est une bonne chose, dis-je, inquiète, en plus, il travaille à cette heure. — Justement ! On va lui montrer comment on doit traiter une femme. Cette tribu, que je ne connais pas depuis plus de c inq minutes, se met à prendre ma défense et m’embarque dans un tourbillon de sécurité. Chacun d’eux représente une facette de ce que j’aimerais être, mais moi, Chloé, je ne suis pas comme eux. Je mesure un mètre cinquante-cinq, je pèse au bas mot cinquante kilos, je suis brune. Ma vie ressemble à Tchernobyl, chaotique, désespérément inconstructible, tout le monde me fuit. Même mes cheveux ne veulent rien entendre, raides comme des bag uettes et aussi 7ns que de la soie. Une catastrophe pour les coier et surtout, j’ai le travail le plus ennuyeux du monde. Autant dire que tomber sur une bande aussi explosive que Camille, Emma et Jules est un cadeau inespéré. C’est une sensation étrange. D’être bien avec des inconnus, comme si je les connaissais depuis toujours et me sentir à l’abri du monde hostile qui m’entoure est une nouvelle sensation. C’est la première fois de ma vie que je ressens cela. Tous trois se lèvent et partent bille en tête à la recherche de mon tortionnaire. Moi, je ne dis rien et les suis comme s’ils tenaient ma vie entre leurs mains. Mes larmes continuent de couler, mais je me sens mieux, bien mieux, à vrai dire. Je ne suis plus seule, je l’ai compris dès que Camille a posé ses fesses sur la chaise en face de moi. Nous foulons les rues d’un pas lourd et laissons nos traces déterminées dans le bitume. Arrivés devant
son bureau, Camille appuie sur le bouton de l’ascenseur et s’impatiente. Les yeux prêts à tirer et les bras croisés, elle pianote son épaule, déterminée. J’esquisse un sourire en songeant à la tête de Je quand il va nous voir débarquer à quatre et qu’il va tomber sur ce bout de femme en furie. Je n’ai pas envie de la retenir, il faut qu’il comprenne que son comportement m’a blessée. Une fois arrivés à l’étage concerné, les portes s’ouvrent et Camille s’engoure telle une boule de feu et cherche Je. L’hôtesse d’accueil prend peur et nous indique le bureau avant qu’elle ameute tout l’étage. Elle s’y dirige et tape de la main son nom inscrit sur la porte. — Il est ici ! Nous la suivons sans dire un mot, mais mon cœur cogne tellement fort que je suis certaine que tout le monde l’entend. Elle ouvre la porte d’un coup sans la retenir et elle vient buter contre le mur dans un bruit assourdissant. Je reste à l’extérieur, mon mouchoir émietté dans ma main et le nez rougi. Jeff crie à tue-tête : — Sortez d’ici ! Qui êtes-vous ? Jules entre dans le bureau, puis Emma tandis que je jette un œil par l’encadrement de la porte. Camille lui arrache le téléphone des mains, raccroche avec force et l’attrape par le col de chemise. Le pauvre Je n’en mène pas large. Elle lui hurle dessus, son visage à quelques centimètres du sien. — On ne quitte pas une femme comme ça ! On la quitte avec respect. Tu t’es pris pour qui ? Hein ?! Tu as cru qu’un vulgaire SMS ferait l’affaire et qu’elle passerait à autre chose ? Ébahie par la force qui émane de Camille, je suis admirative. Jules en pro7te pour mettre à sac son bureau. L’écran d’ordinateur hors de prix est sur le sol, l es feuilles éparpillées, le téléphone débranché. Em ma retourne tous ses dossiers, les armoires sont vidées une à une et les feuillets, sortis de chaque chemise, sont étalés partout. Le bureau ressemble à un immense ch antier. Il ne sait plus où donner la tête, il est pris de court et ne sait que répondre. La rage de Camille lui fait peur a priori. — Maintenant, tu vas t’excuser et la quitter de manière courtoise ! Tremblante, je n’ose pas le regarder s’approcher de moi. Il me fait mal au cœur. Son air de cocker attristé me retourne le ventre, mais Camille ne lâche pas le col de sa chemise. Penaud, il se positionne devant moi, tricotant avec ses doigts un pull imaginaire. — Excuse-moi, Chloé. J’aurais pu être plus galant en eet. Je t’ai quitté comme un salaud, un lâche. J’aurais dû être honnête avec toi et te dire que ce n’est pas contre toi, mais notre relation ne pouva it continuer. C’est moi qui ai merdé. Je me rends compte que je t’ai fait espérer des choses et je m’en excuse. Je te demande pardon. Il me fait fondre. Son petit air intimidé, ses excuses parfaites, ses larmes au coin des yeux, il me f ait craquer. Je n’ai pas envie qu’il soure. De le voir comme ça, je me sens mal. Camille y est allée un peu fort et il n’était pas nécessaire de tout mettre à mal. Je regrette. C’est moi qui me mets à pleurer et moucher encore mon nez, qui ne supporte plus le contact de la cellulose. Camille maintient toujours Je par les vêtements, il ne bouge pas d’un iota. Jules et Emma continuent à vider les dossiers sur le sol quand Emma cesse d’un coup ce qu’elle fait et arrive vers moi déterminée. Elle m’attrape par l’écharpe. — Regarde-moi, Chloé ! exige-t-elle. Ne tombe pas dans le panneau. C’est un manipulateur ! Ce mec n’est pas fait pour toi. Allez, viens, on s’en va. Elle passe son bras sous le mien et m’attire à travers le couloir. Je ne le quitte pas des yeux. Il soure, je le vois. Je tourne la tête. « Je, Je. » Il reste prostré à l’entrée de son bureau. Je tente de lui faire comprendre que je suis désolée, que je ne veux pas que cela se termine, que je suis là, mais Emma marche vite et, en un rien de temps, nous arrivons devant l’ascenseur. Les portes s’ouvrent et nous quittons l’étage aussi vite que nous sommes entrés. Elles se referment et je m’effondre dans les bras d’Emma. — Pleure, ma chérie, cela te fera du bien et demain , tu verras, tout ira mieux. Nous sommes là
maintenant. Tu trouveras mieux que ce goujat. L’homme de ta vie t’attend quelque part. — Tu es sûre ? dis-je en reniflant. — Bien sûr, c’est juste que vous ne vous êtes pas encore trouvé. Mais on a tous un « quelqu’un » qui nous attend quelque part. Vous allez vous rencontrer bientôt, j’en suis certaine. — J’ai tellement envie de te croire. — Tu verras, le meilleur est à venir Chloé, termine-t-elle. Ses mots me font du bien. Quelle chance d’avoir rencontré de si belles personnes ! Je les regarde à tour de rôle. Ils me sourient, je leur souris et je suis, à ce moment, la plus heureuse de 7lles en larmes, car j’ai trouvé mes pièces manquantes. Cette rupture, cette fois, sera la plus confortable, je le sens au fond de moi. Durant tout le trajet, je ne quitte pas la main d’Emma et me rends compte que c’est elle le ciment de ce trio ou ce quatuor maintenant. C’est la voix sage qui tranquillise, qui trouve les mots justes et rassurants. C’est une mère, en beaucoup plus douce que la mienne, ça, c’est sûr. Arrivés à mon appartement, ils décident de monter chez moi, Camille ne voulant pas me laisser toute seule. Cracotte prend peur à la vue de la nombreuse foule qui passe ma porte. Elle qui est habituée à ronronner dans mes jambes dès mon arrivée à la maison, elle a le poil tout hérissé et court se cacher dans la chambr e. Je garde mon écharpe autour de mon cou, g lacée jusqu’aux os, je n’arrive pas à me réchauer. Emma me demande de retirer ma veste et envoie Camille me faire un thé. Chacun prend possession de mon appartement comme s’ils étaient venus ici mille fois. Jules m’emmène vers mon canapé et me retire mes chaussures avant de me poser une couverture sur les jambes. Même en plein été, je n’arrive pas à m’en défaire. J’ai toujours un plaid sur moi, notamment le soir, quand je lis, seule au fond de mon canapé, les merveilleuses histoires d’amour que mes héroïnes vivent. Emma s’assied à son tour et m’attire contre ses cuisses. Je la laisse me caresser les cheveux, comme une petite 7lle qui a besoin de sa maman après un gros chagrin d’amour. Jules prend mes pieds entre ses mains et les masse. Camille revient avec un plateau contenant quatre tasses, la bouilloire fumante et de la tisane tilleul miel. — J’ai trouvé que ça ! dit-elle l’air désespéré en versant l’eau bouillante sur les sachets qui répandent leurs effluves instantanément. Les larmes me reprennent. Je glisse mes mains devant mes yeux. Je ne mérite pas tout cela. — Ma chérie, me dit Camille. C’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Tu en ressortiras plus forte et je dirais même qu’il ne mérite aucune de tes larmes. — Mais je l’aime. — Que tu crois ! rétorque-t-elle en me tendant une tasse brûlante. Tu as cru que c’était de l’amour, mais ce n’en est pas. — Camille, la tempère Emma. — Quoi ? Tu connais bien ma position sur l’amour. Regarde dans quel état elle est ! Ça se 7nit toujours comme ça. L’amour, c’est pour les faibles ! — Bon, Camille, calme-toi, lui demande Jules gentiment. Ne généralise pas ta façon de concevoir l’amour avec toutes les femmes. Chloé est bien plus sensible que toi. — Et pourquoi, à ton avis ? Parce que personne ne l ui apprit à se défendre contre ces mues. Heureusement que je suis là ! — Il aurait pu changer, les gens changent pour la personne qu’ils aiment. — Mais il ne t’aime pas ! — Camille ! crie Emma. — Désolée, ma chérie, mais c’est la vérité pure. Elle n’a plus dix ans, il faut lui dire que le prince charmant n’existe pas et que les hommes sont juste bons à nous satisfaire.
Chloé, tu sais au fond de toi que Jeff n’est pas l’homme de ta vie, me dit Emma de sa voix couvrante. — Il t’a plaquée, il faut tourner la page, point ! En plus, je suis sûre que ce n’était pas un bon coup, conclut Camille. — Ça, t’en sais rien, réplique Jules. — Ça va aller, ma chérie, tu vas trouver mieux. Un homme gentil, qui te regardera comme… comme une tarte aux pommes chaudes, dit-elle, fière de sa trouvaille. — Quelle référence ! dit Jules. — Quoi ? Ça donne envie, une tarte aux pommes fumante, dit-elle comme une évidence. — Prends-le comme un compliment, Chloé, c’est tout de même Camille, la reine de la débauche qui te dit qu’un homme va te désirer autant qu’une tarte qui sort du four. En plus, elle ne sait pas cuisiner, ironise Jules. Emma continue de me caresser les cheveux tandis que je tiens la tasse entre mes mains. Je me redresse et bois une gorgée de mon infusion brûlante. — Reine de la débauche, tu y vas fort, dit Emma. — Ben quoi, c’est vrai, c’est tout de même elle qui ramène chaque week-end un mec différent. — Là, tu m’as prise pour une débutante, s’ousque-t -elle. Un mec par soir trois fois par semaine, minimum ! — Excuse-moi, Cruella, s’incline Jules, m’arrachant un sourire. — Je préfère, conclut-elle. — Je mérite d’être aimée, dis-je le cœur gros. — Mais oui, ma chérie, bien sûr que tu le mérites. D’ailleurs, si toi, tu ne le mérites pas, je ne sais pas qui d’autre y aurait droit, se questionne Emma. — Toi ! lui dis-je. — Oh, ma vie, tu sais, est pas très simple en ce moment, mais j’ai trouvé l’amour, donc je m’accroche. Jules repose mes jambes sur le canapé et se lève. I l s’approche des fenêtres et regarde la ville, comm e songeur. — Je commençais à m’ennuyer avec ces deux fous, je suis très contente que tu entres dans notre triang le, me confie Emma. Il nous manquait la douceur. — Merci, je ne comprends pas tout ce qui se passe, mais je sens très bien avec vous, c’est comme si on se connaissait depuis toujours. — Oui, c’est exactement comme ça qu’on s’est rencontrés avec Jules et Emma. Sur une rupture, figure-toi. — Ah bon ? Qui venait de se faire plaquer ? — Moi ! m’indique Camille. — Toi ? Impossible, qui oserait quitter une fille comme toi ? Elle tend la main vers moi. — Vous voyez ! Sans qu’elle me connaisse, elle sait déjà qu’on ne me quitte pas. C’est moi qui quitte, mais ce jour-là, un homme a osé me plaquer avant que je ne le fasse. Je vais te dire qu’il va se le rappeler toute sa vie. Tu les aurais vus, ces deux-là. Personne n’aurait cru qu’ils viendraient à mon secours. — Personne n’aurait cru qu’on allait tomber sur not re pierre ang ulaire. Le grain de folie qui nous manquait, l’électron manquant à notre noyau, continue Emma. Jules est toujours rivé sur la ville. À quoi songe-t-il ? — Donc, j’étais en train de g ueuler après ce monstre quand Emma et Jules sont arrivés vers moi et se sont mis à lui hurler dessus. Cela m’a galvanisée. Le type ! La tête qu’il a faite. Il a couru comme un petit garçon qu’on dispute et on l’a poursuivi sur plusieurs rues en lui envoyant toutes les injures qu’on connaissait. Il
était blanc comme une culotte de nouveau-né. La tête ! Je le vois encore. Et je revois les vôtres, dit-elle en pointant du doigt Jules et Emma. Je vous ai aimés tout de suite, conclut-elle en leur faisant les yeux doux. Je m’assieds dans le canapé et bois quelques gorgées de tisane qui n’a pas l’eet escompté. Un frisson me parcourt le corps, j’ai l’impression que l’air de cette pièce est g lacial, tout comme mon cœur. Jules me dépose sur les épaules mon plaid spécial soirée 7lle seule et je m’enroule dedans. Emma appuie sur mes mains et je m’imbibe de la chaleur de la tasse. Je ferme les yeux, que cet instant dure aussi longtemps que possible. — Bon, à défaut de champagne pour fêter notre renco ntre, on va porter un toast avec du tilleul, dit Camille, me sortant de ma bulle chaleureuse. Je lève ma tasse vers celles de mes nouveaux amis. — Je vous remercie d’être entrés dans ma vie. Sans vous, je crois que j’aurais sombré. — Mais non, allons ! On ne sombre pas pour un homme. Par contre, dépérir, oui. Hein, Emma ?! — Camille, je t’en prie. Nous passons une mauvaise passe, on en a déjà eu et on en aura encore. Comme dans tous les couples. — Tu parles. Quand ça marche plus, on change, point barre ! — Arrête, Camille, avec tes phrases toutes faites, s’insurge Jules. Emma fait ce qu’elle peut. — Vous ne pouvez pas comprendre. Vous, vous avez une vie riche et pleine de gens qui vous aime, moi, je n’ai personne, continué-je. Tous s’entruchent avec leurs thés. — Oh, détrompe-toi, ma chérie, détrompe-toi, lance Camille. — Tu vois, me dit Jules en me retirant la tasse des mains et en les prenant dans les siennes. Camille, elle, ne trouvera jamais l’amour. C’est une croqueuse d’hommes, elle les aime tous, elle est incapable de choisir. Emma, ma douce Emma, c’est l’amour de ma vie. Je la regarde, elle couve des yeux Jules, tout comme lui. Je ne comprends plus rien, je croyais qu’elle était mariée. — Mais vous… ? — Non, nous sommes des âmes sœurs, mais je l’aime comme une sœur, comme une femme, comme… ma femme. Emma le regarde, des larmes plein les yeux. Ses joues sont roses, elle pétille et je me demande pourquoi ces deux-là ne sont pas ensemble. — Comme tu le sais, elle est mariée, on t’expliquera un jour notre parcours. Tandis que moi, j’ai une vie des plus horrible, mais il ne sert à rien de rajouter de la peine à ton chagrin. Et tu vois, tous les trois, on se soutient. On s’aime avec nos qualités et nos défauts, on rit, on vit, on crie aussi, oh ça oui, on s’eng ueule souvent, mais c’est juste parce qu’on a des avis divergents et qu’on veut tous le meilleur pour chacun de nous. Regarde Camille, je me tourne vers elle ; elle n’a rien à voir avec nous, elle, c’est la luxure, la gourmandise, mais on l’aime. — Voilà une belle parole, dit-elle en lui souriant. — Au commencement, il y avait Emma et moi. On formait une bulle impénétrable. Nous étions protégés de tous et du monde entier. Et puis est apparue Camille dans notre vie, une tornade, une boule d’énerg ie. On l’a adoptée. — Sympa, on pourrait croire que je suis un animal, s’offusque-t-elle. — Et depuis, on ne peut plus s’en passer. Tu vois, Camille, c’est comme une drog ue. Elle est brutale, elle est dure, elle est vulgaire, mais une fois que tu y as goûté, c’est impossible de s’en passer. — Oh, Jules, tu ne m’as jamais dit cela comme ça.