Coeur d'Ours

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118 pages
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Description

Après le décès de sa sœur, Anna hérite de sa demeure. Ne trouvant pas le courage de s’y installer, elle loge chez Ronan, leur meilleur ami.


Le temps fait son œuvre, la jeune femme s’accoutume de sa peine et décide de visiter la maison quelques mois plus tard. Seulement voilà, les lieux sont occupés par un homme mystérieux et terriblement attirant.


Qui est-il ? Quel est cet étrange tatouage sur son torse ?


Anna trouvera sa réponse lors d’un voyage humanitaire où elle prendra connaissance d’une étrange légende... celle de l’homme-ours. Et si tout cela était lié ?

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EAN13 9791096960125
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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©Les Éditions Livresque, pour la présente édition - 2018
©Thibault Benett, Designer graphiste pour la couverture ©Karry Le Gras, Correctrice
©Jonathan Laroppe, Suivi éditorial
ISBN : 979-10-96960-11-8
Tous droits réservés pour tous pays
Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle , il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l'autorisation préalable de l'éditeur et de l'auteur.
Assis sur le canapé, Amandine s'installe contre lu i, les pieds repliés derrière elle. Il se tourne, lui fait face et sourit en déposant un bais er sur le sommet de son front. - Ta journée a été bonne ? lui demande-t-il en la fixant d'un regard amoureux. - Oui, j'ai vu Tony, il est venu à la boutique. - Ah oui ? Tiens, c'est rigolo. Tu lui as proposé de passer à la maison ? - Bien sûr. Il était ravi, dit-elle, enjouée. - Génial. Je t'aime. - Moi aussi.
Trois mois plus tard…
- Non ! Tu ne peux pas les prendre avec toi ! hurle Amandine, furieuse. - Que voudrais-tu que je fasse ? Que je les abando nne ? rétorque-t-il, également énervé. C'est hors de question ! Ne comprend-elle pas que la douleur qu'il endure d epuis le décès de son frère est déjà assez pénible ? Ne peut-elle pas faire preuve d'un peu de bon sens ? - Et moi alors ? Qu'est-ce que je vais devenir ? J e n'ai pas envie d'être mère, je n'ai pas envie des mouflets de ton imbécile de frangin ! Sa femme a bien eu raison de se barrer ! - Comment oses-tu ? crie-t-il, fou de rage. Tu n'a s jamais rien eu à lui reprocher… chuchote le compagnon d'Amandine, la voix emplie de tristesse.
Quelques minutes plus tard…
Enfermé dans sa chambre, il perçoit le malheur qui le guette. Son corps tremble et sa chaleur corporelle se fait plus importante. Son cœu r bat à une cadence bien plus élevée que la moyenne et il se met à haleter. Des g outtes perlent le long de son front et de son torse. Soudain, il pousse un hurlement dé chirant… Ses cris de désespoir et
de douleur envahissent la pièce tel un poison. La m alédiction s'active. Le venin s'insère dans les veines du jeune homme e t se mélange à son sang. Le cœur de la victime s'emballe de façon incontrôlable à pr ésent, tant la souffrance est grande… Ses muscles semblent se déchirer, ses os se briser… Il a peur de ne pas y survivre. Qu'adviendra-t-il des enfants s'il meurt lors de sa première transformation ? Son souffle, saccadé, cherche à puiser le maximum d'oxygène dans l'air vicié qui l'entoure. Il a mal, tellement mal… Il perçoit, au loin, les sanglots de Manon et les gémissements de Mathis. Ils ont assisté au départ d'Amandine, à la violence de ses mots et à la rupture des maigres liens qui les unissaient encore. Ils ont écouté, à travers les murs de la chambre voisine, les propos de mécontentement, mais aussi l 'aveu d'infidélité de sa compagne, mais le plus dur n'était pas ça, non. Le plus éprou vant fut d'entendre crier Thomas. De discerner ses hurlements puissants, dignes des meil leurs opéras. Il aurait certainement pu briser les fenêtres rien qu'en exprimant la doul eur physique qui lui vrillait la poitrine. Comment expliquer aux enfants que leur vie allait changer ? Serait-il à la hauteur ? Parviendraient-ils à garder un équilibre précaire face à ces bouleversements ? - Tonton ? La voix de Manon se fait entendre alors qu'elle s' approche doucement. Le soleil est haut dans le ciel et la chambre est sens dessus des sous. Tremblante, elle pose sa petite poigne sur son bras et constate avec effroi qu'il est brûlant. Elle observe le torse de son oncle se soulever rapidement et soupire de s oulagement. - Salut, princesse, murmure-t-il, la gorge enrouée . - Elle s'est activée, hein ? Il bouge la tête lentement, de haut en bas. Oui, c e qu'ils redoutaient tous vient de se produire, la marque, déjà présente depuis l'enfance sur chaque homme de la famille, avait libéré le poison de la malédiction. Tout cela ne serait jamais arrivé si Amandine l'avait aimé d'un amour sincère…
" Ma très chère Anna, Si tu lis cette lettre, c'est que je ne suis plus là et que Ronan aura très bien joué son rôle de facteur. Ne lui en veux pas, s'il te plaît. Il est et restera à jamais notre meilleur ami, mais je lui ai fait jurer de ne rien te dire s ur tout cela. Veille sur lui, je t'en prie, tu sais, tout comme moi, à quel point il est fragile. Tu sais aussi combien je vous aime tous les deux. C'est pourquoi j'ai décidé de vous léguer ce que je possède. Ronan a été d'un très gra nd secours dans cette épreuve, j'aurais pu faire appel à toi, mais j'ai conscience que tes études te prennent beaucoup de temps… mon petit rat de bibliothèque. J'espère malgré tout avoir eu le temps de te voir réussir et fêter ça comme il se doit… " As de continuer. La lecture denna s'arrête, ses yeux embués ne lui permettent plu cette lettre, qu'elle a pourtant parcourue à trois reprises, la fait toujours autant souffrir. Pourquoi ? se demande-t-elle. Pourquoi le sort s'acharne-t-il sur sa famille ? S es parents, sa sœur, ses proches disparaissent les uns après les autres. Bien sûr, l a vie possède une fin, mais de là à ce que cette dernière soit aussi rapide… non ! Elle n'est pas d'accord. Elle a tenté de ne plus se lier avec quiconque, ma is elle est de nature sociable et a tendance à s'attacher trop facilement pour mieux so uffrir par la suite. intelligente de nous deux. Tu" Je suis sûre que tu vas réussir. Tu étais la plus deviendras une brillante avocate ! Je regrette tellement de choses… Notamment de ne p as être là le jour où tu te marieras. J'ai toujours été certaine que tu serais la première à franchir le cap, à avoir des enfants… Je n'en aurai pas l'occasion, car la v ie s'échappe de mon corps. Je sais que je m'éteins, je le sens. C'est pourquoi Ronan m e soutient dans ma démarche. N'oublie pas que je t'aime, ma petite fée des îles, comme je l'aime, lui… Ô, Anna, comme j'aurais voulu lui dire que c'était LUI, l'homme avec qui j'aurais pu finir mes jours… Mais me sachant victime de cette terribl e injustice, je n'en ai jamais eu le courage… Lorsque je le regarde, assis sur cette cha ise, à me veiller… Je me déteste
de ne pas avoir la force de le renvoyer chez lui. S a présence m'est chère et me fait un bien fou. Elle me permet de tenir un peu plus, même si je ne doute pas que la mort me guette. Vous êtes les deux êtres que j'aime le plus au monde… que j'aimais… c'est pourquoi je vous lègue ce que je possède. Ronan aura certainement récupéré la voiture, même s'il n'en a pas besoin… mais c'est grâce à ses recommandations que je l'ai commandée… À toi, mon Anna, je te donne ma maison, ainsi que tout ce qui s'y trouve. Ne te prive pas de vendre ce que tu n'apprécies pas (je pense à cette affreuse statue de chien dont j'ai hérité de mamie), mais s'il te plaît, con serve la maison… je sais à quel point elle compte pour toi. Je l'ai choisie sur tes conse ils, souviens-t'en… Je t'aime. Ta sœur, Astrid "
- Astrid… murmure-t-elle, les yeux rougis. Les larmes ne se sont toujours pas taries en trois mois. L'absence de sa sœur, avec qui elle passait le plus clair de son temps, est in supportable. Pourquoi a-t-il fallu que la vie soit si cruelle envers elle ? Ses parents sont décédés dix ans plus tôt dans un tragique accident de voiture, et, à présent, c'est sa sœur qui s'en va… Anna s'accroche tant bien que mal à ses amis, à ses études. Les examens approchent et elle ne doit pas baisser les bras… Pas maintenant… Jamais, aurait répondu son aînée. Elle caresse une dernière fois le papier à lettres et serre fort la clé, et les breloques qui y sont attachées, dans sa paume. L'aigle, symbolisant la première-née de la fratrie : la vigueur, le soleil, la renaissance, pouvoir de la vie et de la mort. Quelle ironie ! Et l'ours, incarnant la cadette, elle préférait le voir comme un esprit de la nature, emp li de douceur, à défaut de se baser sur les interprétations mythologiques et indiennes. C'était Astrid qui avait insisté pour les représenter toutes les deux à travers leurs ani maux totems, cela l'avait tellement emballé qu'Anna avait cédé. Aujourd'hui, il ne restait plus que les souvenirs.
Anna regarde l'horloge de la bibliothèque où elle s'est installée pour étudier : dix-neuf heures. Elle a travaillé trois heures, puis s'est r eplongée dans la lettre d'Astrid. Ses derniers mots, ses ultimes pensées couchées sur le papier… Son parfum embaume encore la feuille azur et ses larmes ont laissé que lques sillons sur l'encre noire. Anna aussi a pleuré, et les gouttes salées ont, à leur t our, créé d'autres traces. Ce n'est pas très grave, se dit la jeune femme, car, à force de la lire, Anna en connaît le contenu par cœur. Elle attrape ses affaires et se dirige vers la sor tie en envoyant un message à Ronan. Elle doit le retrouver au fast-food et lui explique qu'elle aura un peu de retard. Elle n'a pas eu le courage de le soutenir durant cette sombr e période et elle s'en veut. À vrai dire, elle était également dans un sale état… Mais elle aurait dû être là pour lui, comme sa sœur le lui avait demandé. Au lieu de ça, elle s 'est réfugiée dans ses études afin de prouver à Astrid qu'elle avait raison ; elle réussi rait. Aujourd'hui, il fallait absolument qu'elle tienne sa promesse : veiller sur lui. Une demi-heure plus tard, elle parvient au point d e rendez-vous, presque à l'heure. Il est là, installé à table, en train de tourner l a cuillère dans son café, qu'il boira froid, comme toujours. Ses cheveux bruns ne sont pas coiff és et son dos est légèrement voûté. Pourtant, Anna se remémore très bien le bel homme qu'il était. Grand, musclé,
les yeux clairs et charmeurs. Ronan possède tout ce qu'il faut pour être " le tombeur de ces dames ". Elle souffle abondamment, et approche enfin, posan t ses sacs sur la chaise libre et tirant l'autre pour s'y asseoir. - Salut, ma Nana, dit-il en l'apercevant. - Salut, Ronan ! Comment vas-tu ? Il hausse les épaules et soupire. Il a du mal à la regarder, car il revoit en elle les traits de son amour perdu. Ses cheveux ébène, ses iris noi rs et bridés, sa peau parfaite… Elles se ressemblent tellement ! - Je suis désolé, Ro, si c'est trop dur, on peut r eporter… s'excuse la jeune femme, en prenant ses affaires. La main sur son poignet, Ronan l'empêche de partir. Il lève ses yeux brillants vers elle, mais finalement, il lui sourit. - Non, reste, ça n'a que trop duré… - Oui… Ils commandent de quoi manger et commencent à disc uter de la pluie et du beau temps. Lorsqu'il aborde un sujet de politique, Anna explose de rire. - Va-t-on se parler longtemps comme ça ? Sincèreme nt, Ro ! On dirait qu'on a commis une faute irréparable… On n'a pas couché ensemble q ue je sache ? Il rit à son tour. Il a tellement aimé Astrid que revoir sa sœur est plus difficile qu'il ne croyait. Ses cernes sont creusés et son amie se ren d bien compte qu'il tremble légèrement. Elle s'inquiète pour lui. - Est-ce que ça va, toi, en ce moment ? Le travail ? Tu sors un peu ? - Le boulot fonctionne bien, j'ai de la chance d'a voir une équipe compréhensive… Il soupire, les larmes aux yeux. Ses mains frémiss ent, faisant tressauter la cuillère dans la tasse. - Ronan… Tu as envie d'en discuter ? - Je l'ai embrassée… Anna, surprise, se demande de qui il parle. S'en v eut-il d'apprécier une femme alors qu'Astrid vient de mourir ? - Qui ? - Ta sœur… Il tourne le regard vers Anna et lève le doigt afi n qu'elle ne le coupe pas dans son monologue. Il a besoin de vider son sac, et ça, sa meilleure amie peut le comprendre. Est-ce qu'il la considère encore comme telle ? - Lorsqu'elle se trouvait à l'hôpital, je passais la voir tous les soirs… Je n'arrivais pas à me dire que bientôt elle ne serait plus ici, mais j e désirais profiter de sa présence au maximum. Je l'ai toujours aimée, tu sais ? Elle a t oujours été là pour moi… m'a soutenu dans les moments les plus difficiles. Sans elle, je ne serais pas là où j'en suis. Lorsqu'il se tait quelques instants, Anna ressent toute la tristesse de son ami. Elle sait à quel point sa sœur et lui se sont chéris… Mais As trid a longtemps minimisé sa santé, pour finir par en payer le prix fort. Le travail av ant tout ! prônait-elle très souvent. De quoi a-t-elle pu profiter réellement ? Elle commenç ait seulement à construire sa vie, à se dire qu'elle allait fonder un foyer, quand le di agnostic médical a été posé. - Ça aurait pu marcher entre nous, sans cette sata née maladie ! continue Ronan, la voix brisée. Combien de fois m'a-t-elle rejeté à ca use de cela ? Je ne les compte même plus. Mais ce soir-là, alors qu'elle pleurait contre moi, je l'ai embrassée. Ça a été le baiser le plus passionné que j'aie vécu… le plus beau également. Rien ne remplacera ce moment dans mon cœur, Anna, tu compre nds ?