Cœur fondant

Cœur fondant

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504 pages

Description

Ce chocolatier va vous faire craquer...

Après dix ans passés à sauver les – délicieuses – fesses de son patron tout en réprimant son attirance pour lui, Natasha jette l’éponge. Elle quitte la chocolaterie pour préserver sa santé mentale... et son cœur.

Rien ne va plus dans la vie de Damon. Pour retrouver son mojo, il doit la faire revenir, et vite. Mais lorsqu’il s’invite chez elle, tout bascule. Éperdument amoureux de Natasha, il souhaite tourner la page de son passé de play-boy, mais à présent que les rôles sont inversés, elle va se faire désirer...

« Une formidable histoire d’amour pleine de situations cocasses et de dialogues spirituels. Un roman qui fait chaud au cœur. » Booklist


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Date de parution 13 février 2013
Nombre de visites sur la page 172
EAN13 9782820508812
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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couverture

Lisa Plumley
Cœur fondant
 
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Florence Cogne
Milady Romance

 

À Peter Senftleben, pour son enthousiasme, ses encouragements et ses corrections pertinentes !

Et à John Plumley, que j’aime de toute mon âme pour toujours.

Chapitre premier

Septembre 2002

La Jolla, Californie

Damon Torrance attachait de l’importance à de nombreuses choses : surfer la vague parfaite, posséder une intégrité irréprochable et déguster les meilleurs tacos de poisson grillé.

Il aimait tisser des liens, obtenir des résultats, et préparer à coup sûr de délicieuses margaritas, dont le secret résidait dans la tequila à base d’agave bleu. Il était persuadé qu’en toutes circonstances, la nudité était préférable à n’importe quelle tenue, même la plus luxueuse.

Il pensait que les règles étaient faites pour être transgressées, et que celui qui avait décrété que la vertu était sa propre récompense n’avait certainement pas fourni les efforts nécessaires pour s’écarter du droit chemin. Selon Damon, cet individu n’aurait pas dû prendre une telle décision à la hâte. Et encore moins l’énoncer en public. Parce que cet imbécile avait causé du tort à tous ceux qui souhaitaient juste s’amuser.

Au fond, Damon croyait surtout que la vie était trop courte pour ne pas la consacrer pleinement au plaisir. Rien de plus simple.

Ainsi, lorsqu’il se retrouva une semaine en compagnie d’une journaliste séduisante, compétente, charmeuse et très ouverte – qui lui avait fait comprendre avec une franchise presque brusque et terriblement sexy qu’elle était célibataire –, venue rédiger son portrait et celui de l’entreprise familiale, les Chocolats Torrance, pour la rubrique « Rencontre avec… » du magazine Oceanside Living, Damon opta pour la seule solution raisonnable.

Il se laissa tenter. À même son bureau, face à la vue sur la surface scintillante de l’océan Pacifique. Pile entre son agrafeuse et son téléphone, avec son grand calendrier neuf en guise de coussin pour Kimberly, la journaliste, qui n’avait pas pris la peine de repérer un meilleur endroit avant de sourire, de laisser tomber son bloc-notes et de lui sauter dessus.

Il aurait été malpoli de refuser ses avances, en conclut Damon. Alors, aguicheur, les lèvres entrouvertes, il répondit à son baiser, comme pour lui souhaiter la bienvenue… et avant même qu’il s’en rende compte, leur « rencontre » devint plus intime. La chaleur de Kimberly contrastait fortement avec la vivifiante brise du large qui entrait dans la pièce. Le parfum fleuri et épicé de la jeune femme venait se mêler aux effluves sucrés de la chocolaterie au rez-de-chaussée. Il sentit son souffle haletant sur lui. La veste de la journaliste, qui lui conférait une allure professionnelle, glissa au sol, tout comme la chemise de Damon, signalant qu’il était censé travailler. Ils s’embrassèrent encore, avec plus d’intensité.

Soudain, une sonnerie discordante les fit sursauter.

Kimberly rompit leur baiser et fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que c’était ?

— On s’en fiche !

À cet instant précis, le son se répéta et Damon jeta un coup d’œil de côté.

— Oh ! C’est le BlackBerry de mon père.

Lorsqu’il remarqua l’expression déconcertée de Kimberly, il désigna l’appareil d’un signe de tête.

— Ça sert à recevoir des e-mails et des alertes de rendez-vous pendant les déplacements. Je l’ai offert à mon père pour son anniversaire, mais contrairement à ce que j’avais espéré, il ne s’est pas mis à la technologie. D’où la présence de ce téléphone ici alors qu’il devrait l’avoir sur lui, précisa-t-il avec un sourire à la jeune femme. Je crois qu’il a peur de faire tomber ce « gadget coûteux » dans une cuve remplie de ganache au chocolat mi-amer, ajouta-t-il sur le ton de la confidence.

L’explication était plutôt plausible. Jimmy Torrance consacrait la plupart de son temps et toute sa créativité à l’entreprise familiale, ce qui lui avait permis, en trente ans, de transformer la minuscule confiserie en bord de mer en l’une des boutiques les plus en vogue de San Diego. C’était ainsi qu’il avait acquis ce bureau qu’il partageait désormais avec Damon.

— Oh ! Vous avez fait un cadeau à votre père pour son anniversaire ? C’est vraiment adorable ! minauda Kimberly en promenant ses doigts sur son torse nu.

— Ce n’est pas inhabituel, à vrai dire. Il est tout de même mon père. Tous les ans, j’offre aussi un cadeau à ma mère.

Kimberly secoua la tête, excessivement impressionnée par sa dévotion filiale.

— J’étais certaine que vous étiez plus qu’un brillant entrepreneur au charme viril. (Elle continua à le caresser.) Vous êtes également un type bien ! Je dois vous avouer que lorsqu’on m’a chargée de rédiger le portrait du responsable du développement Web de la société, je m’attendais à rencontrer quelqu’un de beaucoup plus… (Elle s’interrompit, puis l’examina attentivement et haussa les épaules.) … geek, en fait.

Damon sourit.

— Ne vous fiez pas aux apparences. À tout moment, je peux aborder la question de la visualisation page par page, du protocole de transfert hypertexte ou du choix d’un modèle de compression.

— J’ai une meilleure idée, répondit Kimberly.

Elle fit descendre ses mains plus bas, lui empoigna les fesses et l’attira plus près d’elle.

— Tais-toi, ajouta-t-elle.

— À vos ordres, madame.

Avec plaisir, Damon entreprit d’employer sa bouche à des distractions plus agréables que celle de parler, mais le BlackBerry sonna de nouveau. Damon se souvint alors de quelque chose, qui aurait dû lui traverser l’esprit plus tôt.

Au même moment, il discerna une voix familière en provenance du couloir.

— Damon ? Eh bien, on pourrait le décrire comme étant un génie, expliquait son père avec fierté. Sa promotion officielle a tardé à venir. Il l’a d’abord refusée, mais…

Damon ne distingua pas le reste des propos de Jimmy. Il était bien trop occupé à apprécier la manière coquine dont Kimberly lui mordillait l’oreille, et à essayer de se remémorer ce que son père avait dit.

Damon songeait seulement à ce qu’il avait entendu un million de fois par jour depuis qu’il avait déjoué la surveillance de sa baby-sitter pour partir à l’aventure : « Il faut que tu arrêtes de te disperser, Damon. Concentre-toi ! Et pour une fois, essaie de bien te tenir ! D’accord ? »

Mais ces demandes étaient vaines, et tous les deux le savaient pertinemment. Qui son père croyait-il avoir élevé pendant toutes ces années ? Un membre des Backstreet Boys ? Une nouvelle idole Disney pour préados ?

Sûrement pas. Se comporter correctement n’avait rien d’amusant. Damon en était persuadé. Rester concentré n’apportait aucune gloire non plus. Tout ce qui comptait, c’était l’avenir… et peut-être découvrir si les taches de rousseur de Kimberly serpentaient jusqu’à son décolleté. Poussé par la curiosité, il commença à déboutonner le chemisier de la jeune femme.

À l’extérieur, les voix s’amplifièrent. Son père et la personne qui l’accompagnait se rapprochaient. Ils se dirigeaient sûrement vers le bureau. Damon poussa un juron.

Au prix d’un effort colossal, il s’arracha des bras de Kimberly, puis jeta un coup d’œil furtif à son calendrier de bureau. Ce dernier, froissé, avait glissé assez loin sur le côté. Pourtant, Damon distingua des mots griffonnés dans la case correspondant à la date du jour.

Là, tout près de la ravissante cuisse dénudée de Kimberly, il lut : « Assistante administrative, 9 h 30 ».

Après avoir déchiffré les gribouillis de son père, Damon cilla de surprise.

— On peut vraiment écrire sur ces trucs-là ?

Kimberly éclata de rire.

— C’est le but, idiot !

— Ah, je croyais qu’ils servaient à décorer. À ma décharge, je ne passe pas beaucoup de temps au bureau.

Momentanément distrait une nouvelle fois, Damon baissa les yeux sur le décolleté qu’il avait dévoilé. Son regard s’attarda sur la fente très prononcée de la minijupe digne d’Ally McBeal, une tendance qu’il adorait, puis, du bout des doigts, il frôla le genou de la journaliste.

— En tout cas, il a fait une bonne plate-forme d’atterrissage, comme tu l’as si intelligemment découvert pour nous deux.

— Tout le plaisir était pour moi. Crois-moi.

Elle lui adressa une autre œillade sensuelle. Visiblement, c’était sa spécialité.

— Bien… Où en étions-nous ? reprit-elle.

— Ici… à peu près, répliqua Damon en lui pressant la cuisse.

Ils partagèrent un nouveau baiser, même s’il percevait les pas qui se rapprochaient. Mais à cet instant, peu lui importait. Seule la jouissance comptait.

— … et voici l’endroit où vous passerez la plupart de votre temps, expliqua Jimmy Torrance en ouvrant la porte. J’ai bien peur que vous soyez souvent retenue à l’intérieur, mais la vue est magnifique.

— Ah oui, en effet ! renchérit l’invitée de son père, admirative, en le précédant dans le bureau. J’adore l’océan !

Elle marqua une pause puis, d’une voix moqueuse, demanda :

— Le type qui fornique comme un lapin sur le bureau, il sera présent tous les jours, ou s’agit-il d’un événement isolé ?

 

Natasha Jennings n’obtint jamais la réponse à sa question. Prétendre qu’elle n’en était pas déçue aurait été un mensonge.

Pourtant, au cours des quelques minutes qu’il fallut à Jimmy Torrance pour traverser la pièce à la hâte, couper la sonnerie de son BlackBerry sur l’autre poste vacant puis discuter avec le Casanova de bureau et sa partenaire à moitié nue, Natasha eut l’occasion d’apprendre plusieurs faits intéressants au sujet de son nouveau lieu de travail.

D’abord, elle comprit que soit le lundi était consacré aux parties de jambes en l’air, soit les mœurs au sein des Chocolats Torrance étaient bien plus libres qu’elle l’avait prévu. Ensuite, elle en déduisit que la société était plus animée et bien plus charmante qu’elle ne l’avait envisagé lors de son premier entretien d’embauche, puisqu’elle occupait les deux étages d’un ancien magasin de surf de La Jolla. Enfin, elle sut que même si l’intitulé de son poste était « assistante administrative », ils auraient tout aussi bien fait d’indiquer « faiseuse de miracles » sur ses cartes de visite.

Jusqu’à présent, Natasha s’était contentée de visiter la boutique et la cuisine dédiée à la fabrication des chocolats au rez-de-chaussée, ainsi que plusieurs bureaux de fortune en haut, mais déjà, elle se rendait compte que les Chocolats Torrance avaient besoin d’aide. Effectivement, ils débordaient de volonté, de dynamisme et d’idées. Mais, de toute évidence, ils étaient dépassés par leur évolution de petit commerce familial à une entreprise en plein essor. Pour l’instant, ils manquaient de personnel, d’espace et d’objectifs. Pour gérer ces aspects, ils avaient justement besoin d’elle.

Peut-être Jimmy Torrance et ses employés l’ignoraient-ils encore, mais ils n’avaient jamais pris de décision plus judicieuse que celle de choisir Natasha parmi les dizaines de candidates – curieusement toutes habillées de manière provocante – qu’elle avait vues lors des entretiens ouverts du mois précédent.

D’ailleurs, se rappela-t-elle, la plupart des prétendantes au poste ressemblaient beaucoup à la femme qu’elle venait de surprendre en pleine… réunion : maquillée, parfumée, court vêtue. Elles portaient toutes des talons vertigineux et les cheveux ultralisses, comme le dictait la mode. De façon inexplicable, elles s’étaient révélées incapables de prononcer le nom de leur éventuel futur patron, Damon Torrance, sans glousser ni s’échanger des regards de gamines ravies.

Somme toute, elle avait eu l’impression de passer des entretiens pour un emploi de groupie en chef d’un groupe de rock. Et donc, avec le recul, Natasha se demandait pourquoi Jimmy Torrance l’avait sélectionnée, elle. Car si elle n’était pas dénuée de vanité et avait elle aussi les cheveux lisses, les lèvres glossées et des talons hauts, une chose était sûre : elle ne possédait pas l’aura nécessaire pour attirer l’attention d’une rock star… ou de son équivalent au sein du monde de l’entreprise.

Enfin, cela ne préoccupait pas trop Natasha. Elle n’avait pas besoin qu’on lui assure sans cesse qu’elle était séduisante. Surtout pas en ce moment, et encore moins dans un contexte professionnel.

Dans la mesure où ses parents avaient parfois dû cumuler plusieurs emplois afin de joindre les deux bouts, elle connaissait la valeur du travail. Elle avait terminé le lycée, intégré un centre universitaire de premier cycle, puis l’Université de Californie à San Diego, tout en travaillant à plein-temps pour payer ses frais de scolarité.

Elle avait désormais l’occasion de faire démarrer sa carrière, et elle souhaitait réussir. Il fallait en convenir, elle commençait en bas de l’échelle, mais elle avait à peine vingt-quatre ans. Elle était là. Elle était entrée dans une société en pleine expansion. Et, contrairement à ses concurrentes, pour atteindre son but, elle n’avait pas eu à dégainer une « tenue de bureau » sexy évoquant un mannequin en chaleur échappée de chez Victoria’s Secret.

À propos de chaleur…

Natasha accorda un second regard au Don Juan. Il n’avait sûrement qu’un an ou deux de plus qu’elle, mais avait déjà rendu son premier jour chez les Chocolats Torrance mémorable. Elle se demanda s’il faisait la tournée de tous les bureaux et de tous les postes, ou s’il n’avait choisi celui-là que pour sa vue spectaculaire, que, rétrospectivement, il avait sublimée avec son torse nu et musclé, ses cheveux bruns et l’intensité qu’il dégageait lorsqu’il était en pleine action.

Dans les deux cas, selon Natasha, cet incident ne constituait pas une première pour lui. Elle ignorait qui il était, mais il possédait un charisme particulier et exerçait une attirance sur les autres. Cet examen plus minutieux confirma l’impression initiale de Natasha : cet homme obtenait tout facilement, que ce soit les femmes, le plaisir ou la réussite.

En parlant de réussite…

Où se trouvait son nouveau patron, le prodige ultra-impressionnant ? Jimmy Torrance ne serait pas son supérieur direct, se souvint Natasha tandis qu’elle observait M. Bureau qui, dans un élan de galanterie, protégeait sa conquête de leur vue le temps qu’elle se rhabille. Elle travaillerait pour le fils de Jimmy, l’affriolant Damon Torrance, qui, curieusement, n’avait pas participé au processus de recrutement.

« Il est très accommodant à ce sujet. Mon choix lui conviendra », lui avait expliqué Jimmy avec un signe de la main nonchalant.

Elle espérait que Jimmy avait raison. Alors qu’elle regardait la jeune femme désormais vêtue ramasser un bloc-notes, un stylo et plusieurs numéros du magazine Oceanside Living sur le buffet bas, Natasha espéra également que la personne qui occupait ce bureau ne tenait pas trop à son calendrier, car même si M. Bureau avait tenté précipitamment de le défroisser, il paraissait hors d’usage. La seule manière de déchiffrer des informations utiles sur ce papier serait de lire et interpréter les empreintes de fesses. Tout le monde savait qu’à l’ère d’Internet, le décodage à partir des traces de postérieur était en voie de disparition.

Enfin, la femme quitta la pièce, refermant la porte derrière elle. Le silence s’installa dans le bureau, avec le léger bruit des vagues en toile de fond.

Jimmy se racla la gorge. Le mystérieux inconnu resta muet, ce qui laissa à Natasha tout le loisir de remarquer qu’en plus de la galanterie incontestable qu’il avait témoignée envers sa maîtresse, il avait également tenté de se ressaisir en rajustant sa chemise. Mais ses efforts se révélaient en grande partie infructueux. Il l’avait boutonnée de travers et paraissait encore… distrait, pensant certainement à la partie de jambes en l’air torride qu’il venait de manquer. Ses cheveux bruns ondulés, qui encadraient joliment son superbe visage doté d’un nez busqué et d’une barbe de trois jours, semblaient en bataille. Natasha se le représentait très bien à se prélasser langoureusement dans un lit, ce qui détonnait avec son apparence d’employé de bureau.

De toute évidence, il avait raté un épisode et ignorait que désormais, tous les types cool se mettaient des tonnes de gel dans les cheveux. Même Paul, son mari, un inconditionnel de la chemise à carreaux grunge lorsqu’elle l’avait rencontré, semblait à présent tout droit sorti d’un boys band. Mais cela aurait pu être pire. Il aurait pu craquer pour les survêtements en velours ou encore les chemises criardes que portaient les joueurs de poker.

Natasha en avait ras le bol du poker. Elle se serait parfaitement accommodée de ne plus jamais voir de tapis vert ni de joueurs de cartes cachés derrière des lunettes de soleil, à la télévision, au cinéma ou lors d’une fête. À vrai dire, elle se demandait pourquoi le poker était aussi populaire. Elle comprenait le succès d’American Idol. La gagnante de la compétition, Kelly Clarkson, possédait un talent indéniable et avait mérité sa victoire. Au rythme où évoluait la pop culture, même la fusion de J.Lo et de Ben Affleck en « Bennifer » était plus facile à tolérer. En réalité, Natasha les soutenait plus ou moins, ces deux-là. Au fond, elle était une incorrigible romantique. Elle désirait voir le véritable amour triompher de tout. Alors quand on y pensait vraiment…

Soudain, elle remarqua que M. Bureau la dévisageait. Aucun doute : il venait de la surprendre à rêvasser sur son lieu de travail. Heureusement qu’il n’était pas son patron, se dit-elle en levant le menton en signe de défi, parce qu’elle ne voulait pas d’un supérieur capable de lire en elle avec une telle aisance. Et encore moins de quelqu’un qui semblait si… fascinant alors qu’il se livrait à ce déchiffrage.

Il était parvenu à séduire une femme sur un bureau. De bon matin. Avec des inconnus qui se baladaient dans les couloirs à côté. Et ce n’était pas étonnant. Le jeune homme dégageait un incroyable sex-appeal et un pouvoir d’attraction qui aurait fait fondre les cœurs les plus endurcis. Ou s’écarter les jambes les plus fermement croisées. Non pas qu’elle souhaitait ouvrir les siennes en particulier, mais…

De façon très nette, Natasha s’imagina sur ce bureau, froissant le calendrier de ses fesses dénudées alors que M. Bureau lui déboutonnait sa chemise avant de l’embrasser dans le cou tandis qu’elle s’arc-boutait et écartait les cuisses en l’attirant toujours plus vers elle…

Trop tard, comprit-elle.

— Vous devez être Damon Torrance.

Chapitre 2

Une lueur malicieuse éclaira les yeux noisette de Damon.

— Je plaide coupable. Et vous, vous êtes ma nouvelle assistante, ajouta-t-il en lui tendant la main. Excusez-moi pour… tout à l’heure. C’était entièrement ma faute. J’ai parfois tendance à m’enflammer.

Il lui adressa un sourire impénitent, ouvertement décidé à entacher ce même bureau dix minutes plus tard si l’occasion se présentait. Il passerait sans doute à l’acte. L’air contrit, il porta sa main libre à son cœur.

— Je vous promets de m’assagir tant que vous serez ici.

À l’écouter, elle avait l’impression d’être embauchée de manière temporaire.

— Tant que je serai ici ?

— Celles qui vous ont précédée ne sont pas restées longtemps, avoua-t-il, confus.

— Ah…

Natasha s’interrogea à ce sujet tandis qu’elle lui serrait la main. Une incontestable secousse la parcourut, réelle et électrique. Elle sentit ses genoux se dérober sous elle. Poussée par l’envie, elle le regarda fixement. Lorsqu’il se concentrait sur vous, Damon Torrance semblait différent. Ses yeux, son visage, ses épaules, sa bouche… et même ses dents blanches bien alignées revêtaient un intérêt ridiculement particulier.

— Pour quelle raison ? demanda-t-elle, s’efforçant de ne pas guider la main du jeune homme vers son sein.

Bon sang, venait-elle vraiment d’avoir une telle pensée ? Que lui arrivait-il ? Elle se hâta de prendre un air à la fois détaché et curieux.

— Le travail est-il compliqué ?

— Pas vraiment, répliqua Damon en haussant les épaules. Je ne crois pas.

Elle ne pouvait pas s’empêcher de le dévisager, bouche bée. À contrecœur, elle lui lâcha la main. Les vagues étourdissantes de son sex-appeal s’écrasaient sur le rivage de sa détermination à ne pas se laisser séduire, avant de déferler de nouveau. Heureusement, elle s’était armée d’un tailleur classique et avait relevé ses cheveux en une queue-de-cheval stricte, sans oublier son habitude d’atténuer son côté plus… artistique dans un contexte professionnel.

Enfin, techniquement, elle s’était désormais accoutumée à modérer cette facette de sa personnalité en toutes circonstances, surtout pour laisser s’épanouir la créativité de Paul qui, contrairement à elle, en avait besoin pour gagner sa vie. Elle se félicitait tout de même d’avoir joué la prudence pour son premier jour au sein de la société.

— En vérité, toutes mes assistantes partent parce que je couche avec elles, expliqua Damon, visiblement peu gêné par cet aveu. Parfois, elles tombent amoureuses de moi. D’autres fois, c’est l’inverse. Cela ne dure jamais. Je suis plutôt inconstant.

Il lui décocha un nouveau sourire, pensif cette fois, et agrémenté d’une petite dose de séduction.

— Mais avec vous, Natasha, le problème ne se posera pas, reprit-il. N’est-ce pas, papa ? ajouta-t-il en se tournant vers Jimmy.

Ce dernier fronça les sourcils.

— J’espère que non, fiston. (Il lança un regard amusé à Natasha.) Il a raison. Il est effectivement volage. Cet épisode avec la journaliste vient couronner une longue série de…

— Arrête. J’ai déjà expliqué ce point. Je suis le seul responsable. (Damon leva la main, détournant avec bonne humeur la conversation.) Bref, je n’aurai pas ce genre de soucis avec Natasha.

— Ah bon ?

Paradoxalement, elle se sentit blessée. Et aussi, bêtement charmée par sa façon de prononcer son prénom. Natasha. Nataaasha. Elle aurait pu l’écouter le répéter toute la journée. Toute la nuit. Inlassablement, jusqu’à… Elle se ressaisit juste à temps, puis secoua la tête.

— Non, annonça-t-elle de son ton le plus ferme et définitif, je vous le confirme. (Elle marqua une pause.) Et vous n’aurez pas envie de coucher avec moi parce que… ?

— Parce que vous êtes mariée ! s’exclama-t-il, apparemment surpris de devoir se justifier. Un homme doit avoir des principes. Les miens sont les suivants : les Pop-Tarts à la fraise, le kung-fu et pas d’aventures avec des femmes mariées.

L’expression sans aucun doute ahurie de Natasha le fit éclater de rire.

— Et encore moins avec celles qui sont heureuses en ménage comme vous, si j’en crois cet énorme suçon sur votre cou, précisa-t-il.

Il se pencha plus près d’elle et la gratifia d’un clin d’œil joyeux avant de lui murmurer sur le ton de la confidence :

— Le maquillage ne parvient jamais à les camoufler. Surtout sur les blondes comme vous.

Il désigna les cheveux mi-longs de la jeune femme, puis examina le reste de sa personne d’un rapide regard viril et admiratif qui la galvanisa. Natasha eut la nette impression qu’il avait lu en elle comme dans un livre ouvert… et que ce qu’il avait vu lui avait plu sans réserve. Damon reposa brusquement les yeux sur son suçon.

— Gardez la tête haute et n’y pensez plus. C’est tout ce qu’il vous reste à faire.

Il semblait partager son expérience en la matière. Effarée, elle porta la main à son cou. Elle avait oublié son suçon, et, l’espace d’une seconde, elle avait également oublié son mari. Mais dès que Damon l’avait évoqué, son statut lui était revenu à l’esprit, ainsi que sa capacité à employer son intelligence à autre chose que se pâmer devant son nouveau patron.

Bien évidemment, elle ne souhaitait pas que ce dernier ait envie de coucher avec elle. Elle aussi était une femme de principes ! Et s’ils n’impliquaient ni des gâteaux trop sucrés ni un art martial, éviter l’infidélité en était un, en revanche.

Quoi qu’il arrive.

— Attends un peu. Je ne t’ai pas dit que Natasha était mariée. (Avec une attendrissante courtoisie vieux jeu, Jimmy détourna le regard de son suçon révélateur.) Je ne t’ai même pas fourni son dossier personnel. Non pas que tu l’aurais lu, d’ailleurs.

— Tu n’as pas eu à m’informer. Je l’ai deviné. Vous venez de vous marier, pas vrai ? demanda Damon en la sondant du regard. Vous revenez tout juste de votre lune de miel ? Je crois que vous êtes allée… au soleil. Acapulco ? Non, attendez. (Il claqua des doigts.) Cancún, sur la côte.

Cette fois, Natasha eut conscience qu’elle l’observait avec un air ahuri.

— Je n’ai même pas encore défait mes valises. Comment avez-vous… ?

— Votre alliance. Et votre mine. Vous êtes resplendissante.

Cette réplique lui arracha un grand sourire. Elle était probablement radieuse. Grâce à Paul, se rappela-t-elle. Grâce à son mari.

— Mon mari est un artiste. Il peint, se sentit-elle obligée de répondre. Il est très talentueux. Le Mexique l’a tout particulièrement inspiré.

— Hum…

De toute évidence, Damon était trop absorbé par son jeu de questions-réponses pour réfléchir longuement à des détails tels qu’un époux ou son exceptionnelle inspiration artistique.

— Vos marques de bronzage vous ont complètement trahie, précisa-t-il en désignant l’encolure de son tailleur. Et si vous n’étiez pas habillée de façon aussi guindée, cela serait encore plus limpide.

Son allure « guindée » était une bonne chose. Sinon, la vision radioscopique de Damon aurait laissé à Natasha la sensation d’être bien plus exposée qu’elle ne l’était en réalité – aussi exposée que dans le minuscule Bikini de son voyage de noces, dont elle avait gardé la marque. Natasha croisa les bras.

— D’ailleurs, papa, tu n’as pas eu besoin de me donner le dossier de Natasha, poursuivit Damon avec la légèreté qui semblait le caractériser, puisque Britney, des ressources humaines, brûlait d’envie de me rendre service.

— Cela ne m’étonne pas, grimaça Jimmy avant de pointer un doigt accusateur sur son fils. C’est précisément pour cette raison que je me suis chargé du recrutement de ta nouvelle assistante !

— Exact. Et ton insistance à t’en occuper m’a poussé à accepter. (Damon lança un coup d’œil plaintif à son père, mais ce dernier ne parut pas le remarquer.) Je veux que tu sois fier de moi, papa.

— Rien de plus simple. Ne couche pas avec celle-ci ! Tu as compris ?

— Oui. (Malgré tout, Damon avait l’air blessé.) Je ne récolte aucun mérite pour avoir procédé à un examen approfondi, pour une fois ? J’ai lu son dossier d’employée ! Barbant ! (Il regarda par la fenêtre, comme s’il avait envie de rejoindre les surfeurs qui attendaient leur tour pour prendre la vague.) Je n’en ai pas fait autant quand les quatre autres assistantes sont arrivées.

— Quatre ? lâcha Natasha. Vous avez couché avec les quatre ?

Son nouveau patron était un coureur. Ce poste se révélerait délicat. Il allait la submerger. De travail ! rectifia-t-elle intérieurement.

Damon eut la politesse d’afficher une mine embarrassée.

— À une exception près, ce n’est pas moi qui ai commencé, je le jure, lui assura-t-il avec un regard d’excuse. Étais-je censé refuser leurs avances ? Cela les aurait vexées.

— Je vois, ricana-t-elle. Les femmes se jettent toutes à votre cou.

Imperturbables, Damon et Jimmy la contemplèrent et hochèrent la tête d’un même mouvement.

— Oui, c’est bien résumé, expliqua Damon en frottant sa barbe naissante.

— C’est ainsi depuis son adolescence, renchérit son père avec un soupir blasé. C’est incroyable. Mais lorsque vous vous êtes présentée à l’entretien, Natasha, et m’avez confié que vous étiez sur le point de vous marier, j’ai compris…

— Que vous teniez votre kryptonite, compléta-t-elle. Moi.

Tout était inscrit dans la philosophie de vie de Damon Torrance : les Pop-Tarts, le kung-fu, et ne pas toucher aux femmes mariées. À la fois soulagée et incrédule, Natasha fronça les sourcils.

— Mes qualifications pour ce poste s’étendent bien au-delà de mon statut de femme mariée, argumenta-t-elle. Je suis brillante, compétente, passionnée…

— Je vous écoute, dit Damon avec intérêt.

— Et je ne me laisserai pas embobiner. C’est clair ?

Les deux hommes écarquillèrent les yeux. À croire qu’ils n’avaient jamais entendu une pétillante Californienne blonde aux yeux bleus s’exprimer avec franchise auparavant. Jimmy fut le premier à se ressaisir. Il acquiesça sobrement.

— D’après mes recherches… (Natasha en avait fait de nombreuses, en digne ex-étudiante de l’Université de San Diego.) … vous serez bientôt leader sur le marché, Damon. Et je compte bien vous accompagner au sommet. Si ce n’est pas ce que vous souhaitez, dites-le-moi tout de suite, car je n’ai pas de temps à perdre. J’ai travaillé dur pour mettre un pied dans une bonne entreprise. Maintenant que je suis ici, j’ai l’intention d’en profiter pleinement.

Consciente d’avoir peut-être revu ses ambitions à la baisse et accepté un poste d’assistante pour soutenir son mari, Natasha ne concevait pourtant pas d’y renoncer totalement.

Elle eut la satisfaction de constater qu’à présent, c’était Damon qui la dévisageait.

D’un geste solennel, il prit sa main dans la sienne.

— Vous n’êtes pas de la kryptonite. Vous êtes incroyable. Vous êtes comme… (Visiblement à court de mots, il poussa un juron.) Vous êtes comme une super pom-pom girl première de la classe. Comme une fille modèle qui parle à toute allure, mais qui vient de poser pour la page centrale du magazine Playboy, comme l’expert-comptable la plus stricte et la plus sexy du monde devenue mannequin.

Manifestement sur le point de lui trouver d’autres comparaisons improbables, il s’arrêta, puis sourit.

— Vous êtes unique, voilà ce que j’essaie de vous dire. J’ai vraiment les mêmes aspirations que vous. En fait, je crois que je viens de tomber amoureux de vous.

L’espace d’un instant, ces propos envoûtèrent Natasha. L’intense regard brun de Damon la tentait. Son sourire insouciant l’attirait. Même son corps viril, musclé et élancé alors qu’il se tenait devant elle, semblait comme aimanté pour qu’elle s’en rapproche.

Elle se demanda, de façon folle et stupide, ce qu’elle éprouverait si un homme tel que Damon Torrance lui vouait un amour sincère. Puis elle se força à revenir à la réalité et à la raison.

— Ne vous avisez pas de me le redire.

Elle s’éloigna de lui, ce qui exigea bien plus d’efforts qu’elle l’aurait voulu ou qu’elle souhaitait l’admettre. Cette… attirance qu’elle ressentait pour lui, il fallait l’écraser, purement et simplement. Elle était insensée, imprudente et juste… répréhensible. Elle aimait Paul. Sincèrement.

— Ne me dites pas que vous m’aimez. Ne flirtez pas avec moi. Ne me tenez pas au courant de vos conquêtes sexuelles et n’attendez pas que je vous tire d’affaire. Je suis votre assistante, pas votre nounou. Si vous gardez cela à l’esprit, tout ira bien.

— Vous êtes mon assistante, pas ma nounou, répéta Damon.

Pourtant, alors même qu’il ânonnait scrupuleusement ces mots, il continuait à lui sourire. Comme si elle était un rayon de soleil qui le réchauffait, un adorable chiot qui lui remontait le moral, une assiette remplie de Pop-Tarts… Zut, elle ignorait ce que lui apportaient ces biscuits, mais il avait fondé toute une idéologie sur eux.

Un jour, elle devrait l’interroger à ce sujet.

— Tout à fait. Et si vous ne vous en souvenez pas, si vous essayez de profiter de moi, je n’hésiterai pas à emporter mes talents ailleurs. Compris ? Marché conclu ? demanda-t-elle en lui tendant la main.

Damon la dévisagea avec curiosité.

— Prenez-vous toujours la peine de mettre autant de limites pour tout ce que vous faites ?

— D’habitude, elles sont nécessaires.

À son grand soulagement, Damon ne voulut pas savoir pourquoi, mais il afficha un air contrit.

— Pourquoi ai-je soudain l’impression que c’est vous qui m’engagez ?

Derrière l’autre bureau, Jimmy éclata de rire.

— Tu ferais mieux d’accepter ses conditions, fiston. Si tu tentes de gagner du temps, elle va te persuader de lui donner une augmentation de dix pour cent.

— Bonne idée, acquiesça Natasha. Mais maintenant que j’ai évalué la difficulté du poste, j’estime plutôt mériter quinze pour cent de plus.

— Accordé, rétorqua Jimmy. J’en aurai pour mon argent, juste pour le plaisir de voir comment ça finira. Enfin, le temps que ça durera.

Natasha ne pouvait pas se permettre de laisser ce scepticisme l’atteindre. À présent qu’ils avaient autant besoin d’elle qu’elle d’eux, elle disposait d’un peu de poids. C’était inhabituel, mais pas désagréable. Malgré sa nouveauté, elle appréciait cette sensation.

Dire que Paul avait déclaré qu’elle ne serait pas douée pour les affaires…

Damon lui adressa un regard franc.

— Vous êtes sérieuse ? s’enquit-il doucement. Pensez-vous vraiment savoir vous y prendre avec moi ?

À ce moment-là, plusieurs manières intéressantes de s’y prendre avec lui vinrent à l’esprit de Natasha. Mais comme elle s’efforçait de se concentrer sur le respect de ses vœux de mariage et que Damon paraissait inquiet, plein d’espoir et sincère comme un petit garçon, elle tourna ses pensées dans une direction moins grivoise, puis hocha la tête.

— Je crois qu’ensemble, nous pouvons conquérir le monde.

Sur ce, Damon lui serra la main. Natasha sentit une autre secousse la parcourir tout entière. Tandis qu’elle scellait ce marché téméraire avec son nouveau patron, elle espérait de toutes ses forces que les paroles qu’elle venait de prononcer se révéleraient prémonitoires.

« Je crois qu’ensemble, nous pouvons conquérir le monde. »

Elle ignorait comment cela se concrétiserait, ainsi que ce qu’elle ressentirait alors. Mais à présent qu’elle avait fait la connaissance de Damon Torrance, elle avait soudain, pour la première fois de sa vie, le net sentiment qu’il était possible de gagner gros. Elle aurait été stupide de laisser passer cette chance… même si le sourire de Damon lui faisait tourner la tête. Elle pouvait gérer cela. C’était simple comme bonjour.

Il lui suffisait de se mettre au travail.

Oh, et de rester mariée.

Ainsi, elle remplirait les conditions requises pour devenir la kryptonite de Damon et l’accompagner sur le long terme. Après tout, c’était manifestement ce qui lui avait valu de remporter le poste face à toutes ses concurrentes.

Mais comme Natasha avait de toute façon l’intention de se conformer à ses deux plans, se mettre à l’ouvrage et rester mariée, il n’y avait pas de problème.

Pas le moindre…

Chapitre 3

Juin 2007

Maranello, Italie

Le cœur battant à tout rompre, Damon agrippa le volant de la Ferrari de collection qu’il conduisait sur le circuit de Fiorano. Il négocia le virage suivant et se sentit plus vivant que depuis des mois.

Le moteur du bolide rugissait. Le châssis grondait, transmettant sa puissance à peine contenue à tout l’organisme de Damon. L’odeur de carburant, d’huile de moteur et de caoutchouc brûlé emplissait l’air. Il l’inspira avec délectation. Il en voulait davantage.

Rien de tel qu’un circuit privé à disposition pour se remettre les idées en place. Tandis qu’il tournait, Damon se rendit compte qu’il était resté trop longtemps cloîtré. Il avait accordé des interviews à la télévision, tenu des conférences de presse et travaillé dur pour faire connaître les Chocolats Torrance à ce monde affamé de sucre, truffe après truffe.

Le succès était au rendez-vous, d’ailleurs. La société ne s’était jamais aussi bien portée. Lui non plus.

Il avait remarqué qu’il attirait la chance et la réussite comme un aimant. Non pas qu’il essayait de se débarrasser de sa bonne étoile personnelle… et des amis, des femmes, de l’argent et, pour être tout à fait honnête, de la vie de rêve qui l’accompagnaient.

Officiellement, Damon s’était rendu en Italie en vue de signer un partenariat avec BandiniEspresso. Sa mission consistait à persuader Bandini de rejoindre le réseau de presque mille boutiques de chocolats et de cafés de luxe qui distribuaient les Chocolats Torrance à travers le monde. S’il parvenait à convaincre Bandini, les deux entreprises développeraient leur gamme, leur clientèle et des pistes intéressantes pour une croissance et des collaborations futures. En vérité, Damon désirait conclure cette affaire autant qu’il avait voulu piloter la Ferrari : sans réserve.

Mais cela ne signifiait pas qu’il ne pouvait pas s’amuser un peu tant qu’il y était. Alors, quand Giada Bandini l’avait invité à faire un tour sur le circuit de Fiorano, là où Ferrari testait ses nouveaux modèles et concevait ses véhicules pour la légendaire Scuderia Ferrari Marlboro, il avait accepté sur-le-champ. Après tout, il n’avait aucune envie de devenir un bourreau de travail.

En outre, Damon avait déjà payé son dû. Comme il l’avait expliqué sur le plateau d’Oprah Winfrey, qui avait désigné les Chocolats Torrance comme l’un de ses coups de cœur le mois précédent, il avait pratiquement grandi derrière le comptoir de sa société. Il avait balayé les sols et tenu la caisse. Dans leur premier magasin, le long de la promenade, il s’était découvert des aptitudes pour les relations avec les clients. Puis, cinq ans auparavant, il avait créé le site Internet de l’entreprise… et tout avait changé.

Les Chocolats Torrance avaient été l’une des premières sociétés à proposer ses produits en ligne, et cela leur avait apporté une notoriété certaine. La « Toile » avait suscité un immense intérêt, qui avait abouti à des appels à une introduction en bourse. Ils avaient alors croulé sous les commandes, et pleinement profité de la bulle Internet. Lorsque cette dernière avait éclaté, ils avaient survécu et même prospéré. Désormais, cinq ans plus tard, la compagnie bénéficiait d’un succès retentissant, et, dans la mesure où Damon y avait contribué, il récoltait tous les avantages, primes et privilèges associés qu’il pouvait gérer.

Non. C’était un mensonge, jugea-t-il en arrêtant la Ferrari dans un crissement de pneus. Il pouvait encore gérer bien davantage.

Plus, plus, et toujours...