D'un seul regard

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123 pages
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Description

J'ai souvent entendu dire que nos yeux étaient le miroir de nos âmes.
Et si l'échange d'un simple regard avait le pouvoir de bousculer deux vies ?


ELLE... grande passionnée de lecture.
LUI... charismatique et déterminé.


Arrivera-t-il à être à la hauteur de ses personnages de roman ?
Arrivera-t-elle à lui faire baisser sa garde ?



Entre passion, trahison et rebondissements, préparez-vous à être secoués !

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EAN13 9791096785841
Langue Français

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D’un seul regard... [Caroline Gaynes]
© 2017, Caroline Gaynes. © 2017, Something Else Editions.
Tous droits réservés.
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le co nsentement de l’auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contref açon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Crédit photo : © adobestock / © Pixabay
Illustration : © Lucile Kos
ISBN numérique : 979-10-96785-84-1
ISBN papier : 979-10-96785-83-4
Something Else Éditions, 8 square Surcouf, 91350 Grigny
E-mail : something.else.editions@gmail.com
Site Internet : www.something-else-editions.com
Cet ouvrage est une fiction. Toute ressemblance ave c des personnes ou des institutions existantes ou ayant existé serait tota lement fortuite.
Chapitre 1 – La rencontre BeckaJ’adore travailler avec les enfants, je m’émerveill e chaque jour un peu plus avec eux à mes côtés. Même ma mère me disait que j’étais fai te pour enseigner. Plus jeune, pour payer mes études, je donnais déjà des cours au x filles de ma voisine. Ça me plaisait beaucoup, surtout quand celles-ci ramenaie nt de bonnes notes. L’enseignement est une véritable passion. J’aime ce tte sensation d’aider, de transmettre mon savoir, de me rendre utile tout sim plement. Cette année, comme depuis deux ans, je n’ai malheur eusement pas eu l’opportunité de me voir attribuer une classe à proprement dit. L orsque l’on commence ce métier, on a rarement la chance d’être rattaché à une seule éc ole, ce privilège est réservé aux anciens. Je fais donc des remplacements ponctuels s ur ma région, ce qui me convient très bien. Pour moi, c’est un enchaînement de nouve aux challenges au quotidien. Je dois apprendre à m’adapter rapidement, sur une cour te durée. Cette année, je le dois d’autant plus que j’ai une classe à plusieurs nivea ux, allant de la maternelle au CE1. Je suis originaire du sud, et depuis quelques année s, j’ai élu domicile à Juvignac, une petite ville à vingt minutes du centre-ville de Montpellier. Cette année, j’ai soufflé mes vingt-six bougies. Que le temps passe vite. Ma deuxième passion, c’est la lecture, alors comme tous les mercredis après-midi, je me rends à la bibliothèque du centre-ville. Mon ami e Léa me surnomme “la dévoreuse de livresmes lectures et aux”. Elle me reproche d’attacher trop d’importance à personnages fictifs que j’y rencontre et de ne pas assez profiter de la vie et des vraies personnes qui m’entourent. Et par « vraies personne s », elle entend évidemment « les hommes ».Je ne suis pas d’accord avec elle. Je reconnais que ma vie sentimentale est inexistante depuis quelque temps… Pour être tot alement transparente avec vous, j’ai perdu le compte... Mais je suis heureuse, seul e avec mon adorable petit chat Tom. Puis, après tout, quand on a un livre entre les mai ns, on n’est jamais vraiment seule. En règle générale, j’en lis un par semaine, voire d eux. Vous vous posez sûrement la question : pour une pas sionnée comme moi, pourquoi aller à la bibliothèque au lieu de les acheter? Pour une simple et bonne raison : la taille de mon appartement. Je vis dans un deux-pièces : une chambre et un salo n avec cuisine ouverte. Chez moi, au lieu de trébucher sur des chaussures ou des vêtements, on tombe généralement sur des romans, et de bons romans! Sans me vanter, il paraît que je suis une référence en littérature, et ce n’est pas moi q ui le dit. Mon unique bibliothèque est pleine à craquer. Je me demande comment elle fait pour ne pas exploser compte tenu du nombre d’ouvrag es stockés dessus. Je n’ose même plus la toucher de peur d’être ensevelie sous un amas de livres.Ne rigolez pas! Pas plus tard que la semaine dernière, mon chat a e u la bonne idée de vouloir grimper dessus. Je pense qu’il s’en souvient encore, car bi zarrement quand il passe près d’elle, il accélère le pas. J’ai donc opté pour un abonnement à la bibliothèque , au grand bonheur de mon entourage. Cette année, je me suis fixée des object ifs, comme celui de trouver un appartement plus grand et de me créer une page Face book dans le but de donner mon avis sur les romans que je lis. Nous sommes le premier mercredi du mois de mai, le temps est superbe. J’ai troqué mon pantalon et mon tee-shirt de ce matin pour une robe légère à bretelles blanche. Pourquoi se changer deux fois dans la même journée?Vous avez déjà essayé de faire de la peinture proprement avec des enfants de quatre ans? Tâche impossible à réaliser et vu que je tiens à mes vêtements,jolies robes, je les garde pour les les
moments sans enfants... Arrivée devant la porte de mon “paradis”, je souris bêtement. Cet endroit est un puits sans fond de connaissance. Des millions d’his toires cohabitent, de toutes les époques et de tous les genres. De Baudelaire à Emil e Zola, en passant par Virginie Grimaldi, il y en a pour tous les goûts. Certains s ’extasient devant les derniers smartphones, moi c’est devant une bibliothèque. À c hacun son truc me direz-vous. Une fois à l’intérieur, je me sens comme chez moi. Je ferme les yeux pour savourer l’odeur enivrante des vieux livres... À l’accueil, je croise Margot, la jeune stagiaire q ui remplace Cécile pendant son congé maternité. C’est une jeune étudiante en deuxième année de lett res modernes. Elle est le stéréotype même du petit rat de bibliothèque. Elle est d’une gentillesse sans pareille. Une jolie petite brune à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession. — Bonjour mademoiselle Laine. — Bonjour Margot, vous allez bien? — Très bien merci, et vous? — Avec ce temps, je vais plus que bien! Elle se penche vers moi et sur le ton de la confide nce, elle chuchote pour ne pas déranger la table à côté : — Vous serez heureuse d’apprendre que nous avons re çu le dernier roman de Colleen Hoover. Elle fouille dans un tiroir et en s ort le livre. Je me frotte les mains, tout excitée. Un grand sour ire se dessine sur mon visage, je la remercie à voix basse. Je l’attendais avec impat ience celui-ci. Il sera parfait pour ma lecture nocturne, juste avant de dormir. Je sors de mon sac mon emprunt de la semaine derniè re, le dernier roman de Sophie Auger, et le pose sur le comptoir avec ma ca rte magnétique. — Je vous rends celui-ci. Elle le scanne et me demande, impatiente : — Alors, comment l’avez-vous trouvé? — Exceptionnel, elle a une très jolie plume. Merci pour le conseil avisé, Margot. — Je vous en prie, si je peux vous aider, c’est ave c grand plaisir. Je la salue et me dirige vers mon jardin d'Eden. Je connais cette bibliothèque par cœur. Quand je ne suis pas fourrée dans le jardin de ma tante, je passe un nombre incalculable d’heur es assise à «ma» table, dévorant un roman de Dickens, un bon Gavalda, ou tout autre qui me ferait envie. Le seul bémol ici, ce sont les horaires. Je ne compte plus le nom bre de fois où Cécile et Margot m’ont coupé en plein paragraphe, me demandant de bien vou loir plier bagage. Maudites soient les heures de fermeture ! Un jour, j’aimerais qu’ils organisent un événement nocturne. L’idée serait de laisser libre accès aux gens, qu’ils puissent lire éclairés par une petite lampe et ce jusqu’au petit matin. Si en plus, thé et biscuits sont fourn is, je crois qu’on aura là une nouvelle définition du mot “paradism’a fait”. J’ai soumis une fois l’idée à Cécile, mais elle comprendre que d’un point de vue logistique, c’étai t compliqué. Je gravis les vingt-six marches pour accèder au pre mier étage. Mon lieu de prédilection se situe allée six, la toute dernière, celle qui renferme mes trésors : les romans d’amour. Au bout de celle-ci se trouve le fa uteuil le plus confortable que je connaisse, placé devant une petite table, positionn é juste à côté d’un vitrail. À cet endroit, la lumière est unique. Une magnifique repr ésentation de femme enseignant la lecture à un enfant recouvre une partie du mur. C’e st un pur bonheur de rester là des heures durant, souvent jusqu’à la fermeture, pour s e plonger dans une nouvelle histoire. Il n’y a jamais personne ici, peu de mond e connaît l’existence de ce petit coin de paradis. Enfin, jusqu’à aujourd’hui. J’aperçois au loin une personne attablée. Malheur! Qui a osé?
Je m’avance d’un pas rapide vers l’inconnu. C’est M A place !Je vous l’accorde, il n’y a pas mon nom écrit dessus, mais s’il faut cela pou r être sûre qu’elle soit ma propriété, je sors immédiatement ma clé pour graver mes initia les.pioche un livre au hasard Je sur une étagère, plus déterminée que jamais à décou vrir qui est cet inconnu et à le chasser de mon territoire. Une fois à sa hauteur, je m’annonce : — Bonjour. Mon ton est délibérément froid. Avec un peu de chan ce, je vais réussir à le faire fuir juste avec ça. L’homme se tourne vers moi. — Je peux vous aider? demande-t-il innocemment. Je suis instantanément hypnotisée par la couleur de ses iris, un bleu turquoise tacheté de différentes couleurs, allant du jaune au noir. Je n’ai jamais rien vu d’aussi captivant. Que dit-on déjà ? « Les yeux sont le mir oir de l’âme » ; eh bien, si c’est vrai, cet homme a une très belle âme. Ensorcelée par ce r egard, je suis déconnectée du monde qui m’entoure. La seule chose que je suis cap able de faire en cet instant, c’est respirer, et encore, difficilement. Ses fossettes l ui donnent un charme fou, ses cheveux sont parfaitement coiffés, ses grandes mains, fermé es sur un livre… Je le dévisage sans vergogne, ce qui ne me ressemble absolument pa s. Mon attitude semble l’amuser. Cet homme est tout si mplement irrésistible, et il le sait. Tout mon corps s’éveille sous le regard arden t qu’il pose sur moi. Il me scanne de la tête aux pieds, j’en suis gênée mais mon corps m e fait défaut, je me liquéfie devant ce bel inconnu. Je vais mettre ma réaction sur le compte de ma long ue période d’abstinence. Je me sens idiote, car je n’arrive pas à esquisser le moi ndre mouvement. Au fait, c’est moi ou il m’a posé une question à laquelle je n’ai pas rép ondu ? Si ma tante était là, je sais très bien ce qu’elle me dirait : « C’est impoli de fixer ainsi quelqu’un ». Ce n’est pas faute de me l’avoir répété des milliers de fois étant petite. Nous nous dévorons des yeux en silence en attendant que quelqu’un vienne briser cet instant. Ce qui ne tarde pas à se produire… — Mademoiselle Laine, j’ai oublié de vous donner ce ci tout à l’heure. Je me retourne vers Margot. Je ne m’étais pas aperç ue que j’avais bloqué ma respiration. J’expire donc un grand coup, heureuse que celle-ci ait mis un terme à… À quoi au fait, étant donné qu’on ne parlait pas? Elle me tend une enveloppe, je la saisis, surprise, et la tourne pour voir qui est l’expédite ur, mais je ne vois aucune inscription. — C’est de la part de qui? — Cécile est passée l’autre jour et elle m’a laissé ceci pour vous. — Merci Margot. Celle-ci fait déjà demi-tourpour regagner l’accueil. Sa conscience professionne lle est telle qu’elle ne reste jamais loin de son poste plu s de cinq minutes. Je m’apprête à affronter l’homme à nouveau ; mais l orsque je me retourne, la table est déserte. Je n’ai pas remarqué qu’il s’en était allé. Je regarde autour de moi.Rien.Il s’est tout simplement volatilisé. Contente de pouvoir récupérer ma table, j’y pose mo n sac, histoire de marquer mon territoire, et pars à la recherche du roman d’Emily Blaine intituléDear You. — Où te caches-tu? Je parcours du regard la rangée devant moi. Je m’ex clame de joie en le voyant. — Tu es à moi! Je l’attrape et le serre contre ma poitrine. — Je vous demande pardon ? Je sursaute. Je pensais être toute seule.
Chapitre2 - Première approche BeckaLa voix provient de l’autre côté de l’étagère. Je r ougis aussitôt de honte, et me penche pour découvrir mon interlocuteur. C’est lui… Je ne vois que son visage. Il est encore plus beau, vu de près. Il me fixe en silence. Ses pupilles semblent dilatées.Pourquoi ? Il a ce petit quelque chose dans le regard qui, à l a fois m’attire, et me fait peur. — Je… Euh… Enfin… Blocage, puis bégaiement, de mieux en mieux ! « Reprends-toi, Becka ! », s’écrie la voix de ma conscience. — Euh… Désolée… Je parlais toute seule. — C’est bien ce qu’il me semblait. Il se met à rire et s’en va. Je me retrouve comme une idiote. À deux reprises à proximité de cet homme, j’ai perdu mes moyens, comme si je souffrais d’un dysfon ctionnement.Je crois que mon mode de communication est à revoir, ne trouvez-vous pas? Je suis morte de honte. Il a dû me prendre pour une écervelée. Après tout, je me fiche de ce qu’il peut bien pense r, on ne se connaît même pas. Ce n’est pas le comportement qu’adopterait un gentlema n de se moquer ouvertement d’une inconnue, il ne vaut donc pas la peine que je me torture l’esprit. Je décide d’oublier cette scène pour me mettre à mo n occupation préférée : la lecture. Je ne vois pas le temps passer et, comme d’habitude , c’est Margot qui sonne le glas de la fin. — Mademoiselle Laine, la bibliothèque va fermer. — Oh oui, désolée. Je vous rejoins dans cinq minute s. Je finis les quelques lignes de mon chapitre et ref erme le livre. Je range ma bouteille d’eau et mon portable dans mon sac, et le tour est joué. J’ai beau avoir passé l’après-midi à lire, je n’arr ive pas à me sortir l’inconnu de la tête. Malgré son côté moqueur, il ne m’a pas laissé e indifférente. J’ai l’impression d’être dans les premiers chapitres d’un roman, celui où l’ héroïne fait une rencontre fortuite. Je ne fais pas une bonne héroïne, je vous le concèd e, mais bon, il m’a prise au dépourvu. Si Léa avait assisté à la scène, elle m’aurait frap pé l’épaule en me criant une phrase d’encouragement du genre : « Fonce, ma belle! Tu es la meilleure! Et il est à croquer… ». Heureusement pour moi, elle n’a pas ass isté à cet épisode désastreux. Une de mes pires performances. Pourquoi ne pas demander à Margot si elle le connaît? Qui ne tente rien n’a rien. Une fois à l’accueil, je l’interroge : — Dites Margot, à tout hasard, avez-vous vu la pers onne avec qui j’étais tout à l’heure? — Désolée, mademoiselle Laine, je n’ai pas fait attention. Pourquoi? — Oh, pour rien. J’aurais au moins essayé… De retour à la maison, je jette mon sac sur mon lit . Enfin je tente, car celui-ci finit sa course sur le sol.Heureusement que les livres ne sont pas en porcelai ne !Je m’installe à mon bureau avec pour objectif de commencer et ter miner la correction des travaux pratiques donnés à mes plus grands élèves. J’ai le droit à quelques perles, mais la meilleure revient au petit Tyron :
«Qu’est-ce qu’un oiseau migrateur? Un oiseau qui se gratte que d’un seul côté.» On en parle ou pas? Il a une imagination débordante, n’est-ce pas? Aprèsune heure de dur labeur, je décide de prendre une b onne douche. Il est vingt heures quinze quand mon téléphone se m et à sonner. C’est Léa, comme tous les mercredis soir. — Allô? — Salut Beck, tu vas bien? — Salut ma Léa! Oui et toi? — Très bien. Dis, tu m’accompagnes à un gala vendre di soir ? Je ne sais pas pourquoi elle s’évertue toujours à m e proposer ce genre d’activité. Elle sait pertinemment que je n’aime pas ça… Devant mon mutisme, elle ajoute : — Allez Beck, sois cool ! Je suis obligée d’y aller , sinon mon patron va me tuer. En plus, c’est pour la bonne cause. Les dons récoltés seront redistribués aux pays sous-développés. Léa bosse dans une grande entreprise d’import/expor t de fruits et légumes. Elle manage une équipe de cinq personnes, dans le servic e qui gère les DOM-TOM. La plupart du temps, c’est avec un planteur à la main qu’elle m’appelle en Skype.Trop dure la vie pour elle, non? Beck, je t’entends respirer, allez dis-moi ouiiiiii iiii! La meilleure chose que j’ai à faire, c’est de lui c éder. Enfin, si ce n’est pas la meilleure, c’est la plus simple. Croyez-le ou non, elle peut être très TRÈS lourde, quand elle veut. — C’est d’accord, mais c’est à une seule et unique condition. — Tout ce que tu voudras, me concède-t-elle, victorieuse. — Couvre-feu à minuit. — Sérieusement?! La déception teinte sa voix. — C’est ça, ou tu la joueras solo. Elle pèse le pour et le contre cinq secondes, puis : — OK, va pour minuit. Becka Laine, tu es un amour. — Tu en doutais encore malgré toutes ces années d’a mitié? — Joker! — Vilaine! — Beck, passe chez moi avant le gala, vers dix-huit heures. Je te prêterai une tenue de soirée. — Dix-huit heures, c’est noté. À vendredi ! Je soupire, qu’est-ce qui m’a pris d’accepter? Je déteste ce genre de soirée. D’accord, c’est pour une honorable cause, mais quan d même. Être entourée de tous ces gens guindés, avec de la musique beaucoup trop forte, devoir danser… Très peu pour moi ! La seule chose que je vais aimer vendredi soir : en trer dans le dressing de Léa. Elle a un goût incontestable pour la mode, et le chic po ur dégoter les jolis petits bijoux qui réhaussent la plus banale des tenues, et ça, depuis que je la connais. La fin de semaine arrive vite. Après avoir enfilé une robe vert émeraude fendue su r le côté et chaussé des talons de plus dix centimètres, nous voilà dans la berline qui nous conduit au château de Flaugergues. C’est Léa qui m’a maquillée et coiffée . À chaque fois qu’elle le fait, elle me rabâche le même discours : « Je tuerais père et mère pour avoir tes yeux vert clair en amande, je suis sérieuse tu sais » et je lui rép onds toujours la même chose, à savoir : « Oui, je sais, mais non ». Elle compare égalemen t systématiquement, avec envie,
mes cheveux bouclés bruns à ses cheveux blonds liss es. Léa ne se rend pas compte qu’avoir une crinière comme la mienne est un vrai c alvaire. Je dois passer chaque jour minimum trente minutes pour dompter cette masse reb elle ; mais c’est bien connu : on n’est jamais satisfait de ce que l’on a. Léa me passe son miroir de poche pour que j’inspect e une dernière fois mon chignon, il est parfait.C’est indéniable, elle a du talent. La voiture franchit un imposant portail en fer forg é noir. Plusieurs voitures stationnent devant nous, le temps de déposer, chacune leur tour , les convives aux portes du château. Quand notre tour arrive, Léa se tourne vers moi : — Prête, Beck? Je hoche la tête, et nous voilà toutes les deux sur le tapis rouge. Quelques photographes prennent des clichés des invités. Léa m’attrape le bras et me murmure à l’oreille : — Souris! Je fixe l’objectif et pare mon visage de mon plus b eau sourire. Une fois à l’intérieur, une hôtesse vient nous déba rrasser de nos vestes tandis qu’un serveur nous tend un plateau chargé de coupes de ch ampagne.Grande classe ! — Je vous remercie. Je suis Léa à travers la grande salle de réception. Je prends plaisir à la parcourir des yeux. Elle est si spacieuse et luxueuse qu’on aurai t pu la confondre avec l’une des salles du château de Versailles. J’ai eu la chance de le visiter lors d’un voyage à Paris, j’en garde un souvenir impérissable. Les lustres so nt immenses, de nombreuses pampilles en cristal transparent taillées en goutte les recouvrent. De long rideaux rouge sang habillent les fenêtres, toutes séparées par un pilier. La salle se remplit peu à peu de groupes de personn es de tous âges.Tout est relatif quand je dis tous âges... Il y a quand même une maj orité de vieux grisonnants en costume trois pièces. Les femmes sont toutes plus apprêtées les unes que les autres, et semblent toutes mesurer un mètre quatre-vingts. Rappelez-moi ce que je fais là ? Ah oui ! Je joue e ncore le rôle de la bonne copine… — Laisse-moi te présenter à mon patron. Je la stoppe dans sa lancée. Devant mon air inquiet, elle précise : — Juste un simple bonjour, cinq minutes, pas plus. Nous nous arrêtons près de trois personnes, deux ho mmes et une femme. Léa pose une main sur l’épaule de l’un d’entre eux. Celui-ci se retourne, sourire aux lèvres. — Bonsoir Parker. Il l’embrasse sur la joue et pose une main sur sa h anche. — Laissez-moi vous présenter ma meilleure collabora trice, Léa Dumont. Il me scrute du regard et revient, étonné, sur celu i de Léa. — Eh bien, Léa, présente-nous ta charmante amie. — Voici Becka Laine. — Heureuse de faire votre connaissance. Il saisit ma main pour y déposer un baiser. Je ne s avais pas qu’il était encore de coutume de faire ça. — Tout le plaisir est pour moi, mademoiselle Laine. Parker est plutôt pas mal dans son genre. De nombre uses femmes seraient prêtes à tuer pour travailler pour cet homme. Bizarrement, L éa n’a jamais mentionné qu’il était beau garçon. — Hey Parker! Viens par ici, j’ai une personne à te présenter. Je n’en crois pas mes oreilles. Je reconnaîtrais ce tte voix entre mille, à la fois douce et suave.Quelles étaient mes chances de tomber sur cet homme deux fois en moins
d’une semaine?n costume noir.Pourtant, mon bel inconnu est bien là devant moi, e Très chic, au passage. Iltournedéjà les talons, sans nous prêter la moindre atten tion. Avant de prendre congé, Parker se met face à moi un e nouvelle fois : — J’espère que vous m’accorderez une danse plus tar d dans la soirée, mademoiselle Laine. — Appelez-moi Becka. Et oui, j’en serais ravie. Il hoche la tête, satisfait, et part. Nous nous élo ignons du couple. — C’est moi ou mon patron te draguait ouvertement ? — Je crois bien que je lui ai tapé dans l’œil. Il e st plutôt pas mal, je dois dire. — Ne t’emballe pas, c’est un gros dragueur. — Ce n’est pas toi qui me reproches de ne pas assez profiter? — Beck, c’est mon patron! C’est qu’elle montrerait presque les crocs ! Je lève les mains en l’air. — D’accord j’ai compris, calme-toi. Elle soupire. — Désolée Beck, je me suis emportée. — Pas de souci, ne t’inquiète pas. Je parcours la salle du regard. Pas la moindre trac e de mon inconnu. Encore une fois, il a disparu sous mes yeux. Je suis déçue qu’ il ne m’ait même pas remarquée. Plus tard dans la soirée, alors que Léa discute ave c un gros client, je m’éclipse et me dirige vers le buffet. Il faut que je mange quel que chose, sinon je vais finir par être saoule. Je jette mon dévolu sur des petits fours au saumon. — Vous me suivez? Je sursaute. Il est là, juste derrière moi. Je peux sentir son souffle dans mon cou. Je suis séduite par la note musquée de son parfum. Je ferme les yeux une fraction de seconde et inspire profondément pour imprimer cette odeur. — Je vous demande pardon? Je me retourne pour lui faire face. Cette fois, je me gifle intérieurement, pas une, ma is dix fois, pour ne pas perdre mes moyens. — Je me demande quelle était la probabilité de vous rencontrer ici. — Il faut croire que le monde est petit, se contente-t-il de répondre. Phrase simple et concise. Il enchaîne aussitôt : — Mais mon Dieu, pincez-moi : elle parle ! Il se prend pour qui, pour se moquer de moi ouverte ment alors qu’il ne me connaît même pas ? — Vous vous trouvez drôle? — Très! rit-il. — Eh bien, pas moi. Sur ce, bonne soirée. Sérieusement ? Il a beau être un canon, ça n’excuse pas sa muflerie pour autant. Il me retient par le poignet. Je n’en reviens pas, quel culot! Je fixe sa main puis lui lance un regard noir. — Auriez-vous l’amabilité de me lâcher, monsieur ? — Je suis désolé. Je ne voulais pas vous vexer. On reprend à zéro. Je me présente, je m’appelle Adams Di Stefano. — Becka Laine, réponds-je froidement. — Enchanté! — J’aimerais pouvoir en dire autant. Mon ton est volontairement cinglant. Il va rapideme nt comprendre à qui il a affaire. — Allez Becka, détendez-vous ! Je plaisantais. Il attrape deux verres sur un plateau et ajoute : — Je peux vous offrir un verre pour me faire pardon ner?