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Dans ses pas

De
118 pages

Marcelline a trente-cinq ans, vit dans l'Est de la France et vient de perdre sa mère. C’est en récupérant quelques affaires de sa mère qu’elle découvre que, quarante ans plus tôt, sa mère avait écrit un recueil de poésies. Plus troublant encore, ce livre est dédié à un homme, un peintre de Montmartre.
C'est ainsi que, accompagnée de sa meilleure amie Emilie, Marcelline se rend place du Tertre à Paris, sur les traces de ce mystérieux inconnu.
Une histoire sentimentale captivante, dans un univers imagé et poétique.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-59248-4

 

© Edilivre, 2013

Dédicace

 

 

A Raphaël, Mathilde et Louis, mes amours.

A ma grand-mère Thérèse.

A mes parents, Denise et Claude.

A ma sœur Audrey et à mes frères, Fred, Nicolas et Frank.

A mes amies, Rachèle et Lydie.

Un grand merci !

Citation

 

 

« Tes épaules fragiles ont endossé le poids,

Toujours plus lourd, de nos maux, nos chagrins,

[nos émois.

Quand ma vision se perd et que je ne sais pas,

Je me surprends parfois à être un peu Toi.

Je me surprends aussi à Te ressembler,

Quand ma vision est floue et que je ne sais plus aimer.

Femme ! Ils se racontent des chimères,

Et t’accablent ainsi de toute la misère de la Terre,

Mais oublient si vite que tu n’étais que poussière. »

Marilyn Schmitt

 

I
Avril 2013

« Toutes nos condoléances ».

« Combien de fois l’ai-je entendu aujourd’hui », pensa tout bas Marcelline.

Cela faisait maintenant trois heures que les obsèques de sa mère avaient eues lieu. Marcelline était vidée, épuisée par ces derniers jours. Il y avait eu tout d’abord l’appel de l’hôpital lui confirmant ce à quoi elle s’attendait depuis des semaines. « Il faut venir, votre maman ne va pas bien du tout. Faites au plus vite. » Et puis, ces quelques heures, aux côtés d’une mère mourante. Des promesses, beaucoup de promesses et des larmes aussi. Elles étaient proches à leur façon. Il y avait entre Marcelline et sa mère beaucoup de respect et d’amour mêlés à une forte pudeur. Il n’était jamais arrivé à Marcelline d’être indiscrète vis-à-vis de sa mère. Elle savait fort bien depuis sa tendre enfance qu’elle n’aurait obtenu aucune réponse de celle-ci. Bien que très proche de ses enfants, Mme Matthieu, comme elle se nommait, restait une personne très mystérieuse. C’est comme si elle portait un masque qui ne laissait paraître que peu d’émotions. Quand Eloïse Matthieu apprit qu’elle avait un cancer, elle avait attendu que ses examens soient réalisés, de rencontrer différents médecins, soit plusieurs semaines, avant d’en informer ses enfants. Ce jour-là, elle avait convié ses enfants à un repas du dimanche midi : Marcelline mais également Hugo, son fils, ainsi que son épouse. Ils avaient passé un agréable moment, Eloïse leur ayant cuisiné un bon repas, toujours dans la sobriété comme à son habitude. S’en était suivie une ballade dans les bois. Ce n’était qu’au moment de partir, quand les premières embrassades eurent lieu que Mme Matthieu avait jugé bon d’informer ses enfants. Elle n’aurait jamais toléré qu’un repas et une ballade en famille soient gâchés par un quelconque évènement. « Avant que vous ne partiez je voulais vous informer que je vais subir une petite intervention chirurgicale (…). Rien de grave. Marcelline, ne te mets donc pas dans tous tes états (…). C’est un cancer fréquent maintenant, que l’on guérit bien (…). Peut-être un peu de chimiothérapie (…). Les enfants, ressaisissez-vous je vous promets que ça va aller. » Non, ça n’allait pas aller et les enfants ne le savaient que trop bien. Cinq ans auparavant ils avaient perdu leur père et cinq ans auparavant Mme Matthieu avait tenu un langage quasi similaire. Simon Matthieu était parti rapidement, en quelques mois. « Le foie ça ne pardonne pas », leur avait-on dit. Eloïse, quant à elle, vécut durant deux années avec son cancer. Des années au rythme des traitements et des opérations.

Ensuite, il avait fallu que Marcelline prévienne les proches et les moins proches. Des coups de fil, beaucoup de coups de fil. Le premier à Hugo.

« Hugo, maman est… partie…

– Merci Marcelline. »

Et puis, elle avait dû préparer les obsèques, tout en sobriété, comme le souhaitait maman. Avant de mourir, elle avait pris soin de tout organiser. Eloïse n’aurait jamais supporté d’être un fardeau pour ses enfants, même après sa mort. Les habits mis de côté, les frais d’obsèques réglés, le cercueil choisi, il ne restait plus qu’à Marcelline de définir le jour et l’heure de l’incinération.

Ce jour était à présent terminé. Encore quelques formalités chez le notaire et on se remettrait petit à petit de la perte de Mme Matthieu.

II
Août 2013

« Marcelline ? Bonjour c’est Isabelle, comment allez-vous ? (…) Nous n’avons pas eu l’occasion de nous revoir depuis l’enterrement de votre maman et entre-temps j’ai retrouvé quelques affaires lui appartenant. J’aimerais vous les déposer ; Avez-vous un moment cette semaine où je pourrais passer ? »

Isabelle Joly était une très vieille amie d’Eloïse Matthieu. Elles naquirent dans le même village, fréquentèrent les mêmes écoles, furent témoins à leurs mariages respectifs. Une amitié sincère et longue puisqu’elle avait su durer soixante années et qu’elle aurait duré encore si un cancer n’était pas venu frapper l’une d’entre elles.

« Encore un carton avec des vieilleries, qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de tout ça ? » Songea Marcelline. Marcelline Matthieu, trente-cinq ans, célibataire.

Les quatre derniers mois avaient été très pénibles. Marcelline voulait oublier un peu le décès de sa maman. Elle changea de coiffure, se remit au sport, alla se racheter des habits, fit quelques repas au restaurant avec son amie de toujours, Emilie, et se jeta à corps perdu dans son travail. Elle se jura aussi de ne plus sortir sans maquillage et de troquer sa vieille paire de baskets contre une paire d’escarpins. Marcelline était illustratrice dans une petite société. Elle créait des logos pour des entreprises, réalisait des illustrations pour des livres d’enfants et parfois, quelques affiches publicitaires. Alors, en cette chaleur d’août, quand Isabelle, une ancienne amie de sa mère lui déposa un carton de souvenirs, Marcelline se rendit compte qu’elle n’était qu’au début de son processus de deuil et qu’à vouloir oublier trop vite, on n’oubliait absolument rien. La douleur était toujours là, elle n’était jamais partie. Peut-être avait-elle été un peu endolorie par des journées bien chargées, mais elle était toujours là. Des larmes coulèrent et elle repensa à maman, à son enfance, au « bon vieux temps » où ils étaient encore tous les quatre.

« Marcelline, je pense que ces affaires te reviennent de droit. Ta maman et moi, comme tu le sais, étions très proches avant qu’elle ne rencontre ton papa. Alors, si tu as besoin de moi n’hésite pas à m’appeler. Tu sais je l’aimais beaucoup. Je n’ai pas voulu me séparer tout de suite de ces affaires, j’avais envie de les garder encore un peu pour moi… J’espère que tu ne m’en veux pas. Bonne lecture ma belle et appelle-moi si tu as besoin. Isabelle. »

Dixit le mot laissé dans le carton.

« Elle aurait pu me dire tout cela de vive voix, pensa Marcelline, mais bon passons. Mais pourquoi a-t-elle dit « bonne lecture » ? Maman lui avait-elle prêté des livres ? ».

Marcelline se mit à fouiller dans le carton rempli de souvenirs… Des lettres, mais aussi un foulard qui dégageait un parfum particulier, un parfum floral mêlé au temps qui passe, un chapeau, des photos, un collier, un recueil de poésies de Charles Baudelaire, un de Nerval et un troisième. Marcelline fut stupéfaite en voyant ce livre. Une couverture pourpre, un titre « A quelques pas de toi », et un nom : Eloïse Adamski. « Alors là, je n’y comprends rien » dit tout haut Marcelline.

L’ouvrage était un recueil de poésies, édité en 1973, dans une petite maison d’édition parisienne. Un livre qui n’avait rien de particulier en lui-même. Il ressemblait à tous les ouvrages de poésies que l’on pouvait trouver dans le commerce. Ce qui étonnait Marcelline, ce qui la troublait au plus haut point c’était le nom de l’auteur : Adamski, le nom de jeune fille de sa mère. Eloïse Adamski, sa mère, cinq années avant son mariage.

« Allo Hugo ? C’est Marcelline. Tu savais que maman avait écrit un livre ?

– Ecrit un livre ? De quoi tu parles ? Répondit Hugo.

– Maman a écrit un livre avant de rencontrer papa, en 1973. C’est un recueil de poésies. Le titre est « A quelques pas de toi », tu étais au courant ? C’est Isabelle Joly qui me l’a déposé avec tout un tas d’affaires de maman.

– Absolument pas. Marcelline mets-le de côté et quand tu auras fini sa lecture je veux le lire mais pardonne-moi je suis au travail je dois te laisser.

– Ok ça marche, je suis désolée. On se rappelle ?

– Ok ! Merci ! Tout va bien sinon ?

– Oui ne t’en fais pas je suis juste un peu chamboulée par tout ça, pas trop le moral tu vois bien. Mais ça va. Travaille bien et embrasse ta femme de ma part. Gros bisous.

– Bisous Marcelline. Prends soin de toi. »

« En parlant de travail… », Pensa tout bas Marcelline. Elle regarda l’horloge de sa cuisine qui affichait 13h15 ; Il était temps qu’elle se mette en route. Elle avait pris sa matinée pour recevoir Isabelle. Elle ne le faisait pas souvent, Marcelline, étant très consciencieuse dans son travail. Le mois d’août étant relativement calme, ce matin, Marcelline se l’était permis. Elle se mit donc en route. Une dizaine de kilomètres séparait son domicile de son lieu de travail. Marcelline habitait à Héricourt, une petite ville de Haute-Saône à quelques kilomètres du territoire de Belfort, où elle travaillait. C’était à Héricourt qu’elle avait grandi, qu’elle était allée à l’école. C’est là-bas également qu’elle était tombée amoureuse, plusieurs fois, mais rien de bien sérieux. Elle s’y plaisait sans s’y plaire. A vrai dire, elle n’y réfléchissait pas. Marcelline avait envisagé de s’éloigner un peu d’Héricourt, de ses parents, il y a quelques années, pour démarrer une nouvelle vie ailleurs, dans le sud ou à la capitale. Cependant, après l’annonce du cancer de son père, elle s’y était résignée. Il était alors hors de question de s’éloigner de ceux qu’elle aimait tant, d’autant plus qu’Hugo n’était plus là. Elle se voulait être « soutien de famille » même si c’était Eloïse sa mère qui avait toujours beaucoup porté.

Hugo quant à lui était parti étudier le droit à Strasbourg et c’était également là-bas qu’il avait fait son école d’avocat. Il y avait également rencontré Marie qui était devenue son épouse. Sa vie, il l’avait construite à Strasbourg. Ce n’était ni loin, ni proche d’Héricourt, environ 200 kilomètres. Assez cependant pour éloigner deux êtres. Son départ leur avait fait perdre un peu en complicité. Et son mariage encore plus, même si Marie et Marcelline s’entendaient très bien.

Cet après-midi-là, Marcelline n’avait pas la tête au travail. Cette brune aux yeux verts, comme l’était sa mère, était préoccupée. Elle n’arrivait pas à se concentrer. Elle pensait à cet objet, ce livre précieux, qu’elle avait enfoui dans son sac comme un trésor, non décidée à se séparer de lui pendant les quelques heures qu’elle passait au travail. Ce qui la préoccupait le plus, c’était d’avoir passé trente-cinq ans aux côtés de sa mère et que pas une seule fois celle-ci ne lui avait parlé de son livre. Certes, elle surprenait parfois sa mère à écrire, à griffonner quelques mots sur un papier, mais de là à l’imaginer écrire des poèmes et qui plus était un livre, et à être publiée…

« Incroyable… » Dit-elle à haute voix.

– Qu’est-ce qui est incroyable ma belle ? Répliqua du fond de la pièce, Christophe, son supérieur. La campagne de pub pour laquelle tu es censée travailler ou le mec à qui tu rêvasses depuis que tu es arrivée ? Je blague… Franchement Marcelline, avec tous les congés que tu as en stock, prends-toi...