169 pages
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Dark feeling

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Description

Dark romance - Suspense - 330 pages


Athanaïs est mon Obsession.


Je l'ai enlevée, emprisonnée à l'autre bout du monde. Je lui ai volé son passé, je contrôle son présent et lui impose mon futur. Qu'elle l'accepte ou non, elle n'existe dorénavant qu'à travers moi.



Entraînée dans mon univers sombre et terrifiant, elle ne peut m'échapper !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 124
EAN13 9791096384822
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Dark feeling – 2 — Captive
2 – Captive
Tasha Lann

2 – Captive
Tasha Lann

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 979-10-96384-82-2
Photo de couverture : Photosvit







«  Je ne suis pas en train de dire que ça va être facile, je dis juste que ça en vaut la
peine… »

Alec Whelan
R e m e r c i e m e n t s

À ma belle-sœur Flore,
Qui a adopté Athanaïs et ALEC comme une seconde famille. Merci pour ta joie, tes
sourires, tes fous rires, ton écoute, ta présence.
Merci d’être là, tout simplement.

Oyez ! Oyez !

Acclamons ma team de supers bêta-lectrices :
Angélique, Flore, Katia, Sandra.

Prosternons-nous devant une éditrice au top L.S. ANGE et son talentueux Didier.

Gloire à vous, lectrices et lecteurs.



Chapitre 1

Alec
Un verre d’alcool fort à la main, j’observe le petit corps endormi, si paisible, si
insignifiant. Ma respiration se calque sur la sienne. Athanaïs ne va pas se réveiller de sitôt.
La dose de somnifères que je lui ai administrée par la force va nous assurer un voyage et
une installation sans encombre.
Je vais pouvoir mettre en place une sécurité optimale pour celle que j’ai choisie. Je lui
offre une nouvelle vie, une nouvelle identité, un nouveau pays. Il ne peut pas en être
autrement : elle ne pourra jamais reprendre une existence normale après ces longues
semaines dans mon collimateur. À moins que ce soit moi qui ne puisse envisager son
absence.
Mes doigts serrent le verre qui tremble avec dangerosité. Non ! Je sais exactement ce
que je fais, où je vais. Je n’en ai pas terminé avec Thaïs. Je suis un homme de parole.
Chacune de mes parties de jeu est soigneusement clôturée. Je ne laisse rien au hasard.
Jamais.
Des coups frappés à la porte me sortent de mes pensées. Mon humeur maussade me
force à préférer la solitude, alors je joue le rôle de surveillant dans la chambre. Mon
équipe a pris ses aises au centre de l’avion. Mes gars se détendent en vidant le minibar, en
grignotant les snacks que je laisse toujours à disposition pour ce genre de voyage
imprévu. Ils méritent bien cet intermède, ce confort optimal.
Mon épaule me lance à chaque inspiration. Je presse la plaie en grimaçant. Elle m’a
tiré dessus. Je n’en reviens toujours pas. Elle voulait que je quitte définitivement sa vie.
Au lieu de ça, elle a précipité sa chute. C’est bien la première fois qu’une situation
m’échappe de cette manière. J’ai mal évalué sa volonté. Jamais elle n’aurait d û remettre
les pieds dans son immeuble. Son appartement ne devait exploser qu’en fin de nuit. Sa
fuite nous a fait accélérer le programme. Elle me croit sans doute mort alors que c’est moi
qui l’ai tuée. Encore une fois, elle m’a sous-estimé.
À cet instant, son corps est enseveli sous les décombres. Dans quelques heures, il sera
retrouvé. Oui, Thaïs, je suis prêt à tout pour te garder auprès de moi. Même à ratisser un
pays pour trouver une enveloppe corporelle semblable à la tienne avec les mêmes
caractéristiques afin de duper les secours et le légiste, ainsi tu m’appartiendras pour
toujours sans que quiconque te réclame.
On frappe à la porte.
— Oui ! invité-je à entrer.
Blaise apparaît. Déjà une heure d’écoulée  ? Sur mon ordre, il passe à intervalle
régulier pour contrôler la santé de ma prisonnière.
— Je peux ? demande-t-il.
D’un hochement de tête, je lui accorde le droit de l’ausculter. Il s’exécute avec un
professionnalisme précieux pour mon équipe. Afin de lui faciliter la tâche, j’ai pris soin
de nettoyer les joues ensanglantées de la blessée.
— Elle est assommée pour un bon moment, constate-t-il. Il faudra être vigilant lors de
son réveil, mais tout devrait bien se passer. Pas besoin de sutures, les strips vont suffire.
Il s’assoit sur le rebord du lit, face au fauteuil dans lequel je suis vautré. Il passe sa
main sur son crâne rasé. Je me suis toujours demandé pourquoi il se faisait la boule à
zéro. Ça lui confère un air de dur à cuir. C’est clair que personne ne se risque à s’y frotter.
Étrangement, les femmes aiment son côté rebelle. L’inverse de son frangin qui se la jouebad boy de l’Est.
Pas à l’aise, il soupire :
—  Es-tu sûr de toi, ALEC  ? Ce n’est pas qu’un passe-temps ordinaire, tu en as
conscience  ? Tu l’as kidnappée. Il faut s’attendre à ce qu’elle réagisse mal à cet état de
fait. Elle n’était pas une cible, aucun contrat sur sa vie. Juste une innocente parmi tant
d’autres. Te sens-tu prêt à revivre tout cela ?
Il caresse nerveusement sa barbe de plusieurs jours, mais soutient mon regard.
— On ne pouvait pas la laisser là-bas, grogné-je.
— Si, on pouvait !
— Elle en savait trop, il aurait pu se servir d’elle pour nous atteindre.
— Ce n’est qu’une excuse, tu le sais. Depuis quand la vie d’une serveuse, joue-t-elle
un rôle dans un plan stratégique ? Il y a six mois, tu aurais fait sauter le bar sans te soucier
des dommages collatéraux.
Si je n’avais pas abusé de la boisson, je lui aurais fait ravaler ses paroles offensantes à
ce toubib de pacotille. Néanmoins, j’ai besoin de lui pour veiller sur elle… et pas
seulement. Depuis que les deux frangins Gashi ont rejoint mon cercle privé, il y a six ans,
nos réussites se succèdent. Ils sont une seconde famille, mais je n’hésiterai pas à les
liquider s’ils me trahissent, et ils le savent.
Plutôt m’arracher les yeux que d’avouer que dans son discours sonne une part de
vérité. Thaïs est là parce que je désire qu’il en soit ainsi. Je n’ai pas à me justifier, encore
moins devant un de mes gars.
—  J’espère que maintenant qu’elle est entièrement sous ton joug, tu parviendras à
t’apaiser.
Tel un messie qui vient de dire sa prière, il se lève, puis sort. La chambre du jet est trop
insonorisée pour me permettre d’entendre leurs conversations, mais je suis certain que le
sujet principal, à côté, n’est autre que la jeune femme plongée dans un sommeil artificiel.
Les trois heures de trajet me paraissent interminables. Malgré la nuit, tout est organisé
avec minutie. Je m’apprête à m’attirer les foudres de mon groupe rapproché qui n’a sans
doute rien vu venir. Dès que l’appareil est immobilisé, je quitte la chambre pour les
rejoindre. Ils déchargent déjà le matériel que nous avons récupéré. Rapidité, efficacité, ont
toujours été mes mots d’ordre. Le loft français m’appartenant, il n’était pas nécessaire de
tout rapatrier, seulement le plus sensible.
Deux gros véhicules blindés attendent, prêts à se fondre dans la nuit. La température
me fait frissonner. Même si j’ai trouvé refuge dans cette Pologne montagnarde, la météo
n’a rien de comparable à celle qui m’a vu grandir. L’air italien est tout de même plus
doux. Il ne faut pas plus de trois minutes à mes coéquipiers pour être sur le départ. C’est
Kaïna qui réagit la première.
— Tu comptes passer la nuit dans ton jet ? s’agace-t-elle, épuisée.
—  Vous avez la charge du domaine jusqu’à nouvel ordre. Je vous transmettrai des
directives le moment venu.
— Quoi ? Qu’est-ce que c’est ces conneries ? raille-t-elle.
—  J’amène Thaïs sous un climat plus profitable pour son adaptation. Nous
reviendrons dès qu’elle sera…
— Soumise ? Sage ? Brisée ?
— Pour une fois, je partage l’avis de Kaïna. Vous rendre seuls là-bas… En plus, il te
faut des soins de toute urgence, intervient Blaise.
— Qui a dit que je serai seul ? le coupé-je, ignorant la seconde partie de sa phrase.— Tu vas impliquer ta sœur dans cette histoire ?
— Ne tardez pas, six heures de route vous attendent.
— Je reste avec toi, s’oppose Kaïna.
—  Blaise s’occupera de ta rééducation. Vous me servirez Ragma sur un plateau
d’argent dès mon retour.
— Dans combien de temps ? demande Aleksy.
— Je vous le ferai savoir.
La perplexité teint leurs regards. Ne savent-ils pas que je prévois toujours tout  ?
Chaque chose que j’entreprends est soigneusement méditée. Je tourne les talons en
ignorant leurs remontrances, ordonne à Daniel de décoller.
Je regagne la chambre où ma petite obsession n’a pas bougé d’un iota.
À nous deux, Mademoiselle Emery !

Chapitre 2

Athanaïs
Le cocon qui m’entoure se dissout petit à petit, laissant place à un malaise. Je tente de
replonger dans l’apaisement, mais rien à faire, la réalité reprend ses droits. Ma tête et mon
estomac se liguent contre mon bien-être. J’ai l’impression que de fines aiguilles me
transpercent le corps. Le niveau d’inconfort atteint son paroxysme. Je me retourne sur le
ventre, puis sur le côté, pour atténuer mes maux. Rien à faire, quoi que je fasse, le
malêtre persiste.
Tout à coup, ça devient plus violent, presque intolérable. La peur ouvre mes paupières.
Ma vue peine à se stabiliser, à moins que ce soit mes ressentis qui me donnent le vertige.
Je force ma respiration à ralentir sans grand succès. Désorientée, je rassemble mes
souvenirs pour calmer mon angoisse. Que m’arrive-t-il ? Que s’est-il passé ? Où suis-je ?
Je me redresse sur les coudes, m’assois au centre du lit le plus immense que j’ai jamais
vu, il fait trois fois mon clic-clac au minimum. Une chaleur douce caresse ma peau, je
frissonne tout de même, sous l’emprise d’un mauvais pressentiment.
Debout avant que mes pensées ne suivent mes mouvements, je bascule en arrière. Me
revoici au point de départ. Misère !
Plus les minutes passent, plus je m’habitue à cette migraine lancinante. Un flash terrible
me fait presque sortir à nouveau du lit. Mes pieds touchent le sol lisse et frais. Plus
qu’une vision, un véritable film d’épouvante envahit ma mémoire. Le meurtre de Basil,
les filles sauvées, l’explosion de mon appartement. Le passage qui lève le voile posé sur
mes perceptions est la mort d’ALEC. Je lui ai tiré dessus à bout portant. Son t-shirt imbibé
de sang me hante. J’ai tué un homme ! J’ai basculé du côté obscur.
Alec a fait de moi un assassin. J’ai un point commun avec ce mercenaire maintenant.
Ma détresse est telle, que je peux sentir à nouveau l’air saturé de fumée dans la cage
d’escalier de mon immeuble. Mon souffle s’accélère jusqu’à se saccader. L’oxygène se
raréfie. La panique redresse chaque poil de mon épiderme.
Tel un automate, je m’appuie au mur à la recherche d’une fenêtre. Besoin de vent dans
mes cheveux. Mon être ressemble à un pantin désarticulé. Je chancelle, m’accroche,
titube. Comme si mon taux d’alcoolémie est à la limite du coma éthylique. Je suis là et
ailleurs en même temps. Je dois juste aller dehors. Fuir. Mes forces m’abandonnent tout à
coup. Je glisse sur le sol sans ressentir le moindre impact. Une fois allongée, le coton qui
m’entoure se volatilise, grâce au choc, sans aucun doute. De ma position rocambolesque,
j’observe ce qui m’entoure.
La chambre est baignée d’une lumière chaude et accueillante. Une légère brise fait
voleter un voilage orangé à l’autre bout de cette pièce démesurée. J’ai raison, le lit prend
une place colossale, il est bien plus impressionnant qu’un King size. D’où je me trouve, je
n’aperçois aucune porte. Juste plusieurs arcades, creusées dans la pierre. Je n’ai encore
jamais vu une décoration aussi chaleureuse.
Je ne sais pas pourquoi, mais mon cerveau engourdi laisse place à la curiosité. L’envie
d’explorer prend le dessus sur la multitude de questions qui me triture les méninges. Tant
bien que mal, je me remets sur mes jambes. Je tangue avant de retrouver mon équilibre.
La première arche, face à moi, cache une salle de bains incroyablement luxueuse. J’en
viens à croire que je suis morte et accueillie au paradis. À la place d’une traditionnelle
baignoire se trouve un jacuzzi. J’y trempe un orteil. La température est délicieuse. Bien
entendu !
Un immense miroir surplombe deux vasques ovales en granite, c’est très pittoresque,magnifique. Une fenêtre derrière un rideau blanc me laisse entrevoir de la verdure au loin.
Pour m’en approcher, je dois traverser l’eau chaude bouillonnante. Zéro faux pas dans
cette salle d’eau !
Je ne m’attarde pas, impatiente d’en prendre une nouvelle fois plein la vue. La
deuxième entrée n’est autre qu’un dressing, trois fois plus grand que mon appartement.
Les lumières automatiques s’allument en détectant ma présence. Une douceur tamisée
s’harmonise parfaitement à l’endroit. Des robes, des jupes, des tenues, des chaussures à
faire pâlir n’importe quelle starlette ! Je reste pantoise au milieu de cette armoire grandeur
nature. Qui peut bien avoir besoin d’autant de fringues ? On pourrait habiller toutes les
filles de mon ancien lycée pour une année.
Éberluée, je recule pour regagner la chambre. Tout ça n’est pas pour moi. C’est trop !
La dernière voûte donne accès à un petit couloir fermé par une porte en bois d’aspect
ancien. Je pivote sur moi-même pour avoir une vue d’ensemble.
— Qu’est-ce que je fous là ?
Si tout laisse penser à une suite paradisiaque d’un grand hôtel des caraïbes, du moins
l’idée que j’en ai, mes muscles se tendent quand même de frayeur. Je n’ai rien à faire ici !
J’ai perdu deux de mes proches, maman, puis Basil. Je suis sans domicile. SDF ! Prise
d’effroi, je cherche mon portable qui reste introuvable. D’ailleurs, cette robe légère ne
m’appartient pas, elle ne possède aucune poche. Mes doigts s’agrippent à mes cheveux.
C’est là que je sens le pansement sur mon front. Blessée ! Je suis blessée !
Prise d’étourdissements, je sens mes jambes céder. Deux bras solides me rattrapent.
Fermes, puissants, possessifs, sans même me retourner, je sais à qui ils appartiennent. Ces
tatouages, je les reconnaîtrais même en enfer. Mon cri meurt dans ma gorge. Le noir me
recouvre avant que je me défende.
Il n’est pas mort !

Chapitre 3

Alec
Enfin, elle s’est réveillée. J’ai cru que Blaise l’avait plongée dans un coma éternel.
Presque deux jours. Autant dire que ma patience a été mise à rude épreuve.
Ça m’a néanmoins laissé le temps de récupérer, moi aussi. Je suis passé sur le billard.
Il y avait bien longtemps que notre chirurgien de famille ne m’avait pas soigné. Il doit
approcher des soixante ans. Je laisserais ma vie entre ses mains plutôt qu’à un de ces
jeunes diplômés qui cherchent la médecine de la tune et non celle du cœur.
Blaise est un super toubib de dépannage, mais il ne pratique pas la chirurgie, sauf dans
l’urgence. Il affirme que chacun a sa spécialité. Mon épaule me fait souffrir, mais guérira.
J’ai trop tardé avant de me prendre en main, ce qui a causé plus de soucis. Étant dur et
résistant à la douleur, j’ai dû recevoir une raclée par ma frangine pour enfin consulter.
D’ici deux semaines, je serai comme neuf, avec juste le souvenir gravé dans la peau que
ma petite Française a voulu me tuer. Par deux fois. Je mettrais ma main à couper qu’elle
n’en restera pas à ces échecs. Elle est tenace. J’aime sa persévérance, mais il ne faudrait
pas que ça devienne une manie. Ce que je lui impose va changer à tout jamais sa vie. Il
n’y a rien qu’elle puisse faire pour modifier le cours de son destin.
Il va lui falloir un temps d’adaptation, surtout pour réaliser que je suis toujours de ce
monde. Sa réaction, lorsque mes bras se sont enroulés autour d’elle pour lui éviter une
chute, n’a fait que confirmer mon hypothèse. Une terreur à l’état brut s’est emparée d’elle.
Si violente qu’elle a perdu connaissance avant de pouvoir se défendre. Il va falloir qu’elle
se nourrisse et vite. Sa santé reste primordiale. Je ne suis pas comme Ragma, je n’affaiblis
pas physiquement ma proie pour mieux l’exploiter. Moi, je veux qu’elle ressente tout,
qu’elle soit pleinement consciente de ce que je vais lui infliger. Je ne sais pas lequel de
nous deux est le plus sadique, finalement.
Je dépose le corps inerte sur la méridienne en fer forgé qui fait face au couloir
d’entrée. Les coussins ivoire sont si moelleux qu’elle s’enfonce dedans avec douceur. Sa
respiration se calme petit à petit, ses paupières papillonnent.
— ALEC… dit-elle dans un souffle.
— Bonjour, Athanaïs.
— Je suis morte ?
Sa déduction me fait sourire. Qu’elle est mignonne !
— Rassure-toi, tu vas parfaitement bien, moi aussi d’ailleurs, ma blessure par balle est
de l’histoire ancienne. Un bon repas te remettra sur pieds.
L’incompréhension transparaît dans ses prunelles. Elle s’assoit en observant autour
d’elle.
— Où suis-je ? finit-elle par articuler, terrifiée.
— Dans une de mes propriétés.
— Ah… et… où, plus précisément ?
— En Grèce.
Elle analyse cette information sous toutes ses formes, toutes ses probabilités. Sa
respiration devient erratique, comme si elle venait de courir un marathon.
— Je dois rentrer chez moi, quémande-t-elle.
— Tu es ici chez toi.
Elle écarquille les yeux de stupeur, me fixe comme si je suis le dernier des abrutis, cequi a le don de m’agacer. Soudain, son expression change. Prise d’hystérie, elle se plie en
deux, rit et pleure en même temps. Ses joues baignées de larmes témoignent d’un combat
interne hargneux. Elle se met debout, mais n’a pas la force de tenir sur ses jambes. Elle
s’accroche à moi malgré sa rancœur. Quelle mouche l’a piquée  ? Le stress engendre
parfois des réactions disproportionnées, voire illogiques. Sa crise s’intensifie encore avant
de se tarir progressivement. Je resserre mon étreinte, ce qui déclenche un mécanisme
d’autodéfense chez elle.
— C’est une blague ? s’écrit-elle.
— Ai-je l’air de plaisanter ?
— Vous n’avez pas le droit ! Ramenez-moi tout de suite !
— Calme-toi.
Elle se débat farouchement pour s’extirper de mon emprise, mais elle est trop faible.
En revanche, elle crie très fort, puise dans ses maigres ressources pour me résister
jusqu’au bout. Sa fragilité m’empêche d’avoir recours à la force. En la ramenant ici, je me
suis engagé à prendre soin d’elle, à ma manière, certes, mais sa santé est primordiale. Je
ne suis pas un sadique. Je la laisse s’époumoner dans mes bras sans bouger. Le fait
qu’elle ne me demande aucun effort la rend encore plus hystérique. Elle tape des pieds en
se tordant dans tous les sens.
— Tonton Alec, ne lui fais pas de mal !
On se fige tous les deux en entendant la petite voix enfantine. Le silence se fait,
glaçant, malaisant.
—  On ne fait jamais de mal aux dames. C’est toi qui me l’as dit, tonton. Qu’elle est
belle !
Thaïs ne comprend pas un traître mot de grec, mais l’apparition de ma petite nièce
calme les esprits. Étrangement, elle semble réceptive à ce petit bout de cinq ans. Peut-être
ne souhaite-t-elle pas l’effrayer. Il faut dire que cette gamine à une gueule d’ange et un
sourire radieux.
— Je vais te lâcher Athanaïs, ne lui fais pas peur, intimé-je.
Elle acquiesce, obtempère. Le sourire de Lina approuve notre conduite plus
respectueuse. Elle quitte le couloir pour s’avancer vers nous. Ses grandes boucles noires,
sa peau mate, ses yeux noirs et sa robe en tulle font d’elle une petite princesse, tout droit
sortie d’un dessin animé. Pendant un instant, je me demande si Thaïs ne croit pas être
sujette à une hallucination. Elle reste figée, les yeux exorbités, le souffle saccadé. Une
crise de panique menace, elle va perdre pied. Je donnerais cher pour savoir ce qu’il se
passe exactement dans ses pensées.
— Lina, retourne jouer dehors ma puce.
— Mais, on va manger.
— Alors, va à table, j’arrive.
— Et la jolie fille ?
—  Elle est encore un peu malade, elle doit se reposer. Je vais bien m’occuper d’elle,
c’est promis.
Elle fait une moue attendrissante avant de partir en sautillant. L’appel de l’estomac est
souvent le plus fort chez les enfants. Thaïs se retourne brusquement. Avant que je ne
devine ses intentions, elle m’assène une gifle qui retentit dans la chambre.
— Espèce de salaud ! Tu me violes alors que tu as une famille !
Quoi ?
Elle me tutoie sans même s’en rendre compte. Son visage est défiguré par le dégoût. Sa
réaction me prend au dépourvu. Qu’est-ce qui lui passe par la tête, bon sang !— Tu es encore pire que ce que j’imaginais ! Ramène-moi en France, ALEC.
— Je n’en ferai rien, tu le sais ! Tu vas devoir te faire à l’idée que tu m’appartiens.
— Mais… mais…
Elle en perd ses mots, se met à transpirer. Son regard cherche une issue de secours, en
vain.
— Athanaïs, tu vas vivre ici que ça te plaise ou non.
— Jamais !
— Crois-tu encore avoir le choix ?
— Bien sûr, on l’a toujours !
Elle redresse la tête pour m’affronter d’un regard franc, volontaire. Je sens la bravoure
pointer le bout de son nez. Où trouve-t-elle la force de me défier alors qu’elle tient à peine
debout ?
— Tu sortiras d’ici que si j’en donne l’ordre.
— Qu’attends-tu de moi ? Tu veux que je sois ta maîtresse, entretenue dans la même
maison que ta famille ? Tu es ignoble.
— Ça suffit ! Cesse ce comportement immédiatement où je te donne une bonne raison
de geindre  ! Tu es fatiguée et moi aussi. Les choses sont ainsi, il ne te reste qu’à les
accepter. Il n’y aura pas de retour en arrière.
Mon ton aussi glacial que mon regard lui fait perdre contenance. Le peu de couleurs
qu’elle avait retrouvé se volatilise.
— Mais… mais… répète-t-elle.
Elle ne comprend pas. Ses réflexions la fatiguent plus qu’elle ne l’est déjà. Je laisse
quelques minutes s’écouler, le temps qu’elle assimile toutes les informations.
— Il faut que tu manges, tu dois retrouver des forces.
— Qu’est-ce que ça peut te faire, raille-t-elle.
— Tu as faim.
Elle ouvre la bouche pour démentir, mais réalise que je dis vrai. Il est certain qu’elle ne
l’avouera pas à voix haute. En silence, je quitte la chambre pour récupérer la desserte
laissée derrière la porte. Quand je reviens, elle semble abasourdie, figée dans une posture
étrange. Ce n’est pas l’assortiment de fruits et de petits pains qui la terrorise, ce sont les
taches rouges sur sa robe crème. Bordel de merde ! La vue du sang ravive sa rage. Les
braises s’enflamment aussitôt.
— Tu as abusé de moi pendant mon sommeil ! s’écrit-elle, qu’est-ce que tu m’as fait ?
Tu m’as mutilée, espèce de connard !
Tête baissée, elle me fonce dessus. Ses maigres réserves d’énergie s’envolent.
Néanmoins, elle crie, plaquée contre mon torse.
Quel idiot ! Je n’ai pas été assez vigilant. Les trois jours sans pilule ont déclenché ses
règles. Il faut que je trouve une solution pour que dame nature ne se mette plus en travers
de mon chemin. Je suis loin d’être un saint, mais abuser d’une femme dans le coma n’est
pas mon kiff. Au contraire, j’aime le rapport de force, les échanges puissants, mais je n’ai
jamais violé de femmes.
La barrière est mince entre mes façons de procéder et une agression pure et dure. Ce
qui diffère  ? J’amène toujours ma victime à me désirer et à l’orgasme. Ça permet de
détruire considérablement les résistances. Elles haïssent leurs corps, leurs faux sentiments,
au lieu de moi, leur partenaire.
— Tais-toi ! sifflé-je à son oreille.
Un frisson la parcourt. Bien. Essoufflée, elle respire bruyamment, mais obéis. À boutde force, elle lutte pour rester consciente, je le devine à ses paupières qui clignent trop
rapidement.
—  Malgré mon envie de toi, je n’ai pas visité ton intimité depuis la dernière fois au
loft.
— Je…
—  Tu as tes règles  ! Je vais faire le nécessaire pour qu’une telle surprise ne se
reproduise pas.
Elle tressaille, comme si mes mots l’avaient giflée. Je desserre mon étreinte, elle
s’enfuit dans la salle de bains. Je sors sans lui adresser un mot. Sur ce coup, Aurora, ma
frangine, va m’être d’une aide précieuse. Gérer les menstruations des femmes n’est pas
mon dada.
— Aura ! m’écrié-je.
Dans cette bâtisse en pierre, les couloirs résonnent comme dans une église. Telle une
femme de maison rurale, elle arrive, le regard sombre. Nous avons au moins ça en
commun.
— Ne compte pas sur moi pour jouer un rôle dans ta machination…
— Elle a ses règles.
— Bon Dieu, quel diable es-tu devenu ! Je t’apporte ce qu’il faut.
Ma sœur et ses gosses sont venus vivre dans cette demeure, il y a quelques années. Son
mari était un de mes meilleurs soldats, il a été tué lors d’un raid en Pologne, il y a cinq
ans. Depuis, elle s’est retranchée ici avec ses quatre enfants pour se couper de ce monde
qu’elle déteste tant. Je sais qu’elle m’en veut de l’avoir privée de l’amour du père de ses
enfants. Alors je n’ai pas hésité une seconde à les surprotéger dans ma montagne. Ils ne
manquent de rien, sont coupés de la société, mais le satellite leur offre éducation, plaisirs,
distractions, communications. Je m’occupe de tout, ils n’ont besoin de rien. J’ai ainsi une
nièce et trois neveux sous ma protection.
Je regagne mes logements privés pour observer ce qu’il se passe dans la chambre sur
mes caméras. Thaïs est assise au sol, secouée de sanglots. Effet secondaire : ses nerfs
lâchent. De plus, sa condition la rend particulièrement vulnérable. Je saisis mon
téléphone, je sais exactement qui contacter.
— Allô.
— Bonjour, Docteur Lasson ?
— Oui !
— Alec Whelan à l’appareil.
— Un problème avec les sutures, mon garçon ?
— Rien à voir. J’ai besoin que vous passiez le plus rapidement possible. Mon pilote se
tient à votre service dès que vous êtes disponible.
— De quoi s’agit-il ?
— De contraception féminine.
— Bien, je ne viendrai pas les mains vides dans ce cas. Je tâcherai de passer ce soir.
— Parfait. Merci.
Je m’enfonce dans mon fauteuil, imaginant la réaction de ma petite protégée en
apprenant son futur rendez-vous médical. Même si elle risque de très mal le prendre, il est
plus que nécessaire. À peine ai-je raccroché que mon portable sonne. Je ne peux
m’empêcher de sourire en décrochant.
— Bonjour Patron ! Toujours en vie ?
— Salut, Kaïna, en forme à ce que je vois.Sa voix laisse transparaître une énergie débordante. Une des qualités que j’apprécie
chez elle. Jamais je ne l’ai vue se morfondre ou fainéanter. C’est une bosseuse, une
acharnée de la vie.
— Ça fait du bien de rentrer. Comment ça se passe avec le petit chat ? se moque-t-elle.
— Elle se réveille seulement.
— Putain ! Tu lui as laissé deux jours de vacances, la classe !
Son arrogance me fait plaisir. Son humeur est plus joyeuse qu’il y a quelques jours.
Même si elle m’en veut de la tenir à l’écart, je sais que cette distance lui est profitable.
— Et toi ? Ta blessure ?
— Suturée. Ni vue ni connue.
— Elle aurait pu te descendre, tu en as conscience ?
—  Je me demande encore comment elle a fait pour me louper, dis-je, avec un rictus
malfaisant.
— Ça te fait rire, en plus ? Se faire buter par une novice que tu veux dans ton lit, la
honte ! Fais gaffe quand même…
— Ton inquiétude n’a pas lieu d’être. Elle n’a même pas un cintre pour tenter de me
percer la peau.
Elle ricane à l’autre bout du fil.
— ALEC ?
— Hum.
—  Elle n’est pas une mauvaise personne, ne fais pas d’elle un monstre. Tu le
regretterais.
— Je sais ce que je fais.
— Elle te déteste.
— Normal ! Elle croit que j’ai envoyé sa mère et son collègue, six pieds sous terre.
— Alors, n’attends pas d’elle des sentiments, ALEC.
Ses mots me touchent plus qu’ils ne le devraient. Et puis quoi encore ? Après toutes
ces années, Kaïna me croit-elle capable de replonger dans tant de mièvreries ?
— Kaïna.
— Ouais ?
— La ferme !
Je coupe la communication sous ses injures, en me marrant comme un môme. Si elle
savait ce que je prépare…