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Français

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Dark feeling

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Description

Dark romance - Suspense - 300 pages


Il m’a anéantie.


Je pensais avoir vécu le pire, mais ce n’était rien comparé à ce qui m’attendait. L’abandon d’Alec reste incontestablement la sentence la plus destructrice qui m’ait été infligée.



Pour la première fois depuis notre rencontre, je me sens morte, dénuée d’âme.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 107
EAN13 9791096384846
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Dark feeling — 3 — Condamnée
3 – Condamnée
Tasha Lann

3 – Condamnée
Tasha Lann

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 979-10-96384-84-6
Photo de couverture : Tverdokhlib





« On ne choisit pas la personne qu’on aime, encore moins celle qui nous aime… »

R e m e r c i e m e n t s

À ma belle-sœur Flore, qui a suivi Alec et Athanaïs, paragraphe par paragraphe, page
après page.
Tu es mon plus grand soutien, ma Chérie.

À ma Team de Bêta-lectrices, Angélique, Carole, Charlie, Katia, Sandra.
Merci les filles !


Une petite dédicace également à ma coiffeuse, Mathilde, qui m’a inspiré le personnage
du même nom. Si vous souhaitez adopter la frange comme Thaïs, n’hésitez pas à faire un
tour au Carré Zen à la Ferté-Bernard. Avec un peu de chance, vous y trouverez un stock
dédicacé de mes romans…
Prologue

Alec
Aimer rend faible. Pourtant, avec Athanaïs blottie dans le creux de mes bras, je me
sens plus puissant que jamais. Légèrement dans les vapes, elle se remet de ses émotions.
Il faut dire que depuis qu’elle a affronté mon regard, il y a six mois, j’ai fait de sa vie
mon nouveau joujou. Elle est arrivée dans mon existence, tel un boulet de destruction,
s’est imposée à mon quotidien de manière irréversible. Quand j’ai quitté le bar ce
soirlà, je n’avais qu’une seule idée en tête ; la revoir pour l’anéantir afin de la posséder.
Aujourd’hui a été mon coup de maître, la fin de son incertitude. Mes griffes l’ont
irrémédiablement agrippée. Elle m’a épousé. Un sourire carnassier se dessine sur mon
visage. Signe d’une satisfaction absolue, d’euphorie grisante. Son parfum fruité et
sensuel me fait soupirer d’aise. Je ne peux m’empêcher d’embrasser son front avec une
délicatesse effrayante. Ses paupières papillonnent à mon contact. Parfait. Chaque
parcelle de son corps réagit comme je lui ai appris à le faire. Elle est formatée au
moindre de mes désirs, même si elle refuse toujours de l’accepter. Je l’ai façonnée afin
qu’elle ait besoin de moi sans pour autant construire de sentiments niais. Sa vue se
stabilise au moment où nous pénétrons dans notre chambre. Je marque un temps
d’arrêt pour lui permettre d’apprécier le spectacle. Ses yeux s’arrondissent sous la
surprise. Ses lèvres charnues dessinent un « O » merveilleux.
Dans cette décoration immaculée, j’ai fait suspendre des boules de roses blanches à
différents niveaux. Des bougies au sol forment un chemin vers le lit nuptial recouvert de
pétales ivoire. C’est majestueux, à la hauteur de ce que nous représentons. Si elle a eu
le pire mariage de l’histoire, sa nuit de noces sera mémorable. Je m’y engage
personnellement.
Je m’avance dans l’allée illuminée, d’un pas aussi lent que certain. La lueur des
flammes danse dans ses iris bleus subjugués. Je l’ai martyrisée, manipulée, violentée,
mais également choyée, puis noyée dans le luxe et la luxure. Pour une jeune femme qui
croulait sous les dettes, sa nouvelle condition la perturbe d’autant plus. Elle s’en veut
d’apprécier ce confort, cet argent gagné bien souvent par le sang. Elle aurait préféré
une geôle pour pouvoir me détester de toute son âme.
Avec délicatesse, je la dépose au centre du matelas. Mon regard se rive au sien ne lui
laissant plus aucune échappatoire. Elle m’observe me dévêtir sans sourciller face aux
promesses perverses et animales que je lui envoie. Mes mouvements précis et gracieux la
captivent. Sa poitrine adopte déjà un rythme différent, plus saccadé. La couleur de ses
joues prend la jolie teinte rosée qui lui va si bien. Elle n’a pas peur. Elle soutient mon
regard avec un soupçon d’affront. Elle est prête. Elle me veut jusqu’au plus profond de
ses entrailles. Enfin…
Je pourrais la posséder et lui offrir ce qu’elle attend. Assouvir le moindre de ses
fantasmes, la combler comme jamais et lui faire oublier une bonne fois pour toutes les
assauts douloureux de son passé, mais… non, je ne suis pas le bon samaritain. Je n’ai
rien d’un ange. Au contraire, je dirais que le diable et moi partageons des gènes
communs. J’ai œuvré pour créer une dépendance chez ma femme. Même si elle me
surprend par sa force de caractère, elle se rapproche de ce dont j’ai besoin. Je n’en ai
pas fini avec elle. Le jeu ne fait que commencer. Je ne dois rien laisser passer, lui
prouver constamment que je suis celui qui contrôle. De cette seule manière, je m’assure
de ne pas la perdre. Jamais.
Mon pantalon de smoking ouvert, je la toise avec appétit, elle est aussi frémissantequ’inquiète. Sans doute se demande-t-elle si elle va être à la hauteur pour cette nuit si
particulière. L’empathie est sa plus grande faiblesse. Le bonheur des autres est toujours
plus important que le sien. Ce trait de sa personnalité la rend magnifiquement
malléable. Néanmoins, je vais la faire atterrir plus vite que prévu. Rien ne m’échappe.
— Tu as hésité, Athanaïs.
Ma voix lui fait l’effet d’une douche froide. Elle tressaille, les yeux écarquillés ; ils
semblent crier «  quoi  ?  ». Sa respiration se bloque et son visage pâlit. Réaction qui
prouve une peur viscérale. Elle peine à déglutir, mâchouille sa salive.
— Tu as douté, affirmé-je en retirant ma chemise.
— Je… ne comprends pas, balbutie-t-elle.
Quand je pose un genou sur le lit pour la rejoindre, elle se redresse tel un ressort, me
facilitant la tâche : mes doigts s’enroulent autour de son cou si fragile.
— Tu ne voulais pas devenir ma femme, Athanaïs ?
Elle frémit ; j’adore quand son corps se tend, aux aguets, dans l’attente du moindre
de mes faits et gestes. Je la fixe en sondant son âme. Perturbée, elle s’efforce de rester
maîtresse de ses réactions. Une multitude d’émotions traverse son doux visage.
— Je n’avais pas… pour objectif de me marier ce soir… ni de revoir ma mère
décédée. La dernière fois que je t’ai parlé, tu as empoisonné ma bouteille d’eau, Alec.
Ma petite Koukla. J’aime tant quand elle joue la plus maline. Sa franchise m’a
toujours beaucoup amusé. Elle me cherche, mais n’assume pas les conséquences de ses
paroles.
— Tu ne réponds pas à ma question, chérie.
Je pince les lèvres pour lui montrer que ma patience a tout de même des limites. Son
mutisme devient sa meilleure arme. Il l’empêche de dire des âneries. Elle a cette
tendance à trop déblatérer et aggraver sans cesse sa situation. La voir s’enliser me
procure un frisson d’allégresse.
Sa répartie peut être très positive quand on vit célibataire dans une loge sous les
toits, mais cette qualité est dangereuse dès qu’un homme comme moi jette son dévolu
sur une fille comme elle. Au lieu de fuir, elle a pris part au jeu. C’est à cause de ça
qu’elle se retrouve aujourd’hui en pleine nuit de noces non désirée. Nuit de noces… Il
me tarde de lui montrer que moi seul peux la combler, lui procurer un plaisir qui va
l’amener aux portes de la folie.
La pression sur sa trachée lui arrache un gargouillis déplaisant qui me sort de ma
douce rêverie.
— Ma petite Thaïs pense encore pouvoir m’échapper ? me moqué-je.
Ses muscles se figent, sa respiration cesse à nouveau. Elle ne veut pas attiser la bête
qui sommeille en moi. Quelques secondes passent, puis, tout à coup, ses jambes
s’enroulent autour de mes hanches, m’emprisonnent. Aussitôt, mon bassin percute le
sien. Voilà le genre de surprise qu’elle m’offre continuellement. Elle entrouvre les lèvres
en gémissant, je ne résiste pas. Ma langue déloge la sienne, la force à adopter un
mouvement langoureux qui me fait tourner la tête. Le désir qui grimpe entre nous
occulte sa raison et cet aparté est le bienvenu.
— C’est ça que tu veux, ma Douce  ? Que je te possède  ? Mais dis-moi… de quelle
manière tu préférerais ?
Pour toute réponse, elle ondule sous moi. Un rictus de victoire naît sur mon visage.
Je la lâche, laissant l’air regagner le chemin de ses poumons. Son inspiration prolongée
résonne comme une apaisante mélodie.
Je dépose une rivière de baisers à travers le tissu satiné tout en descendant, dénouantainsi son emprise… Une fois au pied du lit, je tire violemment sur ses chevilles. Elle se
retrouve assise avec mon visage entre ses jambes. Je me glisse sous sa robe, découvre
des dessous affriolants. J’en mordille aussitôt la dentelle. En un rien de temps, elle est
humide d’envie. Son corps réagit au quart de tour à la moindre de mes tentatives. Je l’ai
réduite à devenir ce dont j’ai «  faim  ». Si elle paraît à l’aise, je perçois une réserve
palpitante sous sa peau. Celle qui la met en garde contre le mauvais type que je suis. Ça
aussi je lui ai appris à le faire.
Soudain, une vive douleur m’immobilise, occultant ma vue quelques instants.
— Alec ! Alec ! ALEEEEEC !
La voix de Thaïs résonne à mes oreilles comme le bourdonnement d’une mouche qui
s’éloigne. Un insecte qu’on doit virer de sa chambre pour couler une nuit paisible. Mon
ouïe se met en sourdine, me paralyse dans une bulle floutée. Plus je m’efforce de rester
conscient, plus l’étourdissement gagne du terrain. Le froid soudain du sol me percute de
plein fouet. Je m’accroche aux paroles d’Athanaïs qui s’époumone de mon prénom
jusqu’à ne plus rien percevoir. Les dés de la dernière partie sont lancés.



Prologue

Athanaïs
Alec ne se relève pas. Il reste inexorablement inerte sur le sol, tel un pantin désarticulé.
Les secondes me paraissent des heures tandis que je le fixe, le cœur battant à tout rompre.
Au lieu de lui venir en aide, Blaise m’entraîne à travers les décombres. J’ai beau hurler, le
frapper, me contorsionner, il ne me lâche pas. Pour les agents d’Alec, une mission doit
être menée, peu importe les dommages collatéraux, et quel qu’en soit le prix à payer. Seul
le but compte. Une question de loyauté, de principe, d’honneur… J’ai clairement
conscience de cette clause alors, je redouble d’énergie. Je suis bien décidée à me faire
entendre.
— Alec ! Alec ! ALEEEEEC !
Mes cordes vocales vibrent douloureusement sous l’effort. Le cri strident n’a aucun
effet sur l’interpellé. Les balles qui sifflent dans la pièce ne m’affolent pas autant que la
vision du mercenaire intouchable au sol. J’ai toujours su m’adapter au pire. Mon esprit
flexible surmonte sans cesse les claques du quotidien. Néanmoins, il serait difficile
d’imaginer plus terrible à cet instant. Je viens de me marier avec l’homme qui m’a
kidnappée. Notre union tout juste officialisée, voilà que son mode de vie s’impose à moi
de la plus effroyable des façons : la guerre. Ma longue robe empêche mes jambes d’être
efficaces dans ma rébellion. Toutes mes perceptions sont mises à rude épreuve. Entre
l’entrave, le capharnaüm, les tremblements, l’odeur de poudre, de poussière, de fer, mes
sens sont perturbés. Si ma cage thoracique comprimée n’était pas si douloureuse, je
pourrais croire être une shootée en plein trip. Un grognement monte dans ma gorge, de
frustration, d’impuissance.
— Blaise, lâche-moi !
Ses bras se resserrent autour de mes épaules comme une énorme liane sur le point de
m’étouffer. Peu importe, il se passe trop de choses en moi pour que j’abdique aussi
facilement. Ce qui navigue dans mes veines n’est pas prêt à capituler, pas cette fois. Mes
yeux ne quittent pas Alec, toujours immobile, recouvert des débris du plafond. La salle si
solennelle, il y a quelques minutes, n’est plus qu’une ruine remplie de gravats.
— Il faut te mettre en sécurité, Athanaïs, grogne Blaise.
— Ne t’occupe pas de moi, bon sang…
— Tu sais très bien que tu n’as pas ton mot à dire.
Ce n’est pas mon corps svelte qui lui donne du fil à retordre, mais ma volonté. Je
dompte la bête sauvage en moi que j’avais délibérément – ou non – muselée. Telle une
véritable acharnée, je me cabre, imitant une lionne emprisonnée à qui on vole son bébé.
Je suis prête à tout pour prendre les commandes de ma vie. Malgré tout, je perds petit à
petit du terrain, car la vue du couloir s’impose. Les cris, les bombardements, les ordres
recouvrent mes propres paroles. Soudain, je me fige d’effroi. Pire qu’une violente
gifle non méritée. Je prends brutalement conscience de l’impact destructeur d’Alec dans
mon destin. Sa présence n’est qu’un tsunami dévastateur qui démolit tout sur son passage
pour mieux reconstruire. Il est plus que le guide, il est le décideur, le dominant, le DIEU.
Il a les totales commandes sur absolument tout ce qui me concerne. Plus que sur ma vie,
sur celle de chaque humain qui me côtoyait. Rien ne l’arrête, cet homme contrôle chaque
détail, aussi infime soit-il.
Le regard de ma mère rencontre le mien. Même si elle se trouve dans une position
similaire à la mienne  ; ceinturée par les bras d’un type costaud  ; elle se laisse faire
passivement, comme s’il ne pouvait pas en être autrement. Au moment où je m’apprête àl’appeler, ils disparaissent. Une peur panique me noue l’estomac, un mauvais
pressentiment qui résonne en écho lointain.
— Hey ! m’écrié-je.
Ils ne peuvent pas me la retirer si tôt. Pas après m’avoir infligé sa mort en direct, pas
après nous avoir séparées si brutalement. Personne ne peut nous priver du droit d’être
ensemble, de décider pour nous ce qui est autorisé ou non. Personne, sauf Alec. Si je ne
me bats pas maintenant, il sera trop tard. Je frappe mon coude dans les côtes de Blaise.
Une fois, deux fois, trois fois. S’il ne semble pas ressentir de douleur, elle me submerge
jusqu’à l’os. Toutefois, irrité par ma révolte, il accélère le pas. Par tous les moyens, je
cherche à le déstabiliser. Une de mes chaussures échoue sur le sol. Elle reste là,
abandonnée dans cette apocalypse assourdissante. Je ne finirai pas comme elle ! Je refuse
d’aller à l’abri, alors que ma mère est amenée je ne sais où, qu’Aurora et les enfants sont
en danger, qu’Alec est blessé... Et qu’on me veut du mal. Clairement, je suis autant « 
attaquée  » que toutes les personnes ici présentes. Je ne suis pas un petit truc futile à
foutre de côté dès que l’occasion se présente  ! Avant la programmation d’un plan
d’action digne de ce nom, on s’engouffre dans l’obscurité d’une pièce jamais visitée. Puis
brusquement, toute entrave disparaît. Je n’ai pas le temps de chercher mon équilibre sur
un seul talon qu’une aiguille me transperce le cou dans une douleur désagréable. Je
chancelle autant sous l’impact que sous cette trahison. Les larmes se déversent aussitôt.
Une fois encore, mon corps, ma liberté, mon libre arbitre me sont volés.
— Blaise…
— J’ai des ordres, Madame Whelan.
Ses mots me paraissent déjà si lointains. Mes pensées se dispersent pour ancrer dans
ma mémoire les évènements de cette soirée hors du commun. Mais les sentiments que je
ressentais il y a quelques minutes, l’apaisement d’avoir enfin «  une famille  » ne sont
dorénavant que chimère. Des mains rugueuses me soutiennent tandis que je ne deviens
pas plus animée qu’une poupée de porcelaine.





Chapitre 1

Athanaïs
Mon propre gémissement me tire du sommeil. Pas d’un repos paisible, non, d’un néant
inquiétant et effrayant qui bloque mes capacités cognitives. Plus la réalité reprend ses
droits, plus l’angoisse m’étreint. Je cherche un contact, une odeur, un bruit, quelque
chose à quoi me raccrocher, mais rien, que le gouffre intersidéral. Mes paupières ont du
mal à rester ouvertes. Elles papillonnent avant d’enfin obtempérer pour une période de
flottement. Le temps et l’espace se mettent progressivement en place dans mon esprit.
Un son terrifiant me glace alors le sang. Je tends l’oreille pour l’identifier. Quand il se
reproduit, je soupire en me léchant les lèvres pour les réhydrater. J’en rirais presque, si je
n’étais pas si fatiguée. Ce n’est que mon estomac qui crie famine.
Je me redresse sur les coudes, puis m’assieds. Ma peine pèse des tonnes. J’ai une
minute de latence avant que mon esprit percute les informations. Je reconnais l’endroit où
je suis, mais c’est impossible. Après avoir malaxé mes tempes quelques secondes, je
réalise que le décor ne change pas. Je bats des jambes pour quitter le lit, manque
m’empêtrer dans le drap, puis tombe sous l’effort que je demande à mes muscles
engourdis. Cependant, ma détermination me fait ouvrir la porte dans la précipitation.
Putain de bordel de merde… ce couloir  ! Je me tiens au mur pour ne pas m’étaler de
confusion. Je déboule dans la cuisine, le four indique 7 h 30. Les lueurs qui s’infiltrent
sont celles du lever du soleil. Je ne rêve pas. Je suis de retour au loft. En France.
Comment est-ce possible ? Je touche le plan de travail. Il est bien là, solide, froid, et lisse
sous ma paume. À cet instant, la violence des sentiments que me procure cette réalité
éradique toute raison. La joie me plaque un sourire béat sur le visage. Une de ces bananes
niaises qu’on affiche quand la satisfaction est à son paroxysme. Plus que ça, un
ricanement étonnant entre le cri d’un babouin et un gloussement de dinde envahit les
lieux. Le fou rire me tord en deux. Je m’accroche au béton ciré pour rester digne sur mes
genoux. Les larmes ne tardent pas, de jubilation, d’effarement.
Impossible. C’est trop beau pour être vrai ! Il y a pourtant longtemps que j’ai cessé de
croire aux miracles, mais je ne parviens pas à me calmer. Soudain, je m’étrangle avec ma
salive. Un couinement pathétique sort de mon œsophage. Je contemple ma main gauche
accrochée désespérément aux rebords. Une bague argentée encercle mon annulaire. Je la
fixe sans oser respirer à nouveau. C’est comme si, d’un coup, tout l’air avait été aspiré
hors de la pièce. Petit à petit, tout me revient en mémoire. Des flashs qui me font l’effet
d’une cascade de claques plus brutales les unes que les autres. Je vacille sous mon propre
poids. Ma mère est vivante  ? Kaïna en robe  ! Je me suis mariée  ! L’explosion  ! Alec
inanimé au sol sous les décombres. Tout arrive en désordre.
— Ce n’est pas vrai…, murmuré-je perdue dans mes visions.
Ma main effleure l’endroit où je ressens encore l’injection de somnifère. Je n’ai aucune
idée de l’information la plus importante. Qu’est-ce qui m’étonne le plus ? Le fait que je
sois mariée à un mercenaire, que ma mère n’ait pas vraiment été assassinée, que je sois de
retour chez moi, ou que mon « mari » soit blessé ou peut-être mort ? J’aurais alors eu le
mariage le plus éphémère de toute l’histoire de l’humanité, soit à peine une minute.
Finalement, je glisse sur le carrelage, incapable de soutenir la charge de mes pensées.
Sa fraîcheur imprègne mes paumes moites d’horreur. Nous avons été attaqués  ! Alec
n’avait pas prévu un tel assaut. Il a sous-estimé ses nombreux ennemis. Une erreur qui lui
a coûté cher. Ses yeux torturés de frayeur transpercent toutes mes défenses. Il a été atteint.
Si profondément que son cœur a été touché. Coulé ! Ce qui signifie qu’il en a bien un.Dans son regard, j’ai perçu ma propre angoisse. Pour une fois, nous étions empreints à un
sentiment commun.
De quoi a-t-il eu peur  ? De sa mort  ? De celle de sa famille  ? Éventuellement de la
mienne ?
Oh… Aurora et les petits sont-ils en sécurité ? Cette femme et sa progéniture sont tout
ce dont j’ai toujours rêvé, avec une maman dévouée pour mon bonheur. Je l’admire et
l’apprécie, malgré le fait qu’elle soit actrice de ma captivité. Elle a fait en sorte que je me
sente bien. À chaque moment de faiblesse, elle m’aidait à relativiser. Elle aime son frère,
d’un amour qui me dépasse, mais ça ne l’a pas empêchée de me prendre sous son aile et
de tout faire pour m’accueillir avec le sourire. Grâce à elle, j’ai surmonté plus d’un mois
de séquestration en Grèce, au sommet d’une montagne.
Un rayon de soleil perce par une lucarne. Je plisse les paupières pour me protéger.
Tant bien que mal, je me remets sur pieds. Aussitôt debout, la cuisine tourne. J’avance
vers le frigo que j’ouvre à la hâte. Je saisis une briquette de jus de fruits et la bois d’une
traite. Trop vite, car une fois dans l’estomac, elle remonte en flèche. Je crache dans
l’évier, les abdos contractés. Je m’asperge d’eau froide pour me sentir mieux. Ça
fonctionne.
Par expérience – merci, Alec – je sais que je ne tolère pas les anesthésies. Ça, plus le
stress, mon corps crie au burn-out.
J’inspire, expire. Durant un long moment, je me concentre sur ma respiration. Yeux
clos, je fais le vide. Du moins, j’essaie, car l’image de maman souriante m’entraîne vers
un avenir calculé et irrémédiable. Assaillie de questions, je ne parviens plus à réfléchir
correctement. Néanmoins, je me fais violence. J’attrape une pomme dans la corbeille, un
croissant en sachet sur le bar et file dans le salon. Les détecteurs de mouvements allument
les spots à mon arrivée. Je me laisse littéralement choir dans le canapé. Je frissonne
d’effroi en me rappelant que c’est ici même que j’ai vu la voiture de Julie exploser. Sur
pilotage automatique, je mâche et avale mon repas. Mes crampes s’estompent. Soudain,
comme si le sucre réveillait d’un coup ma matière grise, je bondis sur mes pieds. Je suis
en France ! Julie !
Une montée d’adrénaline grille ce qui me reste de rationalité. Ma robe de cérémonie
s’est volatilisée pour des sous-vêtements. Qui m’a amenée ici et dénudée  ? Refusant de
deviner l’identité, je retourne dans la chambre pour enfiler des habits. J’en trouve dans la
commode. Les mêmes que ceux dénichés lors de mon séjour forcé. L’empressement me
fait trembler. Je mets une paire de tennis blanche laissée à mon intention et galope vers
l’entrée. Tout ce qui compte, c’est revoir mon amie. Je pense ni à fuir ni à vérifier une
quelconque présence. Je ne suis pas assez lucide pour un tel raisonnement. Le cœur
battant la chamade, je passe mon fameux bracelet devant la porte, exactement comme le
faisait Alec. Au lieu du cliquetis attendu, une chaleur vive se répand dans mon bras.
— Aïe ! m’écrié-je en bondissant en arrière.
Dans l’élan et avec la force débile du désespoir, je scanne une seconde fois, même
punition. L’adrénaline toujours présente fricote avec la colère. Il m’est inconcevable
d’être dans ma ville sans pouvoir approcher ma famille de cœur. Niveau torture, ça serait
le summum. Je pivote sur mes talons et cours à l’étage. Je connais le chemin pour l’avoir
déjà emprunté pour me faire la belle quelques mois plus tôt. Je prends soin de vérifier sa
chambre pour ne pas tomber dans une embuscade similaire ; rien à signaler. D’ailleurs, je
ne ressens aucun danger imminent. Je sais qu’il n’y a personne. Je cherche la poignée à
tâtons en appréhendant, mais me rends vite à l’évidence ; elle a été retirée.
— Espèce de salaud ! m’exclamé-je en frappant un coup sec dans la vitre.
Tout en massant mon poing endolori, j’examine la pièce. Clean, basique,impersonnelle : deux chevets, un placard intégré, un lit. C’est là que mon regard accroche
un détail de taille. Une bombe de TNT explose dans mes veines. D’un mouvement vif et
incertain, je saisis le téléphone blanc posé au centre du matelas. Pas n’importe lequel, le
mien. Il se déverrouille en captant mon visage. Purée ! L’écran d’accueil avec l’unique
application installée me souhaite la bienvenue en enfer. De nouvelles images s’infiltrent
alors, s’imposent à moi de manière bouleversante. Des souvenirs douloureux, très récents,
qui pourtant me font l’effet d’appartenir à une autre vie. Max et Cédric dans leur cellule,
l’épreuve de force, l’humiliation d’Alec, la manipulation, le viol, la drogue.
Le petit déjeuner commence à tourner dangereusement dans mon estomac. Je ne sais
pas ce qui me perturbe le plus ; être abandonnée ici, être mariée et enfermée, ou avoir le
contrôle sur le destin de mes violeurs… Rien de tout ceci n’est logique.
Un malaise me gagne. Alors… ça veut dire… ce peut-il que… OH MON DIEU  !Alec
Whelan serait-il vraiment hors circuit ? La colère qui me guidait jusque-là s’évapore, me
laisse dubitative. J’ai tant souhaité cet état de fait que finalement, je ne sais pas comment
réagir. Je suis perdue entre le vouloir et le pouvoir. Mon vœu aurait-il été exaucé  ? À
moins que je ne sois au bord de la folie, prête à basculer dans un monde qui me paraît
plus abordable.
Mon corps affiche deux réactions bien distinctes : un sourire dément et un pincement
au cœur. Une grosse pression, comme si mon muscle vital était devenu l’antistress d’une
entité céleste. Ma cage thoracique se gonfle à un rythme effréné. Une multitude
d’émotions me baffe douloureusement. Mon esprit s’enclenche avec chacun de ses
rouages. Qui souhaite notre mort  ? Si Alec a définitivement disparu, pourquoi suis-je
précisément ici ? Je fixe mon alliance, complètement paumée, jusqu’à ce qu’une théorie
me secoue les neurones. On m’a abandonnée. Alec, puis Aurora. Elle n’a pas voulu
s’encombrer de sa belle-sœur insoumise. On me jette telle une vulgaire poupée obsolète.
Mais alors, pourquoi contrôler mes déplacements ? Pour s’assurer de mon silence ? Que
vais-je devenir  ? Alec a brisé tous mes repères pour m’en imposer de nouveaux. J’ai
résisté corps et âme en les refusant. Pile au moment où une partie de moi cède, lui offre
une chance de me prouver qu’il peut me rendre heureuse, tout s’écroule. Là, tout de suite,
son absence crée un trou noir dans ma poitrine. J’ai l’impression de tomber dans un puits
sans fond. J’attends la chute, le fracas qui éparpillera mon esprit en des morceaux
sanguinolents. Je ne suis pas prête à faire mon deuil. Je n’y crois pas, personne ne peut
avoir autant de malchance.
La question m’empêche presque de déglutir ; si je suis seule dans ce loft, comme une
âme perdue, cela veut forcément dire que maman n’a pas survécu  ? L’explosion
sentimentale, qui m’a presque fait mourir d’espoir il y a quelques jours, me coupe toute
vitalité.




Chapitre 2

Athanaïs
J’erre comme une âme en peine. Je ne sais pas ce qu’on attend de moi. Pourquoi toute
cette mise en scène ? Le pic de stress laisse place à une lassitude oppressante. Mes pieds
me traînent jusqu’à «  ma chambre  ». Peut-être le seul endroit sécurisant à mes yeux. Je
m’enroule dans la couverture, les neurones en vrac. Je glisse le téléphone sous mon
oreiller pour ne plus le voir. Mes pensées partent dans tous les sens, me faisant vivre de
vraies montagnes russes émotionnelles. Vite… que ça s’arrête ! Pour une fois, mes vœux
sont exaucés. Presque aussitôt, je sombre dans un monde qui n’appartient encore qu’à
moi. Pas longtemps. Du moins, c’est l’impression que j’ai quand, affolée, j’ouvre les
paupières. Je me demande un instant pourquoi je suis réveillée le cœur battant à tout
rompre, et surtout, pourquoi un mauvais pressentiment me dresse les poils au garde à
vous.
Je m’assieds, l’oreille aux aguets. Un bruit. Oui, c’est ça. J’ai entendu quelque chose.
Je me lève, telle une ombre, puis avance vers la porte entrebâillée, guette un quelconque
son suspect. Mon instinct me pousse à prendre à droite pour vérifier l’entrée, mais rien à
signaler. Alors, à pas de loup, je rebrousse chemin jusqu’à la cuisine. Tout de suite, le
changement me saute aux yeux. Une vraie lame de katana me transperce la colonne
vertébrale. Un bouquet de fleurs trône au centre de la table. Majestueux, magnifique, il
m’offre un souvenir vif. Une trentaine de splendides roses blanches me mettent en apnée.
Elles sont les témoins d’un mariage bref, de retrouvailles éclair. Leur présence n’est pas
un hasard. Mon corps se tétanise, dans l’attente imprévisible d’un ennemi probablement
tapi dans un coin. Seuls mes yeux sillonnent la pièce à la recherche d’un signe intrusif. Au
bout de longues et interminables minutes, je me rends à l’évidence  ; il n’y a plus
personne. L’air devient tout à coup plus léger.
Quelqu’un se donne du mal pour rester invisible. C’est à se demander si le personnel
du monastère n’a pas aussi fait partie du « licenciement Whelan ». Paya, Abraham et Ada,
un trio si discret que je ne les ai jamais rencontrés lors de mon voyage en Grèce. À ces
pensées, mon cœur a un loupé. Si ça se trouve, ils sont tous morts dans l’attaque.
Tellement violente et succincte que j’en garde peu de souvenirs. Le chaos, les détonations,
les cris, le sol vibrant sous mes pieds et l’accident… Un cliquetis me tire de mes songes.
Presque imperceptible. Chaque bruit a son importance, son danger. Tout s’enclenche dans
mes pensées avec une soudaineté effrayante. Mon expression se ferme et mes sourcils se
froncent. Ces roses ne sont pas arrivées ici toutes seules. On m’espionne, me manipule,
encore et toujours. Un pion, voilà à quoi je suis une nouvelle fois réduite.
— Alec, arrête ce petit jeu  ! Je sais que cet appartement est truffé de caméras et de
micros. Tu me prends vraiment pour une imbécile ? À quoi ça rime, tout ça ?
Je croise les bras, le nez en l’air, comme pour m’adresser au Saint-Esprit. Pour toute
réponse, le silence me nargue. Je siffle de mécontentement entre mes dents avant de
baisser le regard. Ces fleurs m’atteignent en plein cœur. Chacune d’elle représente une
balle qui aurait pu se loger dans ma chair ou dans celle de ma mère…
J’arrache le bouquet du vase et le broie entre mes doigts avant de le jeter au sol.
L’engrenage arrive. Je ne parviens plus à m’arrêter. Je dois détruire tout ce qui se
rapproche de près comme de loin à ce souvenir poignant. L’eau se renverse, le verre se
brise contre le frigidaire. À bout de souffle, je reste pantelante devant mon œuvre qui
ressemble à se méprendre à ce que j’ai vu dans la chapelle du monastère. Même s’il
représente un souvenir-choc, il m’ancre cependant dans la dure réalité. Je suis saoule demon passé, d’un trop-plein de poisse. Le poison de Blaise caresse encore mes parois
veineuses. Étonnamment, je n’ai pas de nausée. Mon corps a fini par s’habituer à cette
entrave chimique. Je m’adosse au mur, puis épuisée, glisse le long. Je ferme les yeux, mes
capacités cérébrales profitent de ce mince répit.
Dès que je passe en phase de sommeil léger, je perçois la transition. Tout est plus clair,
plus limpide dans mon esprit. Mon sang a évacué la drogue. Je me sens comme jamais je
me suis sentie. Une volonté primaire dirige mes actions. La douceur des draps sur ma
peau ne m’étonne même pas, je suis trop habituée aux surprises de ce genre.
Je prends une douche, déjeune dans une cuisine rutilante, avant de visiter de fond en
comble le loft. S’il s’imagine que je vais attendre sagement enfermée ici, il se méprend sur
mon compte  ! Bon, la plupart des portes restent closes, mais cela n’entache en rien ma
détermination. La salle de surveillance, ainsi que cinq pièces gardent leurs mystères.
Malgré ma curiosité, je relativise en me disant que je n’aimerais sans doute pas ce qu’elles
dissimulent. Je passe mon bracelet devant la dernière ouverture du rez-de-chaussée, celle
où je ne veux pas entrer, mais tente tout de même. Contrairement aux autres, le clic du
verrou m’agresse les tympans. Mon cœur s’emballe. Je pousse le battant sans avancer.
L’immense billard me noue les entrailles. Sombre, massif, robuste comme son
propriétaire. Ce meuble me renvoie à la première fois où il a voulu me posséder. En me
mentant, je dirais violer, mais l’ambiguïté entre nous est trop forte pour l’affirmer. Une
suée me parcourt l’échine. Aucun hasard. Ce n’est pas une coïncidence si je suis autorisée
à pénétrer dans cette unique salle. Sa provocation me conforte dans la manière dont
j’appréhende l’avenir ; je dois sortir d’ici par n’importe quel moyen. Alec va finir par se
montrer – lui ou quelqu’un d’autre — et plus jamais je ne reviendrai en France. Je pensais
déjà avoir perdu tout espoir alors pas question que je laisse passer ma chance. Après tout
ce que j’ai enduré, je ne suis pas contre un peu de positif. On a tous une bonne étoile, il
est temps que la mienne brille.
Comme il le dit si bien, il n’accorde rien au hasard. Chacune de ses parties est préparée
avec soin pour une victoire assurée. Alors, suis-je dans une nouvelle machination ? En
at-il terminé avec moi ? Une petite voix me chuchote que ça ne peut pas être aussi simple.
Il se passe quelque chose. J’ai bien vu dans son regard, dans le dernier que nous avons
échangé… il y avait de la crainte, mais pas que, une sorte de promesse silencieuse. Je
secoue la tête.
— Tu deviens folle, ma vieille, bougonné-je.
Je tourne les talons, avant de sortir en claquant la porte. Je la sens grandir en moi.
Prendre de plus en plus de place. Elle efface la nervosité et tous autres sentiments
handicapants  ; la rage dévastatrice qui éradique toute lucidité. Je serre la mâchoire en
même temps que j’attrape le manche d’un couteau de cuisine. Il est temps que je saisisse
les rênes de mon destin. Je ne suis pas attardée au point de me pointer chez Julie ; « Hello
c’est moi, appelle-moi Jésus » ! J’ai été enterrée, c’est un fait. Mais rien ne m’empêche de
reprendre ma vie en gardant un œil sur mes amis.
Une fois dehors, je trouverai le moyen de contacter maman où qu’elle soit retenue. Je
doute qu’Alec l’ait séquestrée dans un hôtel cinq étoiles durant quatre mois. Il l’a soignée
à la vitesse de l’éclair. Les professionnels qui s’occupent d’elle doivent être réputés. Je
commencerai mes recherches par là. Pour le moment, le plus urgent est de me débarrasser
de ce fichu bracelet. Pas question qu’il m’électrocute à volonté.
— Si tu crois que tu vas encore jouer avec moi, espèce de psychopathe…, marmonné-je.
Extérioriser mes pensées me galvanise. Rien ne peut me résister, j’ai enfin une mission
concrète.
— Je n’ai pas dit mon dernier mot… tu m’as fait subir bien plus terrible que ça !
La lame glisse aisément entre ma peau et le silicone. Le métal froid retranscrit le danger
de l’acte. Je pourrais m’entailler, enfoncer le tranchant dans ma chair tendre et délicate,
mais je n’en ai que faire des risques que j’encours. Seul mon objectif compte.
Tu as vu, Alec, j’ai bien appris ma leçon.
Je redresse au maximum la partie aiguisée vers le plafond pour être certaine de ne
sectionner que le caoutchouc protecteur et commence à limer. Soudain, ma gourmette
connectée vibre, clignote, puis s’éteint. Je recule précipitamment la lame, m’attendant à un
châtiment effroyable. Devant ma plus grande confusion, elle ne se réactive pas, aucune
réaction. Grisée par une forte intuition, je cours jusqu’à la porte d’entrée. La neutralisation
de ma prison technologique devrait permettre à mon empreinte de me libérer.
Yes, j’ai vu juste !
Elle obtempère, sans douleur ni résistance. L’air frais et humide qui caresse mes
pommettes a un goût de patrie. Les larmes me montent aux yeux, alors que mes pieds sont
toujours cloués à l’intérieur.





Chapitre 3

Alec
Tout comme mon ouïe, mes autres sens se réveillent. La douleur m’irradie, broyant
chacun de mes os par une pression insoutenable. Malgré mes efforts, je ne parviens pas à
occulter ce supplice. Il empêche mes pensées de refaire surface. Quoi qu’il en soit, ce
n’est pas une bonne nouvelle. J’ai déjà ressenti cela, j’avais 17 ans, un gang de
légionnaires m’avait capturé en Pologne, puis laissé pour mort dans un trou perdu. J’ai
survécu à mes blessures pour renaître plus déterminé que jamais. Là, c’est différent, la
température ambiante, l’odeur, les sons, rien de comparable.
Soudain, un flash me vrille le cerveau. Des roses blanches. Le choc m’ouvre les
paupières. DANGER. Aussitôt, je suis comme dopé à la nitro. Ma vue se stabilise tandis
que je me redresse en grimaçant. Ça fait un mal de chien, putain ! Je grogne comme un
loup enragé. Jamais de ma vie je n’ai éprouvé une telle fureur. Elle est si dévastatrice que
je ne perçois aucun picotement quand je m’assieds. Une silhouette arrive précipitamment
à mes côtés.
—...