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Description

J'avais tenté d'échapper plusieurs fois à mon destin, et pour cela j'avais mis les moyens... mais ce genre de chose vous rattrape !


La preuve : les Unseelies m'avaient enlevée, et j'allais découvrir le véritable sens du mot esclave.

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Publié par
Nombre de lectures 36
EAN13 9782365408646
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tombola Surnaturelle La vie, c’est plein de situations qui s’imagent avec des expressions. Episode 3 : Décision Ue Suzanne Williams - Nouvelle -
« LeCodedelapropriétéintellectuelleetartistiquen'autorisant,auxtermesdes alinéas 2et3de l'article L.122-5,d'unepart,qu e les «copiesou reproductions strictement réservées à l'usageprivé du copiste et non destinées à une utilisation collective»d et, 'autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d'exempleetd'illustration, «toute représentationou reproduction intégrale,ou partielle, faite sans le consentement de l'auteur o u de ses ayants droit ou ayants cause,illicite » est (alinéa 1er de l'article L. 1 22-4). « Cette représentation ou reproduction,parquelqueprocédéquecesoit,cons titueraitdonc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. » ©2015Les Editions Sharon Kena www.leseditionssharonkena.com ISBN : 978-2-36540-864-6
~ Chapitre 1 ~ Atterrir en Faerie, c’est comme « avoir l’humeur qui rampe derrière son ombre ». Le Roi des Unseelies était mon nouveau Maître. Aprè s que ses sbires m’eurent traînée de force devant lui, il m’examina de très p rès, observant les marques de coups de Thomas, et allant jusqu’à m’ouvrir la bouc he pour regarder mes dents... Je flippais trop pour lui demander s’il me confonda it avec une jument. Malgré ça, je ne pus m’empêcher d’avoir l’image d’un marché aux b estiaux, avec moi dans le mauvais rôle... encore. Ça devenait lassant à force . Le Roi se montra satisfait à tel point qu’il décida qu’il me gardait pour son usage exclusif. Ça sentait les ennuis à plein nez ! Heureusement, ça ne fut pas pour tout de suite. L’étrange monarque Unseelie fut appelé ailleurs. Pour mon plus grand soulagement, la salle du trône se vida. Tous le suivirent comme un troupeau de caniches. Pathéti que. Je me retrouvai donc seule dans cette immense pièce faite de marbre et d e moulures, tout était décliné en teinte noire, rouge et or. C’était somptueux, ma is ce n’était pas chez moi. La solitude et le désespoir s’abattirent sur moi à une vitesse fulgurante. Sans m’en rendre compte, je m’affalai sur le sol pour pleurer toutes les larmes de mon corps, priant pour que tout ceci ne soit qu’un cauchemar. Des images me revinrent : Alec tuant cette traîtresse de Sophia, Cimeriès faisant disparaître cette raclure de Thomas. Je ne pouvais pas avoir imaginé ça. Ni même envisagé qu’Alec puisse rompre notre accord pour me donner à Cimeriès parce que je refusai qu’il me transforme et qu’il pensât que c’était mieux pour m oi. Je me roulai en boule sur le marbre gelé pour tenter en vain de contrôler mes sa nglots. Les symptômes d’une crise de panique possédèrent peu à peu mon corps. J ’explosai et je laissai sortir tous les cris qui encombraient ma gorge. Une main se posa sur mon épaule. Je sursautai et je me relevai d’un bond. Un homme portant une sorte de toge grisâtre hideuse en tissu qui gratte se tenait devant moi. À sa mine blafarde et à son regard hant é, je devinai sans problème qu’il s’agissait d’un hybride. — Viens avec moi. Il ne m’attendit pas. Il se dirigea vers la grande porte, certain que je le suivrai. Et il avait raison, j’étais tellement paniquée à l’idé e de rester seule ici et de voir les Unseelies revenir que je trottinai derrière lui en essuyant mon visage. Près du mur, je remarquai un mouvement. Je ralentis pour repérer une paire d’yeux qui me fixait. Elle semblait posée dans le vide, mais je pus tout de même distinguer une forme floue qui s’apparentait à un corps. Je frissonnai q uand un sourire machiavélique fit son apparition et je piquai un sprint. — Attends-moi ! J’arrivai au niveau de l’hybride. Nous traversions des couloirs immenses, en croisant d’autres hybrides qui rasaient les murs, m ais aussi des Unseelies dans des costumes de contes de fées. J’aurais dû m’attar der sur leurs yeux bizarres ou l’étrange magie qui les entourait, mais je ne pus d étourner mon attention des robes principalement victoriennes des femmes. Elles étaie nt... oh, mon Dieu, il n’y avait pas de mot pour les décrire tellement elles étaient somptueuses. Les tenues, mais surtout celles qui les portaient. — Mettez-lui quelque chose qui brille devant le nez et elle oublie la réalité, marmonna mon guide face à mon air émerveillé. Pour ma défense, nous venions de croiser celle que j’appelleraiCendrillondans ma tête. Mince, elle avait la panoplie complète : la beauté, la robe, la prestance... tout ! — On est vraiment là où je crois qu’on est ?
On tourna dans un nouveau couloir. Cet endroit était un véritable labyrinthe. — Si tu veux parler des terres Unseelies, oui. Plus précisément à la cour, dans ce qui pourrait s’apparenter à un château chez nous . Ça expliquait pourquoi on marchait autant... Il pou ssa une porte et nous pénétrâmes dans une immense salle remplie de lits, il y en avait au moins une centaine. Mon guide s’arrêta devant l’un d’eux. Des draps propres y étaient pliés, ainsi que l’une de ces immondes toges qu’ils portaient tous. — Change-toi, ensuite tu te rendras aux cuisines po ur aider à la préparation du dîner. Je n’avais rien contre quitter mes pantoufles. Je les avais aux pieds depuis que jrs n’avait pas songé à me les’étais allée chez Julian et le groupe de comploteu échanger contre une paire d’escarpins. Pareil pour les Unseelies quand ils m’avaient kidnappée. Heureusement que je ne collect ionnai pas les horreurs à l’effigie deGoofydes S ou impsons, ou n’importe quoi d’autre encore. Bref, me débarrasser de mes chaussons était une bonne idée, mais pour le reste... — Pas question que je porte cette chose, répliquai-je. Une hybride se joignit à nous. Elle ne respirait pa s la joie de vivre. En même temps, qui siffloteraitLa mélodie du bonheurdans notre position ? — Si tu ne l’enfiles pas, ils te forceront à te balader nue, m’indiqua mon guide, blasé. — C’est ça ou rien, soupira celle qui venait d’arriver. Je l’observai de plus près, elle me disait quelque chose. — D’autres avant toi ont essayé de faire de la rési stance et ça ne leur a pas réussi, ajouta-t-elle. Cette journée pourrie m’épuisait. J’attrapai la cho se informe, ça me piquait déjà les mains... — Où est-ce que je peux me changer ? — La salle de bains est par là, m’indiqua mon guide. C’est la même pour tous. Génial, j’allai devoir me désaper devant des inconnus... Je me rendis jusqu’à la porte qu’il avait pointée d u doigt. Je pénétrai dans le cauchemar de la fille complexée : des douches commu nes. Heureusement que j’avais un corps d’enfer ! Sur la droite était installée une longue rangée de lavabos en pierre foncée. Tout était sommaire, mais propre. Je me changeai avant que quelqu’un n’arrive. Je confirmai, cette tenue gratt ait affreusement, en plus les chaussures étaient en option, tout comme les sous-v êtements, je conservai donc les miens. Personne ne devinerait la présence de ma dentelle rebelle sous ce sac à patates. Je partis rejoindre les deux hybrides. P our une fois, j’étais contente de ne pas trouver de miroir sur ma route. — Anne t’accompagne aux cuisines, je dois aller m’occuper de l’entrée. Il quitta la pièce, et je ne pus m’empêcher de le s uivre du regard, remarquant au passage qu’il ne portait pas de chaussures aux pied s. Heureusement que le sol était en marbre. — Tu ne nous as toujours pas reconnus ? Au risque de la vexer, je secouai la tête. — Nous étions tous les trois des lots à la dernière Tombola. Untingsonore résonna dans mon crâne : je les remettais ! — Je te dirais bien que je suis contente de vous re voir, mais dans ces circonstances... pas vraiment. Elle me sourit faiblement. — Viens, je vais te montrer où sont les cuisines. Je la suivis dans les couloirs. Nous croisions la m ême population que précédemment. — Comment ça se passe ici ? — Un peu comme partout, j’imagine. Tu travailles à l’entretien, à la préparation des repas, et tu obéis aux ordres qu’on te donne. Avec un peu de chance, tu auras un Maître attitré important et les autres te laisseront tranquille. Voilà une idée un peu plus claire des journées qui m’attendaient... en espérant que ça ne dure pas. Au moins, j’avais du bol vu que le plus puissant d’entre eux
m’avait désignée comme sa propriété. — On est nombreux ? — Quatre-vingts, je crois. Waouh, une sacrée batterie d’esclaves ! — On ne doit pas s’éclater tous les jours dans le c oin. Elle me servit un pauvre sourire qui ne rendit pas mon avenir plus rose. — Comment t’es-tu retrouvée ici ? — J’appartenais à un vampire jusqu’à ce que cet idiot décide de mettre un terme à notre « accord ». Elle stoppa net et je l’imitai, avec un temps de re tard. Anne afficha un air très curieux. — Pourquoi a-t-il fait cela ? — C’est compliqué, mais en gros il a tenté de me re filer à un démon. Les Unseelies ont profité du vide pendant la donation pour me capturer. — Pourquoi ne voulait-il plus de toi ? — Je n’ai pas accepté qu’il me change en vampire. Ses sourcils montèrent très haut. — Tu as refusé une transformation ! Mais c’était po ur toi une chance de ne plus être une hybride ! Je commençais vraiment à croire que j’avais fait un e mégabourde en rejetant la proposition d’Alec. Entre mener une vie d’esclave o u mâchouiller des carotides pour se nourrir, quelle était la pire issue ? — J’y repenserais quand ils viendront me récupérer. Je m’accrochais à cet espoir. Même s’il était faible dans la mesure où j’imaginais mal le démon et le vampire se pointer ici, la bouch e en cœur, en demandant à ce que je rentre au bercail fissa. Mais sans ça, la pa nique me gagnerait à nouveau. Donc je continuerais de guetter chaque porte qui s’ ouvrait en croisant les doigts pour les voir. — Ne te fais pas d’illusions, les Unseelies t’ont e ue, tu es maintenant leur propriété. Alors, ne t’attends pas à ce qu’on vienne te sauver. Ma respiration s’accéléra et de la sueur envahit mes aisselles. Je secouai la tête, refusant de la laisser me conduire au bord du gouff re de la panique. Je voulais croire que le démon et le vampire se souciaient un minimum de moi. Qu’ils tenteraient quelque chose. Qu’ils ne me remplaceraient pas si facilement. On se remit en route dans le silence. Arrivée à des tination, je m’inquiétai du nouveau problème auquel je devais faire face. Je n’avais jamais su cuisiner, c’était un fait. Cela se confirma quand un type à la peau d e serpent me colla un couteau entre les mains pour émincer ce qui ressemblait à d es oignons. À la première coupure, je gémis et le truc écailleux qui devait ê tre le chef en titre vint me siffler tout près des tympans, littéralement. Je lâchai deu x gouttes dans ma culotte avant de me ressaisir et de continuer. Je terminai mon boulot avec les doigts en sang. — Tu vois, quand tu veux tu peux, grogna-t-il tout près de mon oreille. Cette chose mi-homme mi-serpent n’était pas une exc eption ici. Outre la dizaine d’hybrides qui, comme moi, s’occupaient des tâches basiques, il y en avait plein d’autres, coupées de toute sorte de reptiles. J’aur ais bien dit que l’endroit était surpeuplé, s’il ne faisait pas la surface d’un appartement moyen. La créature en charge de la cuisine enserra ma taille avec son long bras et il me plaqua contre lui. Je me rebellerais bien si, en mê me temps, un truc fin et froid ne caressait pas ma gorge. La terreur me tétanisa lors que je réalisai qu’il s’agissait d’une lame contre ma peau. Pourquoi est-ce que je n’étais pas allée à ces cours de self-défense avec Jade, il y a trois de mois de ça ? — Mignonne petite chose, je ferais bien de toi un plat pour ce soir, susurra-t-il. Merde, j’étais tombée sur des cannibales ! Du coin de l’œil, je vis que tous les hybrides s’étaient immobilisés pour observer la scène. Les autres vaquaient à leurs occupations, un sourire au coin des lèvres. Une lan gue, fine et longue, vint lécher ma joue. Je grimaçai de dégoût, ne pouvant toujours pas esquisser le moindre geste de peur d’avoir la gorge tranchée. — Laisse-la tranquille, conseilla judicieusement un homme-serpent qui passait
près de nous. Si on ne termine pas tout ça, tu sais ce qu’il va arriver... Mon agresseur se figea, puis il éloigna la lame et me relâcha. — On ne peut jamais s’amuser ici, râla-t-il. Je l’aime bien, cette nouvelle. Lui, ainsi que tous ses compères (moins celui qui v enait de me filer un coup de main sans le faire exprès), ils ne me plaisaient pas, mais alors vraiment pas. Je me gardai bien de le leur dire, de peur de réellement terminer sur le menu entre le cochon de lait et le fromage. Qui serait partant po ur une bonne tranche de rôti d’Ambre ? À cet âge, la demi-Fae Seelie est tout si mplement succulente... Mes neurones géraient mal la pression. — De toute façon, elle n’est pas pour toi. Elle appartient au Roi, précisa un autre. Mon joueur de couteau s’approcha à nouveau de moi, souleva mes cheveux malgré la rebuffade que je ne pus retenir, puis se pencha vers mon oreille. Laissant sa langue traîner dans le coin... beurk ! — Vraiment désolé pour toi, petite hybride. Il me colla ensuite un monticule de légumes à épluc her. S’il me restait autre chose que des moignons au bout de tout ça, je mériterais une médaille. Un jeune hybride du nom d’Éric me guida vers la sal le de réception. Je m’y sentis mal, habillée de ma toge ultra-moche, et je ne parlais pas de ma coiffure. Je ne ressemblai à rien, les miroirs de cet endroit en témoignèrent. — Nous avons l’ordre de décorer, expliqua-t-il en s e dirigeant vers d’énormes coffres posés au centre de la pièce. Cette journée était horriblement longue, j’étais claquée, et je devais grimper sur des escabeaux pour accrocher des petits nœuds dont la plupart des invités n’en auront rien à foutre. Je m’attelai donc à la décoration, avec cinq autres hybrides pas très bavards. Les étranges yeux sur formes floues étaient disséminés un peu partout. Quand je posai la question, on m’indiqua qu’il s’agissait de gardes, et qu’il était préférable qu’ils conservent leur invisibilité. Après notre travail, la salle était encore plus som ptueuse qu’avant. Tous ces rouge et or se retrouvaient mis en valeur par le ma rbre noir. Le sol était tellement lisse qu’on se voyait dedans. Une fraction de secon de, je m’imaginai à une autre place que la mienne. J’entrerai ici, une tenue à co uper le souffle sur le dos, et... la réalité me rattrapa quand je dus suivre les hybride s pour une douche commune. Quelle chance ! À la sortie de la salle de bains, une belle robe ne m’attendait pas. C’était toujours la même toge informe qui était posée sur mon lit. J e me mis dans la peau d’une contorsionniste, et je l’enfilai par-dessus ma serv iette, sans que cette dernière tombe. Étrangement, mes sous-vêtements avaient disparu... Un groupe de Lutins nous porta de quoi manger. Ceux -là, je n’eus aucun mal à les reconnaître. On se servit tous en même temps ce qui ressemblait à du pain et des fruits. L’image de chiens affamés se précipitan t sur une gamelle était parfaite pour illustrer la situation. Dans tout ce remue-ménage, je repérai l’hybride qui m’avait guidée ce matin. Anne était avec lui, ainsi qu’un troisième homme. Ils occupaient deux lits, et ils se parlaient à voix basse. Contrairement aux autres qu i avaient une attitude un poil plus individualiste. En clair, ils avaient le nez d ans leurs assiettes, chacun sur leur matelas, et ils ne mouftaient pas. Je rejoignis le petit groupe et je m’assis à la dernière place libre sous leurs regards. — Dernière arrivée ? demanda l’inconnu. Ils hochèrent la tête. — Bienvenue dans ton pire cauchemar. Moi, c’est Gau thier, tu connais déjà Jocelyn et Anne... — Oui, on s’est croisé aujourd’hui, répondis-je ave c légèreté. C’est quoi le programme pour ce soir ? Jocelyn, mon guide improvisé, marmonna dans sa barb e. Seule Anne, qui était assise à côté de lui, saisit le sens de ses paroles . — Arrête de jouer le rabat-joie, le sermonna-t-elle.
Ma curiosité prit le dessus. — Qu’est-ce qu’il a dit ? L’intéressé posa ce qui ressemblait à une tomate da ns son assiette et il me considéra avec une moue dégoûtée. — Que ça ne servait à rien de faire ami ami avec to i parce que tu ne tiendras le coup. Tu n’as pas idée de ce que tu t’apprêtes à vivre, et vu l’état dans lequel je t’ai trouvée ce matin, je suis certain que tu ne feras p as plus de quelques jours, princesse. Anne et Gauthier échangèrent un regard navré. Je re tins la panique qui s’accrochait aux multiples prises que mon être lui tendait. — Je ne suis pas aussi fragile que tu le penses, ré pliquai-je. J’ai eu mon lot d’ennuis avant de venir ici. — C’est ce que nous verrons. Ils terminèrent leurs assiettes en silence. Moi, j’avais l’estomac trop noué pour avaler quoi que ce soit. Au bout d’un moment, ils se levèrent tous. Je les i mitai. Nous sortions en troupeau, et beaucoup marchèrent dans les couloirs, la tête basse. — Où est-ce qu’on va ? demandai-je discrètement à Anne. Le calme qui nous entourait était tellement parfait que je ne doutais pas de l’avoir troublé même en parlant si doucement. — Distraire nos Maîtres. Ça ne sentait pas bon du tout. Et les voir tous dans cet état de brebis se rendant à l’abattoir n’était pas là pour me rassurer. Comme je ne pouvais pas y échapper, je décidai de pénétrer la tête haute dans la salle de réception. J’affronterai l’inconnu avec bravoure, même si ce n’était qu’en apparence. Nous entrions par une porte dérobée dans la plus gr andiose des soirées à laquelle j’avais assisté. Je connaissais déjà la pièce pour l’avoir décorée, mais je n’imaginais pas qu’elle serait remplie de tout un m agasin de fringues d’une valeur inestimable posées sur des mannequins. À croire que les robes victoriennes que j’avais aperçues n’étaient qu’un échantillon des po ssibilités vestimentaires des Unseelies. J’étais sur un nuage quand on me colla un plateau d e petits fours entre les mains. Le message était clair : j’étais là pour le service, pas pour me pavaner. Mon allure de guenon et moi-même nous engageâmes da ns la foule. Je mis mon goût prononcé pour la mode de côté et je me concentrai sur ce qui m’entourait. Un exercice difficile, mais vital. Cette soirée était l’occasion rêvée pour comprendre dans quel monde j’évoluais. Tandis que je m’appliqu ais à tendre mon plateau de petits fours aux couleurs vives surprenantes, je pu s observer de nombreux Unseelies, reconnaissables à leurs yeux étranges et leurs dents pointues. Leurs peaux avaient toutes des variantes différentes. Cer tains étaient juste aussi pâles que pendant une bonne grippe, d’autres tiraient sur des teints de pêche, de poire, de pomme, de cerise… Non, je n’étais pas accidentellement entrée dans un panier de fruits, j’avais bien toutes ces déclinaisons sou s le nez. C’était subtil, mais pas assez pour passer à côté. Je ne tirai rien d’utile des bouts de discussion qu e je saisis. Pour moi, la plupart des conversations n’avaient ni queue ni tête. Et sa voir que le Roi n’avait pas de Reine ne m’aidait pas des masses, même si ça sembla it être un sujet récurrent chez les femmes présentes. En dehors du beau monde, il y avait des hybrides af fectés au service et des gardes fantomatiques. C’était tout. Distraite par m on observation, je me heurtai à quelqu’un. Mon plateau tomba par terre et le silenc e le plus complet se fit dans la salle. Tous les regards étaient tournés vers le dos dans lequel j’étais rentrée. L’Unseelie à la longue tresse se retourna et je rec onnus le Roi. Tant qu’à percuter l’un d’eux, autant choisir le must... Sa stature déjà imposante était rehaussée par des é paulettes qui tenaient sa cape très stylisée. Il portait aussi une chemise bleue très amidonnée et un pantalon noir à moitié masqué par des bottes montantes. Il é tait super classe, et son regard froid ne faisait que renforcer cet effet.
Comme tout le monde, j’attendais la sentence. Il n’ y avait pas trente-six milles issus : soit il me zigouillait sur place, soit un miracle se produisait et je disparaissais d’ici. — Tiens, mon nouveau jouet, je parlais justement de toi. On quitta l’arrêt sur image et tout se remit en mod e lecture. Les discussions reprirent tandis que le Roi me détaillait avec ses yeux violines. Je n’osai pas bouger, un autre hybride se précipita pour ramasser mon plateau et la nourriture éparpillée sur le sol. Mon Maître me fit signe d’av ancer. J’obéis bien sagement, pour me retrouver face àCendrillon. La robe argent qu’elle portait ce soir la rendait encore plus belle que la première fois où je l’avais croisée. Elle fit un pas vers moi, je me sentis toute petite — elle mesurait une tête de plus — et piteuse. D’un geste ferme, elle attrapa mon visage d’une main, creusant mes joues, et elle le leva vers elle pour l’examiner. — Elle lui ressemble, déclara-t-elle en me relâchan t. Mais elle n’est pas aussi js parfaitement alignés et je laolie que tu me le racontais. Ses traits ne sont pa trouve... minuscule. La bouche posée sur la face asymétrique lui disait merde ! — Clarya, tout dépend de la comparaison, s’amusa le Roi. À côté de toi, aucune femme n’est belle. Mais reconnais tout de même qu’e lle a ce quelque chose qui donne envie de l’obtenir. La version pétasse deCendrillonson regard vers moi avec une moue tourna étudiée. Elle ne cachait même pas son jeu, elle com ptait se glisser dans le lit de son Roi et elle était prête à tout. — Que veux-tu en faire ? Je baissai la tête quand je sentis les prunelles violines se poser sur moi. Je rêvai de me faire oublier. — Je trouverai bien. Je dois y réfléchir, ce serait dommage de la gâcher. Un frisson me secoua l’échine. Je sus que cela n’ét ait pas passé inaperçu quand le Roi et sa poule éclatèrent de rire. Ce der nier m’attrapa le menton sans ménagement pour que mes yeux rencontrent les siens. Son regard était rempli de promesses effrayantes. — Ne t’inquiète pas, je ne m’occuperais pas de toi ce soir. Je te veux demain matin à côté de mon lit, avant mon réveil. Pars dormir, une longue journée t’attend. Je ne me fis pas prier pour quitter la réception. J e devais même avouer que je trottinai jusqu’à la sortie. Je retrouvai par mes p ropres moyens la grande chambre des hybrides et je me couchai. L’immense pièce était vide, seul mon souffle heurté troublait le silence. J’avais peur de demain, du mo ment où je me réveillerai et où je devrais affronter la réalité. Mon instinct me criait que dans quelques heures j’allai découvrir pourquoi les hybrides étaient si effrayés par les Unseelies.